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XCVII.Tels sont lesdifférentsgouvernements

' J*ai mieux aimé rappoetf ici ime iMune que de nettre les Gasplens, qu! le trooTent dam toutes les éditions; on pourrait y «ubtUtuer loi Casiens.

et les impôts auxquels ils sont soumis. La Perse est la seule province que je n'aie point mise au rang des pays tributaires. Ses peuples en font valoir les terres» sans payer d'impôts ; mais , s'ils ne sont point taxés, ils accordent du moins un don gratuit. Il en était de même des Ethiopiens, voisins de l'Egypte, que Cambyses subjugua dans son expédition contre les Éthiopiens Hacrobiens, et de ceux qui habitent la \ille sacrée de Nyse, et qui célèbrent des fêtes en l'honneur de Bacchus. Ces Éthiopiens et leurs voisins observent, à l'égard des morts, les mêmes coutumes que les Indiens Calatics, et leurs maisons sont sous terre. Ces deux peuples portaient, tous les trois ans, au roi , deux ché« nices d'or fin avec deux cents troncs d'ébène» et vingt grandes dents d'éléphant. De plus» ils lui présentaient cinq jeunes Éthiopiens ; et cet usdge s'observait encore de mon temps.

Les peuples de Colchidese taxaient eux-mêmes pour lui faire un présent , ainsi que leurs voisins jusqu'au mont Caucase ;car tout lepuys, jusqu'à cette montugne , est soumis auxPeri^es : mais les nations qui habitent au Mord du Caucase ne tiennent aucun compte d'eux. Ces peuples avaient coutume d'envoyer pour don gratuit, de cinq en cinq ans, cent jeunes garçons et autant de jeunes filles. Ce présent auquel ils s'étaient taxés eux-mêmes , se faisait encore de mon temps. Les Arabes donnaient aussi tous les ans, au roi, mille talents d' encens Mels étaient les présents de ces différents peuples, sans compter les tributs dont nous avons parlé.

XCYIII. Quant à cette grande quantité de paillettes d'or » dont les Indiens pait nt, comme je l'ai dit, leur tribut au roi de Perse, voici comment ils se les procurent. La partie des Indes qui s'étend vers le soleil levant est sablonneuse; car, de tous les peuj>les que nous connaissions , et dont on dise quelque chose de certain , il n'y en a pas un qui soit plus près de l'aurore et du lever du soleil que les Indiens. Ils sont y de ce côté, les premiers habitants de l'Asie. ATest, les sables rondenllepays désert. On comprend sous le nom d'Indiens plusieurs peuples qui ne parlent pas une même langue : les uns sont nomades, et les autres ont une de-

■ 51,452 Ut. 4 onces, 5 gros, 24 grains, |»oida do Paris.

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meure fiiLe. Il y en a qui habitent dans les marais formés par les débord^ents du fleuve, et qui se nourrissent de poissons crus , qu*ils pèchent de dessus leurs canots de cannes ou ro<seaux. Ils coupent ces cannes de nœuds en nœuds; chaque morceau fait une nacelle. Ces Indiens portent des habits tissus d*une planle qui croit dans les rivières; ils la recueillent, et, rayant bien battue , ils Tentrelacent en forme de natte, et s'en revêtent, commesi c'était une cuirasse.

XGIX. Les autres Indiens , qui habitent à Test de ceux-ci, sont nomades et vivent de chair crue. On les appelle Padc^ens. Voici les lois qu'on leur attribue. Quiconque, parmi eux, tombe malade, si c'est un homme, ses plus proches parents et ses meilleurs amis le tuent, apportant pour raison que la maladie le ferait maigrir, et que sa chair en serait moins bonne. Il a beau nier qu'il soit malade, ils Tégorgent impitoyablement , et se rê{ja!ent de sa chair. Si c'est une femme , ses plus proches parentes la traitent de la même manière que les hommes en agissent entre eux. Ils tuent ceux qui sont parvenus à un grand âge et les mangent; mais il s'en trouve peu , parce qu'ils ont grand soin de tuer tous ceux qui tombent malades.

C. U y a d'autres Indiens qui ont des usages difKrents. Ils ne tuent aucun animal; ils ne sèment rien, n'ont point de maisons, et vivent d'herbages. Ils ont chez eux une espèce de grain que la terra produit d'elle-même. Ce grain est à peu près de la grosseur du millet , et vient dans une cosse. Ils le recueillent , le font bouillir avec sa cosse, et le mangent. Si quelqu'un d'entre eux tombe malade , il va dans un lieu désert, et s'y lient, sans que pt^rsonne s'en occupe, soit pendant sa maladie, soit après sa mort.

CI. Ces Indiens, dont je viens de p^trler, voient publiquement leurs femmes comme les bétes. Ils sont tous de la même couleur , et elle approche beaucoup de celle des Ethiopiens. La liqueur séminale n'est pas blanche chez eux comme chez les autres hommes; mais noire comme leur peau , et ressemble à celle des Éthiopiens. Ces sortes d'Indiens sont fort éloignés des Perses; ils habitent du côté du midi, et n'ont jamais été soumis à Darius.

en. Il y a d'autres Indiens qui habitent au

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nord; ils sont voisins de la ville de Caspatyre et de la Pactyice. Leurs mœurs et leurs coutumes approchent beaucoup de celles des Bactriens. Ils sont aussi les plus braves de tous les Indiens , et ce sont eux qu'on envoie chercher l'or, n y a aux environs de leur pays, des endroits que le sable rend inhabitables. On trouve dans ces déserts, et parmi ces sables, des fourmis plus petites qu'un chien , mais plus grandes qu'un renard. On en peut juger par celles qui se voient dans la ménagerie du roi de Perse , et qui viennent de ce pays oii elles ont été prises à la chasse.

Ces fourmis ont la forme de celles qu'on voit en Grèce; elles se pratiquent, éous terre, un logement. Pour le faire, elles poussent en haut la terre, de la même manière que nos fourmis ordinaires, et le sable qu'elles élèvent est rempli d'or. On envoie les Indiens ramasser ce sable dans les déserts. Ils attellentensemblent chacun trois chameaux : ils meuent un mâle de chaque côté, et, entre deux, une femelle, sur lalaquelle ils montent. Mais ils ont l'attention de ne se servir que de celles qui nourrissent, et qu'ils viennent d'arracher à leurs petits encore à la mamelle. I^urs chameaux ne sont pas moins légers à la course que les chevaux, et portent néanmoms de plus grands fardeaux.

cm. Je ne ferai point ici la description delà figure du chameau ; les Grecs la connaissent : je dirai seulement ce qu'ils ignorent. Le chameau a deux cuisses et deux genoux à chaque jambe de derrière, et le membre passe entre les cuisses de derrière , et est tourné vers la queue.

CIV. Les Indiens, ayaut attelé leurs chameaux de la sorte, règlent tellement leur marche vers les lieux où est l'or, qu'ils n'y arrivent et ne l'enlèvent que pendant la grande chaleur du jour; ciir alors l'ardeur excessive du soleil obli{;e les fourmis à se cacher sous terre. Dans ce pays, le soleil est le plus ardent le matin, et non à midi , comme chez les autres nations. Ils Tout aplomb sur ki tête, jusqu'à l'heure où l'on t coutume de sortir de la place publique. Dans cette partie du jour , il est beau* coup plus brûlantqu'il ne Test en Grèce en plein midi. Aussi dit-on que pendant ce temps-là ils se tiennent dans l'eau. A midi , il est à peu près aussi chaud dans les autres pays que chei les

flSSAV.J-C

THALIË. —LIVRE lU.

Indiens ; mais après midi > la chaleur est aussi modérée chez eux qu'elle Test le matin chez les autres peuples ; et , plus il s'éloigne du midi , plus l'air devient frais , de sorte qu*à son coucher » ils jouissent d'une grande fraîcheur.

CY. Les Indiens ne sont pas plutdt arrivés sur les lieux où se trouve For, qu'ils remplissent de sable les sacs de cuir qu'ils ont apportés, ets*en retournent en diligence: car, au rapport des Perses , les fourmis, averties par Fodorat, les poursuivent incontinent. Il n'est point, disent- ils, d'animal si vite à la course; et si les Indiens ne prenaient pas les devants pendant qu'elles se rassemblent, il ne s'en sauverait pas un seul. C'est pourquoi les chameaux mâles, ne courant pas aussi vite que les femelles, resteraient en arrière, s'ils n'étaient point tirés ensemble et à côté d'elles. Quant aux femelles , le souvenir de leurs petits leur donne des forces. C'est ainsi , disent les .Perses, que ces Indiens recueillent la plus grande partie de leur or : celui qu'ils tirent de leurs mines est plus rare.

Cyi. Les extrémités de la terre habitée ont eu, en quelque sorte, en partage ce qu'elle a déplus beau, comme la Grèce a eu, pour le sien , la plus agréable température des saisons. L'Inde est, ainsi que je viens de le dire , la dernière contrée habitée à l'est. Les quadrupèdes et les volatiles y sont beaucoup plus grands que dans les autres pays; mais les chevaux y sont plus petits que ceux de la Médie, qu'on appelle Miséens. Ce pays abonde en or ; onle tire des mines et des fleuves qui le charient avec leurs eaux, et delà manière dont nous avons dit qu'on l'enlevait. On y voit , outre cela , des arbres sauvages, qui, pour fruit, portent une espèce de laine, plus belle et meilleure que celle des brebb. Les Indiens s* habillent avec la laine qu'ils recueillent sur ces arbres.

CVn. Du côté du midi, TArabie est le dernier des pays habités. C'est aussi le seul où l'on trouve l'encens, la myrrhe, la cannelle, le cinnamome, lelédanon. Ces Arabes recueillent toutes ces choses avec beaucoup de peine, excepté la myrrhe.

Pour récolter Tencens , ils font brûler sous les arbres qui le donnent, une gomme appelée Styrax,quelesPhéniciens apportent aux Grecs. Ils brûlent celle gomme pour écarter une mul*

titude de petits serpents volants , d'espèces différentes, qui gardent ces arbres, et qui ne les quitteraient pas sans la fumée du Styrax. Ce sont ces sortes de serpents qui volent par troupes vers l'Egypte.

CVin. Les Arabes disent aussi que tout le pays serait rempli de ces serpenis, s'il ne leur arrivait la même chose que nous savons arriver aux vipères. C'esl la Providence divine, dont la sagesse a voulu , comme cela est vraisemblable, que tous les animaux timides , et qui servent de nourriture, fussent très-féconds , de crainte que la grande consommation qu'on en fait n'en détruisit l'espèce, et qu'au contraire tous les animaux nuisibles et féroces fussent beaucoup moins féconds.

Le lièvre trouve partout des ennemis ; les bétes, les oiseaux, les hommes lui font la guerre ; aussi cet animal est-il extrêmement fécond. Sa femelle est , de tous les animaux , la seule qui conçoive, quoique déjà pleine, et qui porte en même temps des petits , dont les uns sont couverts de poil , les autres n'en ont point encore, et d'autres ne fout que de se former, tandis qu'elle en conçoit encore d'autres.

La lionne , au contraire , cet animal si fort et si féroce , ne porte qu'une fois en sa vie , et ne fait qu'un petit ; car sa mairice sort avec son fruit ; et en voici la raison. Dès que le lionceau commence à remuer dans le ventre de sa mère , comme il a les griffes beaucoup plus pointues que tout autre animal , il déchire la matrice ; et plus il croît , plus il la déchire. Enfin , lorsque la lionne est près de mettre bas , il n'y reste rien de sain.

CIX. Si donc les vipères et les serpents volants d'Arabie ne mouraient que de leur mort naturelle^ il serait impossible aux hommes de vivre; mais, lorsqu'ils fraient ensemble, la femelle , dans l'accouplement et dans l'instani de l'émission , prend le mâle à la gorge, s'y aiiache fonement , et ne lâche point prise qu'eUe ne Tait dévoré. Ainsi périt le mâle. La femelle en reçoit la punition. Ses petits étant prêts à sortir, lui rongent la matrice elle ventre, se font un passage , et vengent de la sorte la mort de leur père. Les autres serpents, qui ne font point de mal aux hommes, pondent des œufs , d'où Ton voit éclore une grande quantité de petits serpents. Au reste, il y a des vipères par

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HISTOIRE D*HËRODOTË.

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toute la terré; mais on ne vdt qu'en Arabie des serpents ailés ; ils S'y trouvent en très-grand nombre.

ex. G'tôt ainsi que les Arabes recueillentrencens. Voici comment ils font la récolte de la cannelle. Lorsqu'ils vont la chercher, ils se couvrent le corps entier , et même le visage, excepté les yeux, de peaux de bœufs et de chèvres. La cannelle croit dans un lac peu profond. Sur ce lac , et tout à l'entour , il y a des animaux Volatiles , semblables à des chauves-souris. Ces animaux jettent des cris perçants et terribles , et sont très-forts. Les Arabes ont soin de les repousser , et de se garantir les yeux ; et avec cette précaution , ils récoltent la cannelle.

CXI. Le cinnamome se recueille d'une façon encore plus merveilleuse. Les Arabes euxmêmes ne sauraient dire ni où il vient ni quelle est la terre qui le produit. Quelques-uns préten* dent qu'il croit dans le pays oti Bacchus fut élevé ; et leur sentiment est appuyé sur des conjectures vraisemblables. Us racontent que certains gros oiseaux vont chercher ces brios ou bâtons que nous appelons cinnamome, nom .que nous avons appris des Phéniciens; que ces oiseaux les portent à leurs nids, qu'ils construisent avec de la boue , sur des montagnes escarpées , et où aucun homme ne peut monter. Pour avoir ces brins de cinnamome , on prétend que les Arabes emploient cet artifice. Ils prennent de la chair de bœuf, d'âne et d'autres bétes mortes , la coupent en très-gros morceaux, et l'ayant portée le plus près des nids qu'il leur est possible, ils s'en «éloignent. Les oiseaux fondent sur cette proie , et l'emportent dans leurs nids ; mais , comme ces nids ne sont point assez solides pour la soutenir, ils se brisent et tombent a terre. Les Arabes surviennent alors» et ramassent le cinnamome, qu'ils font ensuite passer dans les autres pays.

CXII. Le lédanon que les Arabes appellent ladanon , se recueille d'une manière encore plus merveilleuse que le cinnamome. Quoique trèsodoriférant, il vient dans un endroit d'une odeur très-désagrcable; car on le trouve dans la barbe des boucs et des [chèvres , tel que la moisissure qui se forme sur le bois. On le fait entrer dans la composition de plusieurs parfums ; et c'est principalement avec le lédanon

que se parfument les Ai^abes. En voilà assez sur les substances odoriférantes.

CXIII. On respire en Arabie une odeur trèssuave. Les Arabes ont deux espèces de moutons dignes d'admiration , et qu'on ne voit point ailleurs : les uns ont la queue longue au moins de trois coudées. Si on la leur laissait traîner , il y viendrait des ulcères , parce que la terre l'écorcheralt et la meurtrirait. Mais aujourd'hui tous les bergers de ce pays savent faire de petits chariots sur chacun desquels ils attachent la queue de ces animaux. L'autre espèce de moutons a la queue large d'une coudée.

CXIV. L'Ethiopie s*étend au couchant de r Arabie , en tirant vers le midi : c'est le dernier des pays habités. EJle produit beaucoup d'or , des éléphants monstrueux , toutes sortes d'arbres sauvages , et de l'ébène. Les hommes y sont grands, beaux , bien faits, et vivent fort longtemps.

CXV. Telles sont les extrémités de l'Asie et de la Lybie. Quant & celles de l'Europe à l'occident , je n'en puis rien dire de certain; car je ne conviendrai pas que les barbares nomment Éridan un fleuve qui se jette dans la mer du nord , et dont on dit que nous vient l'ambre. Je ne connais pas non plus les îles Cassitérides» d'où l'on nous apporte l'étain : le nom même du fleuve est une preuve de mon sentiment. Éridanos n'est point un mot barbare : c'est un nom grec inventé par quelque poète. D'ailleurs, je n'ai jamais trouvé personne qui ait pu me dire , comme témoin oculaire , quelle est cette mer que l'on place dans celte région de l'Eu* rope. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'étain et l'ambre nous viennent de cette extrémité du monde.

CXVI. Il parait constant qu'il y a une trèsgrande quantité d'or * vers le nord de l'Europe; mais je ne saurais dire avec certitude comment on parvient à se le procurer. On dit cependant que les Arimaspes enlèvent cet or aux Gryphons, et que ces Arimaspes n'ont qu'un œil. Mais qu'il y ait des hommes qui naissent avec un œil seulement , et qui , dans

' Quoique )• ne mis pat toat4«ftiit de YmiH de M. le major Eeooel mr k ponUon dei Arimaapet, U parait oependant par les découvertes modernes qu'il se trouva encore beaucoup d*or dans ces pays.

MAf.t.<c. THALIË. -*

tottt lé ftsce, i^ês^iAbteiit parfaitement aux autres hûmnies » c'eét une de ces choses que je ne puis me persuader. Quoi qu'il en soit, il parait que lejl ettrëiîlitÀ de la terre possèdent ce que àoas éstlmou de pibs I)eau et de plus rare.

CXYII. Il y a èfn Asie tme plaine enVironnëe de tous côtes d'une montagne qtii a cinq ou- Tertnres. Cette plaine appartenait autrefois aux Chorasmiens. Elle est située sur les frontières de ce même peuple , sur cellea à» Hyreaniens, des Partbes , des Saranj^ëens et des Thamanéenà. Mais,deptiis que les Perses sont en possession de ta puissance souTeraine , elle appartient au roi.

De cette motitagne qui renferme la plaine en question , coule un grand fleuve appelé Acès. Il pi*enalt autrefois son cours par chacune des cinq ouvertures * se distribuait de tous cAiés, et arrosait les terres des peuples dont je viens de paMei^. Hâià , depuis qu'ils sont sous la domination des Perses , voici ce qui leur est arrivé. Le roi a tsix (aire à chacune des ouvertures de la montagne, des portes ou écluses. L'eau ne trouvant plus d'issue , et se répandant toujours dans la plaine qui est entre les montagnes , en a feit une vaste iner. Ceë peuples ne pouvant plus se servir de ces eaux dont ils faisaient u&tge auparavant, se trouvent exposés à de fâcheux accidents. 11 est vrai qu'en hiver H pleut chefe eux cottitne chez les autres nations ; mais en été ils but besoin d'eau, lorsqu'ils sèment te patite et le sésame » et elle leur manque. Voyant donc qu'on ne leur en donne poiHl , tls vont avec leurs Femmes trouver les Perses , et se tenaht ailx portes du palais du roi , ils poussent des cris lamentables. Alors le roi ordonne de l&cher les écluses du cdté de ceux qui ont le phi^ besoin d'éaù. Lorsque leurs terres sont suffisamment abreuvées, on refertne les écluses, ti vient ensuite un ordre de lés ouvrir pour ceux dont les besoins sont les plus pt*es$ants. Mais, comme je l'ai oui dire, le roi exige, pour lés lâcher, de grandes sommes d'argent sans compter le tribut ordinaire.

CXVin. InlapheiTies, tm des sept Perses qui avaient conspiré contre le mage, se permit une insulte qui le fit punir de mort. Immédiatemeni après le soulèvement contre les mages, il voulut entrer dans le palais pour parler au

LUrnE III. iS

roi : car il avait été arrêté entre les sept qui s'étaient ligués contre le ma^, qu'ils auraient leurs entrées libres chez le roi , sans avoir besoin d* introducteur, à moins qu il ne fût pour lors avec une de ses femmes. Intaphernes voulut entrer chez Darius^ croyant qu'il ne devait point se foire annoncer, parce qu'il était un des sept. Le garde de la porte et Tintroducteur lui refusèrent l'entrée, disant que le roi était avec une de ses femmes. Intaphernes s'imaginant qu'ils mentaient, tire son cimeterre , leur coupe le nez et les oreilles qu'il fait attacher à la bride de son cheval; et, la leur ayant fait passer à Fentour du cou, il les laisse aller.

CXIX. Ils se présentèrent au roi et lui dirent pourquoi on les avait ainsi maltraités. Darius , appréhendant que cette violence n'eût été commise de concert avec les cinq autres , les fit venir l'un après l'autre et les sonda chacun ea particulier , pour savoir s'ils approuvaient ce qui s'était passé. Quand il fut bien sûr que cela s'était fait sans leur participation , comme il avait tout sujet de croire qu*Intaphernes chercherait à se révolter avec ses parents, il le lit arrêter , lui , ses fils et toute sa famille. 8'étant assuré de leurs personnes, il les fit mettre aux fers et les condamna à mort.

La femme d'Intaphernes se rendait chaque jour aux portes du palais toutéplorée et poussant des cris lamentables. Ses pleurs et son assiduité firent impression sur le cœur de Darius. On vint lui dire de la part de ée prince : c Le i roi Darius vous accprde un des prisonniers; » vous pouvez choisir parmi vos parents celui 1 que vous voulez délivrer du Supplice, i Après un moment de réflexion elle répondit : c Si le I roi m'accorde la vie d'un de mes proches , je

> choisis mon frère préférablement à tous les

> autres. > DaHiis en fut surpris, c Quel motif, B lui fi(-il dire, vous fait préférer votre frère à B votre mari et à vos enfants , quoiqu'il ne vous 9 soit pas si proche que vos enfants, et quil » doive vous être moins cher que votre mari ? B — Grand roi, répondii-elle, si Dieu le per- B met je pourrai trouver un autre mari et avoir

> d'autres enfants, lorsque j'aurai perdu ceux-

> ci : mais mon père et ma mère éuint morts , B il n'est pas possible que j*aie jamais d autre B frère. Tels soni les motifs qui me Font fait B préférer, b Darius trouvant sa réponse pleine

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de sens et de raison , et l'ayant goûtée , il lui rendit non-seulement ce frère qu'elle avait demanda , mais encore Fatné de ses enfants. Quant aux autres, il les fit tous mettre à mort. Ainsi périt y dès le commencement y l'un des sept.

CXX. Il arriva à peu près vers le temps de la maladie de Cambyses, une aventure que je ne dois pas omettre. Orétès , Perse de nation , à qui Cyrus avait donné le gouvernement de Sardes, conçut le projet abominable de se saisir de Polycrates de Samos, et de le faire mourir , quoiqu'il n'en eût jamais reçu la moindre offense ni en paroles ni en actions, et qu*il ne l'eût même jamais vu. Mais voici la raison qu'en donnent la plupart de ceux qui racontent cette histoire.

Orétès se trouvant un jour à la cour avec Mitrobates , gouverneur de Dascylium , de dis* cours an discours ils en vinrent aux reproches^ Comme leur dispute roulait sur le courage : c Vous êtes véritablement , dit Mitrobates à 9 Orétès, un homme de coeur, vous qui ne

> vous êtes pas encore emparé de l'île de Sa- » mos , quoiqu'elle soit contiguê à votre gou-

> vernement et si facile à subjuguer , qu'un de » ses habitants l'a prise avec quinze soldats , et » en est maintenant le maître. > Orétès fut , dit-on , si sensible à ce reproche, qu'il chercha moins les moyens de se venger de celui qui le Ini avait fait que de perdre entièrement Polycrates, à l'occasion duquel il l'avait reçu.

GXXI. Quelques-uns^ mais en plus petit nombre, racontent qu'Orétès envoya un héraut à Samos lui faire un demande quelconque ; on ne dit point ce que c'était. Quand le héraut arriva, ce prince était sur un lit de repos dans l'appartement des hommes ayant près de lui Anacréon de Téos. Le héraut s'étant avancé pour lui parler^ Polycrates, qui avait alors le visage do côté du mur , soit qu'il se trouvât par hasard dans celte posture, soit qu'il s'y fût mis exprès pour montrer le mépris qu'il faisait d'Oréfès , ne daigna point se tourner ni même lui répondre.

CXXII. On rapporte ces deux causes de la mort de Polycrates : chacun est libre de croire celle qui lui paraîtra la plus probable. Orétès étant à Magnésie sur le Méandre , envoya à Samos un Lydien nommé Myrsus, fils de Gygès, vers Polycrates dont il connai^iiait le caractère.

HISTOIRE D'HÉRODOTE. »if.j.^

Polycrates est le premier de tous les Grecs que nous connaissions qui ait eu le dessein de se rendre maître de la mer, si l'on excepte Minos de Cnosse ou quelque autre plus ancien que ce législateur , supposé qu'il y en ait eu. Quant à ce que l'on appelle les Temps historiques, Polycrates est le premier qui se soit flatté de Tespérance de s'emparer de Tlonie et des îles. Orétès, instruit de ses vues, lui envoya ce message :

Orétès parle ainsi à Polycrates :

c J'ai appris que vous aviez conçu de vastes projets ; mais que vos richesses n'y répondaient pas. Si donc vous suivez mes conseils, vous vous élèverez et vous me mettrez moimême à couvert de tout danger. Cambysesa dessein de me faire mourir ; on mêle mande comme une chose certaine. Donnez-moi une retraite chez vous, et recevez-moi avec mes trésors; la moitié est à vous, laissez-moi l'autre : ils vous rendront maître de toute la Grèce. Au reste, si vous avez quelque doute au sujet de mes richesses, envoyez- moi quelqu'un de confiance, je les lui montrerai. * CXXIII. Polycrates, charmé des offres d'Orétès , lui accorda d'autant plus volontiers sa demande, qu'il avait une grande passion pour l'argent. D*abord il lui envoya Maeandrius son secrétaire, fils d'un père de même nom. Ce Mxandrius était de Samos; ce fut lui qui, quelque temps après , consacra , dans le temple de Junon, le riche ameublement de l'appartement de Polycrates.

Orétès , sachant qu'on devait venir visiter ses trésors , fil remplir de pierres huit grands coffres presque jusqu'aux bords. Il fit couvrir ces pierres de pièces d'or ; et , ayant fait fermer les col'fres avec un nœud , il les tint prêts. Cependant Mœandrius arrive, visite les trésors et retourne faire son rapport à Polycrates.

CXXIV. Celui-ci parût pour se rendre auprès d*Oi'étès malgré les représentations des devins et celles de ses ami^ : d'ailleurs sa fille avait cru voir en songe son père élevé dans les airs oîi il était baigné par les eaux du ciel et oint par le soleil. Effrayée de cette vision , elle fit tous ses efforts pour le dissuader de partir; et comme il allait s'embarquer sur un vaisseau à cinquante rames, elle lui rapporta des choses

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