CHAPITRE VII
Marche vers la Gédrosie.-— Manqae de vivres ; décoaverte d'un pays eolUré. — Ordre pour appravisiOniler la -flotte; motifs d'Alexandre pour traverser ces déserts, ~ Détails des matik que l'armée y éprouva.
Réuni u Éphestioit, Alexandre s'enft)nce
;ilors avec une graiidd partie de Tarmëe dans les déserts des Gédrosiens. Au rapport d* Aristobule, la myrrhe y est abondaûte. Les Phéniciens, que le commerce attirait sur les pas de l'armée, en recueillirent une grande quantité, les arbres qui la produisent étant là beaucoup plus grands qu*ailleurs , et n'ayant jamais été dépouillés.
On y trouve également beaucoup de nard ; les Phéniciens s'en chargèrent ; l'armée le foulait aux pieds, et Tair en était embaumé* Cet historien ajoute qu'on y voyait des arbres dont la feuille ressemble à celle du laurier ; qu'ils naissent aux bords de la mer dans les bas-fonds, souvent inondés par lés eaux au milieu desquelles ils croissaient ; qu'ils avaient trente coudées de haut * , et étaient alors en fleur; et que cette fleur, semblable à la violette blanche, exhalait un parfum beaucoup plus doux. Qu'on y rencontre une plante armée d'épines si fortes, que si le vêtement d'un cavalier s'y accroche en passant, celui-d se trouve entraîné de son cheval. Ne va-t^il pas jusqu'à raconter que le poil des animaux ^ s'y empêtre , et qu'ils y restent pris comme l'oiseau à la glu , le poisson à Tbameçon; que cependant la lige cède facilemenl au fer, et épanche un lait plus abondant, mais plus acre que celui du figuier?
Alexandre s'avance malgré la difficulté des chemins et le défaut de subsistances : l'eau manque, l'armée est obligée de marcher pendant la nuit, et de s'écarter des côtes qu'Alexandre désiraiit suivre, pour reconnaître les rades,, approvisionner la floue, creuser des puits, construire des ports : cette côie n'est qu'un désert. U détache vers le rivage, pour s'assurer de ces objets, Thoas ' avec quelques chevaux. Celuî-<2i découvre quelques pécheurs sous de misérables cabanes, formées de la xlé* pouille des crustacéeset de squelettes de pois* sons \ Ces pécheUrs fouillaient le saU^ et en tiraient avec peine un peu de mauvaise can.
Parvenu dans un lieu fertile en gtiis»^ Alexandre en rassemble une quantité qiiil bai charger et conduire vers la mer, après l'avoir scellé de son anneau. Pressés par une
t 45 pieds.
• Llèfres.
* Fils de Muidrodpre.
« GoqiilllM et arèiÉt.
D'ALEXANDRE. 35»a^.i,hv
faim dévorante , dont rajgQUIon l'emporte sur toute autre considération, les soldats , et même ceux qui gardaient les provisions , se les partagent , sans respecter le sce^au d'Alexandre. Il était alors absent, et occupé à reconnaître une station. Il leur pardonne ù son retour ; la nécessité fut leur excuse.
Après avoir fourragé tout le pays, il envoya ses nouveaux approvisionnements, sous la conduite de Creihéus Gallatianus, vers sa flotte; il commande aux indigènes d'amener des grains, des dattes, des bestiaux; Télèphe, un des hétaïres, à la tête d'un léger convoi de farines , est détaché vers un autre point.
Alexandre s'avance vers Fura , capitale des Gédrosiens f où il arrive soixante jours après avoir quitté Ores. Au rapport des historiens, tous les maux que l'armée avait soufferts en Asie ne pouvaient se comparer à ceux qu'elle éprouva dans ce voyage. Alexandre lui-même , si l'on. en croit Néarque, n'en ignorait point les dangers ; il savait qu'aucune arméç n'en était revenue. Selon les habitants, Sémiramis, fuyant des Indes, n'en ^vait ramené que vingt hommes; et Cyrus, qui' avait tenté l'invasion de ces contrées, avait eu peine à en sivtir, lui huitième , après avoir vu son armée ensevelie dans ces déserts. Ce récit ne fit qu'enflammer Alexandre , qui voulut faire plus que Cyrus et Sémiramis. Ce fut dans ce dessein, et pour approvisionner sa flotte, qu'Alexandre donna cette direction à son i^âj^ur.
' Une grande partie de l'armée, et surtout les bêtes de somme ,7 périrent de l'excès de la chaleur et de la soif; ils étaient arrêtés par des montagnes de sables brûlants où ils enfonçaient conune dans le limon ou dans un nmas de neige, et y demeuraient ensevelis : on eut beaucoup à souffrir de l'inégalité du chemin ; les bêtes de irait ne pouvaient ni monter ni descendre : égarée dans dmu marches forcées par la disette d'eau , l'armée était excédée. Le chemin paraissait moins pénible la nuit , surtout avant le lever du soleil , lorsque une douce rosée rafraîchissait les airs ; mais, au milieu du joup , a'il fallait aller plus loin, la chaleur et la soif devenaient intoÛrables.
Les soldats tuaient les bêtes de somme ; les 1 subsistances venant à n^anquer» ils aftBûorris-
ssa AT. j.-e.