‹ Choix des historiens grecsChapitre 215 sur 286 · SS · texte numérisé non relu

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assure ' qaetes Arcadiens régnaient avant la lune,

Mvaa£f*« U f >?<Tï Tipo a«A>iv>K KpKùZxç fiacdiocat. Cela uc salic le cuUe des dieux , crobeUi de toutes les grâces fait aucun sens. Je corrige avec le scoliasle d* Aris- 1 de rimagination , et de là à Dodone , où ils passèrent

ensuite. Si celte religion eût été telle qu'on nous l'a

tophane sur les Nuées , vers 397, Mvweaç li fr,m TïpoaiXTuyov A/?xccoMy ^xotXt\j(j%t, M. Valkenacr avait fait celte correction avant moi , i/i Animadversionïhus ad Ammonium^ page 1G8. Ainsi, selon cet auteur, les Arcadiens furent appelés Prosélènes du nom de leur roi Prosélénus.

J^ose croire que Prosélénus est un prince imaginaire controuvé par Mnuséas , qui se sentait dans l'impossibilité de rendre raison de Tépithète de Prosélènes que Ton donnait aux Arcadiens. Parmi lant d*autears et de scholiastes qui nous restent encore, qu'on en cite un seul qui ait fait mention de ce prince. Mnaséas savait que, dans l'antiquité surtout, des peuples entiers avaient emprunté leurs noms de celui de leurs princes. Il n'en fiillut pas davantage à cet écrivain pour f )rger ce Prosélénus , persuadé qu'on ne lui en demanderait pas plus de raison qu'on n'en avait demandé à tant d'autres auteurs, qui avaient imaginé un grand nombre de princes et de héros qui n'avaient pas eu d'existence réelle. Après tout, c'était moins résoudre la difficulté que l'éluder.

Aristote , philosophe profond , qui réunissait en sa personne toutes les coi> naissances de son siècle et des piécédenUi, s'est donné bien de garde de recourir à la fable, ou de créer un prince imaginaire, aliu de rendre raison de celte épiibèie. Ce philosophe , in^struit de tous les anciens gouvernements de la Grèce et de leur origine, nous apprend', dans la République des Tégéates, que le pays ttommé depuis Arcadie avait été anciennement occupé par des peupUs barbares, que les Arcadiens, profilant de Tobscuriié de la nuit, les avaieut attaqués avant le lever de la lune , et que, les ayant vaincus, ils les en avaient chassés. Voilà la vraie raison de cette épithète.

Cep^u de mots prouve : \^ que les Arcadiens n'étaient pas indigènes; 2» qu'ils étaient très-anciennement établis dans le pays; que, lorsqu'ils y pénétrèrent, les peuples qui l'occupaient n'étaient pas Péiasges, mais une autre nation barbare qu'Aristote ne nomme pas.

Mais supposons pour un instant que les Arcadiens étaient Péiasges, comme on l'a avancé dernièrement dans un mémoire lu dans une séance

d'une compagnie savante, que l'Arcadie fut le berceau de la plupart des divinités de la Grèce, et que c« pays servit de théâtre à leurs plus brillantes actions. Supposons encore, avec l'auteur de ce Mémoire, que la colonie thessalienne est postérieure à ces faits ;

* Scholiast. Apolloaii Rhod* ad lib. iv, v. 264. 'Id.,ibid«

il s'ensuivra que les Péiasges durent porter en Thes-

représentée , on l'eût retrouvtle en ce dernier pays dans l'état où elle était en thessalie, je veux dire avec toutes les fables arcadiennes, ou , pour mieux dire , avec de nouvelles fables , avec de nouveaux embellissements; carlimagiuation, toujours inconstante , toujours volage , ne saurait se 1^yieT^ Mais à ces traits qui pourrait reconnaître la religion des Péiasges établis à Dodone? Ils adressaient , il est vrai, des prières aux dieux ' ; ils leur offraient des sacrifices ; mais ils ne donnaient encore ni nom , ni surnom à aucun d'entre eux, parce qu'ils ne les avaient jamais entendu nommer. Ils ne connurent mêiue ces noms que fort tard , et seulement après qu'on les leur eut apportés d'Egypte ; ils étaient même si réservés sur cet article, qu'ils n'adoptèrent ces noms et surnoms qu'après que loracle de Dodone le leur ent permis. SI les Péiasges n'avaient en ce temps-U aucune connaissance des febles arcadiennes, Us n'étaient donc pas Arcadiens. C'est une preuve qu'on peut ajouter à celle que nous avons rapportée dans le premier paragraphe.

Quant aux fables , dont on attribue l'origine aux Arcadiens afin de prouver l'ancienneté de ce peuple, qu'on dise avec affectation que ce fut en Arcadie que Rhéa accoucha de Jupiter et de Neptune * ; qu'on nous ^ vante la métamorphose de Cérès en jument pour échapper aux poursuites de Neptune, et celle de Neptune en cheval pour jouir de ses amours ; qu'on nous représente Téménus ^ élevant Junon ) les Nymphes baignant Mercure 'au moment de sa naissance , dans la fontaine Tricrène , Cérès arrivant chez les Phénéates en «cherchant sa fille, et leur faisant part de toutes sortes de grains, pour les récompenser de l'accueil qu'ils lui avaient feit : qu'on nous vante, dis*-je, toutes ces fobles, elbèatt* coup d'autres encore , j'ose assurer qu'elles n'étalent pas alors connues en Arcadie, qu'elles ne le furent que plusieurs siècles après* et qu'à Texception d6 Mercure et de Pan , eUes ne l'étaient pas même du temps d'Homère. Ce poète , qui a orné ses potaes de toute la mythologie connne de son siècle , n'en fait aucune mentlen ; ce qui pronve qu'elles n'exis* talent pas encore. On en a l'obligation aux auteurs cycliques ) qui ont rassemblé avec soin toutes les traditions éparses» et même les plus incohérentes. Cest

' Herodot. , lib. ii , § lu.

9 Pausan. , lib. vui , cap. vni et mvi.

* Id. , ibid. , Cap. xkV.

4Id.,ibid.,cap. ixii.

' Id. , ibid. , cap. zvi.

^Xd., ibid., cap. xt.

CHRONOLOGIE DHÉRODOÏE,

dans ces auteurs , de beaucoup po>térieurs à Homère, qu'ont puisé les tragiques et les autres poêles. Ces auteurs sont perdus, àTexception d'Apollodore, dont la Bibliothèque en trois livres nous est parvenue presque eu enfier, d'un assez grand nombre de fragments de plusieurs autres auteurs , des différents Rootîasies , et d'Ovide parmi les latins , qui a mis en vers harmonieux ceux de ces auteurs cycliques qu'il s'était proposa de suivre.

Il est donc prouvé que le pays connu sous le nom d'Arcadie n'a pas été peuplé par les Pélasges; que rinvasion de ce peuple fut d'une courte durée; que les Pélasges n*y puisèrent pas la mythologie y et que, bien loin d'en être les inventeurs, ils n'adoptèrent celle des Égyptiens que sur l'autorité de l'oracle de Dodonc.

S IV. Seconde colonie des INHasges en Thessalie.

Nous avons vu , vers la lio da paragraphe 1 1 , les Pélasges pénétrer dans rHaemonie avec Pélasgus leur chef. Occupés à défricher les terres, à faire des lois, à établir une forme d'administration, séparés du reste des nations par la nature du pays , concentrés en eux-mêmes, les Pelades n'eurent aucun démêlé avec les peuples voisins, qui étaient trop fidbles pour leur donner aucun sujet d'inquiétude. Ces commencements d'unie population qui faisait des progrès insensibles ne présentent rien d'intéressant : aussi l'histoire ne nous a-t-elle rien Uransmis de ces premiers temps, et les choses seraient peut-être restées encore plusieurs siècles dans le même état, si une nouvelle horde de Pélasges n'eût fait changer de fine à ce pays.

Ces nouveaux venus , ayant à lenr têie Pelais , Achsas et Phtbius, tons trois fils de Neptune et de Larissa , envahirent la Thessalie et en chassèrent les anciens colons. Il est très-vraisemblable que ces Pélasges sortirent , ainsi que les premiers , de l' Argoiide, qui, étant alors un pays sec et stérile , ne pouvait nourrir ses anciens habitants. Ces trois frères, probablement issus de la f^mUle royale, ne pouvant prétendre au trône, parce que leur naissance était illégitime, cherchèrent de nouvelles terres où ils pussent , en fondant un état, satisfliire leur ambition. La conquête de l'ancien Pélasgus n'était pas tellement effacée de la mémoire des peuples de l'Argolide qn'ils n'en eussent aocone connaissance. L'Haemonieleor oiliraitde riches moissons; ses habitants, pleins de sécurité, ne devaient, ne pouvaient leur résister. Cet appât précipita leur marche : ils envahirent les pays, en chassèrent les anciens colons, et y fixèrent leur demeure ' , environ 1 56 ans après l'en-

Dionys. Halic. Aatiq. Rom. , lîb. i , § xvii , pag. 14.

voi de la première colonie. Les anciens Pélasges chassés se dispersèrent de côté et d*autre , sans qu'on sache ce qu'ils devinrent, excepté ceux qui se rendirent à Dodone dans la Thesprotie. Il est vrai qu'aucun auteur ne parle de cette retraite des anciens Pélasges à Dodone; mais on peut l'inférer d'un passage d'Hérodote et d'un autre de Denys d'Halicarnasse. Le premier, parlant de cette femme égyptienne qui fiit vendue pour être conduite dans la Thesprotie , nous apprend que ce pays ' s'appelait alors Pélasgie. Comment aurait-elle eu ce nom, si des Pélasges ne s'y étaient établis ? Or l'on ne voit aucun temps où ils aient pu s'y fixer, que celui où ils furent chassés de la Thessalie par les nouveaux Pélasges. Quant à Denys d'Halicarnasse, voici corn- » ment il s'exprime : « Lorsque * Deucalion chassa la » seconde colonie de Pélasges, ils se retirèrent la pln- » part à Dodone auprès de leurs parents. » Il y avait donc alors des Pélasges à Dodone , et ce ne peuvent être que ceux qui avaient été chassés en premier lieu de la Thessalie. Si l'on fait attention à l'obscurité répandue sur ces anciens temps, on se trouve très-heureux lorsqu'on rencontre une faible lueur à la faveur de laquelle on peut guider ses pas incertains. Cette nouvelle colonie de Pélasges prospéra pendant cinq générations ; mais au commencement de la sixième, c'est-à-dire vers l'an 31 T5 de la période julienne, 4541 ans avant notre ère, elle fut chassée à son tour par des ' Curetés et des Lélèges , appelés depuis ^toliens et Locriens, et par beaucoup d'autres habitants du Parnasse, qui avaient à leur tête Deucalion , fils de Prométhée.

S V. lies Pélasges se dispersent en différent! pays.

Cette invasion imprévue ne permit pas aux Pélasges de se concerter sur le lieu de leur retraite. Les uns passèrent^ en Crète, d'autres dans une partie des Cydades ; quelques uns s'établirent dans l'HIstiseotide, quelques antres en Béotle et en Phocide; d'autres passèrent en Asie, occupèrent les bords de THellespont, les lies adjacentes, et particulièrement celle de Lesbos; mais la plus grande partie se rendit à Dodone auprès de ceux de leur nation qui s'y étaient précédemment établis, comme je l'ai prouvé vers la fin du dernier paragraphe. Je viens de suivre la marche rapide de Denys d'Halicarnasse; cet historien , craignant de s'écarter de son but, n'a dit qu'un mot en passant de ces différentes migrations. Je reviens maintenant sur mes pas, pour recueillir ce que l'on trouve épars sur ce sujet dans Strabon et ailleurs.

' Hcrodot., lib. n, $ lvi.

' Dionys. Halfc. Arillq. Rom., Ilb. i, $ xviii.

^ Id., ibid., S XVII.

* Id., ibid., S XVIII.

PAR LARCHER

Ce savant géographe ' nous apprend que les Pelasges fondèrent une colonie dans Tile de Crète, et il s'appuie da témoignage d'Homère dans l'Odyssée. C^est Ulysse qui adresse la parole à Pénélope : « Ses ' habitants (ceux de Crète ) ne parlent pas tons » le même langage ; il y a des Achéens, des Cretois » indigènes , hommes fiers ; des Cydoniens , des » Doâens, parlagés en trois tribus, et de magnani- » mes Pélasges. »

Les Pélasges, arrivés en Crète peu après l'invasion de la Thessalie par Deucalion , n'y étaient pas venus en assez grand nombre pour prendre l'ascendant dans le pays. Cependant ils conservèrent leur liberté un peu plus d'un siècle, parce qu'ence temps-là rile de Crète étant partagée entre plusieurs nations, il n'y en avait pas une qui fût assez puissante pour les asservir. Mais enfin cent vingt-cinq ans après, c'est-à-dire vers32(M) delà période julienne, 4445 ans avant notre ère, Tectamus, fils de Dorus et petitfils d'Hellen, ayant abordé ' en Crète avec des ^oHens , les soumit et régna sur eux. Ils ne se confondirent pas cependant avec leurs vainqueurs, et ils ne Tétaient pas encore du temps d'Homère, ou plutôt du temps de la gueire de Troie. Mais peu après ils s'incorporèrent avec eux et avec les peuples voisins, on ils s'affaiblirent tellement qu'il n'eu resta plus la moindre trace : c'est du moins ce que l'on peut imaginer, parce qu'il n'en est pitis fait mention dans l'histoire.

Les peuples voisins des Ciliciens de la Troade 4 étaient Pélasges, comme le* chante Homère : « Hip- V pothoils conduit les troupes belliqueuses des Pé- 9 lasges. Ils habitent les plaines fertiles de Larisse , » et reconnaissent pour leurs cbef:^ Hippothofis et » Pylfcus , rejetons dé Mars et fils du Pélasge t.éihus, » issu de Teutamis. » Sirabon ^ prouve par ces vers d'Homère que les Pélasges étaient limitrophes des Ciliciens nommés Lyrnessiens. Leur pays comprenait la contrée que renfermait le Caîque jusqu'aux frontières de l'Ionie , c'est-à-dire le pays qui appartint depuis aux £oiiens. Us s'établirent dans cette contrée lorsque Dencalion les chassa de la Thessalie. Ennemis des Grecs , ils allèrent ? au secours de Troie ; mais environ 567 ans après leur expulsion de la Thessalie , et quatre-vingt-seize ans après la prise de Troie , ils furent obligés de l'évacuer et de l'abandonner' aux iBoliens, qui y étaient abordés

' Stnib. , lib. V, pag. 538, A.

'Homeri Odysi., lib. xix, v. 475.

* Diodor. Sioal. , lib. it, S lx; lib. v, S lxxx.

* Strab., lib. ?, pag. 558, B.

* liomeri Uiad., lib. n , v. 840.

* Strab. , lib. xni , pag. 92i , H.

7 Homeri Uiad. , lib. ii , v. 840.

t Strab. , lib. ziii » pag. 872 et 873.

avec des forces considérables. Strabon, de qui j'emprunte ces particularités, dit * autre part cpie les. Ioniens et les Doriens, ayant envahi une petite partie de r Asie-Mineure, ils enlevèrent aux Lélègeset aux Pélasges le pays qu'ils occupaient conjointement.

On trouve des Pélasges à Cyzique du temps des Argonautes , c'est-à-dire vers l'an 3564 de la période julienne, 4550 ans avant notre ère. Ces Pélasges s'appelaient Dolions. Ayant appris a que les Argonautes étaient des descendants de ces Thessaiiens qui les avaient chassés de la Thessalie, ils les attaquèrent de nuit ; mais ayant été battus, leur roi Cyzicus , qui s'entremettait pour faire la paix , fat tué dans la mêlée. Chacun se retira de son côté. Le gouvernement de ce pays passa alors entre les mains des grands de l'état , et subsista de cette manière jusqu'à l'arrivée des Tyrrhéniens, c'est-à-dire de ces Pélasges, qui , chassés d'abord de la Tyrrhénie par les Lydiens, s'étaient réfugfés dans l'Attique; de FAttique ils étaient passés à Lemnos, dont ayant été expulsés longtemps après, quelques-uns s'étaient retirés à Cyzique. Ils ne firent plus qu'un corps de nation avec les Pélasges anciennement établis dans le pays ; mais accablés bientôt après par les colonies grecques dont ils étaient environnés, les uns s'incorporèrent avec elles , les autres s'expatrièrent et disparurent entièrement.

Nous arons dit plus haut, d'après Denys d'Halicarnasse, que des Pélasges s étaient rendus en Béotie. Strabon nous apprend ' que ces Pélasges , s'étant joints à des Thraces , firent une incursion dans un canton de la Béotie, et s'y établirent. Cet événement est à peu près de Tan 5478 de la période julienne , 4556 ans avant l'ère vulgaire. Ces Béotiens, chassés de leur pays , se rendirent en Thessalie , où ils formèrent un établissement près d'Ame et d'Ioicos. En ayant été expulsés par les Thessaliens un peu plus de trois siècles après, ils retournèrent ^ en Béotie la soixantième année après la prise de Troie , c'est-àdire, l'an de la période julienne 5504, 4240 ans avant l'ère vulgaire. On peut joindre à cette autorité celle de Strabon : « Les Béotiens, dit ' ce savant géo- » graphe, revinrent après la guerre de Troie d'Arné D en Thessalie, et s'emparèrent de ces lieux. » Les Béotiens, de retour dans leur patrie, forcèrent les Pélasges à l'abandonner. Ceux-ci, ne trouvant d'asile nulle part , se réfugièrent ^ auprès des Pélasges-Tyrrhéniens, arrivés depuis près d'un an ?

' Id.,ltb. xiT, pag. 976.

' GononiA Narrât, xu.

■ Strab., lib. », pag. 646, A, 629 A.

* Tbucydid. , lib. i , S zii.

* Strab. , lib. ix , pag. 630, G.

« Id., ibid., pag. 616.

7 Herodot. , lib. ti , S cxxxvii.

ÎB8 CHRONOLOGIE D'HÈHODOÏE,

d«Ds TAtlique , à qui les Athéniens avaient accordé

des terres au pied da mont Hymette.

Denys d'Haiicarnasse ' ajoute que quelques-uns desPéiasges, chassés |>ar Deucalion, se k-èiirèrent dans l'HistiaBoUiie. Cfe pays élait en Thessâiie. Mais ii ne feut pas entendre sons cette appellation la paKie de cette oonirée connue sous ce nom , mais les environs de rOlympe et de TOssa, comme il Tobserve , ce que l'on appela depuis la Magnésie. Ils n'y restèrent pas tranquilles. Les Lapithes les en chassèrent pea après, comme le rapporte • Hléronyme.

L'Ile de Lesbos servit aussi d'asile àtix Pélasges sortis de Thessalie. Elle était 3 alors déseite et se nommait Issa, comme le prouve le nom d'une petite llequiest vis-à-vis, et qui s'appelle Autissa,Comme qui dirait en face d'I^sa» Ils lui donnèrent le nom de Pélasgis. Dîodore de Sicile < prétend que Xanthus, HIs de Triopaf , étant sorti de i'Ârgoiide avec un corps de Pélasges, soumit d^abord la Lycie, et passa de là dftns File de Lesbos. Mais J*aime mieux suivre le r^cit de Denys d'Halicarnasse , qui me parait plus naturel et plus vralieniblable ; et s1l y a eu des Pélasges en Lycie , ils ne pouvaient pas y être venus directement de l'Argolirie; c^étaient plutôt de ces Pélasges établis dans la Troade , et qui étaient voisins des Ciliciens Lyrnessiens.

Quoi qu'il en soit , ces Péla>'ges ne devinrent pas fort puissants dans cette lie ; car, environ 400 ans après, les iËoliens s'en etnparèrent 90ns coup féi ir , et 7 fondèrent \A ville de Lcfrbos. Ceux-ci eurent d'autant plus de facilité à s'en emparer que les t>élasges vivaient dispersés à là carnpagtie , et qu'ils n'avaient aucun lieu de ralliement en cas d'attaque, comme nous l'apprenons ' de l'auteur de la vie d'Homère faussement attribuée à Hérodote.

S VI. Les PéUsges passent dans la Tyrrbénie.

Nous avons remarqué, au commencement du dernier paragraphe, que la plus grande partie des Pé^ lasges expulsés de la Thessalie s'était réfugiée à Dodooe. Ils n'y firent pas un long st jour. S'étant bientôt aperçus qu'ils étaient à charge aux anciens habitants , et que le pays ne pouvait pas fournir à leur subsistance, ib se ^ transportèrent, par les

* Dionys. Halle. Antlq. Rom. , lib. i , S xvni.

* Strab. , lib. ix, psg. 676. Athénée cite (lib. liti , cap., pag« 556, et cap. viii, pag. 604) les Mémoires historiques d'HiéroDynie de Rhodes. Mais comme les passages qu'il en apporte ne sont que des hfslorietles , indignes de trouver olace dans rhistoirè , je croi6 (jiie cet écrivain est dirre^ent de celui dont- Strabôn cherche S s'autoriser.

* Diodor. Sicul. , lib. v, $ lîxm , pag. 5U6.

* Id. , ibid.

* Homeri vita , Herodoto falsù tributa. , S ixx\ 111. ' Dionys. Halic. Antlq. Aom. , Ub. 1 , S x>iii.

ordres dUm oracle, en Italie, qu'on appelait alors la tetre de Saturne.

Ayant équipé une flotté considérable, ils traversèrent la itaer Ionienne , dans l'intention d'aborder aux côtes de Tltalie les plus proches. Mais comme ils ne connaissaient pas les lieux , un vent de midi lés força à prendre le large , et les porta à une des einl)Ouchures du Pô, nommée là bouche Spinétique. Ils y laissèrent, avec It-urs vaisseaux, tous ceux qui étaient hors d'état de supporter la fatigue, et quelques troupes pour les défen<lre , aGn d'avoir un lieu de retraité dans le cas où leur entreprise n'aurait pas le succès qu'ils s*en promettaient. Ceux qui restèrent en ce lieu foi iifièrent leur camp d'un mur, firent uh granl amas de provisions de bouche « et voyant que tout réussissait à leur gré, ils fondèrent une ville , qu'ils appelèrent ' Spina , du nom de l'embouchure du fleuve où ils avaient abordé. Cette ville jouit en peu de temps d'une plus grande prospérité que toutes les autres villes du golfe d'Ioitie, et , fut longtemps maîtresse de la mer. Mais enfin les peuples voisins les ayant attaqués avec des forces considérables, ils abandonnèrent leur ville, et se retirèrent on ne sait en quel pays. Telle fut la fin de cette pottion de Pélasges qui avait pénétré en Italie. Les autres Pélasges, coupant * à travers les terres, franchirent les montagnes d'Italie, et arrivèrent dans le pays des Ombrices. Ceux-ci étaient anciennement une nation paissante, qui occupait en Ilaiie un pays considérable. Ils étaient voisins des Aborigènes, que Denys d'ÎIalicarnasse ' croit être les mêmes que \es Œnoiriens.Les Pélasges s'emparèrent à leur arrivée de la partie du pays où ils s'étaient fixés, et de quelques-unes de leurs petites villes. Sur celte nouvelle, les Ombrices rasseuiblèrent leurs forces et marchèrent à l'encontre des Pélasges. Ceuxci, effrayés de la multitude de leurs ennemis, se retirèrent chez les Aborigènes* Ces derniers^ n'étant pas plus endurants que les Ombrices, ae disposaient à les attaquer , lorsque * les Pélasges allèrent audevant d'eux sans armes, et tenant à la main des rameaux d'olivier en qualité de suppliants. Celte sage conduite désarma les Aborigènes ; ils donnèrent des terres aux Pélasges, et firent alliance avec eux contre les Sicules, qui les vexaient par des guerres c<mtinuelles. Mais comme les terres qu'on leur avait données ne suffisaient pas à une si grande multitude, ils attaquèrent les Ombrices de concert avec les Aborigènes , et s'emparèrent d'une partie de letir pays.

> Dionys. Halic. Antiq. Rom., lib. 1, S xviii; Strab. , lib. V, pag. 327.

* Dionys. Halic, ibid., § m.

'Id.Jbid.,Sxin.

* Dionys. Halic. Aniiq. Rom. , lib. i , S ».

PAR LARGHER.

LMrs fbTMê s'élant accrues * par cette augmentatioB de iMiisiaaee, et aidés par les Abori{^nes, ilê attaquèreat las Sicules avec tant de fivaciié et &k* cbaroement, que ceux-oi, se Toyânt sans anctthe t^ source , {irirent avec eux leurs fëmoM» et leurs eh'fantoi leur or et leur argent, el abandonnèîtnt leur patrie. Cet événement est antérieur, selou ' Thucy" dides, de (rois siècles à la première colonie que les Gcecs envoyèrent en Sicile. Cette première colonie est celle que Theudès y conduisit et qui fonda la Tille de Kaxos, Tan de la période julienne 5955, 758 ans avant l'ère chrétienne. L'arrivée des Sicales en Sicile esi doub, selon cet historien , de Tah 5,655 de la période julienne, 4,059 ans avant Père vulgaire. MalheurcusehKmt pour cette hypothèse, il n'y avait plus ahin de Pélatges en Italie, ei même ils Favaicot entièrement évacuée environ 51 1 ans auparavant pour se réfugier dans FAttiqué. Le^ Sicales s'étaient donc retirés en Sicile longtemps avant l'époque adoptée par Thucydides. Ce sont ces raisons qui m'ont déterminé à préférer le s^ntim^hl de Denys d'Halicarnasse, qui f*lace , d'après Hella* nicus de Lesbos, i'expohion ' des Sicules trois gêné* ratioiis avant la guerre de Troie, et la vingt-sixième année du sacerdoce d*Alcyonice à Atgol. 3'ht suivi ce sentiment d'autant plus volouliem, que Philistus ^ la met quatre-vingts ans avant la guerre de Troie , c*elt-Â-dire, en 5564 de la période julienne, 4550 ans avant notre ère; ce qui ftiit nue différence de vingt ans seulement Or, l'on sait que Thistoricn Philistus de Syracuses, et coniemporain de Deiiys le tyran, n'était pas moins exact que savant. C'est le témoignage que lui rend ' Cicéron, PhiUsUs, doeim$ homo et dUigens, al itquùlii iemporum iUorUM.

Lèa Pélasgei ne s'étaient jattia(s tu$ dans un état si florissant* Tout téossissait ft leur gré. Mais Une longue suite de prospéritâi engendre communémefit P<Nfoeil. L'indolence, ledédam, le mépf^iâ marchent à la suite de rorgtieil. Une naUon ftubjn^^uée se cori- 8ole dans son mallieur si elle l'ett par M peuple généreux $ mais lorsque son èônquératit la traite avec mépris , elle èon^rte son ressentiment et Attend ane occasion flivoràble poui* le h\te éclater. Cette oocasiofi ne tarda pas à se préseutefi Le^ Pélasgea * se virent accablés de fli^aux extraordinaires * lenri campagnes cessèrent de produire, soit que les dieux vottlossent les t>iitiir de leur chiauté, sôii qde la tehre manquât de ebltivateuh; iinè feuilne âtfireuse

4 Bionys. Halic. Àntiq. rom. , lib. i , S u"* > Thucydid. , lib. ? i , § ii.

* Diouys. Halic. Antiq. Rom., lib. i , $ un , pag. ^7. 4 Id. , ibid. , pag. 18.

» Gie^ro dé DfviMtione , lib. f , s xx. ' Dionys. Halic. Antiq. Rom. , lib. i, § luu, pag. 18; ixxiv^pag. 19*

désola leur pays ; des maladies contagieuses , cornpagties ordihaites de la fomine, emportèrent la plus brillante jeunesse, l'espoir de la nation. Des peuples voisins, qui épiaient le moment de là Vengeance, tombèréiil i riri)provi$ie sut eux et les bal tirent coniplèieinfent. Les PélasgeS , ne pouvant se rallier, se dispersèrent de Côté et d'auti e , à reiLceptlon d'un petit nombre qui âe maintint encore quelque temps cri Italie ) par les soins et les attentions des Âborigèties.

Échappés ad hr deâ ehneniiâ , les malheurs poursuivirent dans leur retraite ce faible reste de Pétasges. La terre , lourde i leurs vœux , cessa de donner des moissons^ les maladies contagieuses cntinuèrent leurs ravages. Accablés , excédés de tant de maux , les Pélasgc'S eurehi enfin recout-s à l'oracle pour en obtenir la cessation. L'oracle répondit qu'Us n'avalent pas exécuté le^ ordres deè dieux , qui leur avaient enjoint de leur offrir la dîme de ce qu'ils avaient de plus précieux. Là-dessus , ils orfrirent auî dieux la dlme des fruits de la terre , avec celle de leurs troupeaux. Mais la famine et les maladies ne discontinuant point , ils convoquèrent une assemblée générale de la nation , aiind'y discuter la réponse de l'oraclei Lorsqu'ils furent assemblés , Tun dès anciens se leva , et leur dit qu'ils n'avaient pas saisi le sens de l'oracle , et que les dieux exigeaient qu'ils leur offrissent aussi les prémices de leurs enfants. Les avis se trouvant partagés, on envoya une seconde fois consulter l'orade. Le dieu répondit qu'd fallait offrir ces pré* mices.

Les magistrats s'étant mis en devoir d'exécuter les ordres de Toracle « il s'éleva une grande sédition ; rien ne put calmer le peuple. Les Pélasges «bandoimèient le pays par troupes^ les maisons devinrent désertes; et les campagnes , déjà frappéeé de stérilité , n'offrirent plus qu'une vaste solitude. Un petit nombre lutta cependant avec courage contre tant de manx ; mab il en survint un autre auquel il ne put résister.

Des Lydiens , qui avaient à leur tête ' Tyrrhénus , l'un des fils de leur roi « et qui , de sou nom ^ avaient pris celui de Tyrrhéniens , ayant été forcés de s'ex* patrler et de se mettre en mer, avaient abordé dans rOmbrie. Je sais que Denys d'Halicamasse * im« prouve ce sentiment ^ qui est celui du père de l'histoire, et qu'il pense que les Tyrrhéniens , loin d'être Lydiens d'origine , sont indigènes d'Italie. Mais In» dépendamment qu'il est presque le seul écrivain de cet avis , Tacite ^ rapporte un décret des Étrnsques qui met le sceau au sentimenl d'Hérodote. Quoi qu'il

> Herodot. , lib. i , S xciv.

* Dionys. Halic. Ânfiq. Roni., IU>. i, $m, pag. 25 et 24.

> Tacili Annal. » lib. if, i lv«

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CHRONOLOGIE D'IIÉKODOTE,

en «oit, ces Tyrrhéniem abordèrent, selon la plus \ commune opinion , dans i TOmbrie vers l'an 5570 de la période julienne y 1544 ans avant notre ère , un siècle avant la prise de la ville de Troie. Les Pélasges , déjà affaiblis par les fléaux et par les émigrations dont nous venons de parler, ne purent les empêcher de s'établir dans le pays. L«s Lydiens y prirent une consistance solide, et environ 455 ans après, ils se crurent assez forts pour attaquer les Pélasges. Ceux-ci élaient d'autant moins en étal de leur résister, que leur population étant diminuée par les émigrations précédentes et par les maladies contagieuses, ils n'étaient plus, pour ainsi dire, qu'une poignée de monde. Ils cédèrent prudemment à Torage , et prenant avec eux leurs femmes , leurs enfants et ce qu'ils avaient de plus précieux, ils s'embarquèrent et arrivèrent ' daus TAttique. On les appela Pélages-Tyrrhéniens , et nous leur donnerons dorénavant ce nom , aGn de les distinguer des autres Pélasges.

S vu. Les Pélasges-TyrrhénieDS s'établissent dans l'Attique.

Les Athéniens n'avaient pas encore acquis dans les combats, dans les lettres et dans les sciences, oette célébrité qui les distingua dans la suite de toutes les autres nations. Mais ils en avaient une autre bien supérieure. C'était chez eux que la religion avait pris, pour ainsi dire, naissance ; c'était dans leur pays que la culture des terres avait commencé , et que de là elle s'était répandue de tous côtés ; ils avaient les premiers établi des lois , et déjà ils passaient pour le peuple le plus poli de la Grèce. Ad-

sunt Athettienses, dit ^ Gicéron, unde humanitas

religio, fmges, jura , leges ortœ , aique in omîtes terras disiributœ putaninr. Touchés des malheurs des Pélasges-Tyrrhéniens , les Athéniens lesaccueiliirent avec bonté, et leur donnèrent des terres an pied du montHymette, à condition cependant qu'ils construiraient la partie du mur de la citadelle que Ton a appelée 4 de leur nom le Mur Pilasgique.CeB conditions étaient si douces et si modérées , que ces Pélasges, qui avaient • à leur téie Agrolas et Hyperbius , ne balancèrent pas à les accepter. Ils construisirent le mur, et cultivèrent avec soin les terres qn'on leur avait cédées.

Pendant qu'ils étaient occupés de ces soins , ils se virent renforcés par d'antres Pélasges. Ceux-ci , obligés d'évacuer la Thessalie i l'arriYée de Deuca-

* Herodot. , lib. i , S xciv.

* Herodot. , lib. vi , S cuxvii.

' Cicero pro Flaooo, $ uvi.

4 Herodot., lib. vi, $ auTii. Aristophau. in Avibus, vers. 835.

* Paoïan. , lib. i . cap. xxviii , pag. 67.

lion, avaient porté leurs pas vers la Béolie; ils y avaient fait une incursion , avec des Thraoes^ini s'étaient joints à eux , el ils s'y étaient établis après en avoir chassé les anciens habitants. Ces Béotiens, . forcés d'abandonner leurs habitations , s'étaient retirés en Thessalie , où ils avaient fixé leur demeure. Ils y étaient restés tranquilles un peu plus de trois siècles ; mais enfin , les Thessaliens les ayant expulsés, ils retournèrent dans leur ancienne patrie, et étant tombés à l'improvute sur les Pélasges qni l'occupaient , ils les forcèrent à l'évacuer. Ceux-ci , ne fâchant où donner de la tête, se retirèrent dans l'Attique , auprès de ceux de leurs compatriotes à qui les Ailiéniens avaient généreusement accordé des terres. Cette colonie de Pélasges-Tyrrhéniens commençait à prospérer; cet accroissement leur inspira de rorgueil. Ils aspirèrent aux plus éminentes dignités à Athènes, bien sArs de se rendre btenl6t maîtres absolus s'ils pouvaient obtenir l'objet de leurs vœ:L$.

Sur le refus des Athéniens, les Pélasges-Tyrrhéniens revinrent à leur caractère primitif, qu'ils avaient jusqu'alors contenu dans de certaines bornes. Ce peuple agreste , et qui ne connaissait d'antre loi que celle du plus fort , se mit à vexer les Athéniens , et ne^reconnul leurs premiers bienfaits que par la plus notre ingratitude.

Le luxe n'avait pas encore pénétré dans la ville d'Athènes. On n'y respirait, à celte époque, que la candeur; on ne s'y distinguait que par l'antique simplicité des mœurs ; l'esclavage y était rocooonu ; ses heureux habitants se servaient eax-mèmes, et ils employaient leurs enfiuits à puiser de l'eau à la fon- Uine Callirrhoé. Cette fontaine , à qni la beauté de ses eaux avait fait donner ce nom , roulait au pied du mont Hymette, à une certaine distance de la ville. Pisistrate l'y fit entrer dans la suite, et en distribua les eaux dans ses différents quartiers, par neuf tuyaux on conduits, comme l'indique le nom d'£nnéacrounos , qu'elle porta alors.

Les Pélasges-Tyrrhéniens , livrés aux passions les plus brutales , faisaient violence à ces tendres enfiuits, et non contents de ces outrages , ils formèrent l'odieux projet de se rendre maîtres du gouTernement. Les Athéniens, outrés de ces insultes, prirent les armes, et s'éunt avancés à i'encontre des Pélasges y ils les chassèrent de leur pays. Cet événement est à peu près de l'an 5552 de la période julien:ie, 4 4M ans avant Tère vulgaire. Les Pélasges étaient arrivés dans l'Attique vers l'an 5505 de la période julienne , 4209 ans avant notre ère. Ainsi leur séjour dans ce pays n'avait été que de 47 ans.

Hécatée de Milet raconte cette liistoire d'une ma-

' Thuqdid. , lib. ii , S xv.

PAR LARCHER

nière qui , sans alt^r^ r le fond , est cependant moins lionorable pour les Athéniens, puisqu'il met toute rinjustice de leur côté. Les ' Athéniens, dit-il, s'étant aperçus que ie terrain qu*avaient défriché les Pélasges était devenu d'un grand rapport, quoique auparavant il leur eût paru mauvais et de nulle valeur, les en chassèrent, sans en avoir d'autre motif que leur jalousie et le désir de s'en remettre en possession. Quoique je ne prétende pas prononcer sur ces deux manières de raconter le même fait, je ne pois m*empécher de dire que la première me parait plus vraisemblable , parce qu'elle est plus conforme à la loyauté et au caractère plein d'humanité des Athéniens , ainsi qu'à la perfidie et à la brutalité des Pélasges.

S VIII. Les Pélasges-Tyrrh^nieos . diassés de l'AUlquCt se retirent dans rilc de Lemnos.

Les Pélasges-Tyrrhéniens, s*étant mis en mer pour échapper à la ven^ncedes Athéniens, cherchèrent de nonveltes habitations. Ils se séparèrent en deux bandes. Les uns, prenant pour leurs chefs Agrolas et Hyperbins , ceux-là même qui avaient entrepris la construction du Mur Pélasgique ^ passèrent * de l'AtUque en Sicile, et de Sicile en Acanianie. On ne sait rien de plus sur cette portion des Pélasges- Tyrrhéniens. Il y a grande apparence qu'elle s'incorpora avec les Acariiaotens , el qu'elle cessa de faire un peuple particulier.

L'autre corps de Péiasges-Tyrrhéniens, qui était le plus nombreux , se porta sur i'ile de Lèmnos. Celte lie était alors habitée par les Minyens. Les M inyens étaient les descendants des Ai^ooautes , qui , ayant été accueillis par les femmes du psys, l'avaient peuplé de nouveau. Tranquilles possesseurs de cette lie depuis près de deux siècles , ils vivaient dans la plus parfaite sécurité » lorsque tout à coup ils en furent tirés par l'attaque imprévue de cette troupe de brigands. Pris au dépourvu , ils ne firent qu'une faible résistance, et prenant avec eux leurs femmes et leurs enfants , ils abordèrent en Laconie vers l'an 5554 de la période julienne, 44dO ans avant notre ère. Leurs aventures ne sont pas de mon sujet , et je les passe sous silence. Je m'arrête seulement un instant, pour fiiire remarquer que Théras , qui avait été tuteur de Proclès et d'Eorysthènes , rois de Lacédémone, emmena ^ avec loi une paitie de ces Minyens lorsqu'il alla fonder IMIe Caliiste. On sait que cette fondation est de l'an 5564 de la période julienne, 4450 ans avant notre ère. L'envoi de cette colonie sert à fixer, d'une manière indubi-

* Herodot., lib. vi , 8 xxxvii.

' Paosan. Attic. rive Ub. , i , cap xxviii . pag. 68.

» Ho-odot. , lib. lY, s cxLviii.

table, l'expulsion des Pélasge8-T}Trhénîens de l'Attique.

Les Péiasges-Tyrrhéniens ne se furent pas plus tôt affermis dans la possession de Lemnos , qu'ils résolurent de se venger des Athéniens. Ils connaissaient leurs jours de fête. Us avaient observé , pendant leur séjour dans TAttique , que les Athéniennes ' célébraient en grande pompe la fête de Diane à Brau • ron. Cette bourgade n'étant pas beaucoup éloignée du mont Hymette , où ils avaient demeuré , ils la connaissaient par&itement; s'étant donc embarqués, ils abordèrent au jour préfixe près de Brauron. fis s'y mirent en embuscade , et fondant sur les jeunes filles d'Athènes, qui célébraient cette fête, ils les enlevèrent, les menèrent à Lemnos, et les prirent pour leurs concubines.

Ces jeunes filles , outrées de cette insulte , inspirèrent aux enfants qu'elles eurent de ces Pélasges la liaine qu'elles avaient conçue contre leurs ravisreurs. Dès que c< s enfants furent en âge de la sentir et de la manifester, ils attaquaient les enfonts des femmes pélasges partout où ils les rencontraient, et si l'un de ces jeunes Pélasges frappait Tun d'entre eux, le petit Athénien criait au secours; à l'instant ils accouraient , et vengeaient leur compatriote. Ils regardaient les jeunes Pélasges avec le plus grand mépris , et se croyaient déjà leurs maîtres. Le courage et l'union surtout de ces enfants firent faire de sérieuses réflexions aux Pélasges. Quoi donc ! se disaient-ilsdans leur indignation, s'ils sont déjàd'accord pour sedonner du secours contre nos enfants légitimes, s'ils cherchent dès à présent k les dominer, que ne feront-ils pas quand ils auront atteint l'âge viril ? Ayant pris la résolution de massacrer tons les enfants qu'ils avaient eus des Athéniennes , ils exécutèrent ce barbare dessein , et les immolèrent avec les mères de ces enfants. Une pareille atrocité ne peut qu'inspirer de l'horreur pour un peuple capable de s'y livrer.

S IX. Les Pélasses-Tyrrfaénteiu sont cfaasaés de Lemnos.

Les Pélasges , renfermés dans leur lie , et ne s*occupant que de la culture des terres , ou tout au plus exerçant leurs brigandages contre les Thraces , leurs voisius, ne firent rien de mémorable. Les historiens, ne trouvant dans les annales de ces peuples , sup- \ osé qu'ils en aient eu , rien qui méritât de passer à la postérité, n'ont pas da<gné nous en apprendre davantage. La seule chose que l'histoire nous ait transmise , c'cft que les dieux ne tardèrent pas à les châtier, et qu'en punition ' de leurs crimes , leurs terres furent frappées de stérilité. Ils envoyèrent à

* Herodot. , Ub. iv, $ cinviii.

* Id. , ibid., lib. vi , 5 cuxix.

ce ^iget consnlter Torade d^ Delphes. Lq diea leur répondit de donner satisfaction aux Athéiùeiis. Ils députèrent en conséquence à Athènes quek|aes-uns de leurs plus considérables cttoyent , et promirent de se soumettre à la peine qa'on exigerait en réparaiion de leur crime. Les Athéniens dressèrent im lit ' dans le Prytanée , avec toute la magnificenoe possible , et ayant couvert une table de toutes sortes de viandes et de fruits , ils dirent aux Pélasges de leur livrer Lemnos dans l'état où était cette tabk. Nous vQus la livrerons y répondirent les députés, lorsqu'un de vos vaisseaux se rendra en un seul jour de votre pays à Lemnos par un \em du nord. Ils firent cette ré|)onse, parce que TAttique étant située an midi de Lemnos, et à une distance eonsidérable de cette lie , il leur paraissait impossible de faire un si long trajet en un joor par un vent de nord. M^is dans la suite des temps , la vengeance d«s dieux, longtemps différée, éclata enfin snr leurs têtes.

Miltiades, Qls d^ Gimon, ^ rendant i la Ghersonèse pour en prendre possession, s*arrèta à la lianteur de Lenmos et en ' SQipma les habitants d'évacuer rile. Ce fut en 44QO de la période juienne , 515 ans avant Tère chrétienne; il y avait déjà par conséquent 647 ans que les Pélaf^ges-Tyrrbéniens en étaient les maîtres, Les Pélasges répondirent à ses députés d'une manière arrogante, (liltiades, pressé d'aller faire reconnaître son autqrité dans la Cbersonèse^ et qui d'ailleurs n'avait peut-être pas di^sez de monde avec lui pour bitre la eonqnète d'une lie de cette importance» ne s'arrêta pas davantage et se rendit à la Chersonèse. Cependant il ne perdit pas de Tue l'Ile de Lemnos , et lorsqu'il crut sa puissance assez affermie dans la Chersonèse pour que sa présence n'y fût plus nécessaire , il s'egibarqua an port d'Eléonte , et se présenta de nouveau devant Lenmos avec des forces imposantes. Les Pélasgea, ne se sentant pas en état de résister, évacuèrent rtle, excepté les habitants de Myrine, qui soutinrent nn srége ; mais ayant été Ibrcés, ils allèrent rejoindre leurs compatriotes.

S X. Les Pélasges-TjrrMnifliM , ehtttës ée Lemnos , se dispersent en MkwÊê psyi.

L'Ile de Lemnos ayant été conquise par Miltiades, Tes Pélasges-Tyrrhéniens se dispersèrent les uns d'un côté , les antres d^m autre. Quelques-uns passèrent en Asie, où ils fondèrent, sur les bords de la Propontlde, les villes^ de Placie et de Scylacé. Quelques autres en plus grand nombre ^ se rendirent à la près-

* On sait que les andent mangealenl snr des Kts. > Herodot. , lib. vi , S gxl.

' Id., lib. I, Slyii.

* Tbncydid. , lib. iv, $ en.

CHRONOLOGIE D'HÈROOOTË,

qn'lle du mont Âthot, qai est à tinè médioct^ dbtance de Leouios , oà ils bâtirent de petites villes. Les uns et les autres existaient encore dans les mé^ mes lieux da temps d'Hérodote et de Thocydldes, comme l'ont remarqué ees deiix illustres écrivains , ti même ils avaient conservé leur ancien langage. Il y en eut aussi qni s'emparèrent de quelques endroits des cétesde la Thraee, et qui , de là, s'étendantdans las terres , y fondèrent la vine de Grestone ; ce qoi a fait dke à Hérodote q»e Crestdïie , ville des Pélasges, éuit située au-dessus des Tyrrhénieos, c^estè-dire au-dessus des Pélasges-Tyrrhéniens , qni habitaient celle partie des eôtes de hi Thraee. C'est ce que n'a pas compris I>eny8 d'HaHeamasse, qui, supposant qu'il s'agissait en cet endroit de la yille de Crotone , a placé Grestone dans l'Ombrle. Cet historien s*est trompé, et a entraîné avec lui dans la même eireur plusieurs savants distingués. On peut eopsulter ma note 454 snr le livre i , eu j'ai tâché de le réfuter.

Depuis le si^le d'Hérodote, il n'est pins feit meation de ces petites penfilades. Elles s'étagnirent probablement , et disparurent de dessus la snrllM» de la terre, ainsi que les précédentes.

Cependant il n'en a pas Cilhi davantage poor persuader aux auteurs des I^xiqties-Suio-Gotbiqiies et à M. Pougens que * les Pélasges étaient une nation scytbe sortie de la Thraee, qui envahit la Gi^èee et la peupla. Ce peu de mots contient deux asscrtâons : la première , que les Pélasges étalent Soyihes d'ori« gine; la seconde, qu ils sortirent de la Thraee pour envahir la Grèce , et qne lei Grecs sont Pélasges , et par conséquent Scythes d'origine. Je suis blea sAr qu'on n'apporiera aucun témoignage historique pour prouver la première aasartion. Quant A la seconde , ce que je viens d'observer snr l'arrivé*) des Pélatges- Tyrrhéniens en Thraee sufiit pour la réibter. J'ajoute que l'on ne trouvera dans toute ^antiquité aucune autorité poor prouver qoe les Pélasges aient pénétré dans la Thnee avant ^époque qoe Je viens d'indiqner.

Je suis touieors étonné quand je vois des éeritanis qui joignent à beaucoop d'esprit et de eannaisaances une rare sagacité, qoand je Icsveîs, db-je, s^ma* giner qa'i's illustrent leur nation en la Isisant remontera des époques qui la rappradient de l'origine dn monde. Il est hors de doute que les Scythes des« cendent , ainsi que les antres peuples , de Neé, qui fut le restansatenr de la race humaine. Mais quils soient sortis de l'Ade pour passer en Eorope sons Sarag, bisaieal d'Abraham, c'est ce que l'on ne croira pas tant qu'on n'aura pour le prouver d'autre garant qu*Isidore de SéviUe , mort l'an 698 da notre

' Essai snr les AnUquitésdn Mevd , pag . 95.

t>ÂR LARCHER.

ère. G^est cependant sur one si frélç antoriié que indiqo^e un peu pku haut , et qu'ils se disaient re« Itt. Pougens ' a'écrîe : « U esl difficile de trouver monter à 4000 ans avant l'expédition ' de Darius, » dans riitstoire grecque , da|is la Is^line et dans celle > c'est-à-dire à 4308 ans avant l'ère vulgaire , tandis » de la Suède antique, une migration plus insigne ! que les Grecsdu Pont ne leur donnaient que 4 554 ans « des Golbs dans r£gypte, en Grèce et dans les \ avant noire ère. Mais indépendamment qu'il y a » Indes. » I encore loin de U à Sarug, bisaïeul d'Abraham , qui

Messénius ^ parle d'une autre migration des Scy- | était né vers Tan 2405 avant l'ère clirélienne, c*est tbes, qui eut lieu , dit- il , sôus Othooiel , juge des qu'on n*a pas fott attention qu'Hérodote rapporte , Israélites , et il s'appuie de TAtlantide de Platon, il \ lelon son usage , les différentes traditions des peufaut convenir que le roman de ce pbilP!»oplie a don- pies sans les approuver ni les Improuver, et que né occasion à beaucoup de systèmes ridieules. ; son véritable sentiment est celui que nous avons

Il est hors dedoute que plusieurs peuples-paasèrent | rapporté plus haut, de l'Asie en Europe avant que les Scythes y eus- ! Le nord de TEurope était déjà en partie peuplé, sent pénétré. Les Scythes, qui habitaient originaire- ' les Scythes y pénétrèrent. Ils assujettirent peu à pen ment aux environs de la mer Gas|ûenne , étaient \ les nations voisines de la Tauride , et il n'est pas perpétuellement en guerre avec les ^ Massagètes. Les , étonnant qu'ils fussent très-pulssauts lorsque Darius Cimmériens occupaient alors la Cliersonèse Taori- ' marcha contre eux.

que. Les Scythes passèrent l'Araxe et les en chas- | Celte digression m^a écarté nn peu de mon sujet; sèrent. Les Cimmériens se retirèrent en Asie , et , mais je la crois d'autant plus importante , qu'on

en côtoyant le Pont-Euxin , ils parvinrent à Sardes. Les Scythes s'égalèrent en les poursuivant. « Ils * » franchirent le déQlé que baigne la mer Caspienne, » se ré|)andirent dans )e pays appelé depuis l'Alba- » nie , passèrent TAraxe , et vinrent envahir le D royaume des Mèdes. » Cyaxares, roi de Médie, était alors occupé au siège de Ninive. Sur la nonvelle de l'invasion des Scythes , il en lève précipitamment le siège, marelle à leur renconire, est battu et forcé de leur payer tribut. Les Scythes forent ' pendant vingt- huit aus maîtres de TAsie supdrieure ; mais enlin les principaux d'entre eux ayant été massacrés dans des festins qu'on leur donna en i^Iédie, cçux qui échappèrent au carnage se retirèrent en Tauride. Lai conquête de la Médie par les Scythes est l'an 033 avant notre ère. Elle ne dura qMe 28 ans, et non 4500 ans, conmie le prétend « M. Pougens, vraisemblablement d'après Justin, qni

s'efforce de donner actneltement au monde une an* tiquité qu'il n'a point. Pour y parvenir, il fout détruire tout ÇA que Ton trouve dans les hinloires les plus authentiques, et substituer 4 leur récit des fables , productions d*une folle et ridicule imagination. Que cela soit dit en passant. Je reviens ^ mon sujet,

S XI. te» AthAileBs étalent-lls Pétasçes d'orlgfne?

Il est certain que si on s'en rapportait an témoignage d'Hérodote , cette question serait bientét décidée. En effet cet * historien dit , en parlant des LacédémoQiens et des Athéniene , que les premiers étaient Hellènes et les autres Pélasges. Dans un an-^ tre endroit , le même historiea s^exprime d'vne ma* nière auss^ claire ; « Dana ^ le temps, dit-il , qne les V Pélasges possédaient le pay^ eoMiu roaiBlenant

. » sous le nom d'Hellade , les Athéniens étaient dit, liv. u, cbap. m , que Ninus affranchit l'Aste i ^ p^jaggea, et ou les appelait Cfana«M. » de la dominetion des Scythes qui l'avaient tenue as- j L'^uiorité de cet écrivain esl, à juste titre , du servie pendant 4500 ans. Si cela était , Templre des ^^ ^^^ p^ p^^ ^^ 1^ ^,,^^ ^ y^^^^ Scythes remonterait à plus de 4200 ans avant le dé- ; ^^^^ gj j,^^ ^ ^^ ^ ^.^„ ^^^ ^^ ^^ y^ luge. Mais des auteurs qui ne disent philosophes devraient rougir de rapporter de pareilles fables. Je n'admets que les faits avoués par ^histoire ; je n'en reconnais pas d'antres , et je ne puis regarder que comme des fables controuvées pour appuyer de vains systèmes tous ceux qu'on pourrait leur opposer.

Ce n'est pas que j'ignore que les Scythe se donnaient une plus ancienne origine que celle que l'ai

« Essai sur les AnUquités du Nord, pag. 59. » Id. , ibld.

* HoFodot. , lib. iT, S II.

^Id.,lib.i, note 282. ' Id. , lib« I , S ay, cv el cri.

* Essai sur Antiquités du Nord, pag, ^.

sanles riûsona , it ne ftuit pas dsb plus y déférer lég^ rement , surtout lorsqu'on a Heu de croire qn^l s'est trompé. C'est icyi le cas, et voici les motif» qni m'empéctient d'adopter son apinion.

I <» Il est le seul écrivain qni ait afnnoé que les Athéniens étaient Pél«.«ges d'origine ; tons les antres auteurs , et prineipalemeot les Athéniens , eenx mêmes qui se sont le plus étendus sur les antiquités de leur nation, disent unanimement qu'ils sont autochthones, c'est-à-dire qu'ils sont originwiref do

* Herodol. , hb. iv, S vu.

*Id..,Ub. lySLTI.

' Id.ylib. vm^SiLiT.

CHRONOLOGIE D'HÉRODOTE

pays ; non qu'ils pensassent être sortis de la terre comme des plantes indigènes , mais parce qu'ils ignoraient qaelle était la nation qui aTait peuplé la première leur pays. Euripides le dit clairement dans un fragment de son Ërecihée, que nous a conservé ' Lycurgue dans sa harangue conure Léocrates , ainsi que Putarque dans son Traité ' de l'exil. « Notre » nation , dit ce poêle , n'est point venue d^un autre » pays ; nous sommes Autochtbones. » Thucydides s'exprime de même en plusieurs endroits de son histoire , et surtout liv. ii , § xxxvi ; et Hérodote lui-même met dans la bouche de l'ambassadeur d'Athènes auprès de Gélon, tyran de Syracnses, ces paroles remarquables : a Nojs sommes le plus an- 1» cien peuple de la Grèce; nous seuls, entre tous les w Grecs, n'avons jamais changé de soi *. »

Quand j'ai avancé qu'Hérodote était le seul écrivain qui ait été de cette opinion y je n'ignorais pas que Scymnus de Chios et Ëustathe étaient du même avis ; mais Scymnus de Chios avoue que dans ce qu'il dit , il se contente 4 de suivre Hérodote.

Ëustathe n'est pas plus croyable, parce qu'il se contente de copier * les propres termes de notre historien. Mais indépendamment de ces raisons , qui sont péremptoires , il y en a une autre qui ne serait guère moins bonne, quand même ces écrivains auraient parlé de leur chef. Scymnus de Chios était né vers l'an 444 avant notre ère; il a commencé à écrire au plus tôt à l'âge de vingt ans, vers Tan 124, et a cessé d'écrire vers l'an 75 avant l'ère vulgaire , comme l'a prouvé le savant Dodwell dans sa troisième dissertation. Comment un auteur si récent aurait- il eu connaissance de faits antérieurs au règne de Cécrops , et par conséquent antérieurs à sa naissance de 4426 ans , dits qu'il ne trouvait consignés dans aucune histoire et sur aucun monument? Ce que je dis de Scymnus de Chios acquiert beaucoup plus de force si on l'applique à Ëustathe. Ce savant archevêque florissait dans le douzième siècle , et déjà la Grèce abâtardie avait laissé perdre les écrits de la plupart de ses plus illustres écrivains. Je pose en feit, et il serait facile de le prouver, qu'à l'exception d'un assez grand nombre de grammairiens que nous n'avons plus , il n'existait du temps de ce savant que les auteurs que nous possédons actuellement , et qu'il ne connaissait même des deux premiers livres d'Athénée que l'abrégé que nous en avons. Comment

* Lycurg. contra Leocratem, pag. 160.

' Platarcb. de Exsilio , pag. 604 , D.

> Herodot. , lib. tu , S clxi.

* Scymai Chii Orbis descript., vers. 564 , pag. 52.

' EosUith. ad Dionysii Periegetini., vers. 425, pag. 78, col. 2| Ho. 7.

des auteurs aussi récents et aussi dépourvus de livres et de monuments que ceux que je viens de citer pourraient-ils fiiire autorité ?

3° Lorsque Hérodote met en opposition les Hellènes et les Athéniens , il s'étend sur l'origine des Hellènes, sur les migrations de ce peuple , et enQn sur son établissement dans le Péloponèse. Pourquoi n'a-tnl pas suivi la même marche pour les Athéniens? Ce peuple, non moins illustre que les Hellènes ' , méritait bien la peine d'être connu. Il se contente de dire qu'il était Pélasge. Mais de quel pays étaient venus ces Pélasges ? On n'en voit nulle part dans le voisinage de TAttique. Il est vrai qu'une légère portion de Pélasges ^ chassée de la Thessalie par Deiicaliouy vers l'an 5478 de la période julienne, 4556 ans avant notre ère , se réfugia en Béotie. Mais quand même ces Pélasges auraient passé de là dans i'Attiqne , iis ne seraient pas pour cela les fondateurs de ce pays. Céerops, premier du nom, y régnait déjà depuis trente-quatre ans , et les Athéniens formaient à cette époque un corps de nation. Ces Pélasges , forcés d'évacuer la Béotie , cherchèrent un asile dans l'Attique vers Tan 5507 de la période julienne , 4207 ans avant l'ère chrétienne. Oxyntès, liis de Démophon et petit-fils de Thésée, régnait alors. Deux ans auparavant , les Pélasges- Tyrrhéuiens s'étaient réfugiés dans le même pays. Athènes était alors florissante, et les Pélasges , bien loin de s'incorporer avec eux , furent chassés de l'Attique environ quarante-sept ans après qu'ils y étaient entrés.

5® Ce pays, avant que de porter le nom d'Attique, avait été connu sous plusieurs autres. Il avait eu celui d'Actique % d'Act«on. Pausanias ^ nomme ce prince Actens , et prétend que le pays fut ap»pelé de son nom Aclœa. Cécrops premier , qui avait épousé sa fille, lui succéda. Le pays changea alors de dénomination et s'appela Gécropie ^. Sous Cranaûs^ les Athéniens furent nommés Cranaêns, et c'est ainsi que les désigne Pindare ' dans l'une de sea Olympiques :

et dans les Néméennes ^ :

vcuatv fyfioÇ^v 9r/»aT9v. . . .

* Les Athéniens n'étaient pas alors compris sous la dénomination d'Hellènes.

* Strab., lib. ix , pag. 606, A.

* Pausau. f lib. i , cap. ii , pag. 7. ^ Herodot. , lib. viii , S xliv.

' Piodari Oiympic. xiii, v. 52.

^ Piodari Nem. viii. y.i%

PAh LARCHEft.

Mak Kpoofoiu n*est peot-étre qu'une épithète donnée à cette ville , à cause de Tâpreté de son territoire. Hérodote parait assez de ce sentiment, quoique Strabon ' assure que les Athéniens furent appelés Granaéns de Cranaiis , df' ov xai KpwMÏ ol ivotxot. Atlhis, fille de Cram.ôs, lui fit prendre le nom d'Àtthide ' ; Erecbthce celui d'Erechtheîde '; et Ion, fils de Xuthos, celui d'Ionie 4. Strabon ajoute à ces noms* ceux de Mopsopie, de Mopsopos; de Posîdonie de Neptune; d'Athènes, de Mineire , que les Grecs appellent en leur langue Poséidon et Athéné. On ne trouve nulle part ancune trace du nom de Posidonie. Quant à celui de Mopsopie , il lui vient de Mopsopus * , fils de Triptolèroe, petit-fils deRharus, et arrière -petit -fils de Cranaûs. L'obscur Lycophron appelle TAttique ? Mopsopie , et les Athéniens sont nommés Mopsopiens par Paul le Silenliaire ^ , dans une épigramme sur Cynégîre , frère d'Eschyle , qui se distingua à la bataille de Marathon. On sait que ce guerrier eut les dtnx mains coupées , en voulant saisir Téperon d'un vaissean ennemi. Grotius a conservé avec raison le terme de Mopsopiens dans sa belle version en .vers latins :

Abfiddit a summa pendentes puppe securis

Sanguine Medorum qu« madaere mauus :

Cum trepidam, Cynegire, ratem, ?elnt ancbora, cnnro

Dente tennx, digiti delinuere lui.

Jam quoque desectœ de corpore tigna rarinœ

Mordebant , magnas terror Achaernenidis.

^iunc ipsas Mediu qa^s babct. Victoria mansit

Mopsopiîs, manibus débita neœpe tuis.

Les poètes latins ont plus souvent employé cette appellation que les Grées. On la trouve dans Ovide, dans Tibulle , et dans Sénèque le tragique. Le premier s'exprime ainsi dans les Métamorphoses, livre VI , vers 423:

Barbara Mopsopios terrebant agmîna muros.

Le même appelle, dans le même ouvrage , liv. m ,

vers 680, Triptolème Mopsopius juvenis , ou parce

.qu'il était fils de Mopsopus, ou parce qu'il était

Athénien. Tibulle dit , livre 4 , élégie vu, vers 54 :

Liba et Mopaopio dulda melle feram.

Et Sénèque , dans son Hippolyte , vers 424 r

* Strab. , lib. , ix , pag. 608 , A.

' Id. , ibid* \

* Herodot. , lib. viii , § xliv.

/ Herodot., ibid. Strab. , ibid.

^ Strab. , ibid.

* Meomios.de Regibus Athéniens., lib. i , cap. xiv. ' Lycopbr. Gassandra, jr 052.

* Aotholog. , lib. IV. cap. viii, pag. 515.

CHRONOL

?îon , si remeet arte rnopsopiâ potens, Qui nosfra caBcà monstra conclusit doroo Promiltat uUam oasibns nostris opem.

SI les Pélasges avaient peuplé les premiers TAttique , il serait bien étonnant qu'ils ne lui eussent pas donné leur nom , eux qui l'ont communiqué à r Arcadie , quoiqu'ils n'y eussent fait qu^un séjour de très-courte durée, à la Thessalie, à Tile de Lesbos , et À tant d'autres pays.

4<> On ne trouve dans rbistotre que peu de choses sur les peuples qui habitèrent l' Attique avant le règne de Cécrops. Ce pays, en grande partie montagneux, aride , stérile , disgracié , pour ainsi dire , de la nature , n'excita pas la convoitise de ses voisins , et ne fut peuplé par consé(juent que très - tard. Les premiers habitants de TAiiique dont parle Thistoire sont les Aones et les Tenamices '. Ils occupaient les environs du promontoire Suuium. De là on peut conjecturer qu'ils étaient venus par mer. Mais de qnel pays étaient- ils vends ? c'est ce que Ton ignore et ce que Ton ignorera toujours. On sait seulement, à n'en pouvoir douter , qu'A l'époque du déluge d'Ogygès , qui obligea Us Aones et les Tenunices de se réfugier dans la Béotie, les Pélasges, qui n'habitaient la Theasalie que depuis 424 ans , ne connaissaient pas encore la mer. Par conséquent les Aones et les Temmices , qui , par leur position dans TAitique , doivent nécessairement être venus par mer, ne peuvent être les mêmes que les Pélasges. Cela sera porté jusqu'à la démonstration , si Ton fait attention que ces deux peuples occupaient rextrémité de l'Attiqoe vers le promontoire Sunium longtemps avant le déluge d'Ogygès , et pent-être longtemps avant la naissance de Pelasgus , de qui les aventuriers qui raccompagnèrent ont emprunté le nom de Pélasges.

Ogygès , le plus ancien roi de l'AtUque dont nous ayons connaissance, réunissait aussi sous ses lois la Béotie. Il ' régnait 4020 ans avant la première olympiade. La trente-septième année de son règne > arriva celte grande inondation connue sons le nom ^e déluge d'Ogygès, qui fit périr un très-grand nombre des habitants de F Attique. Les autres se sauvèrent en Béotie avec Ogyg^ leur roi, et s'il en resU quelques-uns dans le pays , ce furerit ceux qui gagnèrent les montagnes , et se mirent de bonne heure à Tabri des eaux.

L'histoire nous abandonne ici , et nous ne pouvons continuer qu'à Taide des conjectures. On sait, et c'est * Strabon qui nous l'apprend , que les Aones

* Strab. , lib. ix , pag. 615, G.

* AfHcaD. apnd Ensebii Pneparat. Evangelicam, lib. x . pag. 489.

' Id., apnd eamdem, pag. 490.

4 Strab., lib. ix, pag. 615, C.

CHRONOLOGIE

et les Temiiùces se retirèrent en Béotie. Ils étaient sujets d'Ogygès, et il est vraisemblable qu'ils accompagnèrent leur prince lorsque rinondatlon dont on vient de parler le força d'abandonner le pays.

Cette inondation a été attestée par tant d'écrivains , qu'il serait téméraire de la contester. On n'a donc formé jusqu'à présent aucun doute sur son antheniicité. Cependant lorsqu'on fait réflexion que TAttique n'est arrosée que par huit ou dix petites rivières, qui ne sont, à proiM-ement parler, que des ruisseaux , on conçoit difficilement comment Tinondaiion de ces raisseaux a pu mettre en danger la vie des habitants et les forcer à quitter le pays. Mais puisque ce déluge est incontestable , je pense que la mer, franchissant ses anciennes limites, aura couvert le pays de ses eaux. Ce qui est arrivé récemment à Aiguës- Mortes, en Languedoc, me porte à le croire.

Le petit nombre d'habitants qui avaient trouvé un asile sur les montagneâ descendirent dans les plaines lorsque les eaux se furent retirées , et repeuplèrent peu à peu le pays. On ne connaît pas le nom des successeurs immédiats d'Ogygès. On sait seulement que Porphyrion ' régna longtemps avant Acl«us , prédécesseur immédiat de Cécrops. Ce prince éleva un temple à Uranie ou Vénus céleste , dans la bourgade de< Athmonéens. Pausanias , de qui nous tenons ce fait, ne croyait peut - être pas lui- même qu'il y ait eu dans TAllique un roi nommé Porphyrion , puisqu'il ajoute tout de suite que les bourgades de TAttique avaient des traditions particulières très-différentes de celles qui étaient reçues à Athènes. Si ce savant voyageur n'admet ni ne rejette celte opinion des Athmonéens , Philochorus , qui a écrit ' en dix-sept livres l'histoire d'Athènes, celle de ses rois et de ses archontes , ju^^^qu'au dernier Antiochus, surnommé Dieu , assure ^ que ce prince et tous ceux qu'on nomme après lui n'ont jamais existé. Cet historien avait vu dans sa jeunesse Eratosthènes. Il était né par conséquent vers l'an 4500 de la période julienne, $14 ans avant l'ère vulgaire.

Quoique l'autorité de cet historien soit d'un grand poids, cependant, comme il n'est pas p!)ssible qu'un état subsiste sans une forme de gouvernementquelconque , il est d'autant plus vraisemblable que le petit nombre d'habitants' échappés à l'inondation d'Ogygès se choisit un roi qu'ils étaient accoutumés à cette sorte de gouvernement, que c'est le plus natutvl , et que peut-être ils n'en connaissaient pas d'antre. On ignore le nom des princes qui régnèrent dans l'Attiqoe pendant les 4S9 années qui s'écoulèrent entre Ogygès et Cécrops I''. Tout ce que

* Pausan. Attic. sive, lib. i, cap. xi?, pag. 36. 'Suidas. Voc. Philochorus.

' Jul. Afiican. apud £n«ebii Praeparalionem Evangelfcam , hb. z, pag. 490 , A.

D'HÉRODOTE

l'on sait , c'est que Porpbyrion fat l'un de des (irSilces et qu'Actaeus ' régna longtemps après lui. Ae* tœus n'eut qu'une fille , qu'il maria à Cécrops ' , son successeur.

Les anciens ne nous ont rien laissé de plus sur l'é* tat de l'Attique avant Cécr(^. Mais il serait biea étonnant que eeux d'entre eux qui nous ont parlé d'Ogygès, des Aones el des Temmices, qui occupaient les environs du promontoire Sanium, des rois Porphyrion et Actaeus, il serait, dis-je , bien étonnant qu'aucun d'eux n'eût observé que les Pélasges avaient anciennement peuplé ce pays, eux qui ont remarqué que lesPélasges-Tyrrhéniens s'y étaient éta« blis du temps des rois, et qu'une portion de Pélasgea qdi, au sortir de la Thessaiie, avaient fixé ieor demeure en Béotie , s'étaient réfugiés dans F AUique à la même époque on les Pélasges -Tyrrhéniena étaient venus chercher un asile dans le même pays.

Concluons donc de tout ceci que les Pélasgea sortis de l'Argolide furent un peuple errant , qui ne put se fixer nulle part ; que, barliares ' et féroces, ils saccagèrent tous les pays où ils portèrent leur humeur inquiète et vagabonde, et en massacrèrent les habitants ; que par cette odieuse conduite ils devinrent Tobjet de l'exécration de la plupart des nations, qui les poursuivirent partout comme des bêtes féroces; que les Athéniens, bien loin de les reconnaître pour leurs ancêtres, les chassèrent de leur pays lorsqu'ils les eurent connus , et enfin qu'ils s'éteignirent après avoir porté leurs ravages dans tous les pays qu'ils paroonrorent.

Telle était Tidée que je m'étais faite de ces peuples vagabonds et barbares , lorsque parut le mémoire de M. Dnpuis sur les Pélasges. Je fus bien surpris de voir ce littérateur revendiquer aux Pélasges la religion , les institutions et les établissements des Grecs. Ce furent les Pélasges , selon M. Dupuis, qni policèrent les Grées, qtiiles formèrent, qui lenr donnèrent les connaissances dont ils se glorifièrent tant dans la suite. Ils * leur devaient le culte de Junon y des Dioscnres , de Thémis , de Vesta , des Néréides et des Grâces. M. Dupuis distingue ici les Grecs des Pélasges , quoique^ auire part, ils les ait identifiés. Le même littérateur , non content d'avoir confondu les Grecs avec les Pélasges , fait encore descendre les Troyens de ce même peuple , parce qu'ils viennent d'une fille d'Atlas , qui , selon une tradition ,

* Pausan. Attic. sive lib. i , cap. xiv, pag. 56.

* Id. , ibld. , cap. ii , pag. 7.

" Herodot. , lib. , i , S lviii. Scholiast. ApoUonli Rliûdii ad Argonaut., lib. ii, v. 580. d-nb nsXavy&v, &it4t^

* Mémoires de l'Institut Nation. . EiMérsIare et Beaux- Arts , toro. ii , pag. m.

PAR LARCHER

îiiT

avait régné en Arcadie. Mais, indépendamment que les tnid^Uonf sur AAlaa se eanArediftont mvteellement, €*est que Denys d'HaUearnas8e , qui nous l'a triwiiniae^i^tc sagement qn*»! régnait dam le paya qm ftii appelé efefmia Âreadie '. En effet, ai oe prince aianiaîsexiatéea Arcadie,ti doîtafoirn^gnéstirlea barbareaqairacciipaieÉUIors, non-seulement avant rinvafton des Arcadiena , mais eaoare avant eelle des Pélafligea. Ainsi tes Troyett» n'ont rim de comnua ayec lesPéiaages , enatipfosant même Tanthenticité de quelques miaérables traditions dénaées de fondement.

Les CEttOtriens * et les Aborigènes aont anssi Pelasgtesy parce qu'ils sont Areadiens. Mais i\ n'y avait (dus de Péiasges en Arcadie, lorsqo'dEootrus condnisit en Ita^ nne colonie d' Areadiens.

Les Latins descendent des Aborigènes ; donc les Latins sont Pélasges. La réflexion que je viens de faire sur len Œnoiriens répond suffisamment à cette asaertiorn J'en dia autant des Pliénéates , qtii passèrent d' Arcadie en Italie sons la conduite d'Fivandre.

Les Romains descendaient des Troyens et des Lalias^qcii dtatent eux-mêmes PétasgfS. Les Troyens «I les Latins n'avaient rien de commun avec les Pé- Inages, comme on vient de le voir.

Les Ëirusques, que le littérateur Duputs regarde

puis nous a représentés avec de si belles couleurs , avaient mallieureusemait paru dans les beaux siè* clés de la Grèce ^ ils auraient détruit, ainsi que les Vandales modernes, lousies monuments des sciences ei des lettres , et nous ignorerions actuellement rexisieoce de cette nation ingénieuse , recomman ' dab\e par son amour ardent , quoique souvent mal entendu , pour ta liberté , par la gloire qu'elle acquit par les armes, par l'éloquence, la poésie, la philosophie, les arts, et enfm par ses législateurs ; les chefisd'ffiuvre en tout grnre de cette illustre nation auraient disparu; Rome serait restée barbare, et fEurope le serait peut-être encote acluellemenf .

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