EXTRAITS DONNÉS PAR PHOTIUS
I. L'hisloire de Perse de Gtésîas, de Cnîde, coDlient vingt-trois livres. Les six premiers trailenl de Thistoire d'Assyrie et de tout ce qui a précédé l*enipire des Perses. Il commeDce au septième à raconter Tbistoire de ce peuple. Dans ce livre, dans les huitième, neuvième, dixième, onzième , douzième, et treizième livres, il parcourt Thistoire de Cyrus,deCambyses, du Mage, de Darius et de Xeixès. Dans presque tous ces livres, non-seulement il dit le contraire d'Hérodote, mais encore il l'appelle menteur en beaucoup de choses et inventeur de fables : car il a vécu après lui. II dit qu'il a été lul-niôme témoin oculaire de la plupart des choses qu'il écrit, ou qu'il a appris des Perses, mêmes celles dont il n'a pu être témoin; et qu'il n'a entrepris de composer son histoire qu'après s'en être instruit de la sorte. Hérodote n'est pas le seul écrivain qu'il contredise; il esti^ontraire aussi en quelque chose à Xénophon, fils de Gryllus. Il florissait du temps de Cyrus, fils de Darius et de Parysatis. Gyrus était frère d'Artaxerxès, qui fut dans la suite roi de Perse.
II. 11 parle d'abord d'Aslyages, qu'il appelle Astyigas. Il dit^que Cyrus ne le reconnaissait point pour son parent; qu' Astyigas s'enfuit à Ecbatanes, et qu'Amytis sa fdie et Spilamas son gendre le cachèrent dans les criscrancs du palais royal. Gyrus, étant venu à ce p^ilais,; commanda qu'on donnât la question non-seulement ù Spilamas et à Amytis, mais encore a Spitacès et à Mégabernes, leurs enfants, pour
les obliger à dire ou était leur père. [Astyigas, voulant épargner la torture à ses enfants, se découvrit lui-même. On le saisit à l'instant, et (£i)aras le fit mettre dans de fortes entraves; mais peu de temps après, Gyrus le mit en liberté, et l'honora comme son père. U rendit d'abord à Amytis, fille d' Astyigas, les mêmes honneurs qu'à sa propre mère. Il la prit ensuite pour femme, après que Spitamas son mari eut été puni de mort pour avoir menti, en disant qu'il ne connaissait pas Astyigas, au sujet duquel on l'interrogeait.
Voilà ce que Ctésias raconte de Gyrus.
Son récit, comme on le voit, diffère de^celuî d'Hérodote. ^
Gtcsias ajoute que Gyrus jit la guerre aux Bactriens, et qu'il leur livra des combats où l'avantage fut égal de part et d'autre; mais lorsque les Bactriens eurent appris qu' Astyigas était devenu le père de Gyrus, qu'Amytis était devenue sa mère,- et qu'ensuite il l'avait épousée, ils se rendirent d'eux-mêmes à Amytis et à Gyrus.
' m. Gyrus fit ensuite la guerre aux Saces, et fit prisonnier Amorgès leur roi , époux de Sparéthra. Cette princesse, ayant appris la captivité de son mari , leva une armée de trois cent mille hommes et de deuxj^ent miUe femmes , et les ayant menés mi ç/mùyài , elle battît Cyrus et le fit prisonoier*'avec beaucoup d'autres, parmi lesquels était Parmisès, frère dj^inytis, avec ses trgis fils. 11 se fit ensuite un échange de pri^nniers , et lorsqu'on les
5ttAV.I.-G.
eut rendnft, Amorgès fat remis en Kberti.
lY. CytuÈy ayaât fiih alliance avec Amôrgès, mardia contre Crésos et la ville de Sardes. Leà Perses ayant mis» par lé conseil d*CBbaras,d^ figures d*bon)nies de bois le long des mni*s âé la ville, les habitanis furent saisis d^une si grande frayeur aussitôt qu'ils les eurent aperçus, que sur-le-champ ils se reudirént. Ce iîit ainsi que la ville fut prite. Atant qu'elle le fût, Crésus, tvonii)e |>ar uh speclVe dîtiA qui lui apparut , donna Hon fils en otage. Mais Crésus ayant usé de supercherie , ton ils tat mis à mort sotts se^ yeut^ et in mère èà jeune pnnce, ne voulant pas survivre à ttn irf triste spectacle , se précipita de dessus les mdrailles , et se titt. La tiile ayant été prise , O-ésus se réfugia dans te temple d'ApoHon , et ne périt pas. Cyrustefit Mer trois Mi dans eetiemple , et trois fois il fiit délié , sans qu'on pût Savoir par quelle main il Tavait été, qtioiqu*oneât mis le scellé sur hl porte du temple et qu'on en eût confié la garde à GEbaras. On coupa la tête à ceux qttî éiaietit dans les fers avf c Crésus « parce qu'on les soupçonna de l'avoir délié. On fit conduire et enfermer ce prince dans te palais royal, et on le lia plus fort qu'auparavant. Hais le tonnerre ayant grondé et la foudre étant tombée , il se trouva encore délié. Cyrus prit alors, quoique avec peine, leparti de le mettre en liberté. Mats depuis ce temps-là il le traita avec beaucoup d'humanité, et M assigna potir son séjour Baréoe, villeconsidérable près d'Eebatanes , dans laquelle it y avait une garnison de cinq milie hommes de cavalerie et de dix mille peitastes armés d'arcs et de javelots.
V. Clé6ids raconté que Cyrus envoya en Perse renuûqtie Pëtisdcas , qui avait beaucoup de crédit en outnr; pour amener Astyl^s ië Barcanie , parce qu'Amytis avait grande envie de revoir scfft père , et qu-'il ne le dérirait pas moins. OEbaras oonseltfa A Péilsacas de conduire Astvf^s dans un Keu désert ,* et de l'y laisser mourir de tsAm et de «(»if. L*eunu((ue suivit sbn conseil. Un songe découvrit son crime. Amytis deman^la avee instance qu'on loi llvrût le coiipatrte. Enfin Cyrits le lui reittit entre les mains, pour qu'elle le fit punir. Lorsqu'elle leut en son pouvoir , elle lui fit nrraclier les yeux , et par ses ordres on l'écorcha vif, et on
HISTOIRE DE PERSE PAR Ci ÉSIAS. sA
lui Rt te même traîtetaent , quoique Cyrirs IM eût proniîs qu'il ne le permettrait Jamais , fat dix jours sans manger , fci se îaîisa motirii* âSè fiifm. On fit de superbes fhnéraîBcs à Asiyigas. Son corps fut trouvé entier dans fe désert; sans que les bêles y eussent touché ; H ^ ftit gardé par des lions , jbsqu'ati mômerit que PëMààcâs y retourna pour l'enleVci*.
VI. Cyrus marcha ensuite c'(5tatre tes Derbices; Amcrseus était leur roi. Les Derbicëîf placèrent des éléphahis dans une ertibuscadfe. Lorsqu'il eii fut temps , Us les firent sjortir I rencontre de la cavalerie, qtii, par ce mbjçtt; fut mise ten déroute. Cyros étant tbhtbc de cMeval, aussitôt un Indien, c^nl le poursuiVaK, M frâppà d'an dbtiji de dard à la cnîàse, ^ude^ sous de M jointure ; car les Indfeiis, allies dëà Derbîces, se trouvèrent à cettfe bataîllfe, et dé furent eut qui leur fournirent des étéphaiits. Cyrus mourut peu de temps après de celte bfessure. Les sienà te retevèretf t tàiidîs qh'îf rès^fraît encore, et *te retirèrent avec lui dîinS fëtt^ camp. H pél'îi dims ce combat un grdbd faôtebre dé Perses, et h perte déà Derbtees lie flrf pas moins considérable, puistiu'lî en cdûlû (B!t mllte honlmfeè aux unS et aux anireâ.
YII. Amt)rf)ës, roi dbs Ssites, ayâdt appris ce qui ëiail aiTÎvé à Cyrus, se ifaii prttmpiemcût en marche à la lôic de vîilgt Inilfe Saccs à cheval. Le conibat i-ccoirtmenva erit^c li à Perses êfc Ic^ Oek-bîbes. Les premiers , l-enfoHé^ par teè Sâces, Se battirent avec tant dé réitolutitift; qn'îhremportèrentuneticfeîredJmjilêft; Anittrseus, roi des Derbîces, Rit tué dans celte bJStaiHe avec ^s deux fils • Il y périt ausèi trente mnie *5 àe* snjétii. te» Pferses tf y perffirferit q^ lienf mille hommes, et Cyrus se i*èt)dil ifiâTirfr des terres dte ses ènneiilfe.
Vni. Cyrrts, votant ajiprorherl*heorélfc ^ nWM,nowmâpottrsort?'ui*cessetirà te cburblili^ Çam'nses, l'aîné dé ses Hh. Quart t ilTanyoïtjH^^ ces, lecîulet. Il FélabHt despote des Bacifîetts, desC'horamniens, des Parihas et des Catma* niens, et ordonna qu'il gouvet-ncraft toutes ceè provinces, Sans payera» roi ducuHe rrdevdncé. Il donna à Spîtacès, fi's dte Spîtamas, la satra- . pie des Derfilcfes, et S ]IIK>;aî erhes, r?itilré flte de'Spitamas, rcîle des Barcanlcns, et leur i-eéommnnda en même teiiips d'o! éîr f n toutes
le mit en croix. OEbaras, craignant quon ne ' choses à leur mère. II voulut aussi qu^ilsseliâs-
HISÏOIIŒ 0Ë P£R8E.
33B kl, J.-C.
sent entre eax et avec Amorgès de la plus étroke amitié, et les obligea de se donner mutuellement la main, comme un gage de cette amitié. Il souhaita toutes sortes de prospérités à ceux qui la garderaient inviolablement, et fit des imprécations contre ceux qui la violeraient les premiers par quelque entreprise injuste. Ayant achevé ces paroles, il mourut, le troisième jour de sa blessure, après on règne de trente ans.
C'est par là que finit l'onzième livre de Ctéaias de Gnide. Le douzième commence par le règne de Cambyses.
IX. Ce prince, étant parvenu ù la couronne, ei|voya le corps de son père en Perse par l'eunuque Bagapates, avec ordre de lui faire rendre tous les honneurs funèbres. Il administra les affairesde l'empire de la manière que l'avait réglé Cyrus. Artasyras d'Hyrcanie jouissait auprès de Cambyses du plus grand crédit; les eunuquesixabates, Aspadateset Bagapates n'en avaient pas moins. Celui-ci avait été en grande faveur sous le règne de Cyrus. Ce fut lui qui, après la mort de Pétisacas, marcha eu Egypte contre Amyrtée, roi des Égyptiens, et qui le vainquit par l'intelligence de leunuque Combaphée. Cet eunuque, qui avait beaucoup de pouvoir auprès du roi d'Egypte, lui U vraies ponts et trahit les intérêts des Égyptiens, à condition qu'on le ferait hyparque des Égyptiens. Il le fut en effet. Cambyses le lui avait promis d'abord^par lentremise d'Ixabates, cousia de .Combaphée, et ensuite il lui réitéra lui-même
cette promesse de vive voix. Amyrthée ayant été fait prisonnier, Cambyses ne lui fit point d'autre mal que de le reléguer à Suses avec six mille Égyptiens, qu'il choisit lui-même pour l'y accompagner. Au reste , il subjugua toute l'Egypte , et dans le combat qui décida de la liberté de ce pays, il périt cinquante mille Égyptiens et vingt mille Perses.
X. Un certain mage, nommé Sphendadates, ayant commis quelque faute, Tanyoxarcès le condamna au fouet. Le mage vint trouver Cambyses. Il ne fut pas plus tôt arrivé qu'il accusa Tanyoxarcès, frère du roi, de lui dresser des embûches; et pour marque qu'il s était révolté, il ajouta que si on le mandait ea cour, il n'y viendrait pas. Sur cette accusation, Cambyses' manda son frère. Tanvoxarcès, retenu dans
songouvernementpar desaffaîres importantes, différa quelque tenips de se rendre auprès da roi. Ce délai rendit le mage plus hardi à laccuser. Amytis, mère du roi et de Tanyoxarcès, ayant quelque soupçon des uienées secrètes du mage, avertit Cambyses, . son fils, de ne pas ajouter foi à ses propos. Cambyses lui répondit qu'il ne les croyait pas; et cependant il en était fortement persuadé. Il manda son frère pour la troisième fois. Tanyoxarcès se rendit enfin à ses ordres. Le )roi Tembrassa, bien résolu cependant de le faire mourir; mais il voulait que ce fût ù l'insu d' Amytis. Ce projet fut exécuté; voici de quelle manière il s'y prit par lesconscils du mage. Sphendadates ressemblait pai*faitement à Tanyoxarcès. U conseillaà Cambyses de le condamner publiquement à avoir la tête tranchée pour avoir accusé faussement le frère du roi, de faire mourir cependant secrètement Tanyoxarcès et de revêtir le mage des habits de ce prince, afin qu'on le prit à la vue de ces ornements pour Tanyoxarcès. Ce pernicieux conseil s'exécuta. On fit boire à Tanvoxarcès du sang de taureau ; il en mourut. Le mage se revêtit des habits de ce prince; on le prit pour Tanyoxarcès. La méprise dura longtemps; personne n'eneutoonnaissance, excepté Arthasyras, Bagapates et Ixabates, les seuls à qui le roi avait confié ce secret.,
XI. Cambyses, ayant mandé Labyze, le premier des eunuques de Tanyoxarcès» et les autres eunuques dece prince « leur fit voir le mage revêtu des habits de son frère, et assis : c Me
> croyez-vous pas, leur dit-il, que c'est là Ta- » nyoxarcès. > Labyze, surpris de cette quesc tion : Oui, dit-il, nous lecroyons, et pour quel
> autre pourrions>nous le prendre? • tant le mage ressemblait à Tanyoxarcès, et tant il était difficile de ne s'y point tromper ! Le roi l'envoya dans la Bactriane, et il gouverna cette province, eomme l'aurait pu faire Tanyoxarcès lui-même. Mais enfin cinq ans après, Amytis découvrit toutle mystère par l'eunuque Tibéthée, que le mage avait maltraité de coups. Elle demanda Sphendadates a Cambyses; mais ce prince n'ayant pas voulu le lui*; livrer, elle fut si irritée de ce refus, qu'après avoir faii contre lui plusieurs imprécations, elle s'empoisonna et mourut ainsi.