‹ Choix des historiens grecsChapitre 193 sur 286 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ArrÎTée dans la Garmaiiie. — Satrapti et généraux punis de lears exactions. — Marche triomphale dans la Garmanie, réYoquée en donte. — Description du tombeau de Gyms. —Alexandre le troave pillé ; il en ordonne son rétablisannent. — Arri?ée A Persépolis.

Alexandre s'avançait vers la Carmanie , lorsqu'il apprend que Philippe, satrape des Indiens « a étéxué dans les embûches dressées par les slipendiaires, dont partie fut massacrée dans l'action, et partie arrêtée ensuite et miî>e à mort par les Macédoniens formant la garde personnelle de Philippe. Alexandre écrit aussitôt à Eudême et à Taxil de veiller sur ce gouverneihent jusqu'à ce qu'il en ait disposé.

Il entrait dans la Carmanie, lorsque Gratérus le joignit avec le restç de l'armée et les éléphants, conduisant le traître Ordonès qui avait machiné une révolte. On vit arriver aussi Slasanor, satrape des Ariens et des Zarangues, Pharismane, fils de Phratapherne, satrape des Parihes et des Hyrcanicns; et à la lêie d'une grande partie de l'armée , les généraux Cléandre, Sitalcès et Héracon, laissés dans la Hédie avec Parménion.

Le cri général des habitants et de l'armée accusait Cléandre et Sitalcès d'avoir dépouillé les temples , fouillé les tombeaux, et accablé les peuples de vexations et d'exactions. Alexandre les fit mettre à mort pour intimider , par cet exemple » ceux des satrapes ou des administrateurs qui seraient tentés de s'écarter des règles de leur devoir. Cette sévérité contribua , plus que toute autre chose, à maintenir sous les lois du vainqueur cette foule de nations diverses et âoîgnées, soumises volontairement ou par force. Alexandre ne souffrait là tyrannie d'aucun gouverneur. Héracon, qui se justifia alors de l'accusation, n'ayant pu s'y soustraire ensuite, et convaincu par les Susiens d'avoir pillé leur temple , fut mis à mort.

Stasanor et Pharismane ^ amenaient une foule de chameaux et de bêtes de somme qu'ils avaient rassemblés , sur la nouvelle de la mar-

< Le texte porte Phralapherne; mais, d'aprte le passage ^qni termine la section précédente » il est évident qn*il faut 'lire Pharismane.

352 iY. J.-€.

che d'Alexandre dans les déserts , dont ils avaient prévu les difficultés et le^ dangers. Ce secours vint encore à propd^; on distribua ces équipages aux différents corps de l'armée.

Quelques historiens rapportent, contre toute vpaisembiance, qu'Alexandre traversa la Carmanie sur deux chars attachés ensemble, au milieu d'un cortège d'hétaires et de musiciens, dont il écoutait les concerts nonchalamment penché, tandis que ses soldats, le front couronné, le suivaient en folâtrant, et que les habitants accouraient en lui apportant tout ce qui pouvait fournir à sa table et à ses débauches. Ils ajoutent que c'était à Texemple du triomphe de Bacchus qui traversa dans cet appareil une grande partie de l'Asie après la conquête des Indes.Cetie pompe, reproduitedepuis, est devenue celle de tous les triomphateurs. Mais Ptolémée, Aristobule et tous les auteurs dignes de foi n'en ont point parlé. On lit seulement dans Aristobule, qu'arrivé dansla Carmanie, Alexandre sacrifia aux dieux pour les remercier de lui avoir accordé la victoire dans les Indes et sauvé son armée dans la Gédrosie, et fit célébrer les jeux du gymnase et de la lyre.Il inscrit Peucestas parmi les gardes de sa personne, qui n'étaient qu'au nombre de sept, savoir ; Léonnatus S Ephestion ', I^ysteaque 3, Aristonus *, tous qi)atre Pélléens; Perdîecas *, de rOrestide; Ptolémée * et Python ^ Eordéens. Peucestas, qui l'avait couvert de son bouclier chez les Malliens , fut le huitième. Alexandre avait résolu de le nommer satrape de la Perse; mais il voulait d'abord lui donner ce premier et honorable témoignage de sa reconnaissance.

Néarque, après avoir côtoyé les pays des Ores, des Gédrosiens et des^Icbthyophoges» touche à la Carmanie ; accompagné d'un petit nombre des siens, il vient rendre compte à Alexandre de sa navigation. Il reçoit l'ordre de la continuer jusqu'à l'embouchure du Tygre vers le pays des Susiens.

C'est dans un ouvrage séparé que je rendrai

< Fils d'Antée.

> Fils d'Amyntor.

> Fils d*Agatoclès.

4 Fils de Pisde.

» Fils d'Oronte.

' Fils de Lagus.

'FiisdeGratéas.

553Af.i.H:. LIVRE VI, CHAPITRE VIIL 46t

compte de la navigation de Néarque * , lequel i occupée par les mages » dont la famille avait nous a laissé une histoire d'Alexandre. Elle ter- > conservé depuis la mort de Gyrus, le privilège

minera la mienne, si je puis la conduire à sa fin.

Ephestion doit ramener la plus grande partie de Tarmée, les animaux de trait et les éléphants, de la Carmanie dans la Perse, en sui-^ vant le bord de la mer, parce que cette marche ayant lieu l'hiver , il y trouverait une température plus douce et un pays plus abondant.

Alexandre prenant ses troupes légères, la cavalerie des hétaires et quelques archers , marche vers Pasagarde, et renvoie Stasanor dans son gouvernement. Arri vé-aux frontières de la Perse, ii n'y trouva point Phrazaorle qui en était satrape : à la mort de celui-ci, pendant Texpëdition du prince dans les Indes, Orxinès 8*ëtait chargé des fonctions d'hypparque; non qu'Alexandre Teût nommé à cet emploi , mais il avait cru convenable de contenîr.ve pays dans l'obéissance, en attendant le remplacement de Phrazaorte.

Sur ces enirefaites Atropates, satrape de Médie, vint à Pasagarde, conduisant prisonnier le Mède Bariax qui, ceignant la thiaie droite , avait pris le titre de roi des Perses et des Mèdes , et avec lui tous ses coniplices : Alexandre les fit traîner au supplice.

Une des choses qui affecta le plus Alexandre , fut hi violation du tombeau de Cyrus ^ qu'on avait forcé et dépouillé. C'est au centre des jardins royaux de Pasagardes que s*élevait ce tombeau entouré de bois touffus , d'eaux vives et de. gazons épais; c'était un édifice

pierres, soutenait une voûie sousr laquelle on entrait avec peine par un^ très-petite porte. On y conservait le corps de Cyrus dans une arche d'or, sur un abaque dont les pieds étaient également d*or massif, couvert des plus riches tissus de Tart babylonien , de tapis de pourpre, du manteau royal, de hi partie inférieure de rhabiilement des Mèdes, de robes de diverses couleurs, de pourpre etd'hyacinte^ de colliers, de cimeterres, de brasselels, de pendants en pierreries et en or. On y voyait aussi une table ; l'arche funéraire occupait le centre. Des degrés intérieurs conduisaient à une cellule

de garder son corps.

Le roi leur fournissait tous les jours un mouton , et une certaine quantité de farine et de vin, et tous les mois un cheval qu'ils sacrifiaient sur le tombeau.

On y lisait cette inscription en caractères persans.

Mortel, je suis Cyrus, fils de Cambyse; j'ai fondé l'empire des Perses et commandé à l'Arie; ne ni envie point ce tombeau.

Alexandre, curieux de visiter ce monument

après la déiaite des Perses, trouva qu'on avait tout enlevé , à la réserve de l'abaque et de Tarche; on en avait tire le corps; on avait tenté de briser l'arche pour remporter avec plus de facilité; on y voyait encore la marque des coups et de Fef fort des sacrilèges qui l'avaient abandonné, n'ayant pu réussir à l'enlever.Aristobule rapporte que lui-méuie reçut Tordre d'Alexandre de rétablir le tombeau , de rassembler les débris du squelette dans l'arche , de la recouvrir, d'en réparer les outrages; et, après avoir rétabli sur l'abaque les tapis et tout le luxe qu'il étalait , de murer la porte en y apposant le sceau royal.

Alexandre fait arrêter et mettre à la question les mages qui gardaient le tombeau , pour découvrir les auteurs du crime : les tourments ne purent rien en tirer; on les relâche.

Alexandre retourne à Persépolis à laquelle il avait jadis mis le feu, excès dont il se repentit.

dont Li base , assise carrément sur de grandes , ^ et que son historien n'a point approuvé. Or-

' Filt de Gambyie.

xinès , qui avait succédé dans le gouvernement des Perses à Phi-azaorte, accusé de plusieurs crimes, d'avoir pillé les temples et les sépulcres et fait mourir injustement plusieurs Perses, est mis en croix.

Peucestas, somatophylax, celui dont le courage, éprouvé en plusieurs occasions, avait éclaté surtout chez les Malliens en défendant Alexandre, est nommé satrape des Porses : il se les concilie par un caractère qui s'accommode à leurs mœurs. Seul, de tous les Macédoniens, il revêtit l'habit des Mèdes , apprit leur lan-. gue, se conforma à toutes leurs habitudes. Il

, . devmtplus cher au roi par cette complaisance, 'Néarqae signifie, étymologiqaemeat, commandant i, X ^'•^•I«j «i^

de vaiMêanx (amiral). ' ^ et les Perses se réjouirent de voir le vainqueur

préférer leurs usages à ceux de sa patrie.

Mb

Page 1