CHAPITRE III
Projet de congédier les Tétérant ; Tons les Maoédoniens demandeat à être licenciés; supplice des chefs de Téineate. — Reproches d'Alexandre aux Maoédoniens; commandement des troupes partagé entre les Perses. — Stupéfaction des Macédoniens; leur réconciliation aYCG ce prince. — Banquet général; vétérans Uoeocîés. — Rappel d'AnUpater.
Arrivé à Opis, Alexandre rassemble les Macédoniens, leur annonce qu il licencie tous ceux que Tûge ou leurs blessures rendent inba-
» un petit baUment, on m'appelle brigand ; et parce que » tu le fais avec nue grande flotte, on te donne le nom de » conquérant. » Q- G.
Abrien,
biles au combat : qu'ils peuvent etifitt retourner dans leurs familles; mais qu'il comblera de telles libéralités ceux qui voudront rester auprès de lui , que ces bienfaits seront un motif d'envie pour ceux qui se seraient retirés , et d'enthousiasme pour les autres Macédoniens , qu'ils exciteraient ù partager de si glorieux travaux.
Ce qu'Alexandre disait pour flatter les Macédoniens, ne fut interprété que comme l'expression du mépris : c II nous croit inhabiles » aux combats. » L'indignation s'enflamme à l'idée de cet outrage. On renouvelle tous les anciens reproches : qu'il a emprunté les mœurs et le vêtement des Perses; donné auxÉpîgones l'armure macédonienne; mélangé le corps des hétaires d'une foule de barbares* On éclate : » Nous voulons tous être licenciés; que le dieu
> dont il descend combatte pour lui. > lis f[iisaient allusion à son Jupiter Ammon.
A ces mots , Alexandre furieux , car son ca* ractère , ennemi de la résistance, exalté encore par la servitude des barbares, ne se modérait plus à l'égard des Macédoniens , se précipite de son siège, suivi des officiers qui l'entouraient, donne l'ordre d'arrêter les chefs de l'émeute ; les désigne lui-même aux Hypaspistes; trrizo sont arrêtés et traînés sur-le-champ au supplice : la multitude épouvantée se tait ; il remonte à sa place , et leur parle en ces termes :
c Ce n'est point pour vous retenir , Macc- » doniens, que je vous ai laissés libres de partir;
> c'est pour vous rappeler tout ce que vous avez
> contracté d'obligations , et le retour dont vous
> les avez payées , que je vous adresse la pa-
> rôle. Commençons, ainsi qu'il est convenable, I par Philippe, mon père. Philippe ayant
> trouvé vos hordes errantes, sans asile fixe ,
> dénuéesde tout, couvertesdepeauxgrossières,
> faisant paître dans les montagnes de miséra- I blés troupeaux que vous disputiez avec peu » de sqccès aux Illy riens, aux 'f riballiens, aux
> Thraces voisins , vous revêtit de la chlamyde,
> vous fit descendre des montagnes dans la
> plaine, vous rendit dans les combats les
> émules des barbares ; formés par lui , votre
> courage vous défendit mieux que l'avantage
> des lieux ; mon père vous appela dans des
> villes où d'excellentes institutions achevè-
> rent de vous polir; il voussoumitces mêmes
4m EXPËDlItONfi
barbares qui vous avaient fatigués de leurs élernels ravages; d'esclaves, vous devîntes leurs maiircs ; une grande partie de la 1 brace fut ajoutée à la Macédoine; ou s'empara des places maritimes les plus importantes ; voire commerce s*ouvrit des voies nouvelles; le produit de vos mines en devint plus assuré. Ces Tbessaliens, qui vous foisaieni trenibier , forent assujettis. L'échec des Phocéens vous ouvrit une route large et fecileau &ein de la« Grèce, où vous ne pénétriez que difficilement. La politique des Athéniens et des Thébains, qui vous dressaient des em*bûches, fut tellement kumiliéc, que cesdeux peuples, dontl'un exigeait de vous un tribut, dont l'autre vous commandait, ont recherché depuis votre alliance et votre protection» Enti'é dans le Pëloponèse, Philippe y rétablit l'équilibre; nommé généralissime de ta Grèce, dans l'expédition contre les Perses , l'éclat de ce titre rejaillit moins sur sa personne que sur la nation macédonienne. Tels sont, à votre ogard , les bienfaits de mon père ; considérables sans doute, mais inférieurs aux miens.
» A la mort de Philippe, le trésor royal, renfermant ù peine quelques vases d'or et soixante talents, était grevé d'une dette de cinq cents*; j'en empruntai presque le double^, et vous tirant de la Macédoine, qui pouvait à peine suffire à votre subsistance, je vous ai ouvert l'IIellespont, i la vue des ennemis, maîtres de la mer. Les généraux de Darius, une fois vaincus au Granique, la domination macédonienne «'est étendue sur toute rionie, rÉolie, les deux Phrygies et la Lydie. Un siège vous a rendu maîtres de Milet ; cette foule de peuples qui se sont alors soumis volontairement sont vos tributaires. Ainsi, l'Egypte et Cyrène, la Cœ!o-Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, sont vos domaines; Babylone, Bactres, Suse, sont à vous; l'opulence des Lydiens, les trésors des Perses, les richesses de Tlnde, l'Océan même, tout vous appartient : vous êtes les satrapes , les chefs , les premiers. Qu'ai-je gardé pour moi de toutes ces conquêtes? Le sceptre, ledia-
< 390,000 écns, près cTon mUlion.
> 800 talents.
D'ALEXANDRE. wav.ix.
dème. Je n ai rien en propre : qaels sont mes trésors ? ceux que vous possédée, ceuxqua je vous réserve. Je ne me distingue point pardes dépenses personnéHes; votre nourriture est la mienne; je dors sous la tente comme vous; la table de quelques officiers est même plus splendide que celle de leur prince | et tandis que vous reposez tranquillement , vous savez que je veille pour vous. Serait-ce le fruit de vos travaux» de vos périls et non des miens? Qui peut se vanter ici d'enavoir plus affronté pour moi, que moi pour lui?Montrezvosblessure$, je montrerai les miennes i mon (X)rpa est couvert d'une foule de cicatrices honorables; glaives , pieux , flèches , pierres , javelots , machines , il n'est nulle arme dont je n'aie reçu l'atteinte. Après avonr tout affiron té pour vous combler de gloire et de richesses, ne vous menai-je pas triomphants partout, à travers les plaines, les montagnes , les fleuves, les terres etiesmers? Les noces de plusieurs d'entre vous ont accompagné les miennes, et leurs enfants seront alliés de mes enfants. Les dettes que chacun de vous avait coptractées » je les ai acquittées sans aucune information, après que vous aviez reçu une solde et un butin considérables. Quelques-uns ont été honorés de couronnes d'or,^ monuments de leur courage et de la générosité qui sait le reconnaître. Si plusieurs ont péri dans les combats , car aucun sous mes ordres n'a pria la fuite, je leur ai lait ériger sur la place un tombeau remarquable , et dans leur patrie des statues d'airain ; j'ai accordé à leurs familles desdistinclions, et une exemption d'impôts. Je voulais renvoyer dans leurs foyers tous ceux qui sont hors d'état de service, mais en les comblant de tant d'honneurs et de richesses , que leurs concitoyens auraient porté envie à leur félicité. Vous demandez tous à partir, pariez ; allez annoncer que votre roi , qu'Alexandre, après avoir soumis les Perses, lesMèdes, les Bactriens, les Saques, lesUxiens, lesArachotes, lesDrangues; lui qui assujettit les Partbes, les Chorasmiens, lesHyrcaniens, jusqu'à la mer; lui qui franchit le Caucase, les Pyles caspiennes, I'Oxds, le Tanaîs, l'Indus que le seul Dionysus avait traversé, THydaspe, l'Acésinès, rHydraotès, et qui aurait passé l'Hyphasrs même , si vous
S2S Af . J.-p.
n'aviez refusé de le suivre ; lui qui s'avança clans la grande mer par les deux embouchures de rindus> qui s'enfonça dans le$ dëserlsde la Gédrosie» d'où personne n'était encore sorû avec une armée { lut qui , après avoir soumis dans sa routie la Garmanie 61 le pays des OriUeos, fit remonter sa flotte depuis i'Indtts -jusqu'au centre de la Perse; qu'Alexandre enfin , al)andonné par vous , s'est remis à la foi des barbares qu'il avait vaincus. Annonce z-le à vos concitoyens ! Quelle gloirepour vous auprès des hommes! quel mérite auprès des dieux I Pariez. > A ces mots i il s'élance hors de son siége^ se