‹ Choix des historiens grecsChapitre 143 sur 286 · CHAPITRE yil · texte numérisé non relu

CHAPITRE yil

Eipédition de Syrie.— lyemande d'Ateundre auTyriens; leur reflas.—Harangued'Aleiandre àiessoldals.— Siège de Tyr.—Henfbrts qne reçoit Alexandre; ezcorsioa dana l'Arabie. -> Suite du siège de Tyr.— Attaque des mors. —Prise des ports et de la Ttlie.— Nouvelles propositions de Darius rejetées— Conquête de la Palestine. —Siégt et pdse de Gasa. ^

Alexshidre quitte Marathe, et reçoit à composition Biblos et Sidon , appelé par Tinimitié

' Fils d'ArUbane.

•Filsd'innètte.

LWRE H, CHAPITRE Yll.

que tes habitants portaient à Darius et aux Perses*

Il marche vers Tyr ^ Des députes de cette ville viennent à sa rencontre pour lui annoncer une entière soumission à ses ordres. Il donne de justes éloges à la ville et àladéputation composée des principaux habitants, et où se trouvait l'héritier même du trône (car le roi Azelmicus jEaisait voile avec Au tophradates); il ajoute qu'il ne demande à entrer dans la ville que pour offrir un sacrifice à Hercule.

En effet , le temple qu'on y voit de ce dieu est , de mémoire d*homme , un des plus anciens* Ce n'est point celui d'Hercule argien, fils d' Aiemène. Le culte de l'Hercule tyrien remonte à une époque qufi précède la fondation de Thèbes par Cadmus, et la naissance de sa fille Sémëlé, qui donna le jour à Bacchus. Ce dernier , fils de Jupiter 9 était contemporain de lâbdacus « né de Polydore; tous deux étaieit petits-fils de Cadmus. Or , Hercule argien vivait du temps d'Œdipe, fils de Laïus. Les Egyptiens adorent un Hercule». qui n'est ni celui des Grecs f ni celui des Ty riens. Hérodote le place au nombre des douze grands dieux : c'est ainsi qu'Athènes invoque un Bacchus fils de. Jupiter et de Proserpine, lequel diffère duBacchus thébain : l' h ymne mystique du premier n'est point adressé à l'autre. J'incline à croire que l'Hercule tyrien est le même que celui révéré par les Ibères à Tartesse y où Ton remarque deux colonnes qui lui sont consacrées. En effet , ^artesse a été fondée par des Phéniciens ; la structure du temple, le rite des sacrifices , tout indique cette origine.

L'historien Hécate rapporte que l'Hercule argien , chargé par Eurysthée d'enlever et de conduireà Mycènes les vaches de Géryon, n'aborda ni chez les Ibères, ni dans aucune île Erythie, située sur l'Océan ; que Géryon était un roi du continent vers Amphiloque etAmbracie; q«e ce fut là que le héros mit fin à sa pénible entreprise. On sait aussi que ce pays est fertile en p&turages, et renommé par l'excellence de ses bestiaux , etqu'Eurysthée fut célèbre par ceux qufil en tira. II n'est point absurde decroireque le roi de ces oonlrées se nommait Géryon ; mais

* On ablânié Alexandre de l'être arrêté au riégedeTyr.

En effet, ce a'esk pas assez d'avoir époufanté et snrprû Tennemi è Timproviste , il font le poarsniTre sans reisàiv» et négliger de s'occuper à des sièges. (Poljb, , 1. 4.)

il le serait de penser qu'Eurysthée eût eomm les Ibères» derniers peuples de l'Europe , le nom de leur roi» et la beauté des troupeaux qû paissent dans ces régions, à moins qu'on ne fasse intervenir Junon qui le révèle à Hercule par Eurysthée, et qu'on ne sauve ainsi Textra* vagance de l'histoire par la fable. C'est à eet Hercule tyrien ^ qu'Alexandre voulait sacrifier.

Les Tyrjens , accédant à tontes ses autres demandes , lui firent dire qu'aucun Grec , aucun Macédonien, n'entrerait dans leur ville : réponse qu'ils jugèrent la plus prudente, d'après l'état des choses , et l'incertitude des événements de la guerre.

Alexandre , indigné du refus des Tyriens , fait retirer leurs députés, convoque les hétaïres» les géi^éraux de son armée , les taxiarques, les ilarques.

€ Amis , camarades , leur dilril , noos ne pou- » vons tenter sûrement une expédition en » Egypte , tant que la flotte ennemie tiendra y> la mer , ni poursuivre Daîus , tant que nous » ne serons pas assurés de Tyr , et que les » Perses seront maîtres de TEgypte et de Gy- 0 pros. Plusieurs considérations , mais entre » autres , l'état de la Grèce , font craind^ q«e » l'ennemi, reprenant les villes maritimes, tan- » dis qne nous marcherions vers Babylone et r* contre Darius, ne transporte la guerre dans

> nos foyers avec une flotte formidable, an mo*

> ment ou les Lacédémoniens se naontrent nos

> ennemis déclarés , et où la fidélité des Aihé- » nieus est moins l'ouvrage de l'affection que

> de la crainte. Au contraire , la prise de Tyr et » de toute la Phénicie^iiève auxPei^ns l'avan- » tage de la marine phénicienne , . et nous en

> rend maîtres ; car il n'est pas à présumer que

> les Phéniciens^ nous voyani dans leurs^urs,

> tournent contré nous leurs forces maritimes » pour défendre une cause étrangère. Cypros

> se joindra ensuite à nous , ou peu de forces. * suffiront pour la conquérir. Itotre flotte ainsi » réunie à celle des Phéniciens, Cypros soumise, s nous tenons l'empire de la mer, nous atta-

> quonsl'Egypte avec succès : vainqueurs de ces •»

' Les traditions sacrées du pays portaient qn'il était le même que le soleil ( £as€i>. , ^ra?par. efang., 1. S, c. Il) et qne la fible des donze traranz ezpriOHilt la ooraise de cet astre dans les doase signes dn sodiaqoe (Dupais. Orig. des Gnlt., t. f,p. 13).

EXPÉDITIONS D'ALEXANDRE

» confrées , la Grèce et ffos foyers ne noas lais- * sent plus d'inquiétude ; les Perses sont chas- I sés<dé touiesies .mers, et repoussés au-delà i des rives de TEuphrate; nous marchons vers i Baby lone avec pi us de gloire et d'ass urance * . »

Ce discours eut tout soa effet. D'ailleurs , lin prodige sembla commander le siège de Tyr; -car celle nuit mémq, un songe transporta le prince ^ aux pieds de ses remparts ; il crut voir l'image d'Hercule qui lui tendait la main et Tintroduisait dans la ville. Cette vision signifiait, suivant Arîsiandre, que l'on ne prendrait Tyr qu'avec de grands efforts, vu la difficulti? des travaux d'Hercule. Et en effet , le siège paraissait, d'abord très difficile. La ville formait d'elle-même une île entourée de hautes murailles '. La puissance maritime des Tyriens se fondait sur la quantité de leurs vdisse^tix , et sur l'appui des t^erses qui étaient maîtres de la mer.

L'e sîég^ décidé, Alexandre résolut de for- • mer une jetée du continent à la ville. Du premier côté, les eaux sont basses et fangeuses, et du côté de la place, leur plus grande profondetir est de (rois orgyes * ; mais les matériaux ' étaient souk la main, des pierres en abondance, et des bois pour les soulenir. On enfonçait facilement le pilotis dont la vase formaft naturellement le ciment. Los Macédoniens se portaient à l'ouvrage avec ajdeur; la présence d'Alexandre les encourageait; ses discours animaient leurs travaux, ses éloges les payaient de leurs plus grands efforts : à la pointe du continent, le môle crut rapidement, fl n'y avait ftul obstacle de la part des flots et de Fennemi. Maïs lorsqu'on approcha des murs, on trouva plus de profondeur; et dis-

< Il est è remarquer qif Alexandre rend tonjoars compte au Gontf il ou à raœmblcede toutes tes vues; ce qui prouve que les rois , chez les Grecs , ne forent jamais absolus.

* Qulute-Gurce dît ici naïvement : ■ Lui qui n'était pas apprenti/ d manier les esprits des gens de guerre , leur dit qn'Hercole loi avait apparu en songe. Haud quaquànv rudis tractandi militares animos*

' 5i{tta(ion d'Mexandre après la bataille d*fssus.

Les Perses tenaient la mer; Ag^s , roi de Lacédémone, menaçait d'une diversion dans la Grèce; Amyntas , après avoir grossi sa flotte â Tripoli et à Chypre , venait de gagner la hataiUe de Memphis , et allait soulever l'Egypte, lor$qu*i1 mourut.

4 5 mètres 51 centimètres (17 pieds).

' Ruines de la vieille Tyr : le mont Liban.

posé plutôt pour le travail que pour le combat, on souffrit beaucoup des traits que les ennemis faisaient pleuvoir du haut des remparts. D'ailleurs les Tyriens , maîtres encore de la mer, détachaient de di0erents côtés des trirèmes qui venaient arrêter les travailleurs. Les Macédoniens placent, à l'extrémité du môle avancé, deux tours de bois, armées de machines; on les couvrit de peaux pour les garantir d^s brandons enflammés; les ouvriers furent alors ik l'abri des flèches, tandis què'des traits lancés du haut des tours écartaient facilement les vaisseaux qui venaient inquiéter les travailleurs.

Les Tyriens eurent recours à cet expédient. Us remplissent un bâtiment de char{;e ^ de sarments secs et d'objets qui s'embrasent aisément ; ils élèvent vers la proue deux mâts qu'entoure une enceinte étendue, et remplie de fascines» de torôhes, de poix, de soufre et d'autres matières excessivement combustibles; ils ajustent à chaque mftt deux antemies auxquelles ils suspendent des chaudières qui contiennent les plus incendiaires aliments; on transporte à la poupe tout l'attirail de la manœuvre pour élever la proue par ce contrepoids ; ayant pris le vent qui poussait vers le môle , ils dirigent ce brûlot attaché à des galères; arrivé aux pieds des tours, on met le feu au brûlot que les trirèmes poussent avec force contre la t^te du môle : les matelots se sauvent à la nage.

Cependant les flammes gagnent rapidement les tours , les antennes brisées épanchent dans leur chute tout ce qui peut accroître l'embrasement. Les trirèmes des Tyriens, enveloppant le môle , faisaient pleuvoir une grêle de traits pour empocher qu'on y portât des secours. Dès que les habitants aperçoivent l'incendie , ils montent sur des barques , et , ^bof dant le môle de tous côtés , détruisit facilement les travaux desiftlacédoniens, et brûlent le reste des machinés échappées aux premières flammes.

Alexandre fait recommencer un môle * plus large, propre à contenir un plus grand nom-

• hippagogon: â fransp<»rier des chevaux. ' L'obstination abat Tenaenii et prépare le succès. (Polyb. , 1. 9.)

SSS iV. J.-G.

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