CHAPITRE IV
Fable des Amazones renvoyées par Alexandre. — Mort d'EphestioD , désespoir d'Alexandre.— OtMèqnes magnifiques de ce favori. —Expédition contre les Cosséens*
Atropates, satrape de Médie, lui amena cent Amazones, équipées en cavaKcrs, portant la hache au lieu de javelot, et h pelta * au lieu
< pelta. Bouclier lunUbrme.
de bouclier. On raconte qu'elles ont le sein droit plus petit, et qu'elles le découvrent dans les combats. Al^andre les renvoya pour ne point les exposer aux outrages des Macédoniens, ou des barbares, et les chargea d'annoncer à leur reine qu'il naîtrait un enfant d*elle et d'Alexandre. Mais, ni Aristobule, ni Ptolémée , ni aucun historien digne de foi , n'ont transmis ce ftit. La race des Amazones devait être éteinte depuis longtemps ; avant Alexandre, Xénophon n'en fiiit point mention, quoi* qu'il parle du Phase, dé la Colchide et de toute la côte barbare tiue les Grecs parcoururent fprès leur départ , et avant leur retour à Trébizonde, aux environs de laquelle ils ne trouvèrent point d'Amazones. Non que je veuille révoquer en doute leur existence, attestée par tant d'historiens célèbres. On raconte généralement qu'Hercule marcha contre elles, et rapporta dans la d'ace , le ceste * de leur reine Ml^polyte; que les Athéniens, conduits par Thésée, défirent les Amazones, qui tentèrent une invasion dans TEurope. Cimon a décrit ce combat avec autant de soin que celui des Athéniens contre les Perses. Hérodote fait souvent mention de ces femmes, et tous les panégyristes des guerriers morts dans les combats rapportent celui des Amazones. Les femmes qu' Atropates présenta au conquérant étaient sans- doute des barbares, exercées à courir à cheval, et montées à la manière des Amazones.
Arrivé à Ecbatane , Alexandre y fit célébrer selon sa coutume, en reconnaissance de ses succès , des sacrifices et les jeux du gymnase et de la lyre : il se livra avec les hétaires aux débauches de la table.
Cependant Éphestion tombe malade , et le septième jour, au moment où Alexandre considérait les jeux gymniques , on lui annonce que le mal redouble; il quitte précipitamment les jeux ; Éphestion était mort lorsqu'il arriva. Les historiens varient sur les expressions delà douleur d'Alexandre; tous s'accordent à la peindre comme extrême. Le tableau qu'ils en ont laissé est tracé d'après les sentiments d'amour ou de haine que chacun d*eux portait ait prince ou à son favori. En outrant les exprès-
' La ceinture.
523 iv. J.-C.
UVllE VU, CHAPITRE V.
sions de sa douleur sur la perte de rami qu'il avait chéri le plus, les uns ont cru élever Alexandre, les autres ont cru le rabaisser en le présentant livré à des excès indignes de lui-môme et d'un roi. Selon les uns , Alexandre, éploré, serait resté attaché pendant une grande partie du jour au corps de son ami, dont on ne l'aurait arrache qu'avee peine ; selon d'autres, il aurait passé sur ce cadavre un jour et une nuit« et il aurait fait mettre eni croix, le médecin Glaucias, pour avoir administré, mal-à-propos , un breuvage au malade, ou ne ravoir pas empêché de s'enivrer. Je puis croire qu'à l'exemple d'Achille, dont il affectait de suivre les traces, Alexandre ait coupé ses cheveux ; mais qu'il ait conduit lui-même le char sur lequel reposaient les restes d'Épheslion ; mais, que dans sa douleur, il ait fait détruire le temple d'Escubpe, à Ecbatane, cela répngne à toute croyance ; cela convient mieux à l'impiété de Xerxès, dont la vengeance jeta des chaînes à l'Hellespont. H y a plus de vraisemblance dans la réponse suivante. Il marchait vers Babylone, et des députations grecques 1 euient venu trouver. Après avoir accordé la demande de celle d'Épidaure, il leur fil un présent qui devait être appendttdans le temple d'Esculape, en ajoutant :< J'ai pourtant à meplain- » dre de ce dieu , qui n'a point sauvé celui que 1 j'aimais plus que moi-même. » Il ordonna de sacrifier à Éphestion , comme à un héros. On ajoute qu'il envoya vers l'oracle d'Ammon , à l'effet d'en obtenir les honneurs divins pour Éphestion , ce que Jupiter lui refusa. Tous les historiens s'accordent à dire qu'Alexandre refusa de prendre aucune nourriture pendant trois jours, durant lesquels il demeura plongé dans les pleurs et dans un sombre silence.
On dit qu'il lui fit préparer, à Babylone, des oUsèques, dont les dépenses s'élèverait à dix mille talents^ et ordonna un deuil généraldans toute la Perse ; qu'alors plusieurs- des hétaires consacrèrent leurs armes et leurs personnes sur le tombeau d'Épheslion; et qu'Euraènes, c|ui avait été son ennemi , en ouvrit le premier la proposition , pour ne point laisser soupçonner au prince qu'il pouvait se réjouir de la mort du fiavori.
Le rang de chifa'arque , tenu par Éphestion , ne fut point rempli; la cavaferie des hétaires
qu'il commandait , conserva son nom et son étendard. La pompe des jeux funèbres, remarquables par le luxe des dépenses et des prix, par le concours des spectateurs, surpassa celle de toutes les fêtes données jusqu'à ce jour. En effet , Alexandre y lit paraître jusqu'à trois mille ath'ètes, qui devaient bientôt figurer dans ses propres funéi^illes.
Après un long deuil^ consolé par ses umis, Alexandre tenta une nouvelle expédition contre les Cosséens, nation belliqueuse et voisine des Uxiens. Ces peuples habitent des montagnes qu'ils fortifient : presses pur une armée redoutable, ils se retirent sur des sommets escarpés, ou se dispersent dans des lieux inaccessibles ; et, dès que l'ennemi a disparu , ils accourent ravager la ciimpagne. Alexandre les attaqua et les détruisit au scinde l'hiver et de leurs montagnes; rien n'était impossible a sa valeur; accompagné de Ptoléméc , qui dirigeait une partie de son expédition , il triompha des frimas et des lieux.