LIVRE IL
XVII. Sans m'arréler davantage au sentiment des Ioniens, je pense qu'on doit donner le nom d'Egypte i toute l'étendue de pays qui est occupée par les Égyptiens , de même qu'on appelle Cilicie et Assyrie les pays habités par les Ciliciens et les Assyriens; et je ne connais que rÉgypte qu'on puisse 9 à juste titre, regarder comme limite de l'Asie et de la Libye ; mais, si nous voulons suivre l'opinion des Grecs, nous regarderons toute l'Egypte qui conunence à la cataracte * et à la ville d'Eléphaniine , comme un pays divisé en deux parties comprises sous l'une et l'autre dénomination ; car l'une est de la Libye, et l'autre de l'Asie. Le Nil commence à la cataracte , partage l'Egypte en deux , et se rend à la mer. Jusqu'à la ville de Cercasore, il n'a qu'un seul canal; mais audessous de cette ville il se sépare en trois branches qui prennent trois routes différentes, l'une s'appelle la bouche Pélusiène, et va à l'est ; l'autre , la bouche Cauopique, et coule à Touest; la troisième va tout droit, depuis le haut de l'Égypie , jusqu'à la pointe du Delta qu'elle partage par le milieu » en se rendant à la mer. Ce canal n'est ni le moins con^idérable par la quantité de ses eaux , ni le moins célèbre : on le nomme le canal Sébennytique. Du canal Sébennytique, partent aussi deux autres canaux qui vont pareillement se décharger dans la mer par deux difterentes bouches , le Suiiique et la M endésiène. La bouche Bobitine et la Bucolique ne sont point l'ouvrage de la nature, mais des habitants qui les ont creusées.
XYIIL Le sentiment que je viens de développer sur l'étendue de TÉg) pte , se trouve confirmé par le témoignage de l'oracle de Jupiter Ammon , dont je n'ai eu connaissance qu'après m'étre formé cette idée de l'Egypte. Lts habitants de Marée et d'Apis , villes frontières du côté de la Libye , ne se croyaient pas Égyptiens, mais Libyens. Ayant pris en aversion les cérémonies religieuses de l'Egypte y.et ne voulant point s'abstenir de la chair des génisses, ils envoyèrent à l'oracle d'Ammon, pour lui représenter qu'habitant hors du Delta, et leur langage étant différent de celui des Égyptiens, ils n'avaient rien de commun avec ces peuples , et qu'ils voulaient qu'il leur fftt permis de manger de toutes sortes de viandes.
■ La petite Cataracte ; la grande ert CD Ethiopie.
S6 HISTOIRE D'HÉRODOTE
Le dieu isi^ta leur demande, et leur répondit que tout le pays que couvrait le Nil dans ses débordements» appartenait à VÈgypte^ et que tous ceux qui , habitant au-dessous de la ville d'Élépbantine , buvaient des eaux de ce fleuve, étaient Égyptiens.
XIX. Or, le Mil, dans ses grandes crues, inonde non-seulement le Delta, mais encore des endroits qu'on dit appartenir à la Libye, ainsi que quelques petits cantons de T Arabie, et se répand de l'un et de Tautre cdté , l'espace de deux journées de chemin , tantôt plus , tantôt moins.
Quant à la nature de ce fleuve, je n'en ai rien pu apprendre ni des prêtres, ni d'aucune autre personne. J'avais cependant une envie extrême de savoir d'eux pourquoi le Mil commence à {p*ossir au solstice d'été, et continue ainsi durant cent jours; et par quelle raison, ayant crû ce nombre de jours , il se retire, et baisse, au point qu'il demeure petit l'hiver entier; et qu'il resie en cet étal jusqu'au retour du solstice d'été.
J'eus donc beau m'informer pourquoi ce fleuve est, de sa nature, le contraire de tons les autres , je n'en pus rien apprendre d'aucun Égyptien, malgré les questions que je leur fis , dans la vue de m'instruire. Ils ne purent me dire pareillement pourquoi leNil est le seul fleuve qui ne produise point de vent frais.
XX. Cependant il s'est trouvé des gens chez les Grecs , qui , pour se foire un nom par leur savoir , ont entrepris d'expliquer le débordement de ce fleuve. Des trois opinions qui les ont partagés , il y en a deux que je ne juge pas même dignes d'être rapportées ; aussi ne feraije que les indiquer. Suivant la première , ce sont les vents étésiens qui, repoussant de leur souffle les eaux du Mil , et les empêchant de se porter à la mer , occasionent la crue de ce fleuve; mais il arrive souvent que ces vents n'ont point encore soufflé , et cependant le Mil n*en grossit pas moins. Bien plus, si les vents étésiens étaient la cause de l'inondation , il faudrait aussi que tous les autres fleuves, dont le cours est opposé à ces vents , éprouvassent la même chose que le Mil; et cela d'autant plus , qu'ils sont plus petits et moins rapides : or , il y a en Syrie et en Libye beaucoup de rivières
qui ne sont point sujettes à des débordements tels que ceux du Mil.
XXL Le second sentiment est encore plus absurde ; mais, à dire vrai , il a quelque chose de plus merveilleux. Selon cette opinion^ l'O-* céan environne toute la terre , et le Mil opère ce débordement , parce qu'il vient de l'Océan.
XXIL Le troisième sentiment est le plus faux, quoiqu'il ait un beaucoup plus grand degré de vraisemblance. C'est ne rien dire en effet , que de prétendre que le Mil provient de la fonte des neiges , lui qui coule de la Libye par le milieu de l'Ethiopie , et entre de là en Egypte. Comment donc pourrait- il être formé parla fonte des neiges, puisqu'il vient d'un climat très-chaud dans un pays qui l'est moins? Un homme capable de raisonner sur ces matières, peut trouver ici plusieurs preuves, qu'il n'est pas même vraisemblable que les débordements du Mil dérivent de cette cause. La première, et la plus forte , vient des vents ; ceux qui soufflent de ce pays-là, sont chauds. La seconde se tire de ce qu'on ne voit jamais en ce pays, ni pluie ni glace. S'il y neigeait, il faudrait aussi qu'il y plut ; car c'est une nécessité absolue que , dans un pays où il tombe de la neige, il y pleuve dans l'espace de cinq jours. La troisième vient de ce que la chaleur y rend les homme noirs , de ce que les milans et les hirondelles y demeurent toute l'année , et de ce que les grues y viennent en hiver , pour éviter les froids de la Scythie. Si donc il neigeait , même en petite quantité, dans le pays que.traverse le Mil, ou dans celui où il prend sa source» il est certain qu'il n'arriverait rien ide toutes ces choses , comme le prouve ce raisonnement.
XXIIL Celui qui a attribué à l'Océan la cause du dâ)ordement du Mil, a eu recours à une fable obscure, au lieu de raisons convaincantes ; car , pour moi , je ne connais point de fleuve qu'on puisse appeler Océan , et je pense qu'Homère , ou quelque autre poète plus ancien , ayant inventé ce nom , l'a introduit dans la poésie.
XXIV. Mais, si après avoir rejeté les opinions précédentes , il est nécessaire que je déclare moi-même ce que je pense sur ces choses cachées, je dirai qu'il me paraît que le NU grossit en été , parce qu'en hiver , le soleil , chassé de son ancienne route par la rigueur de
EUTERPE. — LIVRE II
hs^son , parcourt alors la rëgion du dd qui répond à la partie supérieure de la Libye. Voilà, en peu de mots , la raison de cette crue; car il est probable que plas ce Dieu tend vers on pays et s'en approche » et plus il le dessèdie et en tarit les fleuves.
XXY. Mais il feut expliquer cela d'une manière plus étendue : Fair est toujours serein dans la Lybie supérieure ; il y £siit toujours dnnd , et jamais il n'y souffle de vents froids. Lorsque le soleil parcourt ce pays , il y pro* doit le même efFet qu'il a coutume de produire a été quand il passe par le milieu du del; il ttiire les vapeurs à lui, et les repousse ensuite im les lieux élevés , où les vents , les ayant TcçKs , les dispersent et les fondent. C'est iTseDiblablement par cette raison que les vents <fn soufflent de ce pays, comme le sud et Jesâk>uest » sont les plus pluvieux de tous. Je mâs cependant que le soleil ne renvoie pas fonte Teau du Nil qu'il attire annuellement , mis qu'il s*en réserve une partie.
Lorsque Thiver est adouci , le soleil retourne an milieu du ciel , et de là il attire également des vapeurs de tous les fleuyes. Jusqu'alors ils aflgmentent considérablement» à cause des pluies dont la terre est arrosée, et qui forment des torrenis; mais ils deviennent faibles en été, parce que les pluies leur manquent » et que le soleil attire une partie de leurs eaux. Il n'en et pas de même du Nil : comme , en hiver , il est dépourvu des eaux de pluies , et que le sokfl en élève des vapeurs , c'est, avec raison » b seule rivière dont les eaux soient beaucoup plis basses en cette saison qu'en été. Le soleil Fattire de même que tous les autres fleuves ; aa» , rbiver, il est le seul que cet astre mette a contribulion : c'est pourquoi je regarde le so* leîl comme la cause de ces effets.
XXVI. C'est lui aussi qui rend , à mon avis» Tair sec en ce pays , parce qu'il le brûle sur ion passage ; et c'est pour cela qu'un été perp^nel règne dans la Lybie supérieure. Si l'ordre des saisons et la position du del venaient à diang;er, de manière que le nord prit la place (b sud 9 et le sud celle du nord , alors le soleil , dassé du milieu du ciel par l'hiver , prendrait saosdouteson cours par la partie supérieure de TEurope, comme il le fait aujourd'hui par le haut de la Libye ; et je pense qu'en traversant
ainsi toute l'Europe il agirait sur l'Ister comme il agit actuellement sur le Nil.
XXYII. J*ai dit qu'on ne sentait jamais de vents frais sur ce fleuve , et je pense qu'il est contre toute vraisemblance qu'il puisse en venir d'un climat chaud, parce qu'ils ont coutume de souffler d'un pays froid : quoi qu'il en soit , laissons les choses comme elles sont , et comme elles ont été de tout (emp.
XXVIII. De tous les Egyptiens , les Lybiens et les Grecs avec qui je me suis entretenu , aucun ne se flattait de connaître les sources du Nil 9 si ce n'est le hiérogrammateus, ou interprête des hiéroglyphes de Minerve à Sais , en Egypte. Je crus néanmoins qu'il plaisantait quand il m'assura qu'il en avait une cotinaissauce certaine. Il me dit qu'entre Syène, dans la ThébaîdCy et Eléphantine, il y avait deux montagnes dont les sommets se terminaient en pointe ; que Tune de ces montagnes s'appelait Grophi f et l'autre Hophi. Les sources du Nil, C[ui sont de profonds abîmes , sortaient, disaitil , du milieu de ces montagnes ; la moitié, de leurs eaux coulait en Egypte , vers le nord, et l'autre motié en Eihiopie , vers le sud. Pour me montrer que ces sources étaient des abîmes , il ajouta que Psammitichus, ayant voulu en faire Tépreuve , y avait fait jeter un câble de plusieurs milliers d*orgyies i , mais que la sonde n'avait pas été jusqu'au fond. Si le récit de cet interprète est vrai , je pense qu'en cet endroit les eaux , venant à se porter et à se briser avec violence contre les montagnes, refluent avec rapidité , et excitent des tournants qui empêchent la sonde d aller jusqu'au fond.
XXIX. Je n'ai trouvé personne qui ait pu m'en apprendre davantage ; mais voici ce que j'ai recueilli en poussant mes recherches aussi loin qu'elles pouvaient aller : jusqu'à Eléphantine , j'ai vu les choses par moi-même ; quant à ce qui est au-delà de cette ville , je ne le sais que par les réponses que Ton m'a faites.
Le pays au-dessus d*Éléphantine, est élevé. En remontant le fleuve , on attache de chaque côté du bateau une corde, comme on en attache aux bœufs , et on le tire de la sorte. Si le câble se casse , le bateau est em^^orté par la
' L'orhyie avait quatre coudées oa sii pieds greck L'orgyie revient à environ dnq pieds hait pouces.
force du courant. Ge lien a quatre jours de navigation. Le Mil y est tortueux comme le Méandre, et il faut naviguer de la manière que nous avons dit , pendant douze schènes * ; vous arrivez ensuite à une plaine fort unie, où il y a une île formée par les eaux du Nil ; elle s'appelle Tachompso. Au-dessus d'Éléphantiae, on trouve déjà des Éthiopiens ; ils occupent même une moitié de Tile de Tachompso, et les Égyptiens l'autre moitié. Attenant File, est un grand lac, sur les bords duquel habitent des Ethiopiens nomades. Quand vous l'avez traversé , vous rentrez dans le Mil, qui s'y jette; de là , quittant le bateau , vous faites quarante jours de chemin le long du fleuve; car, dans cet espace , le Mil est plein de rochers pointus et de grosses pierres à sa surface , qui rendent ia navigation impraticable. Après avoir foit ce chemin en quarante jours de marche , vous vous rembarquez dans un autre bateau , où vous naviguez douze jours; puis vous arrivez à une grande ville, appelée Méroé. On dit qu'elle est la capitale du reste des Éthiopiens. Jupiter et Bacchus sont les seuls dieux qu*adorent ses habitants; les cérémonies de leur culte sont magnifiques , ils ont aussi parmi eux un oracle de Jupiter, sur les réponses duquel ils portent la guerre partout où ce dieu le commande , et quand il l'ordonne.
XXX. De cette ville, vous arrivez au pays des Automoles, en autant de jours de navigation que vous en avez mis à venir d'Éléphantine à la métropole des Éthiopiens. Ces Automoles s'appellent Asmach. Ce nom, traduit en grec, signifie ceux qui se tiennent à la gauche du roi ; ils descendent de deux cent quarante mille Égyptiens, tous gens de guerre , qui passèrent
du côté des Éthiopiens pour le sujet que je vais rapporter.
Sous le règne de Psammitichus, on les avait mis en garnison à É'éphantine, pour défendre le pays contre les Éthiopiens ; à Daphnes de Péluse, pour empêcher les incursions desArabes et des Syriens ; à Marée, pour tenir la Lybie en respect. Les Perses ont encore aujourhui des troupes dans les mêmes places, où il y
> U 7 avait dei schèoet de difTérentes longnenn : suivant révaliiation d'Hérodote, les doue schèoet ftmt 720 stades.
HISTOIRE D'HÉRODOTE
en avait sous Psammitichus; car il y a garnison perseàÉléphantine et à Daphnes. Ces Égyptiens étant donc restés trois ans dans leurs garnisons sans qu'on vint les relever , résolurent , d'un commun accord , d'abandonner Psammitichus , et de passer chez les Éthiopiens. Sur cette nouvelle, ce prince les poursuivit; lorsqu'il les eut atteints , il employa les prières et tous les motifs les plus propres à les dissua* der d'abandonner les dieux de leurs pères , leurs enfants et leurs femmes. Là-dessus , l'un d'entreeux, comme on le raconte, lui montrant le signe de sa virilité, lui dit: c Partout où nous le porterons , nous y trouverons des femmes , et nous y aurons des enfants.» Les Automoles, étant arrivés en Ethiopie, se donnèrent au roî. Ce prince les en récompensa en leur accordant le pays de quelques Éthiopiens qui étaient ses ennemis, et qu'il leur ordonna de chasser.
Ces Égyptiens s'étant établis dans ce pays , les Éthiopiens se civilisèrent en adoptant les mœurs Égyptiennes.
XXXL Lé coars du Nil est donc connu pendant quatre mois de chemin, qu'on fait en partie par eau, et en partie par terre, sans y comprendre le cours de ce fleuve en Egypte ; car, si Ton compte exactement, on trouve qu'il faut précisément quatre mois pour se rendre d'Éléphantine au pays de ces Automoles. Il est certain que le Nil vient de l'ouest ; mais on ne peut rien assurer sur ce qu'il est au-delà des Automoles, les chaleurs excessives rendant ce pays désert et inhabité.
XXXH. Voici néanmoins ce que j*ai appris de quelques Cyrént'cns, qui , ayant été consulter, à ce qu'ils me dirent , l'oracle de Jupiter Ammon , eurent un entretien avec Étéarque , roi du pays. Insensiblement la conversation tomba sur les sources du Nil , et Ton prétendit qu'elles étaient inconnues. Étéaque leur raconta qu'un jour des Nasamons arrivèrent à sa cour. Les Nasamons sont un peuple de Lybie qui habite la Syrte , et un pays de peu d'étendue à l'orient de la Syrte. Leur ayant demandé s'ils avaient quelque chose de nouveau à lui apprendre sur les déserts de Lybie , ils lui répondirent que, parmi les familles les plus puissantes du pays , des jeunes gens , parvenus à l'âge viril, et pleins d'emportement, imaginèrent , entre autres extravagances, de tirer
£UTERP£. ^ LIVRE IL
se
M sort cioq d'entre eux , pour reoonnattre les déserts de la Lbiye , et tâcher d'y pénétrer plus avant qu'on ne Tavait fsdt jusqu'alors.
Toute la côte de la Lybie qui borde la mer Sq>teiitrionale * j depuis TÉgypte jusqu'au promontoire Soioéb , où se termine cette troisième partie du monde, est occupée psr les Lybieos et p^ir diverses nations Libyènes » à la réserve de ce qu'y possèdent les Grecs et les Phéniciens ; mais , dans l'intérieur des terres , aa-dessos de la côte maritime et des peuples qui la bordent , est une contrée remplie de bêtes féroces. Au-ddà de cette contrée , on ne trouve plus que du sable , qu'un pays prodigieuseoient aride et absolument désert.
Cesjeunes gens, envoyés par leurs compagiioi» avec de bonnes provisions d'eau et de vivres , parcoururent d'abord des pays habités ; ensuite ils arrivèrent dans un pays rempli de bêles /arooes ; de là , continuant leur route à Tooest à travers les déserts , il aperçurent , après avoir longtemps marché dans un pays irès-sablonneuxy une plaine où il y avait desarbres. S^en étant approchés , ils mangèrent des fruits que ces arbres portaient. Tandis qu'ils en mangeaient^ de petits hommes, d'une taille au-dessous de la moyenne, fondirent sur eux , et les emmenèrent par force. Les Nasamons B'mtendaient point leur langue , et ces petits hommes ne comprenaient rien à celle des Nasamons. On les mena par des lieux marécageux; après les avoir traversés, ils arrivèrent à une ville dont tons les habitants étaient noirs,et de la même taille que ceux qui les y avaient conduits. Unegrande rivière, dans laquelle il y avait des crocodiles , coulait le long de cette ville de l'ouest à Test.
XXXIII. Je me suis contenté de rapporter jusqu'à présent le discours d'Étéarque. Ce prince ajoutait cependant, comme m'en assurèrent les Cyrénéens, que les Nasamons étaient retoomés dans leur patrie, et que les hommes chez qui ils avaient été étaient tous des enchanteurs. Quant au fleuve qui passait le long <ie celte ville, Étéarque conjecturait que c'était le Nil, et la raison le veut ainsi, car le Nil vient de la Lybie, et la coupe par le milieu ; et s'il est permis de tirer des choses connues des conjectures sur les inconnues, je pense qu'il part des
' La Méditerranée.
mêmes points que Tlster. Ce dernier fleuve commence en effet dans le pays des Celtes, auprès de la ville de Pyrène, et traverse l'Eu-^ rope par le milieu. Les Celtes sont au-delà des colonnes d'Hercule , et touchent aux Cynésiens, qui sont les derniers peuples de l'Europe du côté du couchant. L'Ister se jette dans le Pont-Euxin, à l'endroit oiisont leslstriens, colonie de Milet,
XXXIY. L'Ister est connu de beaucoup de monde, parce qu'il arrose des pays habités; mais on ne peut rien assurer des sources du Nil, à cause que la partie de la Lybie qu'il traverse est déserte et inhabitée. Quant à son cours, j'ai dit tout ce que j'ai pu en apprendre par les recherches les plus étendues. Il se jette dans l'Egypte; l'Egypte est presque vis-à-vis de la Cilicie montueuse; de là à Sinope, sur le Pont-Euxin , il y a en droite ligne cinq jours de chemin pour un bon voyageur : or, Sinope est située vis-à-vis de l'embouchure de l'Ister: il me semble par conséquent que le Nil, qui traverse toute la Lybie, peut entrer en comparaison avec l'Ister : mais en voilà assez sur ce fleuve.
XXXY. Je m'étendrai davantage sur ce qui concerne l'Egypte, parce qu'elle renferme plus de merveilles que nul auUre pays, et qu'il n'y a point de contrée où l'on voie tant d'ouvrages admirables et au-dessus de toute expression.
Comme les Égyptiens sont nés sous un climat bien difieVent des autres climats, et que le Nil est d'une nature différente du reste des fleuves, aussi leurs usages et leurs lois diffèrent-ils pour la plupart de ceux des autres nations. Chez eux , les femmes vont sur la place , et s'occupent du commerce , tandis que les hommes, renfermés dans leurs maisons, travaillent à de la toile ^ Les autres nations font la toile, en poussant la trame en haut; les Égyptiens en la poussant en bas. En Egypte, les hommes portent les fardeaux sur la tète, et les femmes sur les épaules. Les femmes urinent debout , les hommes accroupis; quant aux autres besoins naturels, ils se renferment dans leurs maisons ; mais ils mangent dans les rues. Ils apportent pour raison de cette conduite que les choses indécentes, mais nécessaires, doivent
■ Les hommes étaient, en Egyptoj les esclayes des femmes. Diodor. Sicul. lib. t. f. xxvii.
HISTOIRE D'HÉRODOTE
se iaire en secret, au lieu que celles qui ne sont point indécentes doivent se faire en public. Chez les Égyptiens, les femmes ne peuvent être prêtresses d'aucun dieu ni d'aucune déesse ; le sacerdoce est réservé aux hommes. Si les enfants mâles ne veulent point nourrir leurs pères et leurs mères, on ne les y force pas; mais si les filles le refusent, on les y contraint.
XXXYl. Dans les autres pays, les prêtres portent leurs cheveux ; en Egypte , ils les rasent. Chez les autres nations, dès qu*on est en deuil on se foit raser, et surtout les plus proches parents ; les Égyptiens, au contraire, laissent croître leurs cheveux et leur barbe, à la mort de leurs proches, quoique jusqu'alors ils se fussent rasés. Les autres peuples prennent leur repas dans un endroit séparé des bêtes, les Egyptiens mangent avec elles. Partout ailleurs on se nourrit de froment et d'orge; en Egypte, on regarde comme infâmes ceux qui s'en nourrissent, et l'on y fait usage d*épautre. Ils pétrissent la farine avec les pieds; mais ils enlèvent la boue et le fumier avec les mains. Toutes les autres nations, excepté celles qu'ils ont instruites , laissent les parties de la génération dans leur état naturel; eux, au contraire, se font circoncire. Les hommes ont chacun deux habits, les femmes n'en ont qu'un. Les autres peuples attachent en dehors les cordages et les anneaux ou crochets des voiles; les Égyptiens, en dedans. Les Grecs écrivent et calculent avec des jetons en partant de la gauche ;Vers la droite; les Égyptiens, en la conduisant de la droite à lagauche^ et néanmoins ils disent qu'ils écrivent et calculent à droite, et les Grecs à gauche. Ils ont deux sortes de lettres, les sacrées et les vulgaires.
XXXVIl. Us sont très-religieux, et surpassent tous les hommes dans le culte qu'ils rendent aux dieux. Voici quelques-unes de leurs coutumes : ils boivent dans des coupes d'airain, qu'ils ont soin de nettoyer tous les jours; c'est un usage universel, dont personne ne s'exem pte. Us portent des habits de lin nouvellement lavés, attention qu'ils ont toujours. Ils se font circoncire par principe de propreté, parce qu'ils en font plus de cas que delà beauté.
Les prêtres se rasent le corps entier tous les trois jours, afin qu'il ne s'engendre ni vermine, ni aucune autre ordure sur des hommes
qui servent les dieux. Us ne portent qu une robe de lin et des souliers de byblus. H ne leur est pas permis d'avoir d'autre habit ni d'autre chaussure. Ils se lavent deux fois par jour dans de l'eau froide , et autant de fois toutes les nuits; en un mot, ils ont mille pratiques religieuses qu'ils observent régulièrement.
Us jouissent en récompense de grands avantages, lis ne dépensent ni ne consomment rien de leurs biens propres. Chacun d'eux a sa portion des viandes sacrées, qu'on leur donne cuites; et même on leur distribue chaque jour une grande quantité de chair de bœuf et doie. On leur donne aussi du vin ; mais il ne leur est pas permis de manger du poisson.
Les Égyptiens ne sèment jamais de fèves dans leurs terres; et , s'il y en vient, ils ne les mangent ni crues, ni cuites. Les prêtres n'en peuvent pas même supporter la vue ; ils s'imaginent que ce légume est impur.Chaque dieu a plusieurs prêtres et un grand-prêtre. Quand il en meurt quelqu'un, il est remplacé par son fils.
XXXVIII. Ils croient que les bœufs mondes appartiennent à Epaphus, et c'est pourquoi ils les examinent avec tant de soin. U y a même un prêtre destiné pour cette fonction. S*il trouve sur l'animal un seul poil noir, il le regarde comme immonde. U le visite et l'examine debout et couché sur le dos; il lui fait ensuite tirer la langue, et il observe s'il est exempt des marques dont font mention les livres sacrés, el dont je parlerai autre part. Il considère aussi si les poils de la queue sont tels qu'ils doivent être naturellement.
Le bœuf a-t-il toutes les conditions requises pour être réputé monde, le prêtre le roar()ue avec une corde d'écorce de bybl us , qu'il lui attache autour des cornes; il y applique ensuite de la terre sigillaire, sur laquelle il imprime son sceau; après quoi on le conduit ù l'autel; car il est défendu, sous peine de mort, de sacrifier un bœuf qui n'a point cette empreinte.
XXXIX. Voici les cérémonies qui s'observent dans les sacrifices : on conduit l'animal ainsi marqué à l'autel où il doit être immolé ; on allume du feu ; on répand ensuite du vin sur cet autel, et près de la victime qu'on égorge, après avoir invoqué le dieu ; on en coupe la tête, et on dépouille le reste du corps; ou charge cette tête d'imprécations ; on la poiie
EUTERPE. — LIVRE n.
ensuite aa marché, s*il y en a un; et s'il s'y
trouve des marchands grecs , on la leur vend ;
mais ceux chez qui il n'y a point de Grecs , la
jettait à la rivière. Parmi les imprécations
quils font sur la tête de la victime, ceux qui
oDt offert le sacrifice, prient les dieux de dé-
tourner les malheurs qui pourraient arriver
à toute rÉgypte ou à eux-mêmes, et de les
Ëûre retomber sur cette tête. Tous les Égyp-
ûeiis observent également ces mêmes rites dans
tous leurs sacrifices, tant à 1 égard des têtes
«les victimes immolées, qu'à l'égard des liba-
lioDS de vin. C'est en conséquence de cet usage
qu'aucun Égyptien ne mange jamais de la têle
(F un animal, quel qu'il soit. Quant à l'inspec-
tion des entrailles , et à la manière de brûler
les victimes, ils suivent différentes méthodes,
selon la différence des sacrifices.
XL. Je vais parler maintenant de la déesse Isj'Sy que les Egyptiens regardent comme la plus grande de toutes les divinités , et de la fête magnifique qu'ils célèbrent en son honneur. Après s'être préparés à cette fête par des jeûnes et par des prières, ils lui sacrifient un bœuf. On le dépouille ensuite, et on en arrache les entrailles et la graisse. On coupe les cuisses, la superficie du haut des hanches, les épaules K le col. Cela fait, on remplit le reste du corps de pains de pure farine, de miel, de raisins M^-s , de figues, d'encens, de myrrhe et d'autres substances odoriférantes. Ainsi rempli, on le brûle, en répandant une grande quantité iThuile sur le feu. Pendant que la victime brûle, is se frappent tous, et lorsqu'ils ont cessé de ie frapper , on leur sert les restes du sacrifice.
XLI . Tous les Égyptiens immolent des bœufe et des veaux mondes ; mais il ne leur est pas {«rmis de sacrifier des génisses, parce qu'elles sunt consacrées à Isis, qu'on représente dans ses statues sous la forme d'une femme avec des otmesy comme les Grecs peignent lo. Tous 1^ Égyptiens ont beaucoup plus d'égards pour \i^ génisses que pour le reste du bétail ; aussi fi y a-i'il pas d'Egyptien ni d'Ég) ptienne qui Voulût baiser un Grec à la bouche , ni même se servir du couteau d*un Grec , de sa broche , (le sa marmite, ni goûter de la chair d'un LiiHif monde, qui aurait été coupée avec le cvuteau d'un Grec. Si un bœuf ou une génisse Tiennent à mourir , on leur fait des funérailles
de cette manière : on jette les génisses dans le fleuve ; quant aux bœufis , on les enterre dans les feubourgs, avec l'une des cornes ou les deux cornes hors de terre, pour servir d'indice. Lorsque le bœuf est pourri, et dans un temps déterminé, on voit arriver à chaque ville un bateau de l'ile Prosopitis. Cette ile, située dans le Delta, a neuf schènes de tour ; elle contient un grand nombre de villes; mais celle d'où partent les bateaux destinés à enlever les os des bœufs, se nomme Atarbéchis. On y voit un temple consacrée Vénus. 11 sort d' Atarbéchis beaucoup de gens qui courent de ville en ville pour déterrer les os des bœufe ; ils les empor« tent et les mettent tous en terre dans un même lieu. Ils enterrent de la même manière que les bœufs le reste du bétail qui vient à mourir : la loi l'ordonne ; car ils ne les tuent pas.
XLU. 'J*ous ceux qui ont fondé le temple de Jupiter Thébéen, ou qui sont du Nome de Thèbes , n'immolent point de moutons , et ne sacrifient que des chèvres. En effet , tous les Ég]'ptiens n'adorent pas également les mêmes dieux ; ils ne rendent tous le même culte qu'à Isis et à Osiris , qui , selon eux , est le même que fiacchus. Tons ceux au contraire qui ont en leur possession le temple de Mendès, ou qui sont du Nome Mendésien, immolent des brebis, et épargnent les chèvres. Les Thébéens et tous ceux qui, par égard pour eux, s'abstiennent des brebis, le font en vertu d'une loi dont voici le motif : Hercule, disent-ils , voulait absolument voir Jupiter ; mais ce dieu ne voulait pas en être vu. Enfin, comme Hercule ne cessait de le prier, Jupiter s'avisa dé cet artifice : il dépouilla un bélier, en coupa la tête qu'il tint devant lui, et s'étant revêtu de sa toison, il se montra en cet état à Hercule. C'est par cette raison qu'en Egypte, les statues de Jupiter représentent ce dieu avec une tête de bélier. Cette coutume a passé des Égyptiens aux Ammoniens. Ceux-ci sont en effet une colonie d'Egyptiens et d'Éthiopiens , et leur langue tient le milieu entre celle de ces deux peuples. Je crois même qu'ils s'appellent Ammoniens parce que les Egyptiens donnent le nom d'Amun à Jupiter. Les Thébéens regardent par cette raison les béliers comme sacrés, et ils ne les immolent point , excepté le jour de la fête de Jupiter. C'est le seul jour de Tannée où ils en
HISTOIRE DHÉRODOTE.
sacrifient un ; après quoi on le dépouille , et l'on revêt de sa peau la statue de ce dieu, dont on approche celle d'Hercule. Cela (ait, tous ceux qui sont autour du temple se frappent « en déplorant la mort du bélier , et puis on le met dans une caisse sacrée.
XLIII. Cet Hercule est » à ce qu'on m'a assuré, un des douze dieux ; quant à l'autre Hercule f si connu des Grecs » je n'en ai jamais pu rien apprendre dans aucun endroit de l'Egypte. Entre autres preuves que je pourrais apporter que les Égyptiens n'ont point emprunté des Grecs le nom d'Hercule » mais que ce sont les Grecs qui l'ont pris d'eux, et principalement ceux d'entre eux qui ont donné ce nom au fils d'Amphitryon , je m arrêterai à celles-ci : le père et la mère de cet Hercule, Amphitryon et AIcmène, étaient originaires d'Egypte; bien plus y les Égyptiens disent qu'ils ignorent jusqu'aux noms de Neptune et des Dioscures , et ils n'ont jamais mis ces dieux au nombre de lears divinités : or , s'ils eussent emprunté des Grecs le nom de quelque dieu , ils auraient bien plutôt fait mention de ceux-ci. En effet, puisqu'ils voyageaientdéjà sur mer, et qu'il y avait aussi, comme je le pense, fondé sur de bonnes raisons , des Grecs qui pratiquaient cet élément, ils auraient plutôt connu les noms de ces dieux que celui d'Hercule.
Hercule est un dieu très- ancien chez les Égyptiens; et, comme ils le disent eux-mêmes, il est du nombre de ces douze dieux qui sont nés des huit dieux , dix-sept mille ans avant le règne d'Amasis.
XLIV. Comme je souhaitais trouver quel* qu'un qui pût m'instnihre à cet égard , je fis voile vers Tyr en Phénicie , où j'avais appris qu'il y avait un temple d'Hercule en grande vénération. Ce temple était décoré d'une infinité d'offrandes; et, entre autres riches ornements, on y voyait deux colonnes , dont l'une était d'or fin , et l'autre d'émeraude, qui jetait, la nuit , un grand éclat. Un jour, que je m'entretenais avec les prêtres de ce dieu, je leur demandai combien il y avait de temps que ce temple était bâti ; mais je ne Ifs trouvai pas plus d'accord avec les Grecs que It s Égyptiens. Ils me dirent, en effet , cpi'il avait éié bàii en même temps que IK ville, et qu'il y avait deux mille trois cents ans qu'elle était habitée. Je vis aussi à Tyr un
autre temple d'Hercule ; cet Hercule était surnommé Thasieo. Je fis même un voyage àTbasos , où je trouvai un temple de ce dieu, qui avait été construit par ces Phéniciens , lesquels, courant les mers pour chercher Europe , fon« dèrent une colonie dans cette tle , cinq générations avant qu'Hercule, fikd'Amphitryon , na^* quit en Grèce.
Ces recherches prouvent dairement qu'Hercule est un dieu ancien : aussi les Grecs , qui ont élevé deux temples à Hercule, me paraissent avoir agi très-sagement. Ilsoffrent à l'un , qu'ils ont surnommé Olympien, des sacrifices, comme à un immortel , et font à l'antre des offrandes funèbres , comme à un héros.
XLV. Les Grecs tiennent aussi beaucoup d'autres propos inconsidérés, et l'on peut mettre de ce nombre la fable ridicule qu'ils dâ>itent au sujet de ce héros. Hercule, disent -ils , étant arrivé en Egypte, les Égyptiens lui mirent une couronne sur la tété, et le conduisirent en grande pompe, comme s'ils eussent voulu Tim* moler à Jupiter. Il resta quelque temps tranquille; mais, lorsqu'on vint aux cérémonies préparatoires, il ramassa ses forces, et les tua tous. Les Grecs font voir, à ce qu'il me semble , par ces propos, qu'ils n'ont pas la plus légère connaissance du caractère des Égyptiens et de leurs lois. Quelle vraisemblance y a-t-il en effet que des peuples , à qui il n'est pas même permis de sacrifier aucun animal , excepté des cochons, des bœufs et des veaux, pourvu qu'ils soient mondes , et des oies ; quelle apparence , disje, qu'ils voulussent Immoler des hommes ? D'ailleurs est^ildansla nature qu'Hercule, qui n'était encore qu'un homme, comme ils le disent eux-mêmes, eût pu tuer , lui seul, tant de milliers d'hommes? Quoi qu'il en soit, je prie les dieux et les héros de prendre en bonne part ce que j'ai dit sur ce sujet.
XLVI. Les Mendésiens, dont j'ai parlé plus baut^ ne sacrifient ni chèvres, ni boucs. En voici les raisons : ils mettent Pan au nombre des huit dieux, et ils prétendentque ces huit dieux existaient avant les douze dieux. Or, les peintres et les sculpteurs représentent le dieu Pan comme le font les Grecs , avec une tète de chèvre et des jambes de bouc : ce n'est pas qu'ils s'imaginent qu'il ait une pareille figure , ils le croient semblable au reste des Dieux ; mais je
EUTERPE
me ferais une sorte de scrupule de dire pourquoi ils le représentent ainsi. Les Mendésiens ont beaucoup de vénération poui* les boucs et les chèvres, et encore plus pour ceux-là que pour celles-ci ; et c'est à cause de ces animaux qu ils honorent ceux qui en prennent soin. Us ont surtout en grande vénération un bouc , qu'ils considèrent plusque tousles autres; quand il vient à mourir , tout le Nome Mendésien est en dettil.
Le boiic et le dieu Pan s'appellent Mendèsen ^fptien. Il arriva , pendant que j'étais en Eg>'pte, une chose étonnante dans le Nome Mendésien : un bouc eut publiquement commerce avec une femme ; et cette aventure parvint à la connaissance de tout le monde.
ILYII. Les Egyptiens regardent le pourceau comme un animal immonde. Si quelqu'un en touche m y ne fût-ce qu'en passant , aussitôt il va se plonger dans la rivière avec ses habits : aussi ceux qui gardent les pourceaux, quoique Egyptiens de naissance» sont-ils les seuls qui ne puissent entrer dans aucun temple d'Egypte. Personne ne veut leur donner ses filles en mariage, ai épouser les leurs ; ils se marient entre eux.
11 n'est pas permis aux Égyptiens d'immoler des pourceaux à d'autres dieux qu'à la lune et à Baochus » à qui ils sacrifient dans le même temps, je veux dire dans la même pleine lune : ils en mangent alors. Mais pour quoi les Égyptiens ont-ils les pourceaux en horreur les jours de fêtes 9 et en immolent-ils dans celle-ci? Ils en apportent une raison, que je tairai par scru« pôle, quoique je ne l'ignore point*
Voici comment ils sacrifient les pourceaux à la lune : quand la victime est égorgée, on met ensemble l'extrémité delà queue, la rate et l'épiploon y qu'on couvre de toute la graisse qui est daus le ventre de l'animal , et on les brûle ; le resledela victime se mange le jour de la pleine lune, qui est celui où ils ont offert le sacrifice ; tout autre jour , ils ne voudraient pas en goûter. Les pauvres, qui ont à peine de quoi subsister , font avec de la pâte des figures de pourceaux f et, les ayant fait cuire, ils les offrent en sacrifice.
XLVIIL Le jour de la fête de Bacchus, chacun immole un pourceau devant sa porte à riieure du repas ; on le donne ensuite à einpor-