‹ Choix des historiens grecsChapitre 45 sur 286 · MELPOMÈNE. - UVRE IV · texte numérisé non relu

MELPOMÈNE. - UVRE IV

CXIX. Le discours des ambassadeurs fini» ces princes déUbërèrent sur leur proposition : les avis furent partagés. Les rois des Gelons, des Budlns et des Sauromates promirent unaniment du secours aux Scythes. Mais ceux des Agatbyrses , des Nenres » des Androphages , des Mélancblaenes et des Taures leur firent cette réponse : < Si vous n'aviez pas fait les premiers une guerre injuste aux Perses» vos demandes nous paraîtraient équitables; et, pleins de déférence pour vous , nous prendrions en main vos intérêts.! Mais vous avez envabi leur pays sans notre participation , vous l'avez tenu sous le joug aussi long-temps que le Dieu Ta permis; et aujourd'hui que le même Dieu suscite les Perses contre vous , ils vous rendent la pareille. Pour nous, nous ne les avons pas offensés alors» et nous ne serons pas aujourd'bui les premiers agresseurs. Si cependant ils viennent aussi attaquer notre pays » s'ils commencent des hostilités contre nous» nous saurons les repousser. Hais, jusqu'à ce moment» nous resterons tranquilles : car il nous parait que les PerSes n'en veulent qu'à ceux qui les ont insultés les premiers. > CXX. Les Scythes ayant appris , par le rapport de leurs ambassadeurs» qu'ils ne devaient pas compter sur le secours des princes leurs voisins» résolurent de ne point présenter de baiaifle aux Perses » et de ne point les attaquer ouvertement ; mais de céder peu à peu le terrain» en se retirant toujours en avant, dé combler les puits et les fontaines qu'ils trouveraient sur leur route, de détruire Fberbe, et pour cet effet de se partager en deux corps. On convint aussi que les Sauromates se rendraient dans les états de Scopasis ; que » si les Perses tournaient de ce côté» ils se retireraient peu à peu droit au Tanais » le long du Palus* Maeotis» et que, lorsque l'ennemi retournerait sor ses pas » ik se mettraient alors à le poursnivre* Tel était le plan de défense que devait suivre cette partie des Scythes Royaux.

Quant aux deux autres parties des Scythes Royaux» il avait été décidéque la plus grande, sur laquelle régnait Idantbyrse» se joindrait à la troisième dont était roi Taxads, et que toutes les deux » réiuies avec les Gelons et les Budins , auraient -aussi une journée d'avance sur

les Perses » qu'elles se retireraient peu ft peu « et en exécutant les résolutions prises dans le conseil» et surtout qu'elles attireraient les en* nemis droit sur les terres de ceux qui avaient refusé leur alliance, afin de les forcer aussi,à la guerre contre les Perses , et de leur (aire prendre les armes malgré eux» puisqu'ils ne voulaient pas le faire de bonne volonté. £llea devaient ensuite retourner dans leur pays » ei même attaquer l'ennemi » si , après en avoir dé* libéré , ce parti leur paraissait avantageux»

CXXI. Cette résohiiion prise» les Scytbes allèrent au-devant de Darius » et se firent précéder par des coureurs » l'élite de la cavalerie. Ils avaient fait prendre les devants à leurs chariots % qui tenaient lieu de maisons à leurs femmes et à leiu*s eniants» et leur avaient donné ordre d'avancer toujours vers le nord. Ces chariots étaient accompagnés de leurs troupeaux» dont ils ne menaient avec eux que ce qui leur était nécessaire pour vivre.

GXXII. Tandis que les chariots avançaient vers le nord , les coureurs ' découvrirent les Perses environ à trois journées de Flster. Comme ils n'en étaient éloignés que d'une journée, ils campèrent dans cet endroit » et détruisirent toutes les productions de la terre. Les Perses ne les eurent pas plus tôt aperçus , qu'ils les suivirentdans leur retraite. Ayant ensuite mardié droit à une des trois parties des Scythes Royaux, ils la poursuivirent à l'est jusqu'au Tanais. Les Scythes traversèrent le fleuve^ et les Perses l'ayant passé après eux, ne cessèrent de les suivre» que lorsque» après avoir parcouru le pays des Sauromates » ils furent arrivés dans celui des Budins.

CXXIIL Les Perses ne purent causer aucun dégât, tout le temps qu'ils furent en Scythie et dans le pays des Sauromates» les habitants ayant détruit tout ce qui était dans les campagnes ; mais , quand ils eurent pénétré dans le pays des Budins » ils trouvèrent la ville de Gélonus qui était bâtie en bois. Comme elle était entièrement déserte, et que les habitants en avaient tout emporté» ils y mirent le feu. Cela

* Non pas du cAté de l'ennemi, mais ven le nord » où ils araient dendo de le retirer.

* C'est l'élite de la oaralerie envoyée pour recoo naître l'ennemi , dont il a été parlé dam le paragraplie précédent

HISTOIRE DHÉftODOTE.

hii^ ib aHèreot en avant i iÉiârchant sat les traces de Tennemi : enfin ; après avoir pareouru le pays des Badins i ils arrivèreiit dans mn désert par-delà ces peaples , on l'on ne rencontre pas u6 seul homme. Ce désert a sept journées de chemin ; on trouve au-dessns le pays des Thyssagètest d'où vienneùi c|uatre grandes rivières; le Lycus, l'Oaros, leTanais et le Sirgfs qui se jettent dans le Palus-Hseoli^ , après avoir arrosé les terres des Mseotes. CXXIV. Darius, étant arrivé dans le désert, s'arrêta sar les bords de TOarus» où il cainpa avec son armée. Il fit ensuite oonsiroire huit grands châteaux^ à éoixante stades oo environ l'on de l'antre , dont les ruioes subsistent en-

eore maintenant. Tandis qu'il s'occapait de ces ouvrages, les 8c|f thés ^ qu'il avait poarsoivis , firent le tour par le haut dû pays; et retournèrent en Scythie. Gomme ils avaient entière** meut disparu, et qu'ils ne se montraient plus, il laissa ces châteaux imparfaits 4 et dirigea sa marche à l'occident, persuadé que cedSt^ythes formaient toute la nation, et qU41s s'étaient sauvés de ce côté. Gomme il marchait à grandes journées, ilorrîva en Scy thievoù il rencontra les deux corps d'armée des Scythes * : U ne lei eut pas plutôt trouvés, qu'il se mit à les pdnr^ suivre ; mais ils avaient soin de se tenir toujours à une journée de lui.

CXXV. lis s'enfuyaient f suifint les conventions faites entre eux , ches les peuples qui avaient refusé leur alliance , et Darius les suivait sans relâchée lis se jetèrent premièrement sur les terres des Hélanchlflenes « qui forent atartnés à leur vue et à celle des Perses; De là ils attirèrent les Perses chez les Androphages^ eik, ayant semé le trouble et l'ëpouvaûtè» ils les conduisirent chez les Neures , qui forent éga* lemeht effrayés : efifln ils sé salivèrent dh côté des Agathyrses. Hais ceux-ci, voyant leiird voisins alarmas prendre la faite, envoyèrent aat Scythes un héraut , avant qu'ils eussent mis le l^ied dans leur pbys, afin de lehr en interdire rentrée ; les menaçant de leur liVrer bataille , en ces qti'iUI y vinssent. Après ces menaces, les Agathyrses portèrent leurs forces sur leurs frontières ^ pour les en écaHer.

' L'un éUrit commandé par Idanthyne, et raatn par Taxacii.

Miv.ft-e.

Les Mékmditonea» les Andfeplligèâ et les Neurès^ voyant les Scythes se jeter ^ avec les Perses 4 sur leurs tefres, ne se mirent pas ed devoir de les repousser. Saisis de cfainte à cette vue , ils oublièrent leurs menaces , et s'enfuirent daris les déserts versienbrd. Quant aux Scythes, eomme lès Agathyrses leur îdterdisaieiît l'entrée de leur pays ^ ils ne cherchèrent plus à y pénétrer; mais^ an sortir de la Neuride , ils rentrerait dans leur patrie , où les Perses les suivirent.

GXX VI. Darius^ s'étant apefçu que les Scy* thés tenaient sans cesse la méraect>ilduite % envoya un cavalier à Idànthyrse leur rbi, avec ordre de lili parler en ces termes : c 0 le plus

> misérable des hobimès t pourquoi fuis-tu

> toujours, lorsqu'il est en ton pouvoir de t'flr-

> réler et de me Uvrer bataille v si tu te crois

> assez fonpoiirrae résister? Si, an contraire, 1 tu te sens trop feible, cesse de fuir devant • moi ; entré en conférence atéc ton maitre, et

> nemanquepësde lui apporter laterreetl'eau»

> comme ungagedeta soumissfon. > GXXVII. c Hoi des Per^s^ répondit Idan-

> thyrte, voici l'étàl de mes affaires : la crainte

> ne m'a point fait prendre ci-devant la fuite »

> et maintenant je ne te fuis fm»* ie Ob fàU ac^ » tuellement que ce que j'avais coutume de

> faire aussi en temps de paix. Mais je vais te

> dire pourquoi je ne t'ai pas combattu sur-le-

> champ. Gomnie nous ne craignons ni qu'on

> prenne nos villes, puisque nous n'en avons

> point, ni qu'on fasse du dégAt sur nos terres»

> puisqu'elles ne sont point cultivées) nous n'a-

> vous pas de motifs pour noushAter de donner

> bauiille. Si cependant tu veux absolument

> nous y forcer au plus tôt, nous avons les tom- 1 beaux de nos pères f trouve-les, et essaie de

> les renverser : lu connaîtras alofs si nous

> combattrons poar les défendre* Nous ne te

> livrerons pas bataille auparavant» à moins 1 que quelque bonne raison ne nous y oblige.

> C'en est assez sur ce qui regarde le combat,

> Quant à mes maîtres» je n'en reconnais point 1 d'autre que Jupiter, Tun de mes ancêtres, et

> Vesta , reine des Scythes. Au lieu de la terre

> et de l'eau , je t'enverrai des présents plus

« L'atAettrtSnldifei|h1liaeeiMSiefltpMtaepiaffr d'où pays dans un aiilra*

mêkf.t.'é.

MËLPOMÊNE. ^ LITRE IV.

• ooDveoaUes. Quanità toi, i)iii te ventes d*étre > moD Btttlre) c*«6t à toi de pleurer ^ » Telle est h répoMe des Sie^ytiies ) que le hëratit «lia porter à DariuSi

CXXYIH. An ftetti ttont de seTThudé , les roîs des Scythes ittité^ firent paf lir lel ScyHieS svrqmrégiRiA8cx>pH8is^ tiTeliie^Sauroinates qni servaietatavec èvt , |yoar alfer conWrer avee les imiefis, i tfm Toii ïitafit co&Hë la ({arde du pont dé rister. Qaaat atat Scythes qui restaiem dans le pays , ils résolurent de ne plus forcer les Perses i courir de côté et d*aatre ^ mbis de les attaquer tomes les fois qu'ils prendraient leur repas. En consëqueflbe ayafit bbskrvé le temps où ils le prenaient , ils exécutèrent ce qm avait ëiié concerté emr'êui. Dans ces attaques , la cavalerte des Scythes mettait toujours en Aiîte celle deà PeHëS ; mais eelted en fuyant se repMit sur l'infanterie ^ qui ne manquait pas de ta soulenî^. Ainsi, lofsqlie leÀ Scythes avaient HAî rectiler la cavaleHe ehttèinîe^ la crainte dés genS dé pied les forçait ansaitdt à se retirer. Ils ne laissaient pas néstfmoins de recommencer de pareilles attaques pendant la nnit.

CXXIX. Ce qni est bien étonnattt ^ c'est que te cri des ânes et la fijo^f e d^ mnletl favorisaient les Perses » et étaient dëàavUmâg^t aut Scythes ) quand ils attaquaient le camp de Daritts. Il he naft en effet, en Scythié, ni atië ni mulet, comme je l'ai dit pitts haut, et hiéihe bh n'en voit pas un seul dans tout le pays , à cause du froid. Les âaes jetaient, par leurs cris , l'épouvante parmi la catalerie des Scythes. Il arrivait sottvettt que celle-ci allait à la charjje ; mais si, sur ces entrefaites; les chevaux les crttendaient, ils dressaient les oreilles d'étonnement, et recolaieht trbhbléS; pâtre qu'ils n'étaient accoutumés n! alix cris ni à h figure de ces animaux. Mais c'était un faible avahiaffe.

CXXX. Les Scythes, s'étant àperçUs de Teirtbarras des Perses , eurent recours à cet artifice, pour les faire rester plus lon{;-iemp^ en Sicytliie^ et lestonrmenier par l'extrême disette de loutes choses, ils leur abandonnèrent quelques-un^ de leurs troupeaux-, avec ceux qui les (pi^rdaîetii, et se reth-èrent dans un autre canton. Les Peï*-

* C'eA raiprailoo da pi» crand méprié.

ses se jetèrent snr ces troupeaux , et les efilevèrenti

CXXXL Ce premier succès les eneonragea, et fut suivi de plusieurs antres $ mais enfin Darius se trouva dans une extrême disette. Les rots des ScyUies en étant ibstrmts , lui etitoyèrent on héraut atec des présents, qui consié^ talent en un oiseau » un ttit ^ tmB grenouille et cinq flèches. Les Perseftdemandèrent à l'envoyé ce que signifiaient ces présents. Il répomlit qn'on l'avait seulement chargé de les offrir, et de s'en retourner aussitôt après ; qu'il les et* hortait cependant, s* ils avaient de la sagactlé^ à tflcher d'en pénétrer le sens.

GXXXIL Dans an conseil teiiu à ce sujets Darius prétendait que les Scythes lui donnaient la terre et l'eau , comme un gage de leur Son* mission. Il le conjecturait sur ce que le rat naît dans la terre , et se nourrit de blé ainsi que l'homme; que la grenouille s'engendre dans l'eau ; que l'oiseau a beaucoup de rapport aa cheval ; et qu'enfin les Scythes , en lui donnant des flèches , lui livraient leurs forces. Tel fîit le sentiment de Darius. Mdis Gobryas , l'un des sept qui avaient détrôné le Hage^ fut d'un au^ tre avis, c Perses ^ lenr dit-il, ces présents si*- % gnifient que , si vous ne vous envolez pas dans i le^ afars( comme des oi^anx, ou si vous ne 1 vous cachet pa^ sous terre s c^mme des raiS) «oti si vmis ne sahteÉ pas dan^ les marais^ s vSbmme des grenonilles , vous ite réverret }a^ » mais votre patrie i tnais que voîts péri rels par » ces flèches, i C'est alnëi que les Perses inter<> prêtèrent ces présents.

CXXXUI. La partie des Scythes « qai l'bn avait précédemment cbnflë la gai*de des envierons du Palus-Mseotis , et qui venait t}e retevoif l'ordre d'aller sur les bords de l'Istet* pbnr s'a>bouchèravec les Ioniens^ ne f^t p-is pies «Àt arrivée ail pont que ceux-ci avaient Jeté stir cet! e Hvière, qu'ils lenr partèff^t en ces termes : t Ioniens , nous venons vous appointer la liberté, » supposé toutefois que vous vouliez nous écoiti>

> ter. Nous avons en effet appris que buthai

> voua a enjoint de garder ce pont durant

> soixantejoursseulemeht, et que s'il n'était pas I de retour dans cet intervalle , vous seriez \eé

> msltres de vous retirer dans votre patrie. En

> exécutant cet ordre , il n'aura rien à vous rè- » procher, et nous n'aurons aucun sujet

1 plainte contre vous. Puisque vov êtes de-

> meures le nombre de jours prescrit, que ne 9 retournez-vous dans votre pays ? > Les Ioniens ayant promis de le Caire, les Scythes se retirèrent en diligence.

CXXXIV. Après renvoi des présents, le reste des Scythes se mit en ordre de bataille vis-à-vis des Perses , tant l'infanterie que la cavalerie , comme s'ils avaient itoulu en venir Sux mains. Mais , tandis qu'ils étaient ainsi rangés en bataille, un lièvre se leva entre les deux armées. Us ne l'eurent pas plus tôt aperçu , qu'ils le poursuivirent en jetant des grands cris. Darius demanda quelle était la cause de ce tumulte ; et, sur ce qu'on lui répondit que les Scythes couraient après un lièvre , il dit à ceux d'entre les Perses avec qui il avait coutume de s'entretenir: c Ces hommes-ci ont pour nous un grand

> mépris. L'interprétation qu'a donnée Gobryas 9 de leurs présents me parait actuellement juste.

> Hais , puisque son seutiment me semble vrai, » je pense qu'il nous feut un bon conseil pour

> sortir sains et saufe de ce pas dangereux.

> Seigneur, répondit Gobryas, je ne connaissais

> guère la pauvreté de ces peuples que par ce » qu'en publiait la renommée. Mais, depuis

> notre arrivée , je la connais mieux , en voyant

• de quelle manière ils se jouent de nous. Ainsi » je suis d'avis qu'aussitôt que la nuit sera venue

> on allume des feux dans le camp, selon notre » coutume , et qu'après avoir engagé , par des

• propos trompeurs, la partie de l'armée la

• moins propre aux fiatigues, à y rester, et

> après avoir attaché ici tous les ânes , nous » partions avant que les Scythes aillent droit à

> l'ister pour en rompre le pont, et avant que 9 les Ioniens prennent ime résolution capable 9 de nous foire périr. >

CXXXy . Darius suivit le conseil de Gobryas. Dès que la nuit fut venue , il laissa dans le camp les malades avec ses plus mauvaises troupes. Il y fit aussi attacher tous les ânes, afin que leurs cris se fissent entendre. Quant aux hommes, il les y laissait sous prétexte de garder le camp, tandis qu'avec la fleur de ses troupes , il irait en personne attaquer l'ennemi; mais en effet, parce qu'ils étaient faibles ou malades. Ayant persu^é ces malheureux, il fitallumer des feux et marcha en grande diligence vers l'ister. Les ânes, se voyant dans une espèce de solitude,

HISTOIRE D^ËRODOTE.

se mirent à braire beaucoup plus fort qu'auparavant. Les Scythes, entendant leurs cris, crurent les Perses toujours dans leur camp.

CXXXVl. Quand le jour parut, les soldats que Darius avait abandonnés , se voyant trahis» tendirent les mains aux Scythes, et leur dirent tout ce que leur situation put leur suggérer , Là-dessus, les deux parties des Scythes s'étant réunies promptement à la troisième , coururent après les Perses , droit à l'ister , avec les Sau« romates, les Budins et les Gelons. Mais, comme la plus grande partie de l'armée Perse cousis^ tait en infonterie, et qu'elle jie savait pas les chemins, parce qu'il n'y en avait pas de tracés^ et qu'au contraire les Scythes étaient à cheval, et qu'ils connaissaient la route la plus courte, ils ne purent se rencontrer. Les Scythes arrivèrent au pont de l'ister long-temps avant le» Perses; et, sachant qu'ils n'étaient point encore venus, ils s'adressèrent ainsi aux loniensy qui étaient sur leurs vaisseaux :

< Ioniens , le terme qui vous a été prescrit, 9 est passé ; vous avez tort de rester plus kmg^ 9 temps. Si la crainte vous a retenus jusqu'à 9 présent en ces lieux , rompez maintenant le > pont , retirez-vous promptement ; et , flattés » d'avoir recouvré votre liberté, rendez-CD 9 grâces aux dieux et aux Scythes. Quant à » celui qui était auparavant votre maître, nous 9 allons le traiter de manière qu'il ne fera plus 9 la guerre à personne. »

CXXXVIl. L'af&ire mise en délibération, Miltiades d'Athènes, qui était commandant , et tyran de la Chersonnèse de l'Hellespont , fut d'avis de suivre le conseil des Scythes , et de rendre la liberté à l'ionie; mais Histiée, tyran de Milet, s'y opposa. Il représenta qu'ils ne régnaient dans leurs villes que par Darius , que si la puissance de ce prince était détruite, ils perdraient leur autorité , et que lui-même ne pourrait plus conserver la sienne dans Milet, ni les autres la leur dans leurs étais ; les villes préférant toutes la démocratie à la tyrannie» Tous ceux qui avaient d'abord été de l'avis de Miltiades , revinrent aussitôt à celui d'Histiée.

CXXXVIII. Ceux qui furent de cette opinion , étaient en grande estime auprès du roi» Parmi les tyrans de l'Hellespont, il y avait Daphnisd'Abydos, Uippoclus de Lampsaque, Hérophante de Parium, Métrodore de Procon^

tSOf Af . !.<.

nèse, Aristogoras deCyzique, Aiiston de fiyzance ; ceux de Flonie étaient : Strattis de Chios, iEacès de Samos, Leodamas de Pbocée, Histiée de Milet , qui fut d*un avis contraire à celui de Miltiades. Aristagoras de Cyme fut le seul homme considérable qui assistât à ce conseil , du cdté des Eoliens.

CXXXIX. Le sentiment d'Histîée ayant été approuvé, od ajouta (|u*ou romprait» de la longueur de la portée d'uo tiait , Textrémité du pont du côté de la Scytbie, afin de montrer aux Scythes qu'on voulait , en quelque sorte, les obliger , quoique dans le fond on n'en fit rien. El deT^rainte que les Scythes ne voulussent, malgré eux, passer Flster sur le pont, il fut aussi réglé qu'on leur enverrait dire qu*en rompant la partie du pont qui aboutissait à leur pays, on avait dessein de leur donner une entière saii^ction. Après quoi, Histiéc répondit aux Scythes, au nom du conseil :

< Scythes, votre avis est salutaire, et vous

> nous pressez fort à propos. Comme vous nous

> montrez la vraie roule que nous devons sui-

> vre, nous vous ferons voir aussi que nous

> sommes disposés à vous servir; nous rom- » pons en effet le pont , comme vous le voyez,

> et nous nous porterons avec ardeur à recou- » vrer notre liberté. Pour vous, pendant que » nous sommes occupés à détruire ce pont, il

> est à propos que vous alliez chercher les » Perses, et qu'après les avoir trouvés, vous • nous vengiez, en vous vengeant vous-mêmes

> comme il convient. >

CXL. Les Scythes , se fiant pour la seconde fois aux Ioniens , rebroussèrent chemin pour aller chercher les Perses ; mais ils prirent une autre roule , et les manquèrent. Ce fut leur faute, puisqu'ils avaient délruit les foins, et bouphé les fontaines de ce côté. Sans ce dégât, il leur aurait été aisé de trouver les Perses , s*ils l'eussent voulu. Le parti qu*ils avaient cru le plus avantageux, fut alors cause de leur méprise. Ik clieréhèrent l'ennemi dans les cantons de la Scythie où il y avait de l'eau et des fourrages pour les chevaux , persuadés qu'il s'enfiiyaît de ce côté. Mais les Pei'ses suivaient i*ancienne route qu*ils avaient observée; et cependant ils eurent bien de la peine à gagner l'endroit oh ils avaient traversé le iBeuvé. Y étant arrivés de nuit , et trouvant le pont rompu , ils

HÉROnOTB.

BIELPOMÈNE. — LIVRE IV:

craignirent que les Ioniens ne les eussent aban« donnés.

CXLI. Darius avait dans son armée un Égyptien d'une voix extrêmement sonore ; il lui commanda de se te^r sur les bords de Tlster, et d'appeler Histiée de Uilet. Aux premiers cris de rÈgyptien , Histiée mit sur-le-champ tous les vaisseaux en état de passer l'armée , et rétablit le pont.

CXLII. Les Perses échappèrent par ce moyen, et les Scythes, qui les cherchaient, les manquèrent pour la seconde fois. C'est à cette occasion que ceux-ci disent des Ioniens, qu'à les considérer comme libres , ce sont les plus vils et les plus lâches de tous les hommes , et que si on les envisage conime esclaves, ce sont les esclaves les plus attacha à leurs maîtres, et les moins capables de s'enfuir. Tels sont les traits que lancent les Scythes contre les Ioniens. ,

ex Lin. Darius traversa laThi'ace, et arriva à Sestos dans la Chersonèse, où il s'embarqua pour passer en^Asie. Il nomma Mégabyse; Perse de naissance, général des troupes qu'il laissait en Europe. Le discours que tint un jour ce prince, en présence de toute sa cour, est bien honorable pour ce seî^eur. Comme II se disposait à manger des grenades, â la première qu'il ouvrit, Artabane, son frère, lui demanda quelle chose il désirerait avoir en aussi grande quantité qu'il y avait de grains dans cette grenade. Darius répondit qu'il aimerait mieux avoir autant de Mégabyses^ que de voir la Grèce sous son obéissance. Tel fut le témoignage honorable que lui reodit ce prince parmi les Perses ; mais alors , il lui donna des marques de sa confiance, en le laissant en Europe avec quatre « vingt mille hommes sous ses ordres. .

CXLIV. Un mot de ce Mégabyse a rendu son nom immortel parmi tes habitants de THellespoDt. Étant à Byzance, il apprit que les Chalcédoniens avaient bâti leur ville dix - sept ans avant que les Byzantins eussent fondé la leur. Là'Klessus, il dit qu'ils étaient sans doute alors aveugles, puisque, sans cela, il n'auraient pas choisi pour leur ville une situation désagréable, lorsqu'il s'en présentait une plus belle« Ce général subjugua , avec les troupes que lui avait laissées Darius , tous les peuples de THellespont qui n'étaient pas les amis des Mèdes.

CXIjV. H y eut , vcre le même foropç r une expiirlUiun coi>sîclérabIe en Libye, çioBt je dirai le sujet; maïs il est à proposée racohici; auparavant quelques faits nécessaires pour les bien entendre.

Les descendante des Argonaules, ayant ^té cliassés de Tlle de Lemnos par les Pélasges , qui avaient enlevé de Braufon les femmes des Athéniens, firent voile à Lacédémone. lis campèrent sur le jnont Taygète. où ils [allumèrent du fou. Les Lacédémpniens , l'ayant aperçu, leur envoyèrent demander qui ils étaient, et d*où ils .venaient* 11 répondirent qu'ils étaient Minyens , et les descendants de ces héros qui jetaient embarqués sur le navire Argo, et qui étaient abordés à Lemnos , où ils leur avaient donné naissance. Snr ce rapport de l'origine des Minyeps, les Lacédémoniens envoyèrent uqe seconde fois leur demander à qiiel dessein ils venaient dans leur pays , et par quelie raison ils avaient allumé du fpo. Les Minyens répondirent qu'ayant été chassés par les Pélasges, ils venaient chez leurs pères, comme cela était juste , et qu'Us priaient les Lacédémoniens de les recevoir chez eux , et de leur faire part non-seulement de leurs terres, mais encore des honneurs et des dignités de l'état. Les Lacédémoniens furent d'avis de les recevoir aux conditions qu'ils proposaient. Ce qui les y déter-^ oiina principalement, fut que les Tyndarides * avaient été de l'expédition des Argonautes. )ls reçurent donc les Hinyens, leur donnèrent dçs terres, et les distribuèrent parmi leurs tribus. Ceux-ci se marièrent aussitôt, et donnèrent à d'autres les femmes qu'ils avaient amenées dé Lemnos.

CXLVL Peu de temps après « les Miityeos montrèrent tout à coup leur insolence, an voulant avoir pari à la roy^té» et en foîspotpjusieui's autres actions contraires aux lois. Les Lacédénu)niens résolurent de les faire mourir. En conséquence, ils furent arrêtés et mis en prison. A Lacédémone, les exécutions se font la nuit , et jamais de jour. Lors donc qu'on était sur le point de les foire mourir, leurs femmes, qui étitient Spartiates, et filles des premiers de la ville , demandèrent la permission d'entrer dans la prison » pour parler à

* Castor et Pollnx.

, HlSÎ01Ri£ O^IJÉRODOTB* nmn.i^.

leurs maris. Gomme on ne les soupçonnait d'aucun artifice, ceite permission leur fut accordée. Elles ne furent pas plus tôt entrt^es , qu'elles donnèrent leurs habits à leurs maris, et se revêtirent des leurs. Les Hinyens , ayant pris les habits de leurs femmes, sortirent à Ta faveur de ce déguisement; et, sTétant échappa 4e Id sorte, ^ retournèrent au mont Taygete. CXLVIL vers Ce même temps, théràs partit de Lacédémone, pour aller fonder uiié cor lonie. Autésion, son père, était fils de Itsamène, petit-fils de Thersnndre, et arrière^petitfils de Polynices. Il était de la race dé Cadmus» et oncle maternel d'Euryslhènes et de Proclès» tous deux fils d'Aristodémus. Gomme ceux-ci

étaient encore enfants, il eut, pendant leur minorité , la régence du royaume. Mais quand ils furent devenus grands , ils gouvernèrent par eux-mêmes. Tbéras, affligé d'obéir, après avoir goûié les douceurs du commandement , déclara qu'il ne resterait point à Lacédémone , et qu'il s'embarquerait pour .aller joindre ses parents.

Les descendants de Hembliarès , fils de Poeciles. Phénicien , demeuraient dans Tile qu'on , nomme aujourd'hui Théi^a * et qui s'appelait autrefois Calliste. GadmusJ |ils<}*Agénor, était abordé à cette île en cherchant Europe; et, soit que le pays lui plût, ou par quelque autre raison, il y laissa plusieurs Phéniciens avec Hembliarès, l'un de ses parents, fis l'habitèrent pendant huit générations, avant que Théras y vint de Lacédémone.

GXLYII I. Théras partit de Sparte pour cette lie, avec grand nombre de Lacédémoniens qu'on tira des tribus. Son intention n'était pas d'en chasser les anciens habitants, mais d'y demeurer avec eux dans l'union la plus étroite. Les Lacédémoniens persistaient toujours dans la résolution de faire mourjr les Minyens, qui, après s'être échappés des prisons, étaient campés sur le mont Taygète. Théras sollicita leur grâce , et s'engagea à les faire sortir du pays. Elle lui fut accordée ; et, ayant mis à la voile avec trois vaisseaux à trente rames, il se rendit chez les descendants de Hembliarès. U n'emmena avec lui qu'une petite partie des Hinyens : les autres , .en beaucoup plus grand nombre , chassèrent fes Paroréates et les Caucons , de leur pays ; et , s'étant partages en six

M»it.*-c. • MEtPOMÉNÊ,

^orps, iia y WlJl^ntÎMK yîUfea, Lépréiim , MacîsloSy PTirixes^ Pyrgos, Eplum et Nudium , qui Dnt été la plupart détruites de mon temps par les Ëléens. Quant à Tile de CaHîste , elle, s'appela Thëra , da nom de son fondateur.

CXLTX< Son fils refusant de s'embarquer avec lui, Théraà dit qu'il le laisserait comme une brebis parmi les loups. Ce propos fit donner à ce jeune hoihme le nom d^OioIycus^^ qui prévalut sur celui qu'il avait auparavant, Oiolycus eut un fils appelé Egée. Les Égides, tribu considérable à Sparte, tirent dç lui lenr nom. Ceax.de cette tribu, voyant qu'ils né pouvaient conserver d'enfants , bâtirent , sur la réponse d'up oracle 9 un temple aux furies'de Laïus et d'OCdîpe; et, depuis ce temps, ils ne perdirent plus leurs enfaits. Pareille chose arriva dans nie de Théra , à leurs descendants.

CL. Jusqu'ici, les Lacédémoniens s'accordent avec les habitants de Théra ; mais ceux-ci sont les seuls qui racontent la suite, de la manière que je vais dire.

Grinus, fib d'iËsanius, descendant de ce Théras, et roi de l'île de Théra, alla ^ Delphes pour y offrir une hécatombe. H était accompagijé de plusieurs habitants de cette fie, et entre atitres de Battus , fils de Polymneste , de la race d*£uphémus, l'un des Minyens. Ce prince consultant l'oracle sur quelque chose, la Pythie lui répondit de fonder une ville en Libye. « Koi Apollon, répliqua Griaus, je suis vieux I et courbé sous le poids des ans : chargez plu--

> tôt de cette entreprise quelqu'un de ces jeu-

> nés gens qui sont venus avec moi; > et, en disant cela, il montrait Battus. Les Tbéréens, de retour dans leur ile, n'eurent aucun égard pour la réponse de l'oracle, ne sachant point où érait la Libye, et n'osant pas envoyer une colonie dans une pareille incertitude.

CLL On fut ensuite sept ans à Théra sans qu'il y plût, et tous les arbres y périrent de sécheresse, excepté un seul. Les Tbéréens ayant consulté l'oracle, la Pythie leur reprocha d|; n'avoir point envoyé en Libye la colonie qu'elle leur avait ordonné* d'y envoyer. Comme ils ne voyaient pas de remède à leurs maux , ils députèrent en Crète, pour s*informer s'il n'y avait pus quelque Cretois » ou<quelque étranger, qui

* 'olf dgnifle me brçbi», et A\}xeç un loup.

- LIVRE IV. j(S

eût voyagé ea Libye. -Leurs envoyés parcoururent l'îte; el, étant arrivés ù la rille d'Itanoi^ ils y firent connaissance avec un teinturier en pourpre; nommé Cwobms, qui leur dit qu'H avait été poussé par un vent violent à l'île de Platée en Libye. Une récompense qli'ils lai donnèrent, le détermina à lés accompagner à Théra. On ne fit partir d'abord qu'un petit nombre de citoyens pour examiner les lieux ; Corobius leur servit de guidé. Lorsqu'il les eut conduits à rOe'de Platée, il& l'y laissèrèntaVec^les vivres pour quelques mois ; et, s'étant remis eh mer, ils vinrent en diligence £aire leur rapport aux ThéréeQ$ aii sujet de cette fie.

CLIl. Comme ils furent plus longtemps absents qu'ils n'en étaient convenus, Corobius se trouva dans une très-grandedisette. Mais un vaisseau de.Samos, qui allait en Egypte, et dont te patron s'appelait Coteus, étant ahordé à Platée, les Samiens apprirent de Corobius quelle était sa situatioli. Ils lui laissèrent des vivres pour un an; et, comme ils désiraient passionnément se. rendre en Egypte, ils remirent à la voile par un vent d'est, Mais, ce vent ne discontinuant point j ils passèrent les Colonnes d'Hercule, ef arrivèrent à Tartessus,sous la conduite dequelquedJeu.Comineceportn'avaitpointété jusqu'alors fréquenté, ils firent, à leup retour, le plus grand profit sur leurs marchandises, qu'aucun Grec que nous connaissions ait jamais fait, si du moins l'on excepte Sosirate d'Égine , fils de Léodamas, avec qui personne ne petit entrer en comparaison. Les Samiens ayant misa p^pf six talents*, qui étaient le dixième de leur grain« en firent faire un vase d'airain en formede cratère argolique, autour duquel on voit deii têtes de griffons, l'une vis-à-vis de l'autre. Us eif firent présent au temple de Junon ^ , où il est soutenu par trois colosses d'airain, de sept coudées de haut, appuyés sur les genoux. L'action de Colseus fut le principe de la grande amitié que les Cyrénéens et les Thércensont contractée avec les Samiens. '

CLIII. Les Tbéréens ayant laissé Corobius dans nie , dirent, à leur retour à Théra, qu'ils avaient commencé une habitation dans une ilc attenante à la Libye. Là-dessus , il fut résolu

^ 52,400 Kt. de notre ilxmiiaie. Leur gftiîi était per «on iéiiii6atdeSt4,000fiT* * Le oâètire t^pl^^ jonoii à SfMNf •

que (le tous leurs cantons, qui étaient au nombre de sept, on enverrait des hommes, que les frères tireraient au sorr, et que Battus serait leur chef et leur roi : en conséquence de cette résolution, on envoya à Platée deux vaisseaux de cinquante rames chacun. Telle est la manière dont les Théréens racontent cette histoire.

CLIY. Les Gyrénéens sont d'accord avec eux en tout , excepté en ce qui concerne Battus. Voici de quelle manière ils le rapportent. Étéarque, roi de la ville d'Axus en Crète, ayant perdu sa femme , dont il avait une fille nommée Phronime , en épousa une autre , qui ne fut pas plus tôt entrée dans sa maison, qu*elle fit voir , par ses actions, qu'elle était une vraie marâtre. U n'y eut rien en effet qu'elle n'imaginât pour foire maltraiter cette princesse ; enfin elle l'accusa de s'être abandonnée à un homme, et parvint à le faire croire à son marr.

Ètéarque, persuadé par celte femme, se porta contre sa fille à une action odiruse. Il y avait alors à Axus un marchand de Tbéra, nommé Thémison. Ce prince le manda; et ayant contracté avec lui Thospitalité , il lui fit promettre, avec serment, de lui prêter son ministère dans toutes les choses où il aurait besoin de lui. Le serment prêtée il lui remit sa fille^ntre les mains , et lui dit de l'emmener , et de la jeter dans la mer. Thémison, fôché qu'on lui eût fait faire un sei*mcnt pour le tromper, renonça à l'amitié d'Étéarque. Il remit à la voile avec la princesse; et, quand il fut en pleine mer, il l'attacha avec des cordes ; et, pour s'acquitter de son serment, il la descendit dans la mer; mais il l'en reura, et la mena dans l'île de Théra.

CLV. Lorsqu'elle y fut arrivée, Polymnestus, homme distingue , la prit pour concubine. Il en eut, au bout d'un certain temps, un fils qui bégayait et grasseyait. Cet enfanlfut appelé Battus, suivant les Théréens et les Cyrénéens; mais je pense qu'il eut un autre nom , et qu'après son arrivée en Libye , il fut ainsi surnommé , tant à cause de la réponse qu'il avait reçue de Toracle de Delphes , que par rapport à sa dignité : car Battus signifie roi dans la langue des Libyens ; et ce fut, à mon avis, par cette raison que la Pythie , sachant qu'il devait régner en Libye , lui donna dans sa réponse un nom libyen. En effet, lorsqu'il fut parvenu

HISTOIRE D'HÉRODOTE. - en av. l-c

sulter l'orade sur le défaut de sa langue , la Pythie lui répondit: c Battus, tu viens ici au su-

> jet de ta voix : mais Apollon t'ordonne d'éta-

> blir une colonie dans la Libye, féconde en

> bétes à laine. > C'est comme si elle lui eût dit en grec : € 0 roi ! tu viens au sujet de ta voix. > Battus lui répondit * : « Roi, je suis venu

> vous coosulter sur le défaut de maiangue ;

> mais vous me commandez des choses impos-

> sibles, en m'envoyant établir une colonie en

> Libye. Avec quelles troupes, avec quelles

> forces puis-je exécuter un tel projet ? > Malgré ces raisons , il ne put engager la Pythie à lui parler autrement. Voyant donc que l'oracle persistait dans sa réponse, il quitta Delphes, et retourna à Théra.

CLYI. Mais dans la suite il lui arriva beaucoup de malheurs, ainsi qu'aux autres habitants de l'Ile. Comme ils en ignoraient la cause, ifs envoyèrent à Delphes consulter l'oracle sur leurs maux actuels. La Pythie leur répondit qu'ils seraient plus heureux s'ils fondaient, avec Battus, la ville de Cyrène en Libye. Sur cette réponse , ils firent partir Battbs avec deux vaisseaux à cinquante rames. Battus et ceux qui raccompagqaient, forcés parla nécessité, (irtnt voile en Libye ; mais ils revinrent à l'île de Théra. Les Théréens les attaquèrent lorsqu'ils voulurent descendre à terre ; et , ne leur permettant point d'aborder , ils leur ordonnèrent de retourner à l'endroit d'où ils venaient. Contraints d'obéir , ils reprirent la même route, et s'établirent dans une île attenante à la Libye. Cotte île, comme il a été dit ci^essus, s'appelle Platée : on assure qu'elle est de la grandeur de la ville actuelle des Cyrénéens.

CL VIL Les Théréens restèrent deux ans dans l'île de Platée ; mais , cojnme rien ne leur prospérait, ils y laissèrent Tun d*entr'eux, et le reste se rembarqua pour aller à Delphes. Quand ih y furent ari*ivés , ils dirent à la Pythie qu'ils s'i'taient étiiblis en Libye , et que cependant ils n'en étaient pas plus heureux. La Pythie leur répondit : c J'admire ton habileté ;

> tn n'as jamais été en Libye, et tu prétends

> connaître ce pays mieux que moi, qui y ai été. »

* *Avft| les iHeai aoot aioti appelét, i cawe des toliit qn'Ui soot ceinés prendre des tionunet. On ra donné, par œUe mèoie raison aux rob. Ce mot vient de àt^àtOç ixtr»

à l'âge viril, étant allé ^ Delphes pour con- ; m^^cwrtmalkct^ussusHpert.

WAV.J.-C. • MELPOMÈN£.

Sur cette réponse, Battus retourna avec ceux desa suite : car le dieu ne les tenait pas quittes de la colonie, qu'ife n'eussent été dans la Libye même. De retour à Platée, ils prirent celui d'entr'eux qu'ils y avaient laissé, et s'étiUirent dans la Libye, vis-à-vis de l'île, è Adris, lien charmant , environné de deux côtés par des collines agréables, couvertes d'arbres, et, d'un autre cOté , arrosé par une rivière. *

CLVIIL Us demeurèrent six années h Aziris; mais la septième , ils se faissèrent persuader d>n sortir, sur les vives instances de Libyens, et sur la promesse qu ils leur firent de les mener dans un meilleur canton. Les Libyens leur ayant fait quittercette habitation , les conduisirent vers le couchaqt; et, de crainte qu'en passant par le plus beau des pays, les Grecs ne s'en aperçussent, ils proporffonnèrent tellement leur marche à la durée du jour , qu'ils le leur firent traverser pendant la nuit. Ce beau pays s'appelle Irasa. Quand ils les eurent conduits à ime fontaine qu'on prétend consacrée à Apollon : c Grecs , leur dirent-ils, la commo-

> (Kté du lieu vous invite à fixer ici votre de-

> meure : le ciel y est ouvert pour vous donner

> les pluies qui rendront Vos terres fécondes. > CLIX. Sous Battus le fondateur, dont le

règne fat dequarante ans , et sous Arcésilas son fils , qui en régna seize , les Cyrénéens ne se trouv<rent pas en plus grand nombre qu'au commencement de la colonie. Mais ^ous Battus, leur troisième roi , surnommé l'heureux, la Pythk, par ses oracles, extita tous les Grecs à s'embarquer , pour aller habiter la Libye avec les Cyrénéens qui les^'invitaient à venir partager leurs terres. Cet orade 'était conçu en ces termes : c Celui qui n'ira dans la fertile

> Ubye qu'après le partage des terres , aura

> un jour sujet de. s'en repentir. > Les Grecs, s'étant rendus à Cyrène en grand ndfaibré , s'emparèrent d'un canton considérable. Les Libyens leurs voisins , et Adicran leur roi , se voyant insultés et dépouillés de leur terres par les Cyrénéens, eurent recours à Apriès, rof d'Egypte, et se soumiréht à lui. Ce prince envoya contre Cyrène des forces considérables. LesCyr^péens s'étant rangés en bataille à Irasa, ei prte de la fontaine de Thesté, en vinrent aux mains, et les défirent. Les Égyptiens , qui ne ^'éiaîant pas auparavant essayés dans lescoiti-

— UVRE ÏY. 165

bats contre les Grecs, les mëprisuient, mais iig furent tellement battus, qu'il n en retourna en Egypte qu'un très-petit nombre. Le peuple fut à ce sujet si irrité contre Apriès, qu'il se révolta.

CLX. Arcésilas, fils de Battus , régna après son père. Ce prince eut , aussitôt après son avènement au trône, quelques différends avec ses frères ; mais enfin ils quittèrent le pays, et passèrent dans un autre canton de la Libye. Ayant délibéré entr'eux sur ce qu'ils avaient à faire, ils bâtirent une ville qu'ils appelèrent Barca, nom qu'elle porte encore aujourd'hui. Pendant qu'ils étaient occupés à la construire» ils soulevèrent les Libyens contre les Cyrénéens. Arcésilas marcha contre les révoltés, et contre ceux des Libyens qui les avaient reçus. Les Libyens qui les redoutaient s'enfuirent chez les Libyens orientaux. Arcésilas les poursuivit ; et, les ayant atteints ù Leucon en iJbye, ils résolurent de lui livrer bataille. Un en vint aux mains , et la victoire se déclara tellement en leur faveur , qu'il demeura sur la place , du côté des Cyrénéens , sept mille hommes pesamment araiés. Après cet échec, Arcésilas tomba malade; et ayant pris médecine^ il fut étranglé par son frère Léarqiie. Mais Eryxo-, appelant la ruse à son secours, fit périr lemeurtrier de son mari.

CLXL Son fils Battus lui succéda : il était boiteux , et ne se tenait pas ferme sur ses pieds. Les Cyrénéens, extrêmement affligés de leurs pertes, envoyèrent à Delphes demander à l'oracle , quelle forme de gouvernement ils devaient établir pour vivre plus heureux. La Pythie leur ordonna de faire venir de Mantinée, en Arcadie , quelqu'un qui pût établir parmi eux la paix et la concorde. Les Cyrénéens s'étant adressés aux Mantinéens , ceux-ci leur donnèrent un homme des plus estimés de leur vi!le , nommé Démonax , qui se rendit avec eux à Cyrène. Lorsqu'il se fut instruit de l'étal des affaires, il partagea les Cyrénéens en trois tribus, dont une comprenait les Theréens et leurs voisins; l'autre les Péloponnésiens et les Ciétois, et la troisième tous les insulaires. Enfin on mit en réserve, pour Battus, de certaines portions de terre avec les sacrificatures , et on rendit au peuple toutes les autres prérogatives dont les rois avaient joui jusqu'alors.

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