LIVRE VI. CHAPITRE Vil
aaient de la chair des chevaux et des mulets, qu'ils assuraieat alors être morts dé iatigue. Personne n*osait viirifier les faits; Alexandre en était instruit : tout le monde était coupable» mais la nécessité excusait ce qu*il fallait, sinon permettre y du moins dissimuler.
On abandonnait sur la route les malades et ceux qui ne pouvaient suivre; on sentait alors le manque de bétes de somme et de chariots pour les transporter. Ceux-ci avaient été brisés dès les premières marches, où la difficulté de les conduire allongeait le chemin. Affaiblis par les maladies, les fatigues, la chaleur et la soif, une foule de malheureux sans secours bordaient les chemins. L'armée continuait précipitamment sa marche ; le salut de tous faisait négliger celui de quelques-uns.
Ceux qui s'endormaient à la suite des fatigues de la nuit , se trouvaient seuls à leur réveil; ils voulaient suivre les traces de Tarmée, ils s'égaraient; presque tous périrent dans ces mers d^ sable.
Un nouvel accident fut fatal à Tarmée , et surtout au reste des animaux de trait : lorsque les vents étésiens soufflent , il pleut dans ces déserts comme dans rinde , mais la pluie ne tombe point dans les plaines ; elle est reçue par les montagnes où les nuées s*amassent et crèvent. L'armée était campée près d'un ruisseau : vers la seconde veille de la nuit , il se déborde grossi par la chute des pluies tombées au loin ; cette inondation imprévue eniratne Fëquipage d'Alexandre, les femmes, les enfants, l'atth^ail de l'armée; les soldats ont peine à se sauver avec leurs armes, quelques-uns même y périrent, surtout pour s'être désaltérés trop lar- S'émeut avec imprudence. Cela fut cause de la précaution que prit dorénavant Alexandre, de ne camper qu'à vingt stades des ruisseaux, pour contenir l'intempérance du soldat qui buvait alors avec excès, et dont les premiers, en se précipitant dans l'ean, ta troublaient et la rendaient moins potable^
C'est ici le lieu de rapporter une action mémorable d'Alexandre, soit qu'elle ait eu lieu alors ou antérieurement, chez les Paropamisades;les historiens ne s'accordent point à cet égard. L'armée s'avançait par des sables brûhints, et lirait vers un lieu où elle devait trouver de l'eau. Alexandre, dévoré d'une soif ardente,
se soutenant à peine , marchait cependant à pied à la tête de son infanterie, pour rendre moins insupportables aux soldats les fatigues qu'il partageait. Quelques-uns de ceux légèrement armés s'étant écartés pour aller à la découverte , trouvent un peu d'eau bourbeuse , la recueillent dans nn casque ; e est la chose la plus précieuse; ils la portent au prince, la lui présentent; et lui, après avoir donné des éloges à leur zèle, la répand à la vue de toute l'armée. Cetie action ranime ei semble rafrai* chir le courage des soldats. En quoi Alexandre fit office non-seulement d'homme modéré, mais encore de grand capitaine.
Un nouveau malheur vient accabler f armée; les guides ne reconnaissaient plus la route couverte par les sables ; il leur était impossible de se retrouver : aucun moyen de diriger sa route au milieu de cet océan de sable ; du moins sur les mers on peut se guider par l'inspection des astres *. Alexandre conjectura qu'il fallait tirer sur la gauche ; il pousse de ce côté à la tête de quelques chevaux, dont la plus grande partie, excèdes de fatigues, restent en route; eufin il arrive, lui sixième, sur le rivage. On creuse dans le sable; on y trouve une eau excellente ; l'armée le rejoint; on côtoie pendant sept jours le rivage, on s*y abreuve. Les guides se reoonnaissent, et mènent dans l'intérieur vers la capitale des Gédrosiens , où Alexandre fait reposer son armée.
Il destitue le satrape ApoUophane pour n'avoir point exécuté ses ordres, établit pour son successeur Thoasqui, venant à mourir, est remplacé par Sibyrtius, élevé depuis peu au satrapat de la Carmanie, qu*il abandonne pour celui des Arachotes et det Gédrosiens : la Carmanie passe sous le gouvernement de Tiépo-
lème a.
* Les Phéniciens se dirigeaient snr la petite ourse, les antres nantonlers snr la grande. Le défhatde moyens d'ob* senralion exacte et étendoe s'opposa longtemps anx progrès de la naTlgation, qtd ne s'est perfectiopiiée qu'à l'é» poqnede la découTerte de la boussole.
«FilsdePytopbane.
EXPÉDITIONS D'ALEXANDRE