‹ Choix des historiens grecsChapitre 36 sur 286 · LIVRE IIL i · texte numérisé non relu

LIVRE IIL i

CXLL Darius lui accorda sa demande. Il envoya une armée sous les ordres d'Otanes» un des sept qui avaient détrôné le mage» et lui recommanda d'exécuter tout ce dont Syloson le prierait. Otanes se rendit sur les bords de la mer» où il fit embarquer ses troupes.

CXLIL Mseandrius » fils de Haeandrius » avait alors la puissance souveraine dans l'île de I Samos ; Polycrates lui en avait confié la régence. U voulut se montrer le plus juste de tous les hommes; mais les circonstances ne le lui permirent pas. Quand il eut appris la mort de Polycrates» il érigea d'abord un autel à Jupiter-Libérateur » et traça autour de cet autel Taire sacrée qu'on voit encore aujourd'hui dans le foubourg de Samos. Ensuite il convoqua une assemblée de tous les citoyens» et leur tint ce discours : c Vous savez » Samiens»

> que Polycrates m'a confié son sceptre avec

> son autorité » et qu'aujourd'hui il ne tient

> qu'à moi de conserver l'empire sur vous. » Mais » autaat que je le pourrai » je ne ferai

> jamais ce que je condamne dans les autres.

> J'ai blûmé Polycrates de s être rendu maître

> de ses égaux» et je n'approuverai jamais la

> même conduite dans un autre. Mais enfin il a

> rempli sa destinée. Quant à moi » je me dé-

> mets de la puissance souveraine , et je rétablis

> l'égalité. Accordez-moi seulement» je vous » prie , par une sorte de distinction que je crois

> juste , six talents ^ de l'argent de Polycrates.

> Permettez encore que je me réserve» à moi » et a mes descendants, à perpétuité» le sacer-

> doce de Jupiter-Libérateur» ù qui j'ai élevé un 9 autel» et je vous rends votre anciekine liberté. »

Telles furent les demandes et les promesses de Maeandrius; mais un Samien» se levant du milieu de l'assemblée » lui dit : € Vous ne më-

> riiez pas de nous commander» vous qui avez

> toujours été un méchant et un scélérat. U

> fout bien plutôt vous faire rendre compte de

> l'argent que vous avez eu en maniement. > Celui qui parla de la sorte s'appelait Télésurque ; il jouissait d'une grande considération parmi ses concitoyens.

CXLIIL Malandrins, faisant réflexion que s'il se dépouillait de l'autorité souveraine » quelqu'un s'en emparerait; et se mettrait en sa place»

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lie pensa ptus à ta quitter. Dès qti*il fut rentré dans la citadelle , il manda les ciioyeqs Ton après l'autre , comme s'il eût voulu leur rendre compiede l'administration des finances; mais ils furent arrêtés et mis aux fers. Pendant qu'ils étaient en prison , Maeandrius tomba malade. Son frère Lycarète crut qu il n'en reviendrai^ point, ei pour usurper plus focileroent la puissance souveraine dans Samos , il fit mourir tous les prisonniers : car il parait bien que les Samiens regardaient comme une chose indigne d'un homme libre d'obéir à un tyran.

CXLIY. Cependant , les Perses qui ramenaient Syloson , étant arrivés à Samos , n'y trouvèrent pas la moindre résistance. Ceux du parti de Maeandrius , et Maeandrius luimême , leur déclarèrent qu'ils étaient prêts à capituler et à sortir de l'île. Otanes accepta cette prop>osilion ; et lorsque le traité eut étéeonclu , les gens les plus distingués d'entre les Perses firent apporter des sièges , et s'assirent devant laforieresse.

CXLV. Le tyran Maeandrius avait un frère, nommé Gharilée , dont l'esprit n'était pas fort sain , et qu'on tenait enchaîné dans une prison souterraine, pour quelque faute qu'il avait commise. Chariice, informé de ce qui se passait , et ayant vu par une ouverture de sa prison les Perses tranquillement assis , se mit à crier qu'il voulait parler à son frère. Maeandrius , qui l'avait entendu, ordonna de le délier , et de le lui amener. II n'eut pas plutôt été amené que, chargeant son frère d'invectives, il tâcha de l'engager à se jeter sur les Perses, c 0 le plus » lâche de tous les hommes ! tu as bien eu le 9 cœur assez dur pour me faire enchaîner dans » une prison souterraine, moi qui suis ton » frère , et qui n'ai mérité par aucun crime un » pareil traitement ; et tu n'as pas le courage

> de te venger des Perses , qui te chassent de

> ta maison et de ta patrie, quoiqu'il te soit f facile de les vaincre. Mais, si iules redoutes, » donne-moi tes troupes auxiliaires , et Je les » ferai repentir d'être venus ici. Quant à toi,

'» je suis prêt à te renvoyer de cette île. >

CXLYI. Ainsi parla Charilée. Maeandrius prit en bonne part son discours., Il n'était pas rependani, à mon avis, assez insensé pour s'imaginer qu'avec ses forces il pourrait l'emporter sur le roi; mais il enviait é 6y4o80iiMe

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bonheur de recouvrer sans peine la ville de Samos , et de la recevoir florissante , et sans qu'on y eût fait le moindre dégât. En irritant les Perses , il voulait affaiblir la puissance des Samiens , et ne les livt*er qu'en cet état. H sa-* vait bien , en effet , que , si les Perses étaient maltraités, ils s'aigriraient contre les Samiens. D'ailleurs il avait un moyen sûr pour se retirer de l'Ile quand il le voudrait. Il avait fait pratiquer sous terre un chemin qui conduisait de la forteresse à la mer. Et en effet, il sortit de Samos par cette route, et mit à la voile. Pendant ce temps-là Gharilée , ayant fait prendre les armes à toutes les troupes auxiliaires , ouvrit les portes , et fit une sortie sgr les Perses, qui, bien loin de s'atiendreà cet acte d'hostilité , croyaient que tout était réglé. Les auxiliaires tombèrent sur ces Perses de distinction , qu'ils trouvèrent assis, et les massacrèrent. Tandis qu'ils les passaient au fil de Tépée , le reste de l'armée perse vint au secours, et poussa les auxiliaires avec tant de vigueur , qu'ils furent contraints de se renfermer dans la forteresse.

CXLYll. Otanes s*était ressouvenu jusqu'alors des ordres que Darius lui avait donnés en partant de ne tuer aqcun Samien , de n'en réduire aucun en servitude , et de rendre l'île de Samos â Syloson , sans permettre qu'on y fit du d^ât. Mais , à la vue du carnage qui s'était fait des Perses , il les oublia. II ordonna à son armée de faire main-basse sur tout ce qu'elle trouverait en son chemin , hommes et enfants , sans aucune distinction. Ainsi , tandis qu'une partie de ses troupes assiégeaient la citadelle , les autres passèrent au fil de l'épée tous ceux qu'ils rencontrèrent , tant dans les lieux sacrés que dans les profanes.

CXLYIII. iMaeandrius , s'éiant sauvé de Samos, fit voile vers Lacédémone. Lorsqu'il y fut arrivé avec les richesses qu'il avait emportées , il fit tirer de ses coffres des coupes d'or et d'argent , et ses gens se mirent à les nettoyer. Pendant ce temps-là, il alla trouver Cléomènes, fils d'Alexand rides, roi de Sparte; et, s'entretenant avec lui, il l'amena insensiblement dans sa maison. Voyant ce prince saisi d'admiration â la vue de ces vases , il le pressa d'en prendre autant qu'il le voudrait, et de les faii^ porter dans son palais.

Malm tUALIE. —

Clëomènes montra , eli cette occasion , qu*il était le plu9 juste et le plus désintéressé des hommes. Quoique Mseandrius insistât jusqu'à deux ou trois fois» il ne voulut jamais accepter ses dons. Hais , ayant appris que ce Samien feisait présent de ses vases à d'autres citoyens , et que , par ce moyen , il se procurerait du secours y il alla trouver les ëphores» et leur remontra qu'il était de Tintérét de la république de fiaîre sortir du Péloponèse cet étranger » c de > crainte 9 ajouta-t-il, qu'il ne me corrompe » moi-même et d'antres citoyens aussi. » Les éphores approuvèrent le conseil de Ciéomènes, et firent signifier à Hœandrius, par un héraut , qu'il eàtà sortir des terres de la république.

GXLIX. Quand les Perses eurent pris tous les habitants de Samos > comme dans un filet , ils remirent la ville à Syloson , mais déserte et sans aucun habitant. Quelque temps après, Otanes repeupla cette Ue, a l'occasion d'une vision qn'il eut en songe » et d'un niai dont il se sentît attaqué aux parties de la génération.

CL. Tandis que l'armée navale se rendait à Samos, les Babyloniens se révoltèrent après avoir fait de grands préparatifs. Pendant le règne du mage, et tandis que les sept Perses se soulevaient contre lui , ils profitèrent de ce temps et des troubles qu'il y eut à cette occasion pour se disposer à soutenir un siège sans que les Perses en eussent la moindre connaissance. Après qu'ils eurent secoué ouvertement le joug, ib prirent les mesures suivantes. De toutes les femmes qui se trouvèrent dansBabylone, chaque homme, indépendamment de sa mère, ne se réserva que celle qu'il aimait le plus de tontes celles de sa maison. Quant aux antres ils les assemblèrent toutes en un même lieu ,et les étranglèrent. Celle que chacun s'était réservée devait lui apprêter à manger : et ils étranglèrent le reste , afin de ménager leurs provisions.

CLI. A la première nouvelle de leur révolte , Darius assembla toutes ses forces, et marcha contre eux. Lorsqu'il fut arrivé devant la place , H en forma le siège; mais les Babyloniens firent voir qu'ils s'en inquiétaient peu. lis montèrent sur leurs remparts , et se mirent à danser , et à foire des plaisanteries contre Darius et son armée; et T-un d'entre eux leur dit cette parole remarquable : c Perses , pourquoi perdre ainsi

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