CHAPITRE iV
£sp4dition sur les côtes de la Propontide. — Alexandre aborde en Asie , et sacrifie aux dieux de Troie. — CouseU des généraux Perses. — Marche de THeUespont au Granique ; ordre de bataille. — Çassage , combat et Victoire du Granique; ses résultats.
On dit qu'Alexandre le premier prit terre, tout armé, en Asie ; et qu'à son départ et à son arrivée, il avait dressé des autels à Jupiterilpobaterios, à Minerve et à Hercule, sur les bords de l'Europe et de l'Asie *. A Troie, il sacrifie àPailas, protectrlced'llium, suspendsesarmes dans le temple, et enlève celles qu'on y avait consacrées après la guerre de Troie ; il ordonna aux opliies de les porter devant lui dans tous les combats. On dit qu'il sacrifia ausbi sur l'autel de Jupiter Hercius, à Priam, pour en apaiser le ressentiment contre la race de Néoptolème, à laquelle il appartenait. A son entrée dans Ilion, Ménœtius,qui dirigeait la manœuvre du vaisseau , posa sur le front du roi une couronne d'or. Charès , arrivé de Sigée , plusieurs des Grecs et des indigènes suivirent cet exemple.
Alexandre couronna le tombeau d'Achille, et Éphestion celui de Patrocle. Heureux Achille, s'écria le prince , d'avoir eu Homère pour héraut de ta gloire! Certes, il eut raison d'envier le bonheur d'Achille ; car il n'a manqué au sien
^Lorsqu'ils enrent touché au rivage de TAsie, Alexandre y lança le premier un javelot, comme sur une terre ennemie. (Just.,1. H, c. 6.Hprod.,1.7,S54.Diod.,l. 17.)
C'est aveo une semblable dérision que Cortex prit possession de l'Amérique , et les Anglais , des mers du Sud , en tirant quelques coups de fusil et portant un drapeau armorié.
EXPÉDITIONS DiVLEXANORE.
que ce deroier trait ; persoDoe encore n'a dignement'célébré en prose, en vers, en dithyrambes, ses exploits, à Tégal de ceux d'un Hie^ ron, d*unGéIon, d'unTliéron qui, sous aucun rapport , ne lui sont comparables. .
Les plus petites aclionsnous sont mieux, connues que les grandes choses qu'il a faites. L'expédition des Grecs et de Cyi^s contre Artaxerxe; la défaite de CIcarque et de ceui; qui furent pris, avec lui, la retraite des* dix mille sous la conduite de Xénophon, ont été rendues, par la plume de ce grand homme, beaucoup plus illustres que ne furent Alexandre et toutes ses conquêtes. Cependant il n'alla point réunir ses troupes à des troupes étrangères ; on ne le vit pas, fuyant devant le grand roi, borner ses exploits a se rcUrer par la mer, en écartant ceux qui eu feroaaient l'approche. Nul d'entre les mortels» n'a seul » soit parmi les Grès, soit parmi les barbares, marqué par des faits pFu^ grands ni plus nombreux. Yoi!à ce qui m'a porté à entreprendre d'écrire cette histoire, ne m'eslimant point indigne de transmetre les gestes d'Alexandre à la postérité. Mais qui suis -je pour m'exprimer avec cette hauteur ! Que vous importe de^ connaître mon nom, qui n'est i^oint obscur, ma patrie, ma famille, mes dignités? Que d'autres s'enorgueillissent de ces titres , les miens sont dans les lettres que j'ai cultivées depuis mon enfance. Si Alexandre est au premier rang parmi les guerriers, je meflatte de ne pas tenir le dernier parmi lea écrivains de mon siècle.
O'Ilion , Alexandre tourne vers Arisbe où campAtt toutelarméc, aprèsavoir traversé i'Hellospont. Lo lendemain , laissant derrière lui Pei'cote et Lampsaque , il vint camper sur les bords du Prosaction qui, tombant du mont Ida, va se perdre dans la mer entre THoUespont et l'Ëuxin ; de là , il passe par (Colonne , arrive ù Hermote. Il fait voltiger en avant de l'armée deaçorpsd'éclaircurs, sous la conduited'Amyntas ' , composés de quatre comptignies d'avant- 4»ureurs et d'une compagnie d'hétrtiresâpolloniâtes , commandés par Socrate ^ : en p^s^ant il détache l'un d'entre eux , Panegore s, avec
« Fils «rArabéc
* Fils de Sathon.
* Fils de Lycagoras.
une suke pour prendrepossessicn de la ville de Priam, qui s'était rendue.
Lesgénéraux de l'armée des Perses, Arsame, Kbéomithres, Péiènc, Niphates, Spithridates, satrape de Lydie et d'Ionie , Arsîle , gouverneur de la Phrygie qi^i regarde l'Uellespont '<, campaient près de la ville de Zclie avec la cavalerie, persique et FinFanterie grecque , à la solde de Darius. Ils tiennent conseil, à la nouvelle du passage d'Alexandre. Memnon, de Rhodes , opfna pour ne point hasarder la bataille contre les Macédoniens, supérieurs en infantei^ie , et soutenus des regards de leur prince , tandis que cel/ii des Perses ëtait absent. U fut d'avis de faire fouler aux pieds de la cavalerie et de détruire tous les fourrages , d'incendier toutes les moissons ; de oe pas même épargner les .villes de la côte, de manière à priver Alexandre île tout moyen de subsititance, et à le forcer à la retraite.
Mais Arsite se levant : < Je ne souffrirai point que l'on brûle une seule habitation du pnys où je commande. » Cet avis pre'Valut ; les Perses crurent que Memnon ne cherchait qu'à conserver ses grades en prolongeant la guerre.
Cependant Alexandre marche en ordre de bataille Yprs le Granique; fait avancer les oplièes en colonnes formées par la phalange doublée ; dispose la cavalerie sur les ailes, les bagages à Tarrière-gardc. Pour observer les mouvemenis de l'ennemi , Hégéloque maifthe en av«nt avec les écluireurs, soutenu par un g^os decinqcenis hommes, formé de troupes légères et de cavaliers armés de saris^es * .
On approchait du fleuve, lorsque des éclaireurs, revenait à toute bride, annoncent que toute l'armée des Perses est rangée m bataille sur la rive opposée. Alexandre fait aussitôt les dispositions du combat. AlorsParméoiôns'avançant : c Prince , je vous conseille de camper
> aujourd'hui sur Ie3 bords du fleuve , en Jëtat » où notis ^omoies^ en pr4ssence de l'ennemi^ 9 inférieur en infanterie ; il n'aura pas l'audace
> de nous attendre ; il se retirera pendant la
> nuit; et demain , an point du jour , Farmée » passera le fleuve sans obst^le; (^r nous l'au- » rons traversé «vant qu'il ait le temps de se
> mettre en bataille. 11 serait en ce moment
' Piques macédoDieoiics.