LIVRE IV
tervalle est l'Ile de Hâtée, oii les Cyrénéens envoyèrent une colonie. Aziris , où ils s'établirent aussi , est sur le continent , ainsi que le port de Ménélas. C*0st-là qu'on commence à trouver fe Silpbtum. Le pays où croit cette plante* s'étend depuis l'ile de Platée jusqu'à Tembouchure de la Syrte. Ces peuples ont presque Ici mêmes coutumes que les autres.
CLXX. Immédiatement après les Giligammes, on trouve les Asbystes, du côté du couchant : ils habitent le pays au-dessus de Cy« rêne; mais il ne s'étendent pas jusqu'à la mer : lés côtes maritimes sont occupées par les Cyrénéens^ Les chai*^ à quatrechevauxsont lieauc6up plus en usage diez eux que chez les autres Libyens, et ils s'étudient à imiler lu plupart des coutumes des Cyrénéens*
CLXXI. Les Auschises sont à l'occident des Asbystes, auxquels ils confinent: ils habitent da-dessus de Barca, et s'étendent jusqu'à la mer, près des Évespérides. Les Cabales demeurent vers le milieu du pays des Auschises : leur nation est peu nombreuse; elle s'éiend sur les côtes de la mer, vers Taucliires, ville du territoire de Barca. Leurs usages sont les mômes que ceux des peuples qui habitent audessus de Cyrène.
CLXXIl. Le pays des Auschises est boi né à l'ouest par celui des Nasamons, peuple nombreux. En été, les Nasamons laissent leurs troupeaux sur le bord de la mer, et se rendent à un certain canton, nommé Augiles, pour y recueillir en automne les dattes. Les palmiers y croissent en abondance , y viennent très*beaux, et portent tous du fruit. Les Masamons vont à la chasse des sauterelles , les font sécher au ^soleil; et, les ayant réduites en poudre, ils mêlent cette poudre avec du lait, qu'ils boivent ensuite. Us ont coutume d'avoir chacun plusieurs femmes, et de les voir publiquement, à peu près comme les Massagètes, après avoir planté à terre leur bâton. Lorsqu'un Namason se marie pour ki première fois, la première nuit de ses noces, la mariée accorde ses faveurs à tous les convives, et chacun lui fait un présent qu'il a apporté de sa maison.
Voici leur manière de faire des serments et d'excercer la divihaiion. Ils mettent ^ main sur le tombeau des hommes qui ont, parmi
HISTOIRE D'HERODOTE
eux , la réputation d*avoir été les plus justes et hs plus gens de bien, et jurent par eux. Pour exercer la divination , ils vont aux tombeaux de leurs ancêtres : ils y font leurs prières et y dorment ensuite. Si, pendant leur sommeil, ils ont quelque songe , ils en font usage dans leur conduite. Ils se donnent mutuellement la foi , en buvant réciproquement dans la main Tun de l'autre. S*ils n'ont rien de liquide, ils ramassent à terre de la poussière, et la lèchent.
GLXXIII. Les Psylles sont voisins des Nasamons ; ils périrent autrefois de la manière que je vais dire. Le vent du midi avait, de son souffle, desséché leurs citernes : car tout leur pays était en dedans de la Syrte, et sans eau. Ayant tenu conseil entre eux, ils résolurent, d'un consentement unanime, d'aller iaire la guerre au vent du midi. Je rapporte le propos des Libyens. Lorsqu'ils forent arrivés dans les déserts sablonneux, le même vent, soufflant avec violence, les ensevelit sous des monceaux de sable. Les Psylles détruits, les Nasamons s'emparèrent de leurs terres.
GLXXIV. Au-dessus de ces peuples vers le midi, dans un pays rempli de bêtes féroces, sont les Garamantes , qui fuient le commerce et lu société de tous les hommes : ils n*ont aucune sorte d*arukes , et ne savent pas même se défendre.
GLXXY. Gette nation habile au-dessus des Nasamons. KIlea pour voisins les Maoes. Geuxci sont à l'ouest et le long de la mer. Ils se rasent de manière qu'il reste sur le haut de la tête une touffe de cheveux. Ils y parviennent en laissant croître leurs cheveux sur le milieu de la tête, et en se rasant de très-près les deux côtés. Quand ils vont à la guerre, ils portent, pour armes défensives, des peaux (^autruches. Le Ginyps descend de la colline des Grâces, traverse leur pays, et se jette dans la mer. Cette colline est entièrement couverte d'une épaisse forêt ; au lieu que le reste de la Libye , dont j'ai parlé jusqu'ici , est un pays où l'on ne voit point d'arbres ï de cette colline à la mer, il y a deux cents stades.
GLXXVI. Les Gindanes touchent aux Haces. On dit que leurs femmes portent chacune , autour delà cheville du pied, autant de bandes de peau qu'elles ont vu d'hommes : celle qui en a davantage est la plus estimée, comme
ayant été aimée d*«n plus grand jjaombre d'hommes.
GLXXVI I. Les Lotophages habitent le rivage de la mer, qui est devant le pays des Gindanes. Ges peuples ne vivent que des fruits du lotos : ce fruit est à peu près de la grosseur de celui du lentisque , et d'une douceur pareille à celle des dattes. Les Lotophages en font aussi du vin.
GLXXVIII. Ils confinent, le longtielamer, aux Hachlyes : ceux-ci font aussi usage du lotos; mais beaucoup moins que les Lotophages. Les Machlyes s'étendent jusqu'au Triton, fleuve considérable qui se jette dans un grand lac nommé Tritonis , où l'on voit l'tle de Phia. On dit qu^il avait été prédit, par les oracles, que les Lacédémoniens enverraient une colonie dans cette Ile : on raconte le fait de cette manière.
GLXXIX. Quand Jason eut foit construire au pied du mont Pélion le navire Argo, et qu'il y eut embarqué une hécatombe avec uo trépied d*airain , il se mit en mer » et doubla le Péloponnèse dans le dessein d'aller à Delphes. Lorsqu'il fut arrivé vers le promontoire Malée, il s'éleva un vent de nord qui le jeta en Libye, et il se trouva dans les bas-fonds du lac Tritonis, avant d'avoir découvert la terre. Ne sachant comment sortir de ce pas dangereux, on dit qu'un triton lui apparut, et lui demanda son trépied, lui promettant de lui montrer une route sûre et de le tirer de ce péril. Jason y ayant consenti , le triton lui montra le moyen de sortir de ces basfonds : il prit ensuite le trépied , le mit dans son propre' temple, et s'asseyant dessus, il prédit à Jason et aux siens tout ce qui devait leur arriver. Il lui aiftionça aussi que , lorsque ce trépied aurait été enlevé par quelqu'un des descendants de ceux qui étaient dans le navire Argo, il était de toute nécessité que les Grçcs eussent cent villes sur les bords du lac Tritonis. On ajoute que les Libyens, voisius du lac, ayant appris cette réponse de roradc» cachèrent te trépied.
GLXXX. Immédiatement après les Machlyes , on trouve les lAuséens, Ges deux nations habitent autour du lac l^itonis; mais elles sont séparées par le fleuve Triton. Les Maehlies laissent croître Içurs cheveux sur le
HELPOMÈNE. — LIVRE IV.
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derrière de la tête , et les AuaéeM sur le de* vant. Dans une fête que ces peuples câèbrent tous les ans en Thonneur de Minerve, les filles partagées en deux troupes, se battent les unes contre les autres à coups de pierres et de bâtons. Elles disent que ces rits ont été institués par leurs pères, en Thonneur de la déesse née dans leur pays, que nous appelons Minerve, et elles donnent le nom de fausses-vierges à celles qui meurent de leurs blessures. Maïs avant que de cesser le combat, elles revêtent d'une armure complétée, à la grecque, celle qui, de l'aveu de toutes, s'est le plus distinguée ; et , lui ayant mis aussi sur la tête un casque à la corinthienne , elles la font monter sur un char, et la promènent autour du lac. Je ne sais de quelle façon ils armaient autrefois leurs filles , avant que les Grecs eussent établi des colonies autour d'eux. Je pense cependant que c'était à la manière des Égyptiens. Je suis en effet d'avis que le bouclier et le casque sont venus d'Egypte chez les Grecs. Ils prétendent que Minerve est fille de Neptune et de la nymphe du lac Tritonis , et qu'ayant eu quelque sujet de plainte contre son père, elle se donna à Ju* piler, qui Tadopta pour sa fille. Les femmes sont en commun chez ces peuples ; elles ne demeurent point avec les hommes , et ceuxci les Toient à la manière des bétes. Les enians sont élevés par leurs mères : quand ils sont grands» on les mène à l'assemblée ((ue les hommes tiennent tous les trois mois. Celui à qui un enfant ressemble^ passe pour en être le père.
CLXXXI. Tels sont les peuples nomades qui habitent les cotes maritimes de la Libye. Audessus , en avançant dans le milieu des terres , on rencontre la Libye sauvage, au-delà de laquelle est uneâévation sablonneuse, qui s'étend depuis Thèbes en Egypte jusqu'aux colonnes d'Hercules. On trou*edans ce pays sablonneux, environ de dix journées en dix juui'nées, de fpos quartiers de sd sur des collines. Du haut de chacune de ces collines, on voit jaillir, au mîL'eu du sel , une eau fraîche et douce. Autour de cette eau, on trouve des habitants, qui sont les dernieri^ du côté des déserts , et audessus de la Libye sauvage. Les premiers qu'on y rencontre sont les ^mmoAiens, à dix jour-
nées de cette vilk. Ils ont un temple avec des rits qu'ils ont empruntés de cdui de Jupiter^ Thébéen. H y a en effet à Thèbes, comme je l'ai déjà dit , une statue de Jupiter avec une tête de bélier. Entre autres fontaines, ils en ont une, dont l'eau est tiède au point du jour , fraîche à rireure du marché, et extrêmement froide à midi ; aussi ont-ils soin à celte heure d'arroser leurs jardins. A mesure que le jour baisse elle devient moins froide, jusqu'au coucher du soleil qu'elle est tiède. Elle s'échauffe ensuite de plus on plus, jusqu'à ce qu'on approche du milieu de la nuit : alors elle bout à gros bouillons. Lorsque le milieu de la nuit est passé, elle se refroidit jusqu'au lever de l'aurore: on , l'appelle la fontaine du soleil.
CLXXXll. A dix autres journées de <^min, après les Ammoniens, on trouve, sur cette élévation de sable, une autre colline de sd, semblable à celle qu'on voit chez les Am« moniens, avec une source d'eau. Ce canton est habité; il s'appelle Augiles : c'est-là que les Nasamons vont, en automne, recueillir les « dattes.
GLXXXm. A dix autres journées du territoire d' Augiles, on rencontre une autre colline de sel avec de l'eau, et une grande quantité de palmiers portant du fruit, comme dans les autres endroits dont on vient de parler. Les Garamantes, nation Fort nombreuse, habitent ce pays. Ils répandent de la terre sur le sel, et sèment ensniie. Il n'y a pas Imn de-là chez les Lotophages ; mais du pays de ceuxci, il y a trente journées de chemin jusqu'à celui où l'on voit ces sortes de bœufs, qui paissent en marchant à reculons. Ces animaux paissent de la sorte, parce qu'ils ont les cornes rabattues en^ devant ; car ils ne peuvent alors marcher en avant, attendu que leurs cornes s'enfonceraient dans la terre. Ils ne dif- ^ fèrent des autres bœufs qu'en cela, et en ce qu'ils ont le cuir plus épais et plus souple. Ces Garamanies font la chasse aux Troglodytes éthiopiens; il se serveut pour cela de chars à quatre chevaux. Les Troglodytes éthiopiens sont en effet les plus légers et les plus vites de tous les peuples dont nous ayons jamais ouï pai'Ier. Ils vivent de serpents, de lézards et autres reptiles : ils parlent une langue qui n'a rien de commun avec celles des
autres patioos; on croit entendre le cri des chauves-souris.
GLXXXIV. A dix journées parefllemeot des Garamantes, on trouve une autre colline de self avec une fontaina el des hommes à Tenlour : ib s'appellent Atarantes, et sont les seuls hommes que je sache n'avoir point de nom. Réunis en corp$ de nation, ils s'appellent Atarantes; mais les individus n'ont pomt de
- nom$ qui le^ distinguent les uns des autres. Ils maudissent le soleil, lorsqu'il est à son plus haut point d'élévation et de force, et lui disent toutes sortes d'injures, parce <}u'ii les brûle
. aiosi que le pays.
A dix autres journées de chemin» on rencontre une autre colline de ^et^ avec de Teaù et des habitants au\ erivironis. Le mont Atlas touche à cette colline. Il est étroit et rond de tou^ côtés; mais si haut, qu il est, dit-on, tOipossible d'en voir le sonmet, à causé des nuages dont il est toujours couvert Tété comme l'hiver. Les habitants du pays disent que c'est une colonne du ciel. Us ont pris de cette mont2|fi[ne , le nom d'Atlantes, et on dit qu'ils ne ipangent de rien qui ait eu vie , et qu'ils n^ont jamais de songes.