‹ Choix des historiens grecsChapitre 194 sur 286 · GHA.PITRE PREMIER · texte numérisé non relu

GHA.PITRE PREMIER

Projets d'Alexandre; réflextonsd'Ârrien à ce sajet.— Con- Tenalioa d'Alezaodre ayec les sages de l'Inde. —Galamu , philosophe indien , suit Alexandre , et se fait brûler tff ; pompe de cette eérémoirie.

De retour à Persépolis, Alexandre eut le désir de visiter le golfe Persique et Tembouchure de lEuphraie et duTygre, corauie il avait reconnu celles de T Indus et la grande mer. Selon les uns, il se proposait de côtoyer une grande partie de TÂrabie y TEthiopie, la Lybie, la JNumidie et le mont Atlas, de tourner par les colonnes d'Hercule, de franchir le détroit de Gadès, et de rentrer dans la Méditerranée après avoir soumis Gartbage et toute l'Afrique; qu'alors il pourrait prentlre le nom de Grand Roi, à plus juste titre que les mon arques persans ou mèdes, qui s'appelaient les souverains suprêmes de l'Asie, dont ils ne possédaient pas la millième partie. Selon d'autres, il se serait dirigé par l'Euxin et les Palus-Méotides contre les Scythes. Quelques-uns même assurent qu'il pensait à descendre en Sicile et au promontoire d'Iapygè» attiié par le grand nom des Romains. Je ne puis ni ne cherche à rien assurer sur ce point; j'affirmerai seule-» ment qu'Alexandre ne concevait rien que de grand et d'extraordinaire; qu'il ne se serait jamais reposé, ni après avoir réuni la conquête de l'Europe à celle de l'Asie , ni même quand il eût porté ses armes jusqu'au fond des iles Britanniques. U s'élançait toujours au-delà de ce qui était connu , et au défaut de tout autre ennemi, il en eût trouvé un dans son propre cœur.

Je ne puis m'empécher de louer id ime réflexion des sages de l'Inde. Ils se promenaient dans une prairie, théâtre de leurs conversations philosopliiques, lor.<que voyant passer Alexandre à la tète de son armée, ils se bornèrent à frapper la terre du pied. Le conquérant leur en ftii demander la cause par un

interprète, c Alexandre, répondirent-ils, ce » peu de terre que nous foulons, voilà toat ce » que l'homme en peut oceuper. Tu ne diffères » du vulgaire des humains que par. la curiosité » et l'ambition qui t'entralneiit si loin de ta » patrie pour le malheur dés autres et de toi* 9 méme^ Lorsque tu mourras , et oe moment » n'est pas loin , tu n'occuperas que l'espace s nécessaire à ta sépulture. »

Alexandre applaudit à leur sagesse et sans la partager, poursuit l'exécution de ses des* seins.

C'est ainsi que dans l'isthme de Gorintiie , à la tète d'un détachement de son armée , il s'art éta pour contempler Diogène de Synope qui se reposait aux raj'ons du soleil. U loi demanda ce qu'il pouvait pour lui. — c Rien, » Alexandre ; ôte-toi de mon soleil. »

Alexandre n'était point indigne d entendre la voix de la raison ; maisl'ambition de lagloii*e Tentraînait au-delà de toutes les bornes. Lors* qu'il vit à Taxila les gymnosophistes, admirant leur courage danslespluslaborieuses épreuves, il désira attirer quelqu'un d'entre eux à sa siûte; mais le plus âgé, leur chef Dandamis ré* pondit à Alexandre, que ni lui ni aucun des siens ne le suivraient; qu'ils étaient fils des dieux aussi bien qu'Alexandre, et que satisfaits de ce qu'ils possédaient, ils ne voulaient rien de lui. Rajouta que le conquérant et ceux qui avaient franchi sur ses traces tant de pays et de mer, ne se proposaient aucun but louable dans ces courses qu'ils ne devaient jamais cer«miner ; que pour lui il était sans crainte comme sans désir auprès d'Alexandre; qu'en effet, In terre féconde suffirait à sa nourrij^re pendant sa vie, et qn'ensuite le trépas l'affranchvnit de l'esclavage du corps.

Alexandre , respectant un honmie libre , ne voulut point le contraindre, et s'adressant à Calanus, l'un des gymnosophistes, il le persuada plus facilement. Mégasthène accuse le philosophe de faiblesse; et les gymnosophistes le blâmèrent de ce que, renonçant au bonheur

«Af.i.^ LIVRE VII,

dont ils Jouhttaieat , il reconnaisâait uA autre pouvoir que celui de la Divinité.

Tai rapporté ces détails parce qu*o0 ne peut écrire rhistoire d'Alexandre sans parler de Calanus. Le gymnosopiriste étant tombé malade pour la première fois en Perse, et ne pouvant se plier aux règles d'un régime, il témoigna qu'il recevrait comme un bienfait la permission d'aller au devant de la mort , avant que des accidents le forçassent à renoncer à ses premières habitudes.

Alexandre s'opposa d'abord vivement à ce dessein, mais ne pouvant ébranler Calanus, et le sachent prêt à se décider pour un autre genre de mort, si on lui refusait celui qu*il demandait, il consentit à lui (aire dresser un bûcher. Ptolémée fut chargé de cette commission. On ajoute qu'Alexandre fit accompagner la pompe par des détachements armés d'hommes à pied et à cheval : on portait des parfums pour être épanchés dans les flammes, des vases d'or et d'argent , une robe de pourpre. On amena on cheval à Calanus; sa faibleesene lui permit pas de s'en servir : on le plaça sur tkue litière , couronné à la maniéré des Indiens; il cliantâ dans leur langage des hymnes en l'honneur des dieux. Il pria Lysimachus, Tun de ses disciples et de ses admirateurs , d'accepter son cheval qui était de la race Néséenne , et qui sortait des haras du roi. II disiribua aux spectateurs les coupes et les tapis qui devaient être jetés dans le bûcher. Il y monta et s'y étendit avec dignité, en présence de toute l'armée. Alexandre ne jugea point convetiable d'assister au triste spect^ie de hi mort d'un ami. On admira le courage de Calanus, qui demeura immobile au milieu des flammes.

Néarque rapporte qu'au moment où l'on mit le feu , les trompettes sonnèrent par l'ordre d'Alexandre; toute l'armée poussa le cri des combats; et les éléphants même firent enten* dre un frémissement belliqueux qui semblait applaudir à Calanus.

Tels sont les détails que d0s historiens dignes de foi nous ont transmis sur Calanas ; ce qui montre à quel degré de force et de supé** riorité s'élève l'esprit humain, lorsqu'il s'arme d'une ferme résolution.

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