CHAPITRE XVI
Des Héraclides.
Hercule transmit en mourant les droits qu'il avait sur le Péloponnèse à Hyllus , Talné des enfiinls qu'il avait eus ' de Déjanire, et lui ordoona d'épouser lolé quand il aurait atteint ''âge de puberté. Hercule avait été persécuté par Euryslhée; ses enfants ne le furent pas moins. Obligés de s'enfuir , ils se * réfugièrent à ïiachis, auprès de Céyx , qui eA était roi. Mais ce prince n'étant point assez puissant pour les protéger , ils traversèrent THeUade , c'est-à-dire la Locride et la Béolie , et se rendirent à Athènes. Hyllus s'étant assis près de l'autel de la Miséricorde, qui éUit sur ' la place d'Athènes , implora le secours des Athéniens. Thésée , qui avait été le compagnon des travaux d'Hercule , régnait alors. Non-seulement il prit la défense d'Hyllus et de ses frères , mais encore il fit la guerre à Eurysthée. Les Péloponnésiens furent battus , les fils d'Eurysihée périrent dans Taclion , cl Eurysthée lui-môme fut tué par Hyllus près des rochers Scironides. Les * Héraclides s'emparèrent de toutes les villes du Peloponnè.se. Mais la peste ayant fait des ravages affreux dans le pays , l'oracle, que Ton avait consulté, répondit que, les Héraclides étant rentrés dans leur pairie avant \v temps prescrit par les destins, les dieux les en punissaient. Hyllus se retira à Marathon, sur les terres des Athéniens , et épousa lolé, fille d'Eurytus, suivant les ordres de son père. Son humeur inquiète ne lui permettant pas de rester longtemps dans Tinaction , il envoya de nouveau consulter l'oracle de Delphes. La réponse du dieu fut équivoque. Hyllus l'ayant interprétée à son avantage, il rentra dans le Péloponnèse; et, ayant provoqué ' à nn combat particulier le plus brave de l'armée ennemie, il fut tué. Son fils ^ Gléodieusfitune troisième tentative, qui ne réussit pas mieux. Aristomachus , fils de Gléodœus, en fit une quatrième, qui n'eut pas un meilleur succès, comme nous l'apprenons d'QBnomaâB^ : « Lorsque Aridœos, dit-il, eut péri en
* Apollodori BiUiotb., lib. ii, cap. m, S vii.
* Id., ibid., cap. vm, S i.
> Pausan., AtUc, sive, lib. i, cap. xvn, pag. 59.
* ApoUodor., lib. ii, cap. vui, S i.
s Herodot., lib. ii, S xxvi.
« Eusebii Pnepar. £vangel.> Ub. v, cap. xx» pag. 210. 7 Id.. ibid.
» tâchant de pénétrer par l'isthme, son fils Aristoma- » chus vint vous ' consulter sur la route qu'il devait » prendre ; car il avait le même désir que son père. » Vous lui répondîtes : Les dieux te mootreot la » victoire , si tu prends les chemins étroiu et hn- » mides. Il essaya de pénétrer par l'isthme, et périt » dans le combat. » On trouve encore quelques passages d'autres auteurs où il est fait mention de ces deux dernières entreprises , mais d'une manière si obscure que je crois inutile de les citer. Celai d'OEnomaûs est clairet précis. Gepe idant il a'y est gli^sé une légère erreur de copiste, qui a mis Apt^iou et A/&iS{K(Of , au lieude KAceSoiow et de RAto8«io« ; Cleodffîus étant fils d'Hyllus, et non Aridaeug , comme on peut s'en convaincre , en jetant les yeux sur le pas* sage d'Hérodote ci-dessus rapporté. Enfin ' Aristodemus, Temenus et Cresphontes ayant de nouveau consulté l'oracle, ces princes, sur une réponse plus claire et plus précise, construisirent en Etoile une flotte , avec laquelle ils pénétrèrent dans le Pâoponnèse , dont ils se rendirent maîtres après quelques combats. Ils avaient dans leur armée des Tyrrhéniens, commandés par Archondas; etcefdt dans cette occasion qu'on connut , ponr la première fois, en Grèce ' , la trompette tyrrhénienne.
J'ai rapporté de suite l'historique du retour des Héraclides, afin de ne point couper le fil de la narration. Je vais maintenant tâcher de fixer les dates de celte coni[uêle, et des différentes tentatives qui la précédèrent. Je commence par l'époque de la conquête I parce que les antres en dépendent. Ce point une fois donné , les dates de la première et de la seconde tentative ne seront pas difficile à déterminer , mais celles de la troisième et de Ja quatrième resteront toujours incertaines.
Thucydides assure que 4 les Héraclides s'emparèrent du Péloponnèse 80 ans après la prise de Troie. C'était aussi le sentiment d'Apollodore * d'Eratosthènes ^, de ' Velléiiis Paterculns , en nn mot , de tous les écrivains qui ont eu occasion d'en parler. Cette date, universellement adoptée , variait nécessairement, selon que l'on reculait on que Ton avan* çait la prise de cette ville.
J'ai prouvé que Troie avait été détruite l'an 5444
' ŒDomaûs adresse la parole A Apollon.
* Apollodor., lib. ii, cap. viii, S n et seq.
^ Schollastes velus, in Sophoclis Ajacem> vers.l7. Sclioliast. Enripidit , In Phœnissas , yen. 1586. Le sooUaite de Sopbocles, éditioa de Rome, porte Aricbondas; mais M. Yalckenaer prouve très-bien qnll fiiat lire Ardioodss. Voyei là note de œ sarant sur lesPhéiddennes, pag. 764.
4 Thucydid., lib. i, S xii«
* Diodor. Siool., lib. i, $ v, pag. 9. « Glementis Alex.» Stromat., lib. t, pag. 4(KL 7 Yelleins Patercnl., lib. i, esp. n.
PAR LARCHEK.
de la période jalienne, 49TO ans avant l'ère vulgaire, par les témoignages d'Hérodote, de Thucydides , de railleur de Tandenne vie d'Homère, et par la suite des rois d'Albe. J'ai fait voir la manière vicieuse dont s'y étaient pris , pour Gxer cette époque , l'auteur de la Chronique de Paros, Apollodore et £ra-. tosthènes, et, par conséquent, le peu de confiance que doivent inspirer ces écrivains. Il s'ensuit que les Héraclides sont rentrés dans le Péloponnèse, selon Hérodote, Thucydides eiraoteur de la vied'Homère, l'an 5524 de la période julienne , 4190 ans avant l'ère vulgaire, et que cette époque est la seule vraie, la seule authentique.
On peut parvenir au même but de cette manière. Lorsque ArLstodémus mourut , non-seulement la conquête du Péloponnèse était achevée, mais encore les partages étaient faits , et tout était tranquille , tout était pacifié. Il se pas^a donc plusieurs années entre le commencement de celte conquête et la mort d'Aristodémus. Je donne à cet espace 42 ans , et c'est , je croîs , le moins qu'on puisse lui assigner. Ses fils, Proclès et Eurysthènes, étaient jumeaux, et naquirent peu de jours ' avant sa mort. Théras , leur oncle maternel , gouverna pendant leur mino" rite. Leur majorité n*est et ne peut être placée que 25 ans après la mort d'Aristodémus. Théras , qui , pendant la tutelle, avait joui de tous les honneurs de la royauté, ne pouvant se résoudre à descendre au second rang , forma le projet de fonder une colonie. Il fallut au moins trois ans pour rassembler des gens de bonne volonté , et pour foire tous les préparatifs nécessaires. Il s'est donc écoulé 40 ans entre la conquête du Péloponnèse et la fondation de l'Ile Calliste [lar Théras. Or , j'ai prouvé, chapitre XI , page 559 et suivantes, que cette fondation était de l'an 5504 de la période julienne, 4 4 50 ans avant l'ère vulgaire : donc la conquête du Péloponnèse est de l'an 5524 de la période julienne, 4490 ans avant notre ère.
Comme celte époque est très-importante , je vais en apporter une antre preuve. Léotychidès , roi de Sparte , ayant été * déposé Tan 4245 de la période julienne, 409 ans avant l'ère vulgaire , la couronne passa à son petit- fils Arcbidamus, qui était alors âgé de 50 ans. A rchidamus descendait, a la vingtième génération , d^Aristodémns, qui conquit le Péloponnèse. La règle des générations n'est pas la même chez les Lacédémoniens que chez les autres nations. Ce penple,comme jel'ai observé dans le chapitre XIV, de la prise de Troie , avait défendu de se marier avant Tâge de 50 ans ou même de 57 ans ; et il parait que <f est à cette loi que fait allusion ' Aristote,
* Herodot. , lib. vi , S i*"*
* Dodweil. Anoal. Thocyd., pag. 70 et 71.
3 Arittotel. de RepubUca, lib. vu, cap. sti, p. 464, C.
lorsqu'il dit qu'il ne but point se marier tant que le corps prend de l'accroissement, et que les hommes ne doivent prendre une compagne que vers leur 57* année. A Sparte, les rois n'étaient pas moins soumis aux lois que les derniers de leurs sujets. Les générations étaient donc de 51 ans i Lacédémone , tandis qu'elles n'étaient que de 55 ans dans le reste de la Grèce. Si on multiplie les vingt générations, depuis eCcompris Archidémus, jusqueset compris Arislodémus, par 57, on aura 740 ans, lesquels, étant ajoutés à 499, parce que Léotycliidèt fut «iéposé 469 ans avant' notre ère , et parce qu'Ârchidamus , son petit-iils et son successeur , avait 50 ans lorsqu'il parvint à la couronne , donneront l'an 5475 de la période julienne , 4259 ans avant l'ère vulgaire , pour Taïuiée de la naissance d'Aristodémus. Gela s'accorde très bien avec Thypothèse d'Hérodote, de Thucydides et de Tanteurde la vie d'Homère, puisque ce prince avait 49 ans lorsqu'il conquit le Péloponnèse, et 64 ans quand il mourut.
En voici une troisième preuve. Les Méliens * assuraient, la seizième année de la guerre du Péloponnèse, que leur Ile avait été fondée 700 ans auparavant. L'envoi de la colonie dorieone dans cette Ile est donc de l'an 5596 de là période julienne, 1116 ans avant l'ère vulgaire. D'un autre côté, Conon ' ra« conte que Mélos fut fondée à la troisième génération après la conquête du Péloponnèse, par les Héraclides : donc cette conquête doit être placée entre l'an 5496 de la période julienne, 1216 ans avant notre ère, et l'an 5551 de la même période , 1185 ans avant Tère vulgaire. J'ai placé, d'après le système d'Hérodote et de Thucydides , cette conquête l'an 5524 de la période julienne, 1490 ans avant notre ère : donc elle se .trouve en la troisième génération avant la fondation de Mélos. Il n'en serait pas de même de l'hypothèse d' Apollodore et d'Eratosthènes; car l'étaMissemeni de la colonie dorienne à Mélos précéderait la conquête dn Péloponnèse de 42 ans, bien loin de lui être postérieure de deux générations et demie au moins. Gela seul suffit pour faire sentir à toute personne non prévenue qne le système de ces deux savants est insoutenable.
Gette époque une fois 6xée , il est aisé de déterminer l'année où fut tué Hyllns , en tâchant de pénétrer dans le Péloponnèse. Hérodote laconfe * que les Péloponnésiens vinrent au devimt de ce prince , et, qu'ayant assi^leur camp à l'isthme, Hyllus défia le plus brave de leur armée. Les conditions du combat furent que , si ce prince renaportait la victoire ,
' Thocydid., lib. v« s cm.
> Gooon. Narrât. , ixxvi.
' Herodot.» lib. ix, s uvi.
K98 CHRONOLOGIE
U rentrerait dims 1^ iMesestioi» de ses pères , et qpes'iléiaU Ut^» les Hérael ides ne pourraient re- YCiiir que 100 ans. après. Le seoliaste de Thucydides dit aussi la- mèatb chose sur le fnragrai)lie douzième du tpnemisr livre. Hyilus fut lue, et ta mort doit ^tie.de Tan SëU de ia période, julienne i290 aiis Avant l'ère vulgaire j puisque tes Hérar didbs ne rentrèrent que 400 ans après, et que leur retour est de, Tan 35:^ de la période jutienne ^ 4400 tf)s avant notre ère» comme je l'ai prouvé.
Cette tamative des Héraelides sur le Péioponaète est la seconde. La pren^ièce la pcécède de 20 ans. Le icalia^e de Tbueydides le dit positivement A VendfiijM ci^dessus-m^. Elle M, par^vmséquent^ de Tan 54iy^ de la période julienne, 4510 ans avant l'ère vi^saîrjei
Les Héraelides n'observèrent pas eiaetemeai le traita qoQclu avec les Péloponnésteas. G'eodœosi fils d'Hyllus, fit uo^. troisième lentative, où il échoua f et Aristomachas, fils de Cléodieua , en lit une quatrième , qui ne réussit p^s mieux. U est impossible de^fixeir ^^ dates de fies deux entreprises , comme je l'ai obsei^vé.plus hant.Je les ai placées , ta troisième, l'an 5469 de la période julienne, 4S4^ ;.aQS avapt iv>ife ère; ia. quatrième,, Tan 5504. dç la période joUéun^, 4310 avant l'ère vu!gaii^y ^Ka.de liiNper aux Héraelides le temps de reoowjreriies.fo|oes. . > ..
M#is i;on peut me.faiit unue objection. .HyUua ayant éte.;taé en 5424 de la période julienne, 4290 ans t avant l'ère vulfraire, et le siège de Troie aiaqt «pmoKSBeê ^an 5454 de la mâme période ^ 428Q aua avant notre ère^ .comment les Héraelides il'ont-jil»pas profilé da i'^absenee des Grecs , et surioiit.de^ /celle desPélopomiéaiens^..pavr envahir le PélppoupèML? Ia r^p<l8 4<> «|ue..£leodaNiB^ fils d'H)[llDs^ élait eneoce trop: j^une.pour songer à une cooquèM^.éa ceU». ifaportaaoc^i t'alite les troupes des H^radides, ayaut de lap^e à sultoisterapsès le traité coneto^enura H^Uos et les Pélopannésiens» se tendirent elles-mêmes an siéte de Troie « sous les drapeaux de quelqnes-iuis des plus puissisnU piineas de ce tenfps^ et qu'apcèscette expédition , elles revinrent joiûdre Gleodsiia. Aucon anoien auteur n'en parle^ ii.est viat ) mais cettie poiyeeture est cependant d'autant plus vraiaemblabie que, desiUs et di» petîis-91s.d'llerciile a'étsiitt trouvés au siège de Trois, il est nalurel d'imaginer que les troupes de Gleodcvs aimèrent mieux se pracurer uaie subsistance honorable , en offrant à ces princes leurs services, que de s'exposer à manquer du nécessaire, en montrant un attachement hprs df^saiaonàun ptifice qui ne pouvait encore , à raîsott.de^saT.4rop.gsande jeunesse, pourvoir à leurs besoins les plus- pressants. Pans un cas A peu près pareil , lorsque le zèle
DHÉRODOTE ,
indiscret des iiDisadca sefutnnparé de .tontes les têiis.,.âaHipisi'li;ur<]*«,rie fut plus tranquille. On pourrait cependant demander pourquoi la France ne chassa pas l'Angldis de ses. provinces ; pourquoi elle. ne subjuisua point i'i^ngleterre et rAUemaguie, ou pourquoi l' Auglelerrei u'altaqua pas la France* C)ans des temps qui sont pcès de nous, nous avons des histoclens qui rencteut i:aisott de l'inaction d^ cet peuples. Mais, si ces historiens n'élaîeut point parvenus jusqu'à nous, on pourrait faire la même réponse que nous avons donnée , pax rapport à Tinaetion des Héraelides ; et cette réponse » faute de monuments historiques, serait très-bonne.