CLXXXV. Je connais le nom de ceux qui
' habitent cette élévation jusqu'aux Atlantes ; mais je n'en puis âii» autant de ceux qui sont
mSTOIRE D'HÉRODOTE.
pas permis non plus de manger de la vache » par respect pour la déesse lâis, qu*on adore en Egypte; elles jeûnent même, et célâ)rentde9 fêles solennelles eii son honneur. Les femmes de Barca non-seulement ne mangent point de vache / mais elles s'abstiennent encore* de manger de la chair de porc.
CLXXXYII. Les peuplés l^roccidentdu lac Triionis ne sont point nomades : ils a'ont point-lés mêmes usages,' et ne font pas à leur$ enfants ce qu'observent , à l'égard des leurs, les Libyens nomadea. Quand les enfants des Libyens nomades ont atteint l'âge de quatre ans, ils leur brûlent les vemes du haut delà téte^ et quelques-uns celles des tempes, avec de la laine qui n'a point été dégraissée. Je ne puis assurer que tous ces peujples nomades suivent cet usage; mais il est pratiqué par plusieurs. Us prétendent que cette opération les empêché d'être, par la suite , incounnodés de la pituite qui coule du cerveau, et qu'elle leur procure une santé parfaite. En effet, entre tous les peuples que nous connaissons, il n*y en a point qui soient plus sains que les Libyens ; mais je n'oserais assurer qu'ils en çolent redevables à cette opéi-ation. Si leurs enfants ont des spasmes pendant qu'on les brûle, ils les arrosent avec de l'urine de bouc; c'est ua remède spécifique : au reste , je ne
' lonnes d'Hercule, et même par- delà. De dix journées en dix journées, on y trouve des mi; nies de set et des habitants. Les maisons de iQus^ces peuples sont bâties de quartier de sel : il op pleut en effet jamais dans cette partie de la Libye ; autrement, les murailles des maisons étant de sel, tomberaient bientôt en ruine. On tire de ces mines deux sortes de sel : l'un blanc et l'autre couleur de pourpre. Au-dessus de
* cette élévation sablonneuse, vers le midi et Tintérieur de la Libye, on ne trouve qu'un affreux désert, où il n'y a ni eau, ni bois, ni bétes sauvages, et oii il ne tombe ni pluie ni rosée.
CLXXljLVI. Tout le pays qui s'étend depuis rÉgypte jusqu'au lac Tritonis est habité par des Libyens nomades, qui vivent de chair et dp lait. Ils ne mangent point de vache, nou plus que les Égyptiens, et ne nourrissent point de porcs. Les femmes de Cyrène ne se croient
au-delà, tette élévartieh s'étend jusqu'aux co- fais que rapporter ce que disent les Li-'
byens.
GLXXXYIIL Les sacrifices des nomades se font de cette manière : ils commencent par couper Toreille de la victime (cela leur tient lieu de pfémices ) , et la jettent sur le faite de leurs maisons. Gela fait,, il lui tordent le cou : ils n'en immolent qu'au Soleil et à la Lune. Tous les Libyens font des sacrifices à ces deux divinités ; cependant ceux qui habitent sur les bpixis du lac Tritonis, en offrent aussi à Minerve, ensuite au Triton et à Neptune, mais principalement à Minerve.
GLXXXIX. Les Grecs ont emprunté des Libyennes l'habillement et l'égide des statues de Minerve, excepté que Fhabit des Libyennes est de peaui et que les franges de leqrs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes minces de cuir : le reste de rhabillement est le môme. Le nom de, ce vêtement prouve que l'habit des statues de Minerve vient de Libye.
MELPOMÊNE, - UVHE IV.
Les fe|Q|i(^ de c^ pay§ portent eh effet, par- ; trouve aucun de ces aaimaux; mais il y en 9 dessus leurs biibits, des peaux de chèvres ^ d'autres, tels que des pygarges, des chevreuilSt
sans poil, garni^ de fraiijg[esy et teintes en rouge \ Les. Grecs ont pris leurs égides, de
aussi que les cris perçants qu'on entend dans les temples de cette déesse tirekit l^r ori^^ine de ce pays. G*^t en effet an usage constant
des bubalisy des ânes, non pas de cette espèce d*ànes qui ont des cornes, mais d'une autre
ces vêtements de peaux de chèvres. Je crois qui ne boit point. On y voit aussi des oryes
qoi sont dp la grandeur du bœuf : on se sert des cornes de cet animal pour foire les coudes dçs cy thares. B y a aussi des irenards, des hyë-
parmi le^ Libyelme^ 1 et elles s*en acquittent 1 nés, des porc^-ëpîcs, des béliers sauvages, des avec ^âce. C*jest aussi des Libyens que les dictyes, de\ fbôès,^ des panthères, desooryes. Grecs pnt appris à ^t^teler quatre chevaux i [.des crocodiles terrestres, qui ont environ trois
leurs cbai?.
CXG. Les Libyens nomades enterrent leurs morts coiçme les Greca^ : j'en excepte les Nasamons, qui les enterrent assis, ayant soii\, quand quelqu'un rend le dernier soupir, de le
coudées de lonff et qui ressemblent aux lé* %ards, des autruches, et des petits serpents, qui ont chacun une corne. Toutes ces sortes d'animaux se rencontrent en ce pays; et outre cela, tous ceux qui se trouvent ailleurs, excepté
tenir dans cette attitude, et prenant ^rde | 1^ cei*f et le sangRer ; car il n'y a ni sanglier
qu'il n'expire couché sur le dos. Leurs loge* ments sqgt portatifs, et faits d'aspbod^es, tntrelacei) ^(pec des Jono». Tels sont les usages de
CRh A l'ouest du fleuve Triton, les Li* byens laboureurs touchent aux Auséeiis; ils ont des maisons, et se nomment Maxyes. Us laissent croître leurs cheveux sur le côté droit de b tête, rasent le côté gauche, et se peignent le corps avec du vermillon : ils se disent descendus ijies Troyens. |^ pays qu'ils habinmt, ainsi que le reste de la Ubye occidentale, est benuc^Hip plus rempli de bêtes sauvages, et omivqrt de bois, que celui des Aomades; car la partie de la Libye orientale qu'habitent les nomades est basse et sablonneuse jusqu'au fleuve Triton^ Mais depuis ce fleuve, eu allant yen le couchant, le pays occupé par les laboureurs, est tr^montugqcux , couvert de bois et plein de bêtes sauvages. C'est dans celte partie occidentale de la Libye que se troiiyent les serpents d'ufie grandeur prodigieuse, les lions, les éléphants, les' ours, les uspicSp les ânes qui ont des cornes, les cynocéphales ' et les acéphales ^ , qui ont, sj l'on en croit les Libyens, les yeux à la pojtrine. On y veit jiossi des hommes et des femmes sauvages^ et une multitude d'aufres bêtes féroces, qui existent iréeUement.
CXCIL Dans le pays des nomades, on ne
«Garmoe.
«TétetdeckiiPS, " Qui foot tant ièle.*
nicèrf en Libye. On y voit aussi trois sortes d^ rats : les djpodes et les zégéries , nom libyen qui signifie en notre langue des collines; les^ rats de la troisième espèce s'appellent hérissons, tl natt outre cela, dans le Silphium, des belettes, qui ressemblent à celles de Tartessus. Telles sont, autant que j'ai pu le s%voir par les plus exactes recherches, Iqs espèces d'animaux qu'on voit chez les Libyens nomades.
'CXCIII. LesZauèces louchent aux Libyen& Haxyes; quand ils sont en gnerre, les femmes conduisent les chars.
GXGiy. Les Gyzantes habitent immédiate* ment après les Zauéces. Les abeilles font dans feur pays une prodigieuse quantité de^joiiel^ mais on dit qu*il s'y en fait beaucoiu) plus encore par les mains et l'industrie des hommes. Les Gyzantes se peignent tous avec du 'vermillon, et mangent des singes : ces animaux sont très-communs dans leurs montagnes. .
GXGV, Auprès de ce pays est, au rapport des Carthaginois, une tie fort étroite, appelée Gyraunis ; elle a deux cents stades de long* On y pa^se aisément du continent; elle est toute couverte d'oliviers et de vignes. Il y a dans cette lie un lac, de la vase duquel les filles du pays tirent de$ paillettes d'or avec des plumes d'oiseaux frottées de poix. J'ignore si le fait est vrai ; je me contenu de rappqrter ce qu'on dit : au reste, je pourrais croire à la vérité de ce récit , surtout après avoir été témoin nioi-niéine de la manière dont on lire la poix d'un lac de Zacynthe. Celte île renferme
plusienslacs : le plus grand a soixanteHlîx pieds en tout sens, sur deux orgyies de profondeur. On enfonce dans ce hc une perclie, à Textréniitë de laquelle est attachée une branche de myrte : on relire ensuite celte branche avec de la poix, qui a Fodeur du bitume, mais qui d'ailleurs vaut mieux que celle de Piérie. On jeile cette poix dans une fosse creusée près du lac, et quand on y en a amassé une quantité considérable, on la retire de la fosse pour la metlre dans des amphores. Tout ce qui tombe dans le lac passe sous terre, et reparait quelque temps après dans la mer, quoiqu'elle soit éloignée du lac d'environ quatre siades. Ainsi ce qu'on raconte de l'ile qui est près de la Libye peut élre vrai .
GXCYL Les Carthaginois disent aussi qu'audelà des Colonnes d'Hercule, il y a un pays habité où ils vont foire le conmierce. Quand ils y sont arrivés, ils tirent leurs marchandises de leurs vaisseaux, et les rangent le long du rivage : ils remontent ensuite sur leurs bâtiments, où ils font beaucoup de fomée. Les naturels du pays, appercevant cette fomée, viennent sur le bord de la mer, et, après y avoir mis de l'or pour le prix des marchandises, ils s'ébignent. Les Carthaginois sortent alors de leurs vaisseaux, examinent la quantité d'or qu'on a apportée; et, si elle leur parait répondre s^u prix de leurs marchandises , ils remportent et s'en vont. Mais s'il n'y en a pas pour leur valeur, ils s'en retournent sur leurs vaisseaux, où ils restent tranquilles. Les autres reviennent ensuite, et ajoutent quelque chose, jusqu'à ce que les Carthaginois soient contents. Ils ne se font jamais tort les uns aux autres. Les Carthaginois ne touchent point à l'or, à moins qu'il n'y en ait pour la valeur de leurs marchandises ; et ceux du pays n'emportent point les marcliandises avant que les Carthaginois n'aient enlevé l'or.
CXCVII. Tels sont les peuples de Libye dont je peux dire les noms. La plupart ne tenaient pas alors plus de compte du roi des Modes * qu'ils ne le font encore à présent. J'ajoute que ce pays est habité par quatre nations, et qu'autant que je puisse le savoir, il n'y en
HISTOIRE D'HÉRODOTE. wiv.j.^.
a pas davantage. De ces quatre nations, deux sont indigènes, et deux sont étrangères. Les indigènes sont les Libyens et les Ethiopiens. Ceux-là habitent la partie de la Libye qui est au nord, et ceux-ci celte qui est au midi : les deux nations étrangères sont les Phéniciens et les Grecs.
CXCVIH. Quant à la bonté du terroir, la Libye ne peut, à ce qu'il me semble , être comparée ni à l'Asie ni à l'Europe : j'en excepte sei^lement le Cinyps, pays qui porte le même nom que le fleuve dont il est arrosé. Il peut entrer en parallèle avec les meilleures terres à blé : aussi ne ressemble-t-il en rien au reste de la Libye. C'est une terre noire , et arrosée de plusieurs sources : elle n'a rien à craindre de la sécheresse , et les pluies excessives ne faisant quel'abreuver, elle n'en souffre aucun dommage: il pleut en effet dans cette partie de la Libye. Ce pays rapporte autant de grains que la Babylonie. Celui des Ëvespérites est aussi un excellent pays. Dans les annffps où les terres se surpassent elles-mêmes en fécondité, elles rendent le centuple; mais le Cinyps rapporte environ trois cents pour un.
CXCIX. La Cyrénaïque est le pays le plus élevé de cette partie de la Libye habitée par les nomades. 11 y a trois saisons admirables pour la récolte : on commence la moisson et la vendange sur les bords de la mer ; on passe ensuite au milieu du pays, qu'on appelle les Runes * : le blé et le raisin sont alors mûrs et ne demandent qu'autre recueillis. Pendant qgîon foii la récolte du milieu des terres, ils viennent aussi en maturité dans les endroits les plus re« culés, et veulent être moissonnés et vendangés. On apar conséquent mangé lespremiersgrains, et l'on a bu les premiers vins lorsque la dernière récolte arrive. Ces récoltes occupent les Cyrénéens huit mois de l'année. Mais en voilà assez sur ce pays.
ce. Les Pei'ses^ qu'Aryandès avait envoyés d'Egypte pour venger Plierélime , étant arrivés devant Rarca , en firent le siège , après l'avoir sommée de leur livrer les meurtriers d'Arcésilas. Les Rarceens étaut tous coupables de la mort de ce prince, n'écoutèrent point
■ S'averUf , oue fois pour tootM, qu'Hërodot» â\i toajoon let Mèdei pour les Perses, i moins qne quelque chose n'indique quf il parie des Mèdes ep particulier.
' Bwvei, collines.
* Hérodote reprend ici la narration qu'il avait interrompue, S GLiTUi, par la deicriplioo de la Libye.
flw «.,.<. MËLPOMÈNE.— LIVRÉ IV.
kurs propositions. Pendant neuf mois que
dura le siège, les Perses poussèrent des mines
jusqu'aux murailles , et attaquèrent la place
vigoureusement. Un ouvrier en cuivre déoou*
vrit leurs mines , par le moyen d'un bouclier
d'airain. U feisail le tour de la ville, dans Ten-
ceinte des murailles, avec son bouclier, et rapprochait contre terre. Dans les endroits où
les ennemis ne liiinaient pas ^ le bouclier ne
rendait aucun son ; mais il en rendait dans
ceux où ils travaillaient. Les Barcéens contre-
minèrentiencesendroiis,el tuèrent les mineurs
perses. Quant aux attaques ouvertes» les habitants surent les repousser.
CCI. Le siège de Barca durait depuis longtemps, et il s*y était (ait de part et d*autre, des
perles considérables » mais non moins fortes
du côté des Perses que du côlé des Barcéens,
lorsque Amasis » qui commandait Tarmée de
terre, voyant qu'il ne pouvait les vaincre à
force ouverte , résolut de les réduire par la
ruse : voici le stratagème qu'il imagina.
Il fit creuser pendant la nuit un large fossé, sur lequel on mit des pièces de bois très-faibles , qu'on couvrit de terre, de sorte que le terrain était de niveau et égal partout. Au point du jour, il invita les Barcéens à un pour parler : ils reçurent cette nouvelle avec joie , ne demandant pas mieux que d'en venir à un accommodement. On fit donc un traité , et on jura de part et d'autre , sur le fossé couvert , d'en observer tous les articles, tant que ce terrain subsisterait dans l'état où il était alors. Les articles du traité portaient que les Barcéens paieraient au roi un tribut convenable, et que les Perses ne formeraient point de nouvelles entreprises contre eux.
Les serments prêtés , les Barcéens , comptant sur la foi du traité, ouvrirent toutes leurs portes, sortirent de la ville, et y laissèrent entrer ceux des ennemis qui voulurent y venir. Pendant ce temps là, les Perses, ayant détruit le pont caché, entrèrent en foule dans la ville. Ils rompirent le pont, afin de ne point violer le traité qu'ils avaient juré d'observer, tant que le terrain sur lequel ils le faisaient demeurerait en l'eut où il était alors. En effet, le pont une fois détruit, le traité ne subsistait
plus.