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CHAPITRE IV

Des rois roèdes.

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Tavait raconté à Hérodote â*une manière un peu exagérée, du moins assez considérable pour alarmer des peuples superstitieux qui en ignoraient la cause. D^ailleurs cette éclipse s'acorde mieux avec Tordre des temps que toutes les autres. Si la guerre de Lydie a fini Tan 4417 de la période julienne, 597 ans avant notre ère, elle a dû commencer Fan 44 12 de la même période, 602 ans avant Tère vulgaire, qui est précisément Tannée qui suivit la prise de Ninive.

Quel prince régnait alors en Assyrie? C'est ce que Ton ignore et ce (fu'on ignorera peut-être toujours , parce qu'il n'en est fait mention dans aucun des auteurs qui sont parvenus jusqu'à nous. Le Syncelle * nous a conservé tm passage d'Alexandre, surnommé Polyhistor, qui pourrait répandre là-dessus quelque Imnière, s'il n'avait pas été étrangement défiguré par les copistes. J'ai discuté ce fragment, le mieux qu'il m*a été possible, dans un mémoire ^ sur quelques époques des Assyriens; je prends la liberté d'y renvoyer les lecteurs. Au défaut des anciens écrits, réduit à des conjectures, j'imagine que Nabuchodonosor, l'Assyrien, qui battit Phraortes, ^vivait encore, et que ce fut sous ce prince que Ninive fut prise pour la seconde fois. S'il a vaincu, comme je Tai prouvé plus haut, Phraortes, Tan 4080 de la période julienne, 634 ans avant notre ère, et la douzième année de son règne, il était monté sur le trône Tan 4068 de la période julienne, 646 ans avant l'ère vulgaire. Il avait donc régné 55 ans, lorsque Ninive fut prise pour la seconde fois. La durée de ce règne n'a rien d'extraordinaire; mais je n'insiste point là-dessus, parce que cela n'est appuyé d'aucim témoignage ancien.

Lisez surtout avec attention les chapitres vi, vu et VIII de Touvrage d'Hermann Conringius, intitulé Adversaria Chronologica , dans lesquels ce savant prouve : i"* que s'il est difficile de déterminer l'époque de Tempire d'Assyrie , à cause du peu d'accord des anciens écrivams entre eux; on peut cependant tirer quelque parti de ces écrivains en consultant Thistoire sainte : 2° que ce qu'Hérodote et les auteurs qui Font suivi ont avancé sur le commencement et sar le sort de cet empire est conforme avec Thistoire sainte, et que Ctésias, et les écrivains qui Tont pris pour leur guide, n'ont avancé sur ce sujet que de* 1 raient pas voulu se remettre dans les fers d'un de

On ignore en quel temps les Mèdes devinrent butaires des Assyriens ; maisTépoqueoù ces peuples secouèrent le joug ne me parait pas douteuse. Ils furent les premiers qui ' prirent les armes, et leur exemple fut bientôt après suivi par lesBabylonien^'. L'ère de Nabonassar est celle de la liberté des Babyloniens. Cette ère ne me paraît avoir été instituée que dans la vue d'éterniser leur affranclûssement. En effet , on ne peut imaginer que ce peuple eût jamais songé à l'établir, tandis qu'il gémissait dans les fers. Celte ère est , de Taveu de tous les chronologistes, de Tan 3967 de la période julienne, 747 ans avant notre ère, et de la seconde année de la huitième olympiade. La liberté des Mèdes précède de peu celte époque, et c'est par celte raison que je l'ai placée Tan 3966 de la période julienne, 748 ans avant l'ère vulgaire. Celle épocjueest cnnformée par Velléius Paiercaius. h) sequenti temporel dit 'cet historien , imperium Asialicum ab Assyriis , qui id obiinuerant annis m. lxx , iranslalumest ad Medos ahhînc annos dgclxx, quippeSardanapalum eorum regem , mollUiis pueniem , et nimium felicem malo suo , t^rfto ei tncesimo loco ah Nino et Semiramidef qui Babylona cond'ideraiit , natum , iia ut semper successor regni paierniforei filivs j Arhaces Medus impeiio viidqve privavit, Velléius prend dans son histoire pour point fixe le consulat de M. Yinicius Quartinus,quie.<t de Tan 4745 de la période julienne, et la trentième année de notre ère. L? révolte d'Arbaces est donc , félon cet historien , de Pan 5975 de la période julienne , 741 ans avant notre ère. Celte date se rapporte , à sept ans près , à celle que Ton infère du récit d'Hérodote et de Tère de Nabonassar* E!le est donc aussi juste qu'on peut raisonnablement l'exiger, lorsqu'il est question de temps aussi reculés , et lorsque l'on est aussi destitué que nous le sommes d'anciens monuments.

Peut-être Arbaces, satrape de Médie, qui était l'auteur de cette révolution , avait-il le dessein de se fdlre rui; mais il avait eu descoopérateurs,qui n'au-

fables : 5* que les noms des rois d'Assyrie sont la plupart très-incertains.

■ SyneelH Chronogr. , pag. 2f 0.

> Mémoires de TAcadémiedciB Bdks.Lettres, tom. xlv. Méinoirei , pag. 405 et 404.

leurs compatriotes, qu'ils avaient vu peu auparavant leur égal ; et peut-être le peuple n'était pas disposé à se donner un nouveau maître , après avoir éprouvé la dureté des précédents. Cependant Moïse de Chorêne ' nomme cinq rois , qui régnèrent aussitôt après

4 Herodot. » lib. i , S scv.

' Yellelut Patercol. , lib. i , cap. vi , pag. 21 et 22. 3 Moces GhoreneDs. HIstor. Armenia; , lib. i , oap. ixi , pag. 58.

CHRONULOGIK D'HÉRODOTK.

]a révolution, et Ëusièbp ' et le' ^Syncelle ne parlent qae de quatre. Hérodote, qni était aniérieur de plusieurs sièc'( s à ces écrivrtii:s , bien loin de faire mention de ces mis , dit expre^^éuiciit que les Mèiies ^ se gouveruèrt-n' eox-niémes (>ar leurs propres lois. Je crois cependant possible de. concilier le récit d'Hérodote avec celui des écrivains posiérieiirs. Les rois dont p^^rlent Moïse (]e Cb(.rène , Eosèbe et le Syncelle, n'étaient paspropitmcnldes rois. C'étaient des juges qui gouNernaieiU, chacun dans sou district, avec uneaul' rite presque égale à celle de loi». On sait qu'Kusèbeet leSyncejle donnent aux premiers archontes d'Athènes le litre de ^ rois, quoiqu'ils pe l'aient jamais porté, parce que Tauttirité de ces archontts approchait bour.oup de celle des ^ois. Il pourrait en avoir éié de mémechez IcsMèdcs; et Eusèbe parait lui-méuie de celle opinion , puisqu'il dit , selon ^ la traduciioude saint Jérôme : ArbacesMedus, Assyrioi vmimpef io désir ucto^ regnum in ^ledos |ra'i«f t<(il ; et intérim nine principibus res âge' ai» r \isque ad Dejorem regem Medorum. Les premiers choix des Mèdes tombèrent j^ans doute sqr des homnie^i fermes et intègres , qui , rendant la justice avec impartialité , surent faire respecter les lois. Mais bientôt après , il s*en éleva (!e faibles , ou de prévaricate^ns qui, ne décidant qu'au gré de leurs passions, ou dç celles des hommes puissants dont iU redoutaient h- pouvoir, parvinrent à se faire dét ster de tout ce quM y avait d'honnête dans la naiiop. L'innocent, opprimé par le juge qui »urait du le protéger , se rendit justice à luiinémp. Le faible géui t et ne put faire entendre ses plaintes. L'homme puissant ne reconnut d'autre loi que celle de la force. Une lirence effrénée , qu'Hcrodole appelle avec raison un état^ d'auomie , suivit bientôt , et (larvînt à un tel degré , que les plus honnêtes gens ^ furent sur le p(ûnt de s'expatrier. Déjocès rendait alors dans sou < anton la justice avec la plus parfaite impartialité. Sa réputation se répandit bientôt dans toute la Médie; on accourut de tous Gôtérfà son tribunal. Cet homme puissant, non moins adroit qu'ambitieux, feignant que ses affaires particulières ne lui permettaient plus de vaquer à celles des autres, cessa de rendre la justice. Sa retraite ramena les désordres, et les brigandages reparurent avec plus de violence qu'auparavant, La Médie fut

■ Eoteb. in Cbrooico, pag. 57, etc.

* Symclli CbroDOgrapb., |>ag, rJ7.

' Herodoi. , lib, i , S xcti,

* Port Codrum , principes quod mors flniebat ; quorum primus Medon regnum ia floem vit» obtinuil Atheois,et post eom cseteri Heges, Euseb, Cbronic. VI). poster. , p. i^^.

' f)ti<cb. Cbronic, (Janon. , p. Ht.

* âpto4i)t^, IiIj, I , Ji XCJ et Miû|,

ajprs dans no état 4^ crise. Il fallait i^b^pdonner If; pays , oq se donner un maUrf . L^intégrité de Déjocès él ses autrui grandes qualités avaient frapji^ la nation ; ses apiis les firent valoir ; il fut unanimement élu»

Il faut actuellement détermiper Tannée de son élection- Cette, année une fois connue, on saura combien de temps les Mèdes furent sans rois. Diodore de Sicile ' assure qu'il fut élu la seconde apnée de la dix-septième olympiade, c'est-à-dire , l'an 40()5 de la période julienne, 711 ans avant notre ère, et même il ciie Hérodote pour garant de sou ojiinion, quoique cet historien ne parle point d'olympiade^, et qqt^ niéme il n'ait jamais employé les olyippiades comme épo )u^s chronologiques. Eusèbe prétend que ce fut la' première année de la dix-huitième olympiade, c'est -à-die l'an 4000 de U péf iode julienne , 708 ans avapt notre ère ; le Syucelle % Tan du monde 4784, c'est-à-dire, l'an 5998 de la période julienne, 716 ans avant l'ère vulgaire. Ces trois anciens auteurs ne s'accordent poipt. comme on le voit. Il y a entre Eusèbe et le Syncelle une différence 4e huit ans ; entre celui-ci et Diq iore , une de dm| ans, et une seulement de trois ans entre Epsèb^ ei cet historien. Les chronologistes ipoderpes ne popl guère plus (|'accord. ^sber ^ suit Eusèbe. Edouard Simson ^ place Déjocès la quatrième année de la dixsepti.^me olympiade, c'est-à-dire, l'an 4005 de la période julienne , 700 ans avant notr<f ère; le P. Pctau", l'an 4018 de la période julienne, ^6 ans ayan^ l'ère v::g!aire ; et il cite Oiodore de Sicile et Epsèbe quoiipie le premier Tait m's en 4003 de la période julienne, 741 aqs ayant notieère, et le second en 4006 de la période julienne, 708 ans avant notre ère. M. Desyignoleslemel^ l'an 4015 de ia période julienne, QdO aqs avant l'ère vulgaire; M. Frérei* en709,et M. lepréddentBouhier* eQ715avant notre ère. Parmi tant d'époques discordantes, je ne trouve de ju^tn que celle de Simsou , sidoptée depuis par M. Fréret. Je vais en rapporter les p)*euvesy ces deux savans ayant négligé de le f^ire.

Jules AfriC'iin, cite par '" Eusèbe, nous apprend, aa troi>ième livre de sa Cbronogr^phie , que tous les anciens historiens et chronologistes, tels qqc

* Diodor. Sicul. , lih. n , S x^xu, pag. 143 e( 1 \^,

* Eosob. Çhronic. Canon., p«g. 154.

^ Syocelli Chroiiogr. , pag. 198.

* T.'sserii Annales veteris et novi Testamenli , pag. 58.

■ Sims ni Cbronic. Catbolic. ad A. M. 5,296, col. 522. ' Petaviusde noctrinâ Temporom, tom ii, pag. 5; ^ Chronologie de l'Hirtoire sainte, Ht. iv, ohap, v, $ n, pig. 261.

* Mémoires de l'Académie des Belles - Lettres , vol v. Mémoires, png. lO,

* Di»scrlati us »ur Hérud,

<^ Ktisel)ii Pra*parat, Evangeliça, lib, x,cap. s, pag, 486

PAR LÂRCHEK.

Polybe, Djodore , Castor , TbaDus , Phl<<gon , placent unanimement U commenrement du règne de CyriH suf les Mèdes la première année de la cinquante - cinquième olyiDpiade, ce^t- à-dire l'an 4154 de la période julienne 560 ans avant notre ère. Je la recule à Tannée suivante , parce que ce prince régna 29 à 50 ans, selon ' Hérodote , et que , «suivant le capo^ des rois de Babylone par Ptolémée, il inonrut l'an 4184 de lapériole julienne, 550 aos avant l'ère vulgaire. Donc Astya^es fui détrôné Tan 4155 de la période julienne, 559 ans avant notre ère, et la seconde année de la cinijuante-cinquiènie olympiade. Maintenant Hérodote donne 150 ans de règne aux quatre rois mèdes. Si l*on ajoute ces 150 ans à 559, on aura Pan 4005 de la période julienne , 700 ans avant notre ère, pour l'époque de Tavénement de Déjocès au trOne« Il s'ensuit dou'^ que cet empire, qui avait commencé Tan 5966 de la période julienne, 748 ans avant notre ère, fut gouverné 59 ans par des juges, 190 par des rois, dont le premier, qui s'appelait Déjocè.«, monta sur le trône en 4005 de la période julienne, 700 ans avant notre ère; et le dernier, nommé Astyages, perdit la couronne en 4155 de la période julienne, 559 ans avant l'ère vulgaire.

Voyez aussi les cinq premîeinî chapitres de l'excellent ouvrage d'ilermann Conrin<^us, intitulé Adversaria Chronologkay dans lequel ce savant s'est principalement proposé de réfuter Clésias, et de montrer l'accord qui se trouve entre Hérodote et rKcriture .«ainte , et les plus anciennes histoires des nations voisines. On peut aussi consulter' un Mémoire sur quelques épo(|ue8 des Assyriens.

Quoique les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas de m'élendre beaucoup, je me cruis obligé de dire deux mo's de M>1. Gatlerer et Auquetil. Le premier de ces .^avants fait remonter beaucttup plus haut les rois mèdes , comme on le voit page l56 de la traduction latine de mon Essai de Chronologie , publiée par M. Borheck. Selon ce sav<mt, la révohe d'Arbaces est de l'an 907 avant notre ère, le règne de Déjocès de Tan 901, celui de Pltraortes de Tan 848 celui de Cyaxares de Tan 826, celui de d'Âstyasesde Tan 786 , enfin la deslruciion de l'empire des Mèdes par Cyrus de Tan 751 , c est-à-dired'environ 192 ans avant sa destruction réelle. Comme tous mes calculs sont fondés hur des autorités irès-gravfs , et , ce qui est de plus impoitaut, comme ils s'acrorJent parfaitement avec rEcrilure, M. Gatterer aurait bien fait de nous donner des preuves de son assertion.

' Herodot., lîb. ti, § ccit.

* Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres , (om. ilv. MéfOoiret, pag, 55f et sulv,

M. Anqoetil lut à l'Académie des Belles-Lettres en n75 e( ^75 deux Mémoires. Dans le premier, ce savant' essaie de concilier les auteurs Grecs, et principalement Hérodote et Clésias sur le commencement et la (iurée de Tempire assyrien , et ces écrivains avec les Perses, sur les règnes qui forment ce que lesOrieniaux appelenl la dypasiie des Peschdadiens. Le second a pour objet ' l'empire des Mèdes et celui des Perses, comparés avec la dynastie connue dans les ouvrages des Orientaux sous le nom de Kéaniens.

Il ne me convient pas de prononcer sur le mérite de ces deux ouvrages. Le public éclairé est seul en droit de le faire. J*observe seulement en passant que les Orientaux sont très- ignorant s dans Thistoire des temps antérieurs à THégire; c'est un fait démontré. J'ajoute encore que la dynastie des ' Pischdadis renferme onze princes, et occuiîC un intervalle de 2558 ans. Aussi voit-on un règne de 1000 ans, un de 716, un de 500, et un de 120 ans, etc. La dynastie des K'iganis * ne présente pas de si grandes absurdités. Cependant elle lenferme neuf princes, qui ont occupé le trône 758 ans. Quatre de ces princes ont régné chacun 120 ans, un autre 112, et un autre 120.

Il n*est pas donné à tout le monde de concilier cela avec la durée ordinaire de la vie humaine, et avec ce que les auteurs Grecs nous ont appris des Assyriens et des Perses. •

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