CHAPITRE PREMIER
Eip^ilitiaii dans ta So^dlrae. — Dépntation dei Seytbes ; TiUe projetée sur te TaoBb op l'Orxante.— Pri» de Gaia et de quatre anlrei Tilles. — Prise et massacre dé Gyro* pplis et d'une septième TÎUe.— Moafement des Scytties ; Spitamène assiège Maracande. — Fondation d'Alexandrie sur te Jaxarte ;leB Sçylbes provoquent Alexandre. —Passage de rOrxante ; défiûte el ftnle des barbares.
Peu de jours après , Alexandre reçoit une dépuration des Scytes de l'Asie , surnommés Abîens, les plus juste» des mortels au rapport d'Homère, et les plus libres, grâces à celte vertu et à leur pauvreté. I<a famille nombreuse des Scythes deTEurope députe également vers lui. Alexandre renvoie les premiers avec quelques hétaires,80usprétextede traiter d'alliance, mais en effet, pour reconnaître la nature du pays, le nombre, les mœurs et les armes de ses habitants.
Il projette de bâtir ime ville près du Tanaîs: la position du lieu lui parait des pins avanta-
geuse pour une place d'armes, s'il en a besoin, dai^s uneexpédiiion contre les Scythes, etpour la défense du pays contre les incursions des barbares établis au-delà du fleuve. Il fonde la grandeur de cette ville sur Tédat de son nom qu'elle doit porter , et sur l'affluaoce des indigènes.
Cependant les barbares , voisins du fleuve, tombent sur les garnisons macédoniennes , les égorgent, et mettent leurs villes en état de défense. Ala sollicitation de ceux qui avaientlivré Bessus , beaucoup de Sogdiens s'étaient réunis à eux , et avaient entraîné dans ce parti quelques Bactriens qui craignaient Alexandre, ou du moins quelques résultats fôcbeux des délibérations de leurs chefs, dont il avait convoqué l'assemblée à Zariaspe , capitale^du pays.
Instruit de leur défection , Alexandre donna ordre à son înfonterie.de se munir d'échelles , et marche lui-même sur Gaza. Des sept v^les occupées par les barbares , c'était la plus proche. Il détache Gratérus contre Cyropolis, la
»n.,.^ LIVRE IV, CHAPITRE 1.
plus grande du pays , oii beaucoup d*eiiire eux s'étaient retires , lui ordonne de camper sous les murs , de les cerner par une circon vallation, de dresser des machines, afin que les habifants, occupés aie repousser ^ ne pussent venir au secours de leurs voisins.
Arrivé devant Gaza , il fait de suite approcher les échelles et attaquer les murailles bâties en terre et peu élevées. Les archers , les gens de trait t les frondeurs, mêlés à l'infanterie, ou élevés sur les machines , font pleuvoir une grêle de irailssur les assiégés, l§$ forcent d'abandonner le rempart ; on dresse des échelles, les Macédoniens escaladent les murs ; Alexandre fait passer tous les hommes au fH de Tépée; partage les femmes, les enfants et le butin , entre ses soldats. Il marche aussi sur une seconde ville, aussi peu fortifiée que Gaza , y entre le même jour; elle subit le même sort. Le lendennain il en prend une troisième d'assaut. Cependant il envoie sa cavalerie cerner deux autres villes peu éloignées , pour empêcher que leurs habitants, instruits de sa marche et de la défaite de leurs voisins, ne prissent la fuite et lui dtassent tous les moyens de les poursuivre.
Il ne s'était point trompé^ les détachements de cavalerie arrivèrent irès-à-propos ; car les barbares voyant la fumée des villes embrasées, informés d'ailleurs de leur désastre par quelques fuyard», sortent précipitamment de leurs murs, et donnent tête baissée dansla cavalerie qui les attendait en bon ordre, et qui en tue un grand nombre.
Ces cinq villes prises et détruites en deux jours, Alexandre marche sur Gyropolis. Cette place, bâtie par Cyrus, avait des murs plus élevés et plus solides que les autres. En outre , les barbares les plus belliqueux s'y étaient retirés en grand nombre. Les Macédoniens ne purent la prendre du premier abord. Alexandre, ayant fait approcher les machines, se disposait ù battre le mitr , et à pénétrer par la première brèche ; il observe que le canal du fleuve, qui traverse la ville, esti sec , et livre un passage facile aux siens fil prend avec lui ses gardes , les Hypaspistes , les archers et les agrîen§, et tandis que les barbares sont occupés sur leurs mordilles , il se glisse pçr le canal , avec un petit nombre des siens, dans ta ville, dont il
fait briser les pertes; ses troupes y entrent sans résistance. Les barbares , voyant l'ennemi au milieu d'eux, se réunissent contre ceux d'Alexandre; l'action la phis vive s'engage. Le roi reçoit un coup de pierre à la tête; Cratérus et plusieurs autres chefs sont atteints de flèches; enfin, les barbares sont chassés de la place publique , tandis que les assaillants forcent le mur abandonné. Huit mille tombèrent sous le fer du vainqueur; dix mille qui restaient se retranchent dans ta citadelle, où ils sont assiégés par Alexandre; mais comme ils manquaient d'eau , ils se reHdh*ent dès le lendemain. La septième ville fut prise d^emblce, si Ton en croit Aristobule» et ses défenseurs mis à mort ; mais Piolémée prétend qu'elle se rendit, qu'Alexandre distribua les prisonniers dans son armée, et les fit garder étroitement jusqu'à son départ de la contrée, ne voulant y laisser aucun de ceux qui avaient pris part 4 la révolte.
Cependant, à la nouvelle de la défection des barbares, l'armée des Scythes asiatiques s'avançait jusqu'au Tana'is , prête à fondre sur les Macédoniens, pour peu qu'ele désordre fiit considérable; d'un autre côté, Spîtamètae assiégeait la garnison de Maracande. Alexandre détache contre lui-Andromaque, Ménédème et Caranus, avec soixante hétaïres, quinze cents stipendiares a pied, et huit cents à cheval, dont Caranus était le chef. Tout ce détachement marche sous % ordres d'un interprète Lycien, nommé Pharnuque, instruit de la langue des barbares, et par là propre aux négociations.
Alexandre cependant bâtissait la ville sur le Tanâïs; ses murs élevés le vingtième jour de travail', reçoivent les Grecs ù sa solde, ceux des pays voisins qui voulurent y habiter, et quelques Macédoniens horad'état de servir.
Il sacrifiait aux dieux, selon le rite accoutumé, et fais^t célébrer des jeuX gymniques et des courses achevai, quand il vit sur la rive opposée , des Scythes qui , loin de se retirer , harcelaient les Grecs à coups de traits , le fleuve ayant très-peu de largeur. Ils ajoutaient
' Alexandrie, conitruitegar le Jaxarte, a oontioné d'être jusqu'à nos jonrs une viUe très-importante: car la position de Gogend ne laisse aucon doate que ce ae soU la niéHi« qae celle de l'Alexandrie sor le Jaxarte.
EXPÉDITIONS D'ALEXANDRE
S2S Af . J.-C
la provocation à l'outrage : c Alexandre » tu 9 n'oses le mesurer aux Scythes; si lu l'osais,
> tu sentirais combien ils diffèrent des bar- 9 bares de l'Asie. >
Irrité de ces injures, Alexandre veut traverser le fleuve, et ordonne pour le passage les dispositions accoutumées. Le ciel consulté par des sacrifices n'annonce rien de favorable. Ce présage déplaît au roi ; cependant il cède , il s'arrête. Mais les Scythes, continuant à le provoquer , il ordonne de nouveaux sacrifices. Arisiandre lui annonce le danger du passage. € Il n'en est point que je n'affronte , plutôt j que de me voir, moi, vainqueur de pres- » que toute l'Asie, insulter par des Scythes,
> comme le fut autrefois Darius *. » — « Mon » devoir est de vous révéler la volonté des
> dieux , et non ce qu'il vous plairait d'en- » tendre.»
Néanmoins , tout étant disposé pour le passage, les troupes sous les armes aux bords du fleuve, Alexandre fait jouer les machines .'quelques Scythes sontbiessés; un d'entre eux, atteint par un trait terrible, qui perce le bouclier et la cuirasse, tombe de cheval; épouvantés, les autres reculent.
Alexandre, profitant de leur désordre , fait sonner les trompettes, se jette le premier dans le fleuve, toute son armée le suit : il (ait traverser d'abord les frondeurs et les archers , pour empêcher à coups de traits les Scythes d'approcher la phalange dans son passage, avant que toute la cavalerie fût à l'autre bord.
Toute l'armée ayant traversé le fleuve , il détache contre les Scythes un corps de chevaux alliés, et quatre cohortes de SaYîssophorcs. L'ennemi bien plus nombreux soutient leur choc, les tourne avec sa cavalerie, les accable de traits, et se replie en bon ordre. Les archers, les agriens et l'infanterie légère, sous les ordres de Balacre, volent à leur secours. Dès qu'on en fut aux mains , trois corps d^iétaires et les archers à cheval viennent les soutenir. Alexandre donne lui-même de front avec toute sa cavalerie; l'ennemi serré de près, parleshommes et les chevaux, ne pouvait plus voltiger et se développer comme auparavant. Il prend la fuite , laisse mille morts sur le champ de ba-
■ Père de Xerx^8.
taille, dont Satrace, un de leurs chefs , et cent cinquante prisonniers. L'armée qui se met à la poursuite des fuyards, souffre beaucoup de la chaleur et de la soif. Alexandre hii-môme ayant calmé la sienne , avec l'eau malsaine du pays, en fut très-ihcommodé; les Macédoniens furent arrêtés par cet accident auquel les Scythes dnrenl leur salut.
Alexandre, dangereusement malade, fut reconduit au camp : Ainsi se confirma le présage d'Aristandre.