‹ Choix des historiens grecsChapitre 18 sur 286 · C05QU1S CE PATS PAR LA FORCE DE MON BRAS · texte numérisé non relu

C05QU1S CE PATS PAR LA FORCE DE MON BRAS

Sésostris ne dit pourtant ici ni qui il est , ni de quel pays il est : il Ta indiqué ailleurs. Quelques uns de ceux qui ont examiné cette figure conjecturent qu'elle représente Memnon; mais ils sont loin de la vérité.

CVII. Les prêtres me dirent encore que Sésostris, revenant en Egypte, amena avec lui un grand nombre de prisonniers faits sur les nations qu'il avait subjuguées; qu'étant arrivé à Daphnes de Péluse , son frère , à qui il avait confié le gouvernement du royaume , l'ayant mvité lui et ses enfants, à lop^er chez lui, fit environner la maison de matières combustibles^ auxquelles on mit le feu. Sésostris n'en eut pas plus tôt connaissance, qu^il délibéra avec lareine, sa femme , qu'il avait amenée avec lui , sur le prti qu'il avait à prendre. De six enfants qu'il avait , elle lui conseilla d*en étendre deux sur le bûcher enflammé ,*et de faire de leurs corps une espèce de pont sur lequel il pourrait passer et se sauver. Sésostris la crut : ainsi périrent deu( de ses enfants ; les autres se sauvèrent avec leur père.

I Le palme oa spithame est d'environ 8 ponoei 5 litetcioa >a|pigiMtwrcoméqmnijFpto»»pou-

Sligncf.

' L'are «M nos arvM propre m ItUopiiii»

-UVBEU. '^ 75

GVin. Les prêtres ajoutèrent que Sésostris, après s'être vengé de son frère à son retour en Egypte, employa les prisonniers de guerre à traîner jusqu'au temple de Yulcain ces pierres énormes qu'on y voit. Ce furent ces mêmes prisonniers que Ton força de creuser les fossés et les canaux dont l'Egypte est entrecoupée. Avant ces travaux exécutés malgré eux, l'Égjpte était commode pour les chevaux et pour les voitures; mais, depuis ce temps-là , quoique le pays soit plat et uni, il est devenu impraticable aux uns et aux autres, à cause de la multitude de canaux qu'on y rencontre de toutes parts et en tout sens. Ce prince les fit creuser, parceque toutes les fois que le fleuve venait a se retirer, les villes qui n'étaient point sufses bords, mais au milieu des terres , se trouvaient dans une grande disette d'eau, n'ayant pour leur boisson que l'eau saumâtre des puits.

ÇIX. Le^ prêtées me dirent encore que ce même ^oi fit le partage des terres , assignant à chaqiie Ëgyp^en iipe porljoo égale de terre , et carrée, qu'on tirait au sort, à la charge néanmoins de lui payer tous les ans une cer-* taii;^ redevance, q^i composait son revenu. Si le fleuve enlevait à quelqu'un une partie de sa portion, il allait trouver le roi et lui exposait ce qui lui était arrivé. Ce prince envoyait sur les lieux des arpenteurs, pour voir de combien rbérit2|ge était diminué, afin de ne fy^ire payer la redevance qu'à proportiou du fonds qui resuit. Voilà, je crois, (origine de la géométrie, qui a passé de ce pays en Grèce. A i'é« gard do pôle, c|u cadrau so)aire, et de la divisiop du jour e^ douze parties , les Grecs les tiennent des Babylpoi^ns.

ex. Sésostris est le seul roi d'Egypte qui ait régnéen Ethiopie. Ce prince gtposerdessutuea de pierre devant le temple de Yulcain, en mémoire du (langer qu'il avait évité. U y en avait deux de trente coudées de haut , dont l'une le représentait, et l'autre représenuit sa femme ; e( quatre, de vingt coudées chacune, qui repréçei)iaient ses quatre fils, iiong-t^mps après , lorsque J)arivs , foi des f erses, voulut faire placer sa §tA|.MQ dey^int cellçs-ci , le grand-prôtre de Yulcain s*y opposa. Ce prince, objecutitil, n'a pas fait de si grandes actions que Sésostris. S'il a soiifpîs ^ulî^nt de nations , du mpins l n'a-t-i^ pu vaincre les Scythes, que Sésostris a

HISTOffiE D'HÉRODOTE.

fS57iV. J.-c

SQbjugfoés : il n*est donc pas jaste^ ajouta-t-il, de placer devant les statues de Sésostris * celles d*un prince qui ne l'avait point surpassé par ses exploits. On dit que Darius pardonna au {rrand-prétre cette remontrance généreuse.

CXI. Les prêtres me racontèrent qu'après la mort de Sésostris, son fils Phéron monta sur le trône. Ce prince ne fit aucune expédition militaire, et il devint aveugle à cette occasion. Le Nil s'étant débordé en ce temps-là de dix-huit coudées, et ayant submergé toutes les campagnes, il s'éleva un vent impétueux qui en agita les flots avec violence. Alors Phéron, par une folle témérité, prit un javelot et le lança au milieu du tourbillon des eaux ; aussitôt après, sesyeux furent frappés d'un mal subit, et il devint aveugle. Il fut dix ans dans cet état. La onzième année, on lui apporta une réponse de l'oracle de Buto qui lui annonçait 'que le temps prescrit à son châtiment était expiré, et qu'il recouvrerait la vue en se lavant les yeux avec l'urine d'une femme qui n'eût jamais connu d'autre homme que son mari. Phéron essaya d'abord l'urine de sa femme ; mais comme il n'y voyait pas plus qu'auparavant, il se servit indistinctement de celle des autres femmes. Ayant enfin recouvré la vue, il fit assembler , dans une ville qu'on appelle aujourd'hui Erythrébolos, toutes les femmes qu'il avait éprouvées , excepté celle dont l'urine lui avait rendu la vue, et les ayant fait toutes brûler avec la ville même , il épousa celle qui avait contribué à saguérison.

Lorsqu'il eut été guéri , il envoya des présents dans tous les temples céldires, et fit Ûre pour celui du soleil deux obélisques remarquables , qui méritent surtout qu'on en fesse mention. Ils ont chacun cent coudées de haut, sur huit de large, et sont d'une seule pierre.

CXII. Les mêmes prêtres me dirent que Phéron eut pour successeur un citoyen de Memphis que les Grecs appellent Protée dans leur langue. On voit encore aujourd'hui à Memphis un lieu magnifique et très -orné ^, qui

' Les stataes qa'on éle? ait à quelqu'un étaient toa- Joon offèrtei aux dieux, afin qu'étant tout la protection 4e la religion, penonne n*oeât les reoTener.

" Il y a dauf le greo : t^/mhoc, qui eit une pièce de terre, accompagnée quelquefois d'un bocage, et consacrée à un liéros. Cette pièce de terre était probablement eniironnée d'un mur, a? erde beaux portiques*

lui est consacré. Ce lieu est au sud du temple de Vulcain. Des Phéniciens de Tyr habitent à l'entour, et tout ce quartier s'appelle le camp des Tyriens. Il y a dans le lieu consacré à Protée une chapelle dédiée à Vénus surnommée l'Étrangère. Je conjecture que cette Vénus est Hélène, fille deTyndare, non-seulement parceque j'ai ouï dire qu'Hélène demeura autrefois à la cour de Protée, mais encore parceque cette chapelle tire son nom de Vénus l'Étrangère ; car, de tous les antres temples de Vénus, il n'y en a aucun qui lui soit consacré sous ce nom.

CXni. Ayant questionné les prêtres au sujet d'Hélène, ils me répondirent qu'Alexandre S après l'avoir enlevée de Sparte , mit à la voile pour retourner dans sa patrie. Quand il fut parvenu dans la mer Egée, des vents contraires l'écartèrent de sa route et le repoussèrent dans la mer d'Egypte. Ces vents continuant toujours à être contraires, il vint de là en Egypte, oii il aborda à l'embouchure du Nil qu'on appelle aujourd'hui la bouche Canopique, et aux Tarichées. Il y avait sur ce rivage un temple d'Hercule qu'on y voit encore maintenant. Si quelque esclave s'y réfugie et s'y fait marquer des stigmates sacrés, afin de se consacrer au dieu, il n'est pas permis de mettre la main sur lui. Cette loi continue à s'observer de la même manière depuis son institution jusqu'à présent. Les esclaves d'Alexandre, ayant eu connaissance des privilèges de ce temple, s'y réfugièrent, et se tenant en posture de suppliants, ils se mirent ù accuser leur mattre, dans Tintemion de lui nuire , et à publier l'injure qu'il :avait faite à Ménélas , et tout ce qui s'était |>assé au sujet d'Hélène. Ces accusations se faisaient en présence des prêtres et de Thonis, gouverneur de cette bouche du Nil.

CXI V. Là-dessus, Thonisdépécha au plus tôt un courrier à Hemphis , avec ordre de dire à Protée ces paroles : c II est arrivé ici un Teu-

> crien ^ qui a commis en Grèce un crime » atroce. Non content d'avoir séduit la femme » de son hôte, il l'a enlevée avec des richesses » considérables. Les vents contraires l'ont forcé

> de relâcher en ce pays. Le laisserons-nous

■ Péris : c'est aussi le nom qu'Homère donne le plus aonvent à ce prince.

* Teucrien, halNlaat de la Tenoride on Troade.

1291 AT.ix:.

> partir impanâneiit, on lai 6terons-nous ces 1 richesses i.

Protëe renvoya le courrier au gouverneur, avec un ordre conçu en ces termes : c Arrêtez

> cet étranger, quel qu'il soit, qui a commis un

> tel crime contre son hôte; amenez-le-moi, f afin que je sache ce qu'il peut aussi alléguer

> en sa faveur. »

CXV.Thonis, ayant reçu cet ordre ^ saisit les vaisseaux d'Alexandre , le fit arrêter, et le mena à Hemphis avec Hélène, avec ses richesses et l<ss suppliants du dieu ^ Lorsqu'ils furent tons arrivés , Prêtée demanda à Alexandre qui il était, et d'où il venait avec ses vaisseaux. Ce prince ne lui déguisa point sa lamille , le nom de sa patrie , ni d'où il venait ; mais quand Protée lui eut ensuite demandé où il avait pris Hélène, il s'embarrassa dans ses réponses ; et , comme il déguisait la vérité , ses esclaves, qui s'étaient rendus suppliants, l'accusèrent, et racontèrent au roi toutes les particularités de son crime. Enfin Prêtée prononça ce jugement : Si je ne pensais pas qu'il est de la plus grande conséquence de ne faire mourir aucun des étrangers que les vents forcent à relâcher sur mes terres, je vengerais par ton supplice rinsnlte que tu as faite à Ménélas. Ce prince t'a donné l'hospitalité ; et toi, le plus méchant de tous les hommes, tu n'as pas craint de commettre envers lui une action exécrable. Tu as séduit la femme de ton hôte, et, non content de cela , tu l'as engagée à te suivre , et tu l'emmènes furtivement. Ce n'est pas tout : tu pilles encore , en t'en allant , la maison de ton hôte. Puis donc que je crois de la plus grande conséquence de ne point faire mourir un étranger, je te laisserai aller; mais tu n'emmèneras point cette femme, et tu n'emporteras point ses richesses ; je les garderai jusqu'à ce que ce prince grec vienne lui-même les redemander : pour toi , je t'ordonne de sortir dans trois jours de mes états avec tes compagnons de voyage, sinon tu seras traité en ennemi.»

CXVI. Ce fut ainsi , au rapport des prêtres, qu'Hélène vint à la cour de Prêtée. Il me semble qu'Homère avait aussi ouï raconter la même histoire ; mais comme elle convenait moins à

■ Les erfeaves de Péris.

EUTERRE. - LIVRE H.

l'épopée que celle dont il s*est servi, il l'a abandonnée ; il a montré cependant qu'elle ne lui était pas inconnue. Il nous en donne un témoignage certain dans l'Iliade lorsqu'il décrit le voyagé d'Alexandre, témoignage qu'il n'a rétracté en aucun autre endroit de ses poèmes. Il nous y apprend qu'Alexandre, après avoir erré long-temps de côté et d'autre, avec Hélène qu'il emmenait , aborda à Sidon en Phénicie. C'est dans l'endroit où il s'agit des exploits de Diomèdes. Voici ses vers : c Là, se ^ se trou- » vaient des voiles brodés , ouvrage des Sido-

> niennes que le beau Paris avait amenées de » Sidon , lorsqu'il revînt de Troie avec l'illus-

> tre Hélène. > Dans ^ l'Odyssée, il fait aussi mention du voyage d'Hélène : cTels étaient les

> spécifiques efficaces et excellents que possé- » dait Hélène, fille de Jupiter : elle les avait » reçus de Polydamna , femme de Thonis, dans » son voyage en Egypte, dont le terroir pro-

> duit une infinité de plantes, les unes salu- » taires , les autres pernicieuses. > Il en parle aussi dans ces vers que Ménélas adresse à Tclémaque : c Quoique ' je désirasse m'en » retourner, les dieux me retinrent en Egypte, » parce que je ne leur avais pas offert des hé-

> catombes parfaites. » Homère, par ces vers, nous montre assez qu'il n'ignorait pas qu'A« lexandre avah été en Egypte. La Syrie touche en effet à l'Egypte ; et les Phéniciens , à qui appartient Sidon, habitent dans la Syrie.

CXVII. Ces vers du poète , et principalement les deux derniers, prouvent que les Cypriaques ne sont pas d'Homère; car on lit dans ce poème qu'Alexandre, profitant de la tranquillité de la mer et d'un vent favorable, arriva à Troie avec Hélène, trois jours après son départ de Sparte ; au lieu qu'Homère dit dans l'Iliade qu'en revenant avec elle, il erra longtemps. Mais en voilà assez sur Homère et les vers cypriaques.

CXVIII. Je demandai ensuite aux prêtres si ce que les Grecs racontaient de la guerre de Troie devait être mis au rang des fiibles : ils me répondirent qu'ils s'en étaient informés à. Ménélas lui-même, et voici ce qu'il leur en avait appris. Après l'enlèvement d'Hélène, unenom-

' Iliade, Ut. ti, Ten 289.

• Odyis, Ut. n , Tert 227.

s /Md* vers 551.

breuse armëe de Grecs passa dans la Teucride» pour ven{;er Toutrage Fait à Ménélas. Sortis de leurs vaisseaux , ils n'eurent pas plus tôt assis leur camp , qu'ils envoyèrent à Troie des ambassadeurs , au nombre desquels était Ménélas. Ces ambassadeurs étant entrés dans la ville, demandèrent Hélène, ainsi que les richesses qu'Alexandre avait enlevées furtivement, et ils exigèrent une réparation de celte insulte. Les Teucriens les assurèrent alors, et dans la suite, sans serment, et môme avec serment, qu'ils n'avaient ni Hélène, ni les trésors qu'on les accusait d'avoir enlevés; que tout ce qu'on leur demandait était en Egypte , et qu'on avait tort de les poursuivre pour des choses que retenait Protée, roi de ce pays : muis les Grecs, s'imaginant qu'ils se moquaient d*éux, firent le siège de Troie, et le continuèrent jusqu'à ce qu'ils se fussent rendus maîtres de cette ville. Quand ils l'eurent prise, Hélène ne s'y étant point trouvée , et les Troyens leur tenant toujours le même langage, ils ne doutèrent plus de ce qu'on leur avait dit dès le commencement: ils envoyèrent Ménélas lui-même vers Prolée.

CXIX. Ménélas, étant arrivé en Egypte, remonta le Nil jusqu'à Memphis , où il fit à ce prince un récit véritable de ce qui s^était passé. n en reçut toutes sortes de bons traitements; on lui rendit Hélène , pour qui on avait eu les égards et le respect convensïbles, et on lui remit tous ses trésors.

Ménélas ne reconnut ces bienfaits que par des outrages. Comme il voulait s'embarquer, et que les vents contraires le retenaient , après avoir long-temps attendu, il imagina d'immoler deux enfants du pays. Cette action impie, qui parvint bientôt à la connaissance des Égyptiens , le rendit odieux : on le poursuivit, et il fut obligé de se sauver pur mer en Lybie. Les Égyptiens ne purent m'apprendrede quel côté il alla ensuite; ils m'assurèrent qu'ils avaient une connaissance certaine d'une partie de ces faits , parce qu'ils s'étaient passés chez eux, et qu'ils avaient appris les autres par leurs recherches.

HiSTOmE b'HÉROOOTÈ. iWiT.j.^u

qu'il s'y fût opposé. Priam et les princes de la famille royale n'étaient pas assez dépourvus de sens pour s'exposer à périr^ eux , leurs enfants et leur ville, afin de conserver à Alexandre la possession d'Hélène. Supposons même qu'ils eussent été dans ces sentiments au commencement de la guerre, du moins, lorsqu'ils virent qu'il périssait tant de Troyens toutes les fois qu'on en venait aux mains avec les Grecs , et qu'en différents combats, il en avait déjà coûté la vie à deux ou trois des enfants de Priam, ou même à un plus grand nombre, s'il faut en croire les poètes épiques; quand Priam aurait été lui-même épris d'Hélène, je pense qu'il n'aurait pas balancé à la rendre aux Grecs^ pour se délivrer de tant de maux.

D'ailleurs Alexandre n'était pas l'héritier présomptif delà couronne; il n'était pas chargé de l'administration des affaires de la vieillesse de Priam. Hector était son amé, et jouissait d'une plus grande considération. Priam venant à mourir, ce prince devait lui succéder: ainsi il ne lui eût été ni honorable^ ni avantageux, de favoriser les injustices de son frère, et cela , tandis qu'il se voyait tous les jours, ainsi que lés autres Troyens, exposé pour lui à de si grands niaux : mais il n'était pas en leur pouvoir de rendre Hélène ; et si les Grecs n'ajoutèrent point foi à leur réponse , quoique vraie, ce fut, à mon avis, par une permission du ciel, qui, en détruisant les Troyens, voulait apprendre à tous les hommes que les dieux proportionnent les châtimenisà l'énormitédes crimes.

CXXL Les J)rétre$ me dirent que t\hampsinite succéda à Protée. U fit faire le vestibule du temple de Yulcain * qui est à l'occident ; il fit aussi élever vis-à-vis de ce vestibule deux statues de vingt-cinq coudéek de haut; l'une au nord, les Égyptiens l'appellent Été; l'autre au midi, ils la nomment Hiver. Ils adorent celle qu'ils appellent Été , et lui font des offrandes; quant à celle qu'ils nomment Hiver, ils la traitent d'une manière tout opposée.

Ce prince possédait tant de richesses, que.

gypte au sujet d'Hélène , et voici quelques conjectures que j'y ajoute : si cette priiicessé eût été à Troie , on l'aurait sûrement rendue aux Grecs , soit qu'Alexandre y eût consenti , soit

CXX. Je suis du gentiment des prêtres d'É- de tous les rois d'Egypte qui lui succédèrent ,

il ne s'en est trouvé aucun qui en ait eu de

>(re8tletempledeyiiloBin,à]Ieapliii«qp« dilNrwti rois ornerait à l'cnvi l'an de rautre.

4MiT.I.-«.

ÊtTERPE. -* LlVftÈ tt.

phs grandes', ou mélhe qui en ait approche. Pour mettre ces richesses en sûreté, il fit élever un édifice de pierres, dont un des murs éiaithors de l'enceinte du palais. L*arcbitecte, qui avait de mauvais projets , arrangea une des pierres avec tant d*art , que deux hommes, 00 même ud seul , pouvaient facilement Tôier. L'édifice achevé , Rhauipsioite y fit porter ses richesses. Quelque temps après, Tarchitecte , sentant approcher sa fin, manda ses fils ; il en avait deax. Il leur dit qu'en faisant le bâtiment où étaient les trésors du roi , il avait usé d'arti* fiée afin de pourvoir à leurs besoins, et de leur procurer le moyen de vivre dans l'abondance; il leur expliqua clairement la manière de tirer h pierre , ses dimensions et ses bornes ; enfin il ajouta que , s'ils observaient exactement ce qu il leur avait dit , ils se verraient les dispensateurs de l'argent du roi.

L'architecte mort , ses fils se mirent bientôt après à rouvrage. Ils allèrent de nuit au palais, troiivèrenl la pierre désignée , l'ôtèrent facilement, et emportèrent de grosses sommes. Le roi, étant un jour entré dans son trésor, fut fort étonné, en visitant les vases où était son argent , de les trouver considérablement diminués : il ne savait qui en accuser, parce que les sceaux étaient entiers , et que tout était bien fermé. Y étant revenu deux ou trois fois , et s'étant toujours aperçu que l'argent diminuait (car les voleurs ne cessaient point de piller), il fit faire des pièges qu'on plaça par son ordre autour des vases où étaient ses trésors. Les voleurs vinrent comme auparavant. Un d eux entre , va droit au vase, donne dans le piège et s'y prend. Dès qu'il se vit dans cette ficheuse situation, il appelle son frère et lui conte son malheur; il le conjure d'entrer au plus vite, et de lui couper la tête de crainte qu'on le reconnût, et qu'il ne fût la cause de sa perte. Ceiui^ , voyant qu'il avait raison , obéit, remit h pierre , et s'en retourna chez lui avec la tète de son frère.

Dès que le jour parut, le roi se rendit à son trésor. A peine fut-il entré qu'il fut frappé d'étonnement à la vue du corps du voleur, sans téie , pris et arrêté dans le piège ; il ne le fut pas moins, en remarquant que l'édifice n'était pas endommagé , de n'apercevoir ni entrée ni sortie. Dans cet embarras, toici le parti qu'il

prit : il fit pendre h la muraille le cadavre , et plaça des gardes auprès , avec ordre de lui amener celui qu'ils verraient pleurer à ce spectacle. La mère du voleur, indignée du traitement fait à son fils , s'adressant à celui qui restait , lui enjoignit de mettre tout en œuvre pour détacher le corps de son frère, et le lui apporter, le menaçant , s'il négligeait de lui donner cette satisfaction , d'aller elle-même le dénoncer an roi. Ce jeune homme , ne pouvant fléchir sa mère, quelque chose qu'il pût dire, et craignant l'effet de ses menaces , imagina cet artifice.

Il chargea sur des ânes quelques outres remplies de vin , les chassa devant lui , et lorsqu'il fut près de ceux qui gardaient le corps de son frère, il délia le col de deux ou trois de ces outres. Le vin s'étant mis aussitôt à couler, il se frappa la tête, en jetant de grands cris, comme un homme au désespoir, et qui ne savait auquel de ses ânes il devait aller le premier. Les gardes, voyant le vin couler en abondance, accoururent pour le recueillir, comptant que c'était autant de gagné pour eux. Le jeune homme, feignant d'être en colère, leur dît beaucoup d'injures; mais, comme ils cherchaient à le consoler, il cessa ses emportements, et, faisant semblant de s'apaiser, il détourna ses ânes du chemin , et se mit en devoir de refermer les outres. 11 s'entretint ensuite avec les gardes; et, comme ils tachaient de l'égayer, en lui faisant des plaisanteries, il leur donna une de ses outres. Ils s'assirent aussitôt dans le lien où ils se trouvaient , et, ne pensant plus qu'à boire, ils pressèrent le jeune homme de rester et de leur tenir compagnie. H se laissa aisément ))ersuadcr,et demeura avec eux ; et , parcequ'en buvant, ils le traitaient avec honnêteté, il leur donna encore une outre. Les gardes , ayant bu avec excès , s'enivrèrent , et , vaîncils par le sommeil , ils s'endormirent à l'endroit même où ils avaient bu. Dès que le jeune homme vit la nuit fort avancée, il leur rasa par dérision la joue droite, détacha le corps de son frère, le chargea sur un de ses ânes , et retourna chez Itli , après avoir exécuté les ordres de sa mère.

Le roi , apprenant qu'on avait enlevé le corps du voleur , se mit fort en colère; mais, tomme il voulait absolument découvrir celui qui avait fait le coup, il s'avisa d'une chose que je ne puis croire : il prostitua sa propre fille dans un lieu

HISTOIRE D'HÉRODOTE

IISBif.J.-C.

de débaudie» lui ordonuant de reœvoir égalemeDt toutes sortes de personnes ; mais de les obliger, avant de leur accorder ses faveurs , à lui dire ce qu'ils avaient fait dans leur vie de plus subtil et de plus méchant; et, s*il s*en trouvait un qui se vantât d*avoir enlevé le corps du voleur , il lui recommanda de Tarréier et de ne le point laisser échapper. La fille obéit aux ordres de son père ; mais le voleur, ayant appris pourquoi tout cela se foisoit, voulut montrer qui! étoit plus habile que le i*oi. 11 coupa près de répaule le bras d*un homme nouvellement mort, et , Tayant mis sous son manteau, il alla de ce pas trouver la fille du roi. La princesse lui ayant fait les mêmes questions qu'à tous ceux qui s'étaient déjà présentés, il lui conta que la plus méchante action qu'il eut jamais faite, c'était d'avoir coupé la téie à son frère pris à un piège dans le trésor du roi, et que la plus subtile étoit d'avoir détaché son corps , après avoir enivré ceux qui le gardaient. Elle ne l'eut pas plus tôt entendu qu'elle voulut l'arrêter; mais, comme ils étaient dans l'obscurité , il lui tendit le bras du mort, qu'elle saisit, croyant que c'était celui du voleur. Il lâcha ce bras , courut à la porte et se sauva.

Le roi , informé de ce qui s'était passé , fut extrêmement surpris de la ruse et de la hardiesse de cet homme; mais enfin il fit publier dans toutes les villes de son obéissance qu'il lui accordait sa grâce, et que, s'il voulait se présenter devant lui , il lui donnerait outre cela de grandes récompenses. Le voleur, se fiant à sa parole , vint le trouver. Rbampsinite conçut pour lui une si grande admiration , qu'il lui donna sa fille en mariage, le regardant comme le plus habile de tous les hommes, parce qu'il en savait plus que tous les Égyptiens, qui sont eux-mêmes plus ingénieux que tous les autres peuples.

GXXn. Après cela, me dirent les mêmes prêtres, Rhampsinite descendit vivant sous terre , dans ces lieux que les Grecs croient être les enfers. Il y joua aux dés avec Gérés : tantôt il gagna , tantôt il perdit. Quand il revint sur terre, la déesse lui fit présent d'une serviette d'or. Les mêmes prêtres me dirent aussi que les Égyptiens avaient institué une fête qui dure autant de temps qu'il s'en passa depuis la descente de Rhampûite jusqu'à son retour. Je sais

que , de mon temps > ils célébraient encore cette fête ; mais je ne puis assurer s'ils l'ont établie pour oe sujet ou pour quelque autre.

Les prêtres pendant cette fête revêtent l'un d'entre eux d'un manteau tissu et fait le jour même de la cérémonie, et, lui couvrant les yeux d'un bandeau, ils le mettent dans le chemin qui conduit au templede Gérés; ensuite ils se retirent. Ils me dirent qu'après cela deux loups conduisaient le prêtre, qui avait les yeux ainsi bandés, au temple de Gérés, qui est éloigné de la ville de vingt stades, et qu'ensuite ils le ramenaient au même endroit où ils l'avaient pris.

Si ces propos des Égyptiens paraissent croyables à quelqu'un, il peut y ajouter foi; pour moi, je n'ai d'autre but dans toute cette histoire que d'écrire ce que j'entends dire à chacun.

GXXIII. Gérés et Bacchus ont, selon les Égyptiens, la puissance souveraine dans les enfers. Ges peuples sont aussi les premiers qui aient avancé que Famé de l'homme est immortelle; que, lorsque le corps vient à périr, elle entre toujours dans celui de quelque animal , et qu'après avoir passé ainsi successivement dans toutes les espèces d'animaux terrestres, aquatiques * , volatiles , elle rentre dans un corps d'homme, et que ces différentes transmigrations se font dans l'espace de trois mille ans. Je sais que quelques Grecs ont adopté cette opinion , les uns plus tôt , les autres plus tard , et qu'ils en ont fait usage , comme si elle leur appartenait. Leurs noms ^ ne me sont point inconnus ; mais je les passe sous silence.

GXXIV. Les prêtres ajoutèrent que , jusqu'à Rhampsinite, on avait vu fleurir la justice et régner l'abondance dans toute l'Egypte'; mais qu'il n y eut point de méchanceté où ne se portât Gh^ps, son successeur. Il ferma d'abord tous les temples , et interdit les sacrifices aux Égyptiens; il les fit après cela travailler tous pour lui. Les uns furent occupés a fouiller les carrières de la montagne d'Arabie , à traîner

> De la mer.

* n Tcat «ans doute parier de Phéréeydet de Syrot , et de Pylhagore.

' le président Bouhier pensait qu'il y avait ici ane lacune considérable dans le texte d'Hérodote. Je croU qull y a Téritablemeot une laooiie; mais je mi» peramclé que ce n'eat pas ici qa'eile se trouTe.

IIISiT.

EUTERPE. -

de là jusqu*aa Nil les pierres qu*on en tirait , et à passer ces pierres sur des bateaux de l'autre côté du fleuve; d'autres les recevaient, elles traînaient jiisqu à la montagne de Libye. Od employait tous les trois mois cent mille bommes à ce travail. Quant au temps pendant lequel le peuple fut ainsi tourmenté, on passa dix années à construire la chaussée par où on devait traîner les pierres. Celte chaussée est un ouvrage qui n^esl guère moins considérable, à mon avis, que la pyramide même; car elle a dnq stades de long sur dix orgyies de large, et huit orgyies de haut dans sa plus grande hauteur; elle est de pierres polies et ornées de figures * d'animaux. On passa dix aus à travailler à cette chaussée , sans compter le temps qa on employa aux ouvrages de la colline sur laquelle sont élevées les pyramides, et aux cidifictfS souterrains qu'il fit foire, pour lui servir de sepoUure, dans une île formée par les eaux dalfil, qu'il y introduisit par un canal. La pyramide même coûta vingt années de travail : elle est carrée; chacune de ses faces a huit plèihres de largeur sur autant de hauteur ; elle est en grande partie de pierres polies parfaitement bien jointes ensemble , et dont il n'y en a pas une qui ait moins de trente pieds.

GXXV. Celte pyramide fut bàlie en forme de degrés. Quand on eut commencé à la conumire de cette manière , on éleva de terre les autres pierres, et à l'aide de machines feiites de courtes pièces de bois, ou les monta sur le premier rang d'assises. Quand une pierre y était parvenue , on la mettait dans une autre machine qui était sur cette première assise ; de là on la montait par le moyen d'une autre machine; car il y en avait autant que d'assises : peut-éire aussi n'avaient-ils qu'une seule et même machine facile à transporter d'une assise à l'autre, toutes les fois qu'on eu avait ôié la pierre. Je rapporte la chose des deux façons, comme je Faî oui dire. Ou commença donc par revêtir et perfectionner le haut de la pyramide; de là on descendit aux parties voisines, et enfin on passa aux inférieures et à celles qui touchent la terre. On a gravé sur la pyramide, en caractères égyptiens, combien on a dépensé pour les ouvriers en raiforts, en ognons et en aulx; et

* Cm omemens ne doiveot s'entendre que des pieriei qoîMotnirlesoôtéi.

HénoDOTK.

Page 1