‹ Choix des historiens grecsChapitre 187 sur 286 · LIVRE VI , CHAJPiTRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI , CHAJPiTRE IV

chez les Oxydraques le théâtre d*un fait qui s'est passé certainement chez les Malliens, peuples libres de Tlnde* Les Malliens devaient, à la vérité, se réunir aux Oxydraques pour lui livrer bataille; mais Alexandre, en traversant le désert, avait prévenu leiir jonction.

C'est ainsi queropînioii égarée place dans les champs d' Arbellç 1^ dernière bataille livrée par Alexandre contre Darius, trahi et tué par Bessns dans sa fuite; Arbelle est éloigné, selon les témoignages les plus authentiques, de cinq à six cents stades du champ oii se livra cette bataille, qui eut lieu près de Gau{>amelle et du fleuve Bumélus, au rappôm dePlolémée et d* Aristobule. Mais Gaugamelle n*^est qu'un bourg misérable, dont le nom inconnu est peu harmonieux : on préféra le nom sonore d' Arbelle, ville célèbre et considérable. En se permettant ces licences, il faudrait doue transporter notre victoire navale de Salamioe àlTslbme de Corinihe, et celle d'Artemise dans l'Eiibée à Egine ou à Sunium. Les journées d'Issusr et du Granique n'ont pas donné lieu à de pareilles erreurs.

Les historiens s'accordent à nommer Peucestas, comme le premier de ceux qui couvrirent Alexandre de leurs boucliers ; ils varient dans leurs rapports surXéonnatus et Abréas , et sur la nature de la messure d'Alexandre. Quelques-ans avancent qoe^ frappé d'un bâton sur la tète, il tomba étourdi sous le coup, et en se relevant , fut blessé d'une flèche dans la poitrine; Ptolëmeene rapporte que cette dernière particularité. L'erreur la plus grave des historiens est de mettre Ptolémée au nombre des premiers qui, montait avec Alexandre sur le rempart , le couvrirent de leurs boucliers : ils ont même ajouté que cette action valut a Ptolémée le titre de Sôier * ; et Ptolémée raconte lui-même qu'il ne s'y esc pas trouvé, occupe qu'il était ailleurs contre les Barbares. Qu'on me pardonne cette digression dont le bnt est de rendre ceux qui écriront l'hisloire après nous plus circonspects sur le choix et l'exposition des faits.

Pendant qu'Alexandre faisait panser sa Messure, le bruit de sa mort se répandit dans tout le camp; la désolation , les gémissements sont

' Sanrear.

universels ; l'inquiétude et la consternation leur succèdent : « Lequel, disent-ils, de tant de cheft

> également dignes de lui succéder, au jugement

> d'Alexandre et au nôjre , prendra le com- » mandement de l'armée ? comment retourner

> dans notre patrie à travers tant de nations

> belliqueuses dont les unes ne sont point soumises , et combattront avec le dernier acharnement pour la liberté, et dont les autres se soulèveront aussitôt qu'elles n'auront plus à craindre Alexandre? Comment traverser tant de fleuves immenses? quelle ressource»

> quel parti nous reslent-iis ? Alexandre n'est

> plus ! »

On leur annonce qu'Alexandre vit encore ; ils ne peuvent Te croire. Ils rejettent toàto es^ pérance ; Alexandre écrit Ini-même qu'il paraîtra bientôt dans son camp ; la crainte et U douleur les font doutée de tout, « Ce sont, disent-ils, des lettres supposées par ses officiers. »

Alexandre , instruit de ce trouble, et voulant en prévenir les suites, se fait transporter aussitôt sur les bords de THydroatès pour s'y embarquer,* et descendre au camp assis aux bords du confluent de ce fleuve et de FAcésinès* Ephestlon y commande l'armée , et Méarquela flotte. Au moment oii le vaisseau qui le portait fut à la hauteur du camp, il fit découvrir la poupe de son savire , et se montra à tout le monde : on doiite encore ^'il respire ; mais il approche, il leur tend la main; un cri de joie unanime s'élève; tous les bras sont tendus vers le ciel ou vers AlexanA*e; des larmes d'ivresse coulent de tous les yeux. Au sortir du navire, les hypaspistes lui apportent sa litière; mais il se fait amener un cheval ; il le monte ; des applaudissements universels font retentir les forêts et l^rivage. A l'approche de su tente, il met pied à terre , se mêle à ses soldats ; ils l'entourent avec transport; heureux de lui baiser les mains , le*s genoux , les vêtements, même de le voir, ils s'exhalent en vœux, en bénédictions; les uns lui présenlent des couronnes et sèment sur ses pas les fleurs dont cette région est prodigue.

Néarque rapporte que les amis qui l'accompagnaicQt ne purent s'empêcher' de lui faire de justes reproches que , dans ce péril extrême qu'il avait volontairement recherché , il avait

EXPÉDHIONS D'ALEXANDRE.

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ftiit office phitdt de soldat qne de général ; plainte à laquelle Alexandre fut d'autant plus sensible qu'elle était méritée. Mais ia valeur excessive d'Alexajidre, et sa passion immodérée pour la gloire ; le précipitaient dans tous les dangers. Alors un vieux soldat béotien , ' dont Néarque ne rapporte poinl le nom , surprenant sur sa physionomie la contrariété que ee reproche excitait dans son âme, lui dit dans son dialecte grossier : c Voilà le partage des » héros, ils doivent faire et souffrir de grandes » choses *. » Alexandre accueillit Fexclamation , et Tauteur lui en devint plus cher.

Le reste des Malliens envoie au prince des députés accompagnés des principaux qui tenaient les villes des Oxydraqiies, au nombre de cent cinquante , chargés de pleins pouvoirs pour lui remettre le pays , et apportant les plus rares tributs de Flnde. Fis viennent se rendre à Alexandre, et s'excusent de ne point l'avoir lait plus tôt , disant qu'ils avaient désiré conserver cette précieuse liberté dont ils avaient constamment joui depuis les conquêtes de Bacchus jusqu'à celles d'Alexandre; qu'ils se soumettaient à la volonté d'un prince qui descendait des dieux; qu'ils recevraient un satrape de son choix , paieraient le tribut , livreraient les otages qu'il exigerait.

Alexandre exige mille des principaux de teur nation qu'il gardera comme otages ou qu'il emploiera dans ses troupes jusqu'à la fin de la conquête de l'Inde. Les Malliens les li- Trent; ils ont choisi les meilleurs et les plus forts ; ils fournissent etf outre cinq cents cha* riots et leurs conducteurs, qu'Alexandre n'avait point demandés. 11 accepte les chariots , leur rend les otages, et constitue Philippe sa^ trape des Malliens.

CHAPITBÎfe V.

Descente sur FAcésinës ao conflaent.de l'Iodas; sonmission des Abastanes et des Ossadiens. — Fondation de deax vitles. — Expéditions contre Musicanus, Oxycanus et Sambns. — Sonmissfon et ftiite de» Putaliens.

Alexandre monte sur les vaisseaux qu'il

' Sens d'an ven Sambiqqe,

avait feit construire pendant sa convalescence ; il joint à ses troupes légères déjà embarquées mille sept cents hétaïres et dix mille hommes d'infanterie. Il descend le confluent où THy- .draotès quitte son nom en se réunissant à l'Acésinès. Alexandre, prolongeant sa navigation sur ce dernier, arrive à Tendroi t où i I se jette dans Hndus, alors grossi des eaux de quatre grands fleuves qui perdent successivement leurs noms, savoir : THydaspe, l'Hydraotès, l'Hy phase et TAcésinès, qui reçoit les trois premiers.

L^ndus a bien cent stades de large ^ , et quelquefois davantage depuis cette réunion , avant que ses deux bras forment en s'ouvrant un delta ^. Alexandre stationne avec sa flotte au confluent de FAcésinës et de Tlndus , en attendant Perdiccas, lequel arrive avec son détachement, après avoir soumis en passant les Abastanes^ peuple libre de l'Inde. Des triacontères, et des bâtiments de tran^rt construits chez les Xathres indépendants, viennent rejoindre la flotte.

Des députés de la république des Ossadiens se soumettent. Alexandre marque le confluent de rindus et de l'Acéstnèspour limites au gou* vernément de Philippe, lui laisse toute la cavalerie des Thraces, et des troupes suffisantes pour tenir le pays. ,

C'est là qu'Alexandre fett bâtir une ville qui par sa situation doit bientôt se peupler d'habitants nombreux et devenir célèbrje; il y fait établir des chantiers maritimes.

Le baetrien Oxyartes, beau-père d'Alexandre, vient le trouver. 11 est investi du gouvernement des Paropamisades , à la place de ïiryestès, qui avait mal géré.

Alexandre, fait passer Cratérus, avec une grande partie de l'armée et des éléphants, sur la gauche du fleuve, où la route était plus fecile pour l'infianterie armée pesamment, et dont Jes habitants étaient dans des dispositions peu favorables. Lui-même descend vers la capitale des Sogdiens, fait bâtir aux bords dé rindus une autre ville, et ouvrir de nouveaux ehantiers; on y radoube ses vaisseaux.

Tout le pays compris entre le confluent et la grande mer forme un gouvernement qu'il

* Trois lieues.

* On triangle.

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