LIVRE VI
pas de ravager leur territoire , qu'ils ne se fus« sent rendus aux Perses.
C. Les Érétriens, ayant eu avis que la flotte des Perses s'avançait contre eux , prièrent les Athéniens de leur donner du secours. Ceux-ci, bien loin de leur en refuser, leur envoyèrent les quaife mille hommes à qui Ton avait distribué au sort les terres de ceux qu'on appelait Hippobotes chez les Ghalcidiens. Mais les Érétriens n'étaient pas sincères ; ils faisaient venir les Athéniens, et n'étaient pas d'accord. Les uns étaient d'avis d'abandonner la ville pour se retirer parmi les écueils de TEubée; les autres, ne considérant que leur avantage particulier et les récompenses qu'ils attendaient des Perses , se préparaient à tmhir leur patrie. Eschines, filsde Nothon, homme de distinction parmi les Érétriens, fit part aux Athéniens, à leurarri* vée , de l'état où se trouvaient les affaires , et les pria de .«e retirer chez eux , afin de n'être pas enveloppés dans une commune ruine avec ceux d'Ërélrie. Les Athéniens suivirent le conseil d'Escbines, et se mirent à couvert du danger en passant à Orope.
CI. Les Perses abordèrent avec leur flotte sur les cAles d'Érétrie , vers Tamynes, Chœrées et iEgilies. Dès qu'ils y fîirent arrivés , ils mirent à terre leur cavalerie, et se disposèrent à attaquer les ennemis. Les Érétriens avaient résolu de ne point livrer de combat , et de ne faire au* cnne sortie , mais de^'occuper seulement de la défense des mups , depuis qu'avait prévalu l'avis de ne point 'abandonner la ville. L'attaque des murs fut très-vive, et pendant six jours qu'elle dura , il pérît beaucoup de monde de part et d'autre. Mais le septième jour, Euphorbe, fils d'Alcimachus, et Philagrus, fils . de Cyneas, tous deux hommes de distincdon , livrèrent la ville aux Perses. Ceux-ci n'y fiirent pas plus tôt entrés, qu'ils piHèrent les temples, y mirent le feu , afin de se venger de l'incendie de ceux de Sardes, et réduisirent les habitants en esclavage, selon les ordres de Da- ' rius..
en. Ils s'arrêtèrent quelques jours à Érétrie après s'en être emparés, et ayant remis à la voNe pour se rendre dans l'Attique , ils serrèrent de près les Athéniens, pensant les traiter comme ils avaient traité les Érétriens. Hippias, fils de Pisistrate, les fit débarquer à iJbrathonr
HISTOIRE |> tiÉf(0|)OT£.
le lieu de FAttique le plus commode pour |es : lifié contre leurs accusions « il fut élu géoéral évolutions de la cavalerie , et le plu3 proc))e des Atbépiens par les suffrages du peuple.
d'Érétrie.
ClII. Sur cette nouvelle» ]^ Aihénieos se rendirent aussi à Marathon. Ils étaient couitnandéspar dix généraux; Miltiades, fils de Ciinon et peiit-fils de Slésagoras, était le dixième. Cimon s'était expatrié pour se soustraire aux desseins pernicieux de Pisislrate, filsd'Hippocrates. Il lui était arrivé pendant son exil de reipporter aux jeux olympiques le prix de la course du char à quatre chevaux, et quoique cette victoire lui appartînt, il Tavait transférée à Milliades , son frère utérin. JL*olympiade suivante, il remporta la viaoire avec les mêmes chevaux. Mais il fit proclamer Pisistrate en sa place , et par cette condescendance , il se réconcilia a\ec le tyran , et retourna dans sa patrie. Il avait encore remporté une autre vie* toire aux jeux olympiques ^vec les mêmes chevaux ; mais les enfants de Pisistrate, qui ne vivait plus pour lors , le firent ^uer la nuit , près du Prytanée, par des assassins qu'ils envoyèrent secrètement à ce dessein. Cimon fut enterré devant la ville, au-delà du chemin qui traverse Cœlé, et vis-à-vis de lui nont eo^rrés ses chevaux , qui avaient gagné trois fois le prix aux jeux olympiques. Les chevaux d'Evagoras de Lacédémone avaient eu ^ussi le même avantage ; mais il n*y en a point qui aient remporté un plus grand nombre de victoires que ceux de Cimop. Stésagoras, Taîné des enfants de Cimon, était pour lors ^ dans la Chersonèse chez jMiltiades, son oncle paternel ; et le plus jeune, nommé MilUades ^, du nom de celui qui avait mené une colonie dans la Ghersonnè^e, était à Athènes auprès de Cimon son père.
CIV. Ce Milliades , qui était alors reyenu de la Chersonnèse, éloii un des généraux. H avait évité deux fois la mort; la première lorsque les Phéniciens le poursuivirent jusqu'à Imbros, se faisant une affaire capitale de le prendre et de le mener au roi; la seconde lorsque, au sortir de ce péril , et se croyant en sûreté dans sa patrie , il fut, à son arrivée, attaqué par des ennen^is qui Taccusèrent en Justice de s'être emparé de la tyrannie dans la Chersonèse. S'étant aussi jus-
< Dans le temps que iOB pèra Cimon fût tvé. * Oo a va ci-dmfe, S usii, oéd« à lod frère Stteigoru.
CV. Avant de sortir de ta ville, les généraux envoyèrent d'abord à Spî^rte en qi^filité de héraut Phidippides, Athénien de naissance, et hémérodrome * de profession. S'il faut en croire le rapport que fit à son retour Phidippides luimême ; Pan loi apparut près du mont Parthénion, au*dessus de Tégée^ l'appela à haute voix par son nom f et I^i ordoqpa de demander aux Athéniens pourquoi ils ne lui rendaient aucun culte, à lui qui avait pour eux de {a bienveillance , qui lei^r avait dqjà été utile en plusieurs occasions , et qui le serait encore dans la suite. Les Athéniens ajoutèrent foi au rapport de Phidippides, et lorsqu'ils virent leurs affaires prospérer , il§ bâtirent une chapelle à Pan au-dessous de la citadelle. t)epuis cette époque» ils se rendent ce dieu propice par des sacrifices annuels, et par )a course des flambeaux.
CVI. Ce même Phidippides que les généraux athéniens avaient envoyé à Sparte, et qui raconta à son retour que Pan ii|i était apparu , arriva en cette ville le lendemain de son départ d'Athènes. Aussitôt il se présenta devant les magistrats et leur dit: c Lacédémoniens , les
> Athéniens vous prient de leur donner du se- » cours , et de ne oas permettre qu'une des
> plus anciennes villes de Grèce soit réduite en
> esclavage par 4^$ Barbares. Erétrie a (}éjà
> subi leur jou{^, et |a Grècie se trouve affaiblie
> par la perte de cette ville célèbre. > Là-dessus les Lacédémoniens résolurent de donner du secours aux Atlu^nrens; mais il leur était impossible de le faire partir sur-le-champ, parce qu'ils ne voulaient point enireindre la loi qui leur défendait de se mettre en marche avant la pleine lune; et l'on n'était alors qu'au neuf du mois ^.
CVII. Pendant qu'ils attendaient la pleine lune , Hippias , fils de Pisistrate , faisait aborder les Barbares à Marathon. La nuit précédente» il avait eu une vision pendant son sommeil , et s'était imaginé qu'il était couché avec sa mère. Ce songe lui faisait conjecturer qu'il retournerait à Athènes , et qu'après avoir recouvré l'autorité souveraine, 4 mourrait de vieillesse en
^Coorriejrdejoor^ * Lei moit étant lonâiret, ta vente 15.
pleûie loue arrivait
sop plajç, Tell^; étaient }^8 indMclions qu'il tirait d*après le ^ngfe qu'il avait eu. Uajs alors il s'acquiltait 4u devpir 4e {{épéral ; oq transportait par son ordre les prii^onoiers d'Ér^trie dans Tlle d'.^gilia, qui était de la dépendance des Styréens ; il faisait placer les vaisseaux à la rade de Marathon à mesure quijs abordaient, et rangeait en bataille les Barbares qui étaient descendus à terre. Pendant qu il était occupé de ces fonctions, il lui survint un éternûmeiit et une toux plus forte qu'à Fordinaire. Comme la plupart de ses dents éiaient ébranlées par Tâge, la violence de la toux lui en ât sortir une de la bouche qui tomba sur le sable. Ayant donné , mais en vain , tous ses soins pour la retrouver , il dit en soupirant à ceux qui se trouvaient auprès de lui : c Cette terre n'est pas à nous , et nous ne pouirrops point Vassujétir ; ma dent occupe tout ce qui m'en revenait. > Cet accident lui fit conjeaurer qup son songe étai( accompli.
CVIlL Pendantque les Athéniens étaient en ordre de bataille dans un /champ consacré à Hercules , les Platéens arrivèrent à leur secours avec toutes leurs forces. Ces peuples s'étaient donnés aux Athéniens » et ceux-ci avaient déjà essuyé bien des travaux à leur sujet. Voici à quelle occasion ils s'étaient mis sous leur protection. Les Platéens, accabla par les Thébains, avaient d^abord voulu se mettre sous la sauvegarde de Cléomènes, fils d' Anaxaodrides , et des Lacédémoniens, qui se trouvaient sur les lieux. Mais ceux-ci , sans accepter leurs offres, leur dirent : c Nous sommes si éloignés de vous
• que le secours que nous pourrions vous don- 1 ner serait trop précaire, et vous seriez sou- » vent réduits en servitude avant qu'aucun de » nous Teût seulement appris^ Nous vous con-
• seillons donc de vous remettre entre les mains » des Athéniens; ils sont vos voisins, en état,
• par leur courage , tie vous protéger. > Au reste , les Lacédémoniens donnaient ce coqseil aux Platéens , moins par bienveillance pour ^x, que parce qu'ils souhaitaient fatiguer les Athéniens , en les mettant aux prises avec les Béotiens. Les Platéens suivirent le conseil des Lacédémoniens, et, tandis qu'on faisait à Athènes un sâcrifioe aux douze dieuxv ils s'assirent prés de Faute! en posture de suppliants, (stse donnèrent aux Athéniens. Sur cette poiivelle , les