MELPOMÈNE. - LIVRE IV
on compte trois jours et deux nuits de navi{;alion, qui fout trois cent trente mille orf|[yies, ou trois mille trois cents stades. G*est ainsi que j'ai pris les dimens'ons du Pont-Eu^in, du Bosphore et de rHellespont, et ces mers .sont naturellement Celtes que je lésai représentées. Le Falus-Haeotis se jettQ dans le Pont-Euxin ; il l'est guère moins ^rand que celte mer , et on l'appelle la mer du l^ont.
LIlXXVIL Lorsque Darius eut considéré le Pont-Euxin , il revint par mer au pont de bateaux» dont Mandroclès de Samos était lentreprenêur. Il examina aussi le Bosphore ; et sur k bord de ce détroit on érigea, par son ordre, deux colonnes de pierre blanche, Il fit graver sur Yune, en caractères assyriens*, et sur l'autre, en lettres grecques, les noms de toutes les nations qu'il avait à sa suite. Or, il menait à cette guerre tous les peuples qui lui éuiientsoumis. On comptait, dans cette armée, sept cent mille hommes avec la cavalerie, sans y comprendre la flotte qui était de six cenis voiles. Depuis l'expédition des Perses en Scythie, les Byzantins ont transporté ces deux colonnes dans leur ville, et les ont feil servir à l'autel de Diane Orihosiène , excepté une seule pierre qu'on a laissée auprès du temple de Bacchus à Byzance, et qui est entièrement couverte de lettres assyriennes. Au resle, l'endroit du Bosphore où Darius fit jeter un pont, est, ce me semble, autant que je puis le conjecturer, à moitié chemin de Byzance au temple qu'on voit à i' embouchure du Pônt-Euxin.
LXXXVIII. Darius, satisfait de ce pont', fit de riches présents à Mandroclès de Samos, qui en était l'entrepreneur. Mandroclès employa les prémices de ces présents à faire faire un tableau qni représentait le pont du Bosphore, avec le roi Darius assis sur son trône, et regardant défiler ses troupes. Il fit une offrande de ce tableau au temple de Junon ', et y ajouta une inscription en cei termes :
c Mandroclès a consacré à lunon ce monu- » ment, en reconnaissance de ce qu'il a réussi, > au gré du roi Darius, à jeter un pont sur le
« ^a lettres assyriennes élaieat les mêmes que lesclialdéenoes.
* Celait nn pont de bateaux.
' Lefameailempledc JuDonàSamot.
> Bosphore. Il s'est, par cette entreprise, cou-
> vert de gloire , et a rendu ifnniortel le nom
> de Samos sa patrie. >
Tel est le monument qu'a hissé celui qui a présidé à la construction de ce pont.
LXXXIX. Darius , ayant récompensé Mandroclès, passa en Europe. Il avait ordonné aux Ioniens de faire voile par le Pont-Euxin jusqu'à rister , de jeier un pont sur ce fleuve , quand ils y seraient arrivés, et de l'attendre en cet endroit. Les Ioniens, les Eolienset les habitants de l'Hellespont , conduisaient l'armée navale. La flotte passa donc les Cyanées, fit voile droii à rister; et, après avoir remonté le fleuve pendant deux jours, depuis la mer jusqu'à l'endroit où il se partage en plusieurs bras , qui forment autant d'embouchures, toute l'armée navale y construisit un pont. Darius, ayant traversé le Bosphore sur le pont de bateaux, prit son chemin par la Thrace; et, quan^ il lîit arrivé aux sources du Téare , il y campa trois jours.
XC. Les peuples qui habitent sur ses bords prétendent que ses eauxsout excellentes contre plusieurs sortes de maux , et particulièrement qu'elles guérissent les hommes et les chevaux de la gale. Ses sources sortent toutes du môme rocher, au nombre de trente-huit : les unes sont chaudes, les autres froides. Elles sont à égale dislance de la ville d*Hérscum, qui est prè^ de Périnthe, etd*Apollonie, ville sitnée sur le Pont- Ëuxin, c est-ù-dire, à deux journées de marche de l'une et de l'autre de ces places. Le Téare se jette dans le Gontadesdus, le Contadesdus dans l'Agrianès, l'Agrianès dans l'Hèbre, et i'Hèbre dans la mer, près de la ville d'^Enos.
XCI. Darius, étant arrivé aux sources du Téare , y assit son camp. H prit tant de plaisir à voir ce fleuve, qu'il fit ériger, dans le même endroit, une colonne, avec celte inscription :
Les sources du Téare donnent les meilleures ET les plus belles EAUX DU MONDE :
Darius, fils d'Hystaspes, le meilleur et le
PLUS BEAU DE TOUS LES HOMMES, ROI DES PerSES et DE TOUTE LA TERRE FERME, MARCHANT CONTRE
LES Scythes , est arrivé sur ses bords.
XCII. Darius parût de là pour se rendre sur une autre rivière, qu'on appeiie Artiscus, et qui traverse le pays des Odryses. Quand il fut arrivé sur ses bords, il désigna à ses troupes un
certain endroit , où il ordonna à chaque soldat de mettre une pierre en passant* L'ordre fut exécuté par toute Farinée ; et Darius , ayant laissé en ce lieu, de grands tas de pierre, continua sa marche avec ses troupes.
XCIII. Avant que d'arriver à rister, les GèteSy qui se disent immortels, furent les premiers peuples qu il subjugua. Les Thraces de Salmvdesse, et ceux qui demeurent au-dessus d'Aoollonie et de la ville de Uésembria, qu on appelle Scyrmiades et Nipséens, s'étaient rendus à l ui sans combattre et sans faire la moindre résibiance. Les Gèles , par un fol entêtement » se mirent en défense ; mais ils furent sur-Iecnamp réduits en esclavage. Ces peuples sont les plus braves et les plus justes d'entre les Thraces.
XCIY. lies Gèles se croient immortels, et pensent que celui qui meurt va trouver leur dieu Zalmoxis, que quelques-uns d'entre eux croient le même que Gébéléizis. Tous les cinq ans ils tirent au sort quelqu'un de leur nation, et renvoient porter de leurs nouvelles à Zalmoxis, avec ordre de lui représenter leurs besoins. Voici comment se fait la députaiion. Trois d'enti*e eux sont chargés de tenir chacun une javeline la pointe en haut, tandis que d'autres prennent , par les pieds et par les mains , celui qu*on envoie à Zalmoxis. Ils le mènent en branle, et le lancent en l'air, de façon qu'il retombe sur la pointe des javelines. S'il meurt de ses blessures , ils croient que le dieu leur est propice; s'il n'en meurt pas, ils l'accusent d'être un méchant. Quand ils ont cessé de l'accuser, ils en députent un autre, et lui donnent aussi leurs ordres , tandis qu'il est encore en vie. Ces mêmes Thraces tirent aussi des flèches contre le ciel quand il tonne et qu'il éclaire, pour menacer le dieu qui lance la foudre, persuadés quil n'y a point d'autre dieu que celui qu'ils adoreut.
XC V. J'ai néanmoins oui dire aux Grecs qui habitent l'Hellespont et le Pont, que ce Zalmoxis é ail un homme , et qu'il avait été à Samos esclave de Pythagore , fils de Mnésarque ; qu'ayant été mis en liberté , il avait amassé de grandes richesses , avec lesquelles il était retourné dans son pays. Quand il eut remarqué la vie malheureuse et grossière des Thraces, comme il avait été instruit des usages des
HISTOIRE D'HÉRODOTE. aoeiy.j.^.
Ioniens , et qu'il avait contracté avec les Grecs» et particulièremoïitavec Pythagore, un des plus célèbres philosophes de la Grèce, l'habitude de penser plus profondémentquesescompatriotes» il fit bâtir une salle où il régalait les premiers de la nation. Au milieu du repas, il leur apprenait que ni lui , ni ses conviés, ni leurs des* cendanis à perpétuité, ne mourraient point; mais qu'ils iraient dans un lieu où ils jouiraient éternellement de toutes sortes de biens. Pendant qu'il traitait ainsi ses compatriotes , et qu'ils les entretenait de pareils discours, il se élisait faire un logement sous terre. Ce logement achevé, il se déroba aux yeux des Thraces, descendit dans ce souterrain, et y demeura environ trois ans. Il fut regretté et pleuré conune mort. Enfin la quatrième année, il reparut, et rendit croyables , par cet artifice, tous les discours qu'il avait tenus. .
XCN'I. Je ne rejette ni n'admels ce qu'on raconte de Zalmoxis et de son logement souterrain; mais je pense qu'il est antérieur de bien des années à Pythagore. Au reste, que Zalmoxis ait été un homme , ou que ce soit quelque dieu du pays des Gètes , c'en est assez sur ce qui le concerne. Les Gèles, chez qui se pratique la cérémonie dont je viens de parler , ayant été subjugués par les Perses, suivirent l'armée.
XCYII. Darius étant arrivé sur les bords de rister avec son armée de terre , la fit passer de l'autre côté du fleuve. Alors il commanda aux Ioniens de rompre le pont, et de l'accompagner par terre , avec toutes les troupes de la flotte. Mais , comme ils étaient sur le point de le rompre et d'exécuter ses ordres , Coès, fils d'Erxandre, qui commandait les Hytiléniens, parla à Darius en ces termes « après lui avoir demandé la permission de lui dire son sentiment :
c Seigneur , puisque vous allez porter la
> guerre dans un pays où il n'y a ni terres la-
> bourées , ni villes , laissez subsister le pont » tel qu'il est : ordonnez seulement à ceux qui
> l'ont construit , de rester auprès pour le
> garder. Par ce moyen , soit que nous trou-
> vions les Scythes , et que nous réussissions
> selon notre espérance , soil que nous ne puis-
> sions les rencontrer, nous pourrons nous re- » tirer avec sécurité. Ce n'est pas que je crai-
> gne que nous soyons battus par les Scythes ;
>ftv.««^;.
MELPOMËNE. - LIVRE IV.
usa
mais j'appréhende que , ne pouvant les trouver, il ne nous arrive quelque £icheux aoci* dent dans les déserts. On dira peut-être que je parle pour moi , et que je voudrais rester ici. Mais » seigneur» content de proposer à voire conseil le sentiment qui me parait le plus avantageux , je suis prêt à vous suivre; et la grâce que je vous demande, c'est de ne me point laisser id. >
Darius, charmé de ce discours, lui dit: Uon hôte de Lesbos , lorsque , après mon ex* pédition , je serai de retour sain et sauf dans mes états, ne manquez pas de vous présenter devant moi, afin que je vous récompense dignement du bon conseil que vous me donnez. »
XCVIII. Ayant ainsi parlé, il fit soixante nœuds à une courroie , manda les tyrans des Ioniens, et leur tint ce discours: «Ioniens, » j*ai changé d'avis au sujet du pont : prenez » cette courroie, et ayez soin d'exécuter mes » ordres; quand vous me verrez parti pour la » Scythie , commencez dès lors à défaire cha- > que jour un de ces nœuds. Si je ne suis pas
• de retour ici , après que vous les aurez tous a» dénoués, vous retournerez dans votre patrie. » Mais, puisque j'ai changé de sentiment, gar- « dez le pont jusqu'à ce temps , et ne négligez » nen , tant pour le défendre que pour le con-
* server; vous me rendrez en cela un service » essentiel. » Darius , ayant ainsi parlé, marcha en avant.
XCIX. La Thrace a devant elle la partie de la Scythie qui aboutit à la mer ^ A l'endroit oà finît le golfe de Thrace , là commence la Scythie. L'Ister en traverse un partie , et se jette dans la mer du côté du sud-est.
Je vais indiquer ce qu'on trouve après l'Ister, et donner la mesure de la partie de la Scythie qui est au-delà de ce fleuve , du côté de la mer. L'ancienne Scythie est située au midi ^ jusqu'à la ville de Carcinitis. Le pays au-delà de cette ville , en allant vers la même mer , est montagneux ; il est habité par la nation taurique, qui s'étend jusqu'à la ville deChersonnèse-
' Le Pont-Euxin.
« En le teoaot à rextrémifté nord de la ScyUife , et le visage loomé vert la Clienonnèie-Tauriqae ou Crimée, la Scytliie est au midi.
Trachée , et cette ville est snr les bords de hi mer qui est à Test \ Il y a en effet deux parlies des confins de la Scythie qui sont bornées comme l'Attique , l'une par la mer ^ qui est au sud , l'autre par celle qui est à l'est. Les Taures sont , par rapport à cette partie de la Scythie , dans la même position que serait, par rapport aux Athàiiens , un autre peuple qui habiterait la pointe du promontoire Sunium , qui s'étend depuis le bourg de Thorique jusqu'à celui d'Anaphlyste , et s'avance beaucoup dans la mer. Telle est la situation de la Tauride , s'il est permis de comparer de petites choses aux grandes. Mais , en faveur de ceux qui n'ont jamais côtoyé cette partie de TAttique , je vais expliquer cela d'une autre feçon : qu'on suppose qu'une autre nation que celle des lapyges habite le promontoire d'Iapygie , à conunencer au port de Brentésium , et la coupe ou sépare depuis cet endroit jusqu'à Tarente. Au reste, en parlant de ces deux promontoires , c'est comme si je parlais de plusieurs autres pareils , auxquels la Tauride ressemble.
C. Au-delà de la Tauride, on trouve des Scythes qui habitent le pays au-dessus des Taures , et celui qui s'étend vers la mer qui est à l'est , ainsi que les cotes occidentales du Bosphore Cimmérien et du Palus-Maeotis jusqu'au Tanaîs , fleuve qui se décharge dans ime anse de ce Palus. A prendre donc depuis l'Ister, et à remonter par le milieu des terres , la Scythie est bornée premièrement par le pays des Agathyrses , ensuite par celui des Neures, troisièmement par celui des Androphages , et enfin par celui des Mélanchlœnes.
CL La Scythie étant tétragone , et deux de ses côtes s'étendant le long de la mer, l'espace qu'elle occupe vers le milieu des terres est parfaitement ^I à celui qu'elle a le long des côtes. En effet , depuis l'Ister jusqu'au Borysthènes , il y a dix journées de chemin ; du Borysthènes au Palus-Ateotis, il y en a dix autres ; et depuis la mer en remqntant par le milieu des terres jusqu'au psiys des Hélanchiœnes , qui habitent au-dessus des Scythes, il y
* La Tille de GherMmnèBe est à Kooest ; mais elle est à Feit de la Scythie.
* Ce sont des points difTêrents du même Poni-Euzin,
UISTOIBE DHÉaODOTE.
aTingt jomde wurche. Or, jeconpie dcnx eeatft stades poor obaqoe journée de chemiB. Aiosi b 8t7ibie aura quatre mille siadcs de traverse ie long des o6tes , et quatre mille autres stades à prendre droit par le milieu des terres. TeUe est Fétendue d^ pe pdys. .
Cil. Les Scf Lhes , ayant fait refleuon qo*iis ne poMvaient pas, avec leurs seules forées, vaincre en bataille rangée une armée aussi no9)br^use que celle de Darius , envoyèrent 4»s ambassadeurs à leurs voisins. Les rois de œs nations, s'éiant assemblés, délibérèrent sur cette armée qui venait envahir la Scy thie. Ces rois étaient ceux des Taures , des Agathyrses , des Heures , des Andropbages , des M eiancbtenes , des Gelons , dqs Budins e( dep Sauromaies.
CI)L Ceux d'entre ces peuples qp'ou ap« pelle Taures, ont des conuimes particulières. Ils imipoient k Ipbigénie , de la manière que je vais le dire, les étrangers qui échouent sur leurs cotes , et tous les Grecs qui y abordent et qui tombent entre leurs maips. Après les cérémonies accoutumées, ils les assomment d'un coup de massue sur la tète : quelques-uns disent qu'ils leur coupent ensuite la tété, et l'attachent è |ine croix , et qu'ils précipitent le corps du haut du rocher où le temple est bâti : quelques autres conviennent du traitement fiiit à la télé ; mais ils assurent qu'on enterre le corps, au lieu de le précipiter du haut du rocher. Les Taures eux-mêmes disent que la déesse à laquelle ils font ces sacrifices est Iphi|;énie , fille d'Agamemnon. Quant à leurs ennemis, si im Tauie £ait dans les combat^ un prisonnier, il lui coupe la téie , et remporte chez lui. Il la met ensuite au bout d'une perche qu'il place sur ^ maison , et siiftout au-dessus de la cheminée, lis élèvent de la sorte la téie de leurs priM^pniers , afin , diseot-ils, qu'elle garde et protège toute 1§ maison. U^ subsistent du butin qu'ils font à la guerre.
CIW Les Agathyrses portent , la plupart du temps, des ornements d'or, et sont les phis efféminés de tous Ips hommes. Les femmes sont communes entv-'eux, afin qu^étaqt tous unis par les liens du saog, ti que ne fiiisant
IfHH ? P^^^ V^i 4're , qu'i^pe s^ufe et ipéme famille, ils ne soient sujets ni u la haine , ni à la jalousie. Quant au reste de leurs coutumes ,
I elles ont beanoopp de cpnfmmié aneç aaHea desThraoes.
CV. Les Meores observesl les ges que les Scythes. Une géaécation avant Texpëdition de Darius , ils furent forces de sortir de leur pays, à cause d'une muhiiude de serpents qu'il produisit , et parce qu'il y en vint en plus grand nombre des déserts qui sont aadessus d'eux. Ils en furent tellement infiestës qu'ils s'expatrièrent , et se retirèrent chex les Budins.
Il parait que ces peuples sont des enchanteurs, ^n effet , s'il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie . chaque Meure se change une fops par an en loup, pour quelques jours, et reprend ensuite sa prei]àère forme. Les Scythes put beau dire, ils ne me feront pas croire de pareils oontes ; ca n'est pas qalls ne les soutiennent , et mtee avec sermept.
CVI. Il U'cst point d^hommes qui aient des moeurs plus sauvages que les Andropbages K Ils ne connaissent ni les lois, ai la justice; ils soqt nomades. Leurs h^iUemcols ressemblent à ceux: des Scylhes ; ipais i|s ont une langue particulière. De tous les peuples dont je viens de parler, ce sont li^ seuls qui mangent de la chair humaine.
CVIL Les Mélanchlsones pnrt(ent tous des habits noirs ; de là rient leur nom. Ils suivent les coutumes et les usages des Scythes.
CVI IL Les Budins forment une grande et nombreuse nation. Ils se peignent le corps entier en bleu ? et en rouge. Il y a dans leur pays une ville entièrement bâtie en boîs ; elle s appelle Gélonqs. Ses murailles sont aussi toutes de bois ; elles sont hautes , et ont à chaque fiice trente stades de longueur. Leuis maisons et leurs temples sont ^ussi de bois. Il y a en effet d^us ce pays des temples consacrés aux dieux de9 Gree>. Ils sont bàiis à la fiicon des Grecs, et ornés de statues , d'auiek et de chapelles de boi^. De Urois en trois ans , ik célèbrent des fêtes en l'honoeur de Bacchus. Aussi les Gelons s^nt-ils .Grecs d'origine. Ayant été chassés des villes de commerce ' , ils s'établirent dans
' Anlbropophages.
* Oa piufôt CD vert de mer.
' Ce sunt les TJUes sur le t^oot-Eifiîn el If fille ^c fiorysthènes.
M Af . 1.-C.
le pays des Bodins. Lewr langue est un in4lan^e de gcec et dp scytiie.
CIX. Les Budins n'ont ni la même langue ni la mém^ manière de vivre que les Gâons. Ib sont autochtliODes , nomades , et les seoi^ de cette contrée qui mangent de là vermine. Les Gelons » au c<>ntraire, cultivent la terre , vivent de blé , e^t des jardiiif , et ne ressem* blent aux Badins ni par l'^ir du visage » ni par la couleur. Les Grec^ les confondent » ef corn* prennent les Budins sons le nom de G^ns ; mais ils se trompent.
Leur pays entier est couvert d*art)res de toutes espèces , et , dans le canton où il y en a ce pluSf ^ trouve un lac grand et spaciélix, et un marais bordé de i^oseaux. On prend dans ce lac des loutres , des castors et d'autres animaux qui ont le museau carré. Leurs peaux servent à Caire des bordures aux habits , et leurs testicules sont excellents pour les maux de mère.
CK. Quant anx Saoromates , voici ce qu'on en dit. Lorsque les Grecs eurent combattu contre les AiQazones , que les Scythes appellent Aiorpoia, nom que les Grecs rendelit en leur langue par celui d^apàroctones * ; car Awr, en scythe, signifie un homme, et Pata veut dire tuer; quand ils eurent, dis-je , combattu contre elles, et qu'ils eurent remporté la victoire sur les bords du Thermodon , on raconte qu ils eoimenèrent avec eux , dans trois vaisseaux , toutes celles qii^ils avaient pu feire prisonnières. Lorsqu-'on fut en pleine mer, elles jittaquèrent leurs vainqueurs , et les taillèrent en piècei. Mais , comme elles n'entendaient rien à la manoeuvre des vaisseaux , et qa elles ne savaient pas Itiire usage du gouvernail , des voiles €^ des rames , après qu'elles eurent tué les hommes, elles se laissèrent aller au gré des flots et des vents , et abordèrent à Cremoes sur le Palus-Msaotis. Cremnes est du pays des Scythes libres ^. Les Amazones étant descendues de leurs vaisseaux en cet endroit , avancèrent par le milieu des terres habitées, et, 3 étant emparées du premier haras qu'elles rencontrèrent sur leur route , elles montèrent à cheval , et piMèrént les terres des Scythes.
■ Qui tnent des bonimes.
' Ce sont les Scytbes Royam.
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IBS
GXI. Les Scythes ne pouvaient deviner 4)ui étaient ces ennemis , dont ils ne connaissaient ni le langage ni Thabit ; ils ignoraient aussi d^ quelle nation ils étaient ; et , dans leur surprise, ils n'imagif^aient pas d'où ils vf naient. fromn pés par l'uniformité de leur taitte , ils les prirent d'abord pour des hommes; et, dans cette idée , ils leur livrèrent bataille. Mais ib reconnurent par les morts restés en leur pouvoir , après le combat , que c'étaient des fiem* mes. Ils résolurent , dans un conseil tenu à ce sujet, de n'en plus lyer aucune , mais de leur envoyer les plus jeunes d'entr^eux , en aussi grand aonibre qu'ils conjecturaient qu'elles pouvaient être , avec ordre d'asseoir lejor camp près de celui des Amazones ; de ftiiré les mêmes choses qu'ils leur verraient feire ; de ne pas combattre , quand même elles les attaqueraient , mais ée prendre la Inite, et de s'approcher et de camper près d'eUes , lorsqu'elles cesseraient de les po^rsuîvre. Les Scythes pnirent œcte résolution , parce qv/'i^ voulai^t avoir des eaftints de ces femmes belliqueuses'.
GXII. Les jeiiaes gens suivirent ces ordres : les Amazone^ , ayant reconnu qu'ils n'étaient pas venus pour lehr Aire du mal , les lassèrent tranqûilleë. Cependant les deux camps s'approchaient tous les jours de plus en plus : lès jeunes Scythes n'avaient comme les Amazones, que leurs armes et leurs chevaux , et vivaient^ comme elles , de leur citasse et du butin qu'ils pouvaient enlever.
CXni. Ver$ l'heure de midi, les Amazones «'éloignaient du caxnp» seules ou deux è deux, pour satisfaire aux besoins de la nature. Les Scythes 9 s'en étant aperças , firent la même chose. Un d'entre e^ix s>'approcha d'une de ses Amazones isolées, et celle-ci, loin de le repousser, lui accorda ses faveurs. Gomme elie ne peuvait lui parler, parce qu'ils ne «'(entendaient pas l'un et Vautre, eUe lui dit, par signes, de revenir le lendemain au même endroit avec un de ses compagnons, et qu'elle amènerait aussi une de ses compagnes. Le jeune Scythe , de retour an cauip , y raconta son aventure ; et le jour suivant , il revint avec un autre Scythe au même endroit , où il trouva rAmaxone qui Tattendaii avec une c|e ses rompagnes.
ClLiy. l^s auties jeunes gens, instruits de pçU^laveiitunî,apprivoiscreiii aussi le reste des