VIE D'HOMÈRE
> dans un autre Heu, quelque petit qu*il soit. > XV. Eu sortant de Cyme pour se retirer à Phocee,il fit cette imprécation, qu*il ne naquit jamais à Cyme de poète qui pût la rendre célèbre et lui donner de Téclat. Arrivé a Piiocëe, il y vécut de la même manière qu^il Tavait foit aiHeurs, fréquentant assidûment les lirux d'assemblée où il récitait ses vers. Il v avait en ce temps-là à Phocée un nommé Thestorides, qui
instruisait les jeunes gens dans les lettres. Cet navi{ration, et, pour les y en;]fafrer , il leur tint
mêmes poèmes. Homère, comprenant aussitôt que c'était Tfaestorides , se hâta de se rendre ù Gbios. Etant allé au port , il ne trouva pas de navire prêt a mettre à la voile pour cètfe }le , mais il en rencontra un que l'on appareillait pour aller chercher du bois à Erythrée. Gomme cette ville lui parut commode pour passer à Chios, il aborda civilement les nautonniers, les pria de le recevoir parmi leurs compagnons de
homme était sans probité. Ayant reconnu les talents d'Homère pour la poésie^ il lui offrit de le nourrir et de prendre soin de lui s'il voulait lui permettre d'écrire ses vers , et s'il voulait lui apporter tous ceux qu'il composerait dans la suite. Homère avait besoin du ministère de quelqu'un dans les choses les plus nécessaires à la vie ; il accepta ces offres.
XVI. Pendant son séjour à Phocée, chez Thestorides, il composa la petite Iliade, dont voici les deux premiers vers :
f Je chante Ilion et la Dardanie abondante * en excellents chevaux , et les maux qu'ont » soufferts dans ses campagnes les Grecs ^ ser-
> viteurs de Mars. >
Il y composa la Phocaeide , et c'est le sentiment des Phocéens. Quand Thestorides eut éciit ce poème, et tous ceux qu'il tenait d'Homère , il le négligea , et résolu de s'approprier ses ouvrages , il quitta Phocée. Homère lui adressa ces vers :
c Thestorides , de mille choses qui sont ra- » citées aux moriels, la plus impénétrable est
> Tesprit humain, i
Thestorides , au sortir de Phocée , se rendit à Gliios , où il établit une école de littérature. Ayant récité les vers d'Homère, comme s'il en eût été l'auteur , on lui donna de grandes louanges , et il en retira un profit considérable. Quant à Homère , il continua le même genre de vie , et ses vers lui procurèrent le moyen de subsister.
XVII. Peu de temps après, des marchands, étant venus de Ghiosà Phocée , se rendirent aux assemblées où se trouvait Homère. Surpris de li^ntendre réciter des poèmes qu'ils avaient souvent entendu déclamer à Thestorides dans nie de Ghios , ils l'avertirent qu'il y avait à Chios un professeur en liuérature qui s atti-
les pi*opos les plus flatteurs. Ils agréèrent sa demande, et le prièrent de monter sur leur vaisseau. Homère y monta après leur avoir donné de grandes louanges, et , lorsqu'il se fut assis , il leur adressa ces vers :
€ Soyez favorable à mes vœux, puissant Neptune , qui régnez sur les vastes campagnes d'Hélice ; envoyez-nous un vent favorable , et un heureux retour a ces nautonnîers, compapagnons de mon voyage , et au maître de ce vaisseau. Puisse- je aborder au pied du sourcilleux Mimas , et rencontrer des hommes pieux et respectables ! Puisse -je aussi me venger de cet homme qui , par ses tromperies , a irrité contre lui Jupiter, qui préside à l'hospitalité, et qui, m'admettant à sa fable, a violé en ma personne l'hospitalité. >
XVIII. Arrivés ù Erythrée par un vent favorable , Homère demeura le reste du jour dans te vaisseau , mais le lendemain il pria les mateots de lui donner quelqu'un d'entre eux pour e conduire à la ville. On lui accorda sa demande, l se mit en roule , et étant arrivé à Erythrée ,
qui est située sur un terrain rude et montueux, récita ces vers :
c Terre sacrée , qui dispensez aux hommes vos richesses, prodigue envers ceux que vous favorisez , vous ne donnez qu'un terrain rude et stérile à ceux contre qui vous êtes irritée. » Il ne fut pas plus tôt arrivéà la ville, qu'il s'inbrma de la navigation à Ghios. Quelqu'un qui 'avait vu à Phocée l'aborde et i'embrasse« Homère le prie de lui chercher un vaisseau qui pût le mener à l'Ile de Ghios.
XIX. N'en ayant point rencontré dans le port, il se rendit au lieu où se tenaient les bateaux des pêcheurs, et par hasard il en trouva quelques-uns prêts à mettre à la voile pour aller à Gbios. Le conducteur d*Homère les pria de le
fait de grands applaudissements en chantant ces ' prendre sur leur bord ; mais, sans daigner fiiire
atteoUon h ses prières , ils levèrent Fancre. Homère fit lù-dessus ces vers :
< Nautonniers, qui traversez les mers, tou-
> jours en butte aux tristes malheurs , et qui i
> tels que les timides plongeons , tirez une sub« 1 sistance pénible de cet élément, respectez l'au* » guste Jupiter hospitalier» qui règne sur nous. » Sa vengeance est terrible; craignezqn'ellen'é-
• date sur la tête de ceux qui l'offensent. > Les pécheurs ayant levé Tancre furent contrariés par les vents , et se virent forcés de revenir au lieu d'où ifs étaient partis. Homère était encore assis au rivage. Apprenant leur retour , il leur adressa ces paroles ; « Vous avez
• été contrariés par les vents; recevez-moi sur » votre bord , vous en aurez an favorable. • Les pécheurs, touchés de leur foute, rengagent à monter sur leur navire , et lui promettent de ne le point abandonner.
XX. liste reçoivent sur leurs vaisseaux,lèvent l'ancre , et déjà ils touchent au rivage. Aussitôt ils se mettent à l'ouvrage. Homère passa la nuit sur le bord de la mer ; mais le jour ne commença^pas plus tôt à paraître, qu'il se mit en route ; et comme il errait de côté et d'autre » il arriva à un lieu nommé Pilys , oit il passa la nuit. Pendant qu'il y prenait son repos , le fruit d'un pin tomba sur lui. Les uns appellent ce fruit strobilus , et les autres cône. Homère fil làdessus ces vers :
< Sur les sommets de l'Ida , toujours agité
• par les vents , est une espèce de pin , dif féi rente des tiens et dont les fruits sont plus
> agréables. Duseindecettemôntagnesortirale
> fer, consacré au dieu de la guerre , lorsqu'elle » sera occupée par les Cébréniens. >
Des Gyméens se disposaient alors à bâtir Cébréniea au pied du mont Ida , à l'endroit d'où l'on tire le fer.
XXI. Homère» étant parti de ces lieux, se mit en route vers un troupeau de chèvres, dont les cris l'avaient attiré. Les chiens , le voyant approcher , aboyèrent après lui ; il cria. Glaucus, c'était le nom du pasteur , entendant ses ci*is , acoourttn diligenee , rappelle ses chiens , et les écarte par ses menaces. Ce berger , surpris de ce qu'un aveugle était venu seul en ces lieux , et ne sachant quel motif l'y avait attiré , en fut long-temps émerveillé. L'ayant donc abordé, il ui demanda comment il a pu venir dans des
PAK HÉRODOTE. 341
lieux inhabitéSyOÙ l'on ne trouve aucun sentier» et de quel guide il s'est servi. Homère lui raconta ses malheurs. Glaucus avait le cœur sensible ; il en fut touché. Il le mène dans sa cabane, allume du feu, prépare son repas, et lors- ' qu'il l'eut servi , il l'invita à manger.
XXII. Les chiens, au lieu de manger , ne discontinuant pas, selon leur usage, d'aboyer après Homère , celui-ci adressa ces vers à Glaucus :
c Glaucus, pasteur de ce troupeau , mettez-
> vous dans l'esprit ce que je vais voua dire.
> Donnez à manger à vos chiens devant la porte » du vestibule. Ce conseil vous sera avantageux, 1 llsentendrontplusfacilementrapproched'tm
> homme , ou celle d'une béte qui dirigera sa
> marche vers le parc où est renfermé voire
> troupeau, i Glaucus goûta ce conseil , le loua , et n'en
eut que plus de vénération pour celui qui l'avait donné. Lorsqu'ils eurent pris leur repas, la con* versation s'anima de part et d'autre. Homère lui raconta les aventures qu'il avait eues dans ses voyages et dans les villes qu'il avait parcourues. Glaucus était ravi d'admiration; mais comme il était l'heure de se coucher, il prit son repos.
XXIII. Le lendemain Çlaucus fut d'avis d'ak 1er rendre compte à son maître de l'heureuse rencontre qu'il avait faite. Ayant confié son troupeau à son compagnon d'esclavage, et laissé Homère dans sa cabane, il l'assura, en le c[uittant , qu'il ne tarderait pas à revenir. Etant arrivé à Bolissus, petite bourgade peu éloignée de la ferme, il raconta à son maître tout ce qu'il savait d'Homère, lui parla de son arrivée comme d'une chose étonnante, et lui demanda ses ordres à ce sujet. Le maitre ne goûta pas beaucoup ce discours , et même il blâma Glaucus , et le traita d'insensé , parce qu'il donnait l'hospitalité et admettait à sa table des aveugles. Gepradant il lui ordonna de le lui amener.
XXIV. Glaucus de retour raconta à Homère l'entretien qu'il venait d'avoir avec son maître, et le pria de le suivre , l'assurant que sa fortune et son bonheur en dépendaient. Homère y consentit. Glaucus le lui présenta. Cet homme de Ghios, lui trouvant de Tesprit et beaucoup de connaissances, l'engagea à demeurer chez lui, et le chargea de l'éducation de ses enfonts. Ils clairnt dans la première jf'unesse. Homère ac«
3ia
VIE DUOMËRË.
cepu ces ooildffMftft. Ce fat à Bolissus et diez ce citoyen deChios qu'il composa les Cercopes, la Batrackomyomackte , ies Epicichlides , et tous ces autres puêmes anànsants qui lui acquirent une p,randt réputation. Tbestorides n^ut pas pins tôt appris qu'Homèreëtaitsar les lieux , qu'il quitta l'îie de Gbtos.
XXV. Quelque temps après, Homère, ayant prie ce citoyen de Chios de le mener à la ytlle de ce nom , il y établit une école » oà il donnait à la jeunesse des règles de poésie. Il ft'en acquitta avec tant d*fiM)ilelé«au|ugement d^ habitants 9 que la ptopart t'eurent en grande vénération. Ayail acquis par ce moyen une Fortune bonnéte , il se maria et eut deux filles ; l'une naourut avant que d*avotr été mariée ; fantre épousa un habitant de Chios.
XXVI. H témoigna dans ses poèmes sa reconnaissance à ceux qui l'avaient obligé : premièrement à Mentor d'fihaqne dans l'Odyssée, parce qu'il avait pf is uil soin particuKer de loi pendant son mat d'yeux. Il inséra son nom dans
Il témoigna aussi sa reconnaissance à l'armurier Tychius , qui lui avait donné rbospitalité à Néon-Tycbos , lorsqu'il se présenta h son atelier. C'est d^ins Flliade qu^il a placé Tes vers qu'il a feits en son honneur.
« D^à le fils dé Télamon le serre de près ,
> portant un bouclier énorme semblable à une » tonr. lYchins, qui vivait dans Hylé , et dont » nul armmier n'égalait Findustrie, lui fit ce
> bouclier , où éclata son art , dé h dépouille • entière de sept taureaux vigoureux, qu'il cou- » vrit ensuite d'une forte him^^ d'aihiin, i
XXVÏI. Ces poésies rendirent Horhère c^ bre en lonie, et sa réputation commençait déjà à'se répandre en Grèce. Elle lui attira un graâd nombre de visites pendant son séjoiir à Chios , et on lui conseilla d'aller en Grèce. Ge conseil fut tellement de son goût, .^qu'il désira ardemment de s*y rendre.
XXVlil. Il avait fait en beaucoup d'endroits' de grands ébgcs de la ville d' Argos ; mais ayant reconnu qu'il n'avait rien dit de i elle d'Athènes,
son poème , le mit au nombre des comparons il inséra ses louanges dans h grande Iliade, et
d'Ulysses y et raoonta que ce prince, à son départ pour Troie, lui remit le soin de sa maison et de son bien , le regardant comme le pluâ JQSte et te plus homme de biett qu'il y eût à Ithaque. Homère en fak sonveni une hoUoràMê mention dan)» quelques autres endroits dé son poème , et lersqu^l introduit Minerve s'entre* tenant a vee qiietqtt*tti)t, il lui doikile la figure de Mentor.
Il témofgtia aussi sa reconnaissance i Phémius , qnl , non confent de Flnstruire dans les belles-teitres, Favait encore nourri à ses dépens. C'est ce que l'on peut voir surtout danâ ces
rers :
€ Un héraut met une superbe lyre entré lea » mains de Phémîtis , te plus hÉbile des étèvt!» 9 d'Apottou ; il la prend malgré lui , contraint » de chanter parmi ces amants. Parcourant la t lyrede sesdorgts légers.il préludait pard'heu- » reux accords » et entonnait des chants mélo- » dieux. »
Il célébra anssi le patron du navire, avec qui il avait parcouru tant de vi ies et de pays. Ce patron s'appelîtit Mentes , et voici les vers ou il en parle : < Mon nom est Mentes , né d'An- » chiale, illustre par sa valeur; je » ègnft sur Tes 1 Taphiens, qui s'honorent de Taviron. *
parla d'Ërechtée dans les termes les plus flatteurs et les plus magnifiques. C'est dan^ le calalugue des vaisseaux.
I La cité du génèrent Ërechihée, que la terre i féconde , et qne lât fille de Jupiter , Minerve , » éleva. >
H foit ensuite le plus grand éloge de Méneàthée. Il excellait, dtt-îl, h ranger en bataiHe tes chars et les gens de pied. C'est dans les vers suivants :
€ Le fils de Çéténs, Ménesthée, conduit ces » troupes. Entre fous les mortels qne nourrit » la terre, nul n'égala ce chef dans Tart de
> ranger en bataille les chars ël les combat-
> tantà. •
II place près des Athéniens Ajax , Bts de 'f élambn, qui commandait les Sidamiéns. C'est dans ces vers :
c Ajtx, fils de Télamon, d conduit douze I vaisseaux de Salamine, et les a phcés tn-
> près des phaîanj^es tf Athènes. »
Enfin dans l'Odyssée il féîht que BBhervé , après un entretien qu'elle eut avec Ul;%sés , Se rendit à Athènes, quelle honorait pïus que toutes les autres villes. *
• Prenant son vol vers les plaines de Mara- » thon, elle se rond à la superbe ville d'Athfr-