‹ Choix des historiens grecsChapitre 167 sur 286 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

RedditioQ de la roche des Sogdieotet de celle de Cboriëne<— Attaque de la roche des Sogdiens; proposition d'Alexandre rejetée.— Reddition de la place.—Alexandre épouse Roxane sa captive. — Siège de la roobe de Choriène. — Reddition de cette place ; approTÎsionnements que le commandant donne anx Grecs.

Au printemps oo part poar assiéger la roche .i^es Sogdiens. Cest dans cette place inexpugnable que s'étaient réfugiés une foule d'habitants , et Oxiarte avec su fenfime et ses filles y après avoir abandonné le parti d'Alexandre. La prite de ce poste enlevait aux Sogdiens leur dernier boulevart. Alexandre s'approche , mais il ne voit de tous côtés qu'une hauteur escarpée y couverte de neige^ inabordable. Les barbares étaient approvisionnés pour un long siège, «t ne manquaient point d'eau. Alexandre leur fait proposer d'entrer en composition , avec la facilité de se retirer chez eux ; mais les barbares, se prenant à rire, lui demandent si ses soldats ont des ailes, qu'ils se croyaient audessus de toute atteinte. Irrité de cette réponse Superbe , Alexandre , pour satisfaire à la fois sa vengeance et sa gloire, résolut d'emporter la place. Il fait publier par un héraut que le premier de tous qui montera à l'assaut obtiendra douze talents; le second, le troisième et tous ceux qui leur succéderont , des récompenses proportionnées, jusqu'au dernier , qui recevra trois cents dariques ' .

Les Macédoniens, excités à la fois par leur courage et la récompense, se présentent au nombre de trois cents, choisis parmi ceux exercés à ces sortes de travaux. Ils sont armés de crampons de fer qu'ils doivent ficher dans la glaiie ou dans la roche, et auxquels ils attachent de fortes cordes. Se dirigeant pendant kl nuit du côté le plus escarpé et le moins gardé, à l'aide de ces crampons et d'eilbrts redoublés , ils arrivent de différents côtés sur le sommet. A cet assaut , trente roulèrent dans les précipices et dans les neiges; on ne put retrouver ' leurs corps. Arrivés sur le sommet, les Macédoniens élèvent un drapeau, c'était le signal convenu. Alexandre députe un héraut vers les

> Un talent,

EXPÉDITIONS D*ALEXANDRE. 328 iv, j. c.

postes avancés des barbares, pour leur annoncer qu'ils aient à se rendre ; que ses soldats ont des ailes; qu'ils lèvent les yeux, les hauteurs sont occupées par les Macédoniens. A cet aspect imprévu , s'imaginant que les assaillants étaient en plus grand nombre, et mieux armés, les barbares se rendiFcnt,

Parmi les prisonniers , on compta un grand nombre de femmes et d'enfants, entre autres, ceux d'Oxyartes; l'une de. ses filles , Roxane, nubile depuis peu, était la plus distinguée des beautés de TAsie , après la femme de Darius. Alexandre en est épris , et loin d'user des droits du vainqueur sur sa captive , il l'élève au rang de son épouse, action bien plus digne d'éloge que de blâme. Il avait respecté autrefois la femme de Darius, la plus belle de celles de POrient, soit indifférence, soit modération, et cela dans la fleur de l'âge, au comble des succès , dans celte situation où les passions ne gardent plus aucune mesure : retenue louable, et que l'amour seul de la gloire pouvait conseiller*. Oxyarte , instruit à la fois de la captivité de sa famille, et des dispositions d'Alexandre pour sa ffle , reprenant lespérance, vint trouver le prince qui le reçut avec tous les honneurs que sa nouvelle alliance commandait.

Lesafifaires dehSogdiane terminées, Alexandre marche vers Paréiaques, où les Choriens et les principaux du pays s'étaientréfugiés dans un poste également imprenable, on l'appelle la roche de Choriène ; elle a de hauteur vingt stades % et de circuit , soixante ^ Escarpée de toutes parts , 6n n'y monte que par un sentier étroit et difficile , où peut à peine passer un seul homme : des précipices l'entourent , et avant d'arriver aux pieds de la place, il ïaut en combler la profondeur. Alexandre n'est que plus animé à son entreprise, rien ne paraît impossible à son courage et à sa fortune : des sapins abondaient aux environs, il les fait abattre; où forme des échelles pour descendredans ces abîmes inaccessibles à tojit autre moyen.

Alexandre présidait'à l'ouvrage," pendant le jovr , à la tête de la moitié de l'armée ; il était

* Le paragraphe qui snit dao9 le texte d'Àrrien appartient naturellement au diapitre VI , du second Uvre , où nous rayons reporté.

* 2500 pas. ^ i7à6000.

j^^^.,.^. LITRE IV, CHAPITRE VlM.

relevé la nuit , toar à tour » par Perdiocas , Léonnatus et Ptolémée', sons les ordres desquels il avait divisé le reste de rarqiée en trois corps. La difficulté du terrain, celle de l'entreprise, ne permettait pas d'avancer à plus d^ vingt coudées le jour 3, et un peu moios la nuit* Sur les flancs de Tabinie on enfonçait avec effort des crampons à )a distance nécessaire pour soutenir la charge ; on y attacha des claies ou des fascines qui, fortement liées entre elles, semblaient présenter un pont ; on les couvrit de terre au niveau du bord pour arriver de plain-pied jusqu'à la place.

Les barbares avaient commencé par rire de ces efforts qu'ils croyaient inutiles. Mais lorsqu'ils se virent incommodés par les traits , tandis qu'ilsne pouvaient des hauteurs atteindre les Macédoniens à couvert sous leurs travaux, Cboriène effrayé envoie un héraut à Alexandre, et demande à conférer avec Oxyarte : celui-ci lui conseille de se soumettre à ce conquérant que nul obstacle ne peut arrêter , et de la bonté duquel il peut tout attendre , s'il se rend à lui ; que lui-même en était un exemple. Ghoriène, persuadé par ce discours, vient trouver le roi avec quelques-uns des siens. Alexandre l'accueille avec bienveillance , le retient auprès de lui, renvoie une partie de ceux qui ravalent accompagné pour foire rendre la place ; on en prend aussitôt possession.

Alexandre, suivi de cinq cents Hypaspistes, y monte pour la reconnaître, et loin d'être offensé de la résistance de Ghoriène, il lui rend le gouvernement de la citadelle et de tous les lieux sur lesquels il s'étendait.

L'armée, qui avait 4éjà souffert des rigueurs de la saison et du siège , vint alors à manquer de vivres. Ghoriène s'engagea à lui en fournir pendant deux mois, et faisant ouvrir.ses magasins, il distribue aux soldats du blé, du vin et des salaisons. Ges objets fournis dans le terme convenu y il protesta qu'il n'avait point épuisé la dixième partie des provisions qu'il avait amassées pour le siège. Alexandre lui marqua de nouveaux égards, convaincu qu'il s'était rendu plutôt de bonne grâce que par force.

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