‹ Choix des historiens grecsChapitre 73 sur 286 · M AV. I.-C · texte numérisé non relu

M AV. I.-C

POLYMNŒ;, - LIVRE VIL

» ma résolution. Mais afin qu'il ne partdsse pas » que je veuille régler tout par mon seul sen- > tûnent , je vous permets de délibérer sur cette » aflUre , et j'ordonne à chacun de vous de » m'en dire son avis. >

IX. Xerxès ayant cessé de parler , Mardonius prit la parole: c Seigneur, vous éies non-seulement le plus grand des Perses qui aient paru jusqu'ici , mais encore de tous ceux qui naîtront dans la suite. J'en atteste les choses vraies et excellentes que vous venez de dire , et cette grandeur d'âme qui ne souffrira point que les Ioniens d*£urope \ 'ce peuple vil et méprisable, nous insultent impunément. Si, dans la seule vue d'étendre notre empire , nous avons soumis lesSaces, les Indiens, les Ethiopiens, les Assyriens , et plusieurs autres nations puissantes et nombreuses, qui n'avaient commis contre nous aucune hostilité, ne serait-il pas honteux que nous laissassions impunie l'insolence des Grecs , qui ont été les premiers à nous insulter? Qu'avons-nous à craindre ? serait-ce la multitudede leurs troupes, la grandeur de leurs richesses? nous n'ignorons ni leur manière de combattre , ni leur faiblesse. Nous avons subjugué ceux de leurs enfants qui habitent notre pays, et qui sont connus sous les noms d'Ioniens , d'Éolîens et de Doriens. Je connais par moi-même les forcesdes Grecs; j'en fis l'épreuve lorsque Je marchai contre eux par ordre du roi votre père. Je pénétrai en Macédoine , peu s'en fallut même que je n'allasse jusqu'à Athènes; et cependant personne ne vint me combattre. L'ignorance et la sottise des Grecs ne leur permettent pas ordinairement, comme je l'ai ouï dire , de consulter la prudence dans les guerres qu'ils se font. Car, lorsqu'ils se la sont déclarée^ ils cherchent , pour se battre , la plaine la plus belle et la plus unie. Ainsi , les vainqueurs ne se retirent qu'avec de grandes pertes; comme les vaincus sont entièrement détruits, je n'en puis absolument rien dire.

> Puisqu'ils parlent tous la même langue , ne devraient-ils pas s'envoyer des hératts et des, ambassadeurs pour terminer leursdifférends? ne devraient-ik pas tenter toutes les voies de

< Les AthéDieni.

pacifiî^tion , plutôt que d*en venir aux mains? ou, s'il était absolument nécessaire de se battre, ne devraient-ils pas chercher les uns et les autres un terrain fortifié par la nature, où il fut difficile d'être vaincu , et tenter en cet endroit le sort des armes? Par une s.uite de ce mauvais usage, les Grecs n'osèrent pas m'offrir la bataille lorsque j'allai jusqu'en Macédoine. Y a-t-il donc quelqu'un parmi eux qui s'oppose à vous , et vous présente le combat, à vous, seigneur, qui conduisez toutes les forces de terre et de mer de l'Asie ? Je ne pense pas que les Grecs portent l'audace jusque-là. Si cependant je me trompais, si leur folie l«s poussait à en venir aux mains avec nous, qu'ils apprennent alors que de tous les hommes nous sommes les plus braves et les plus habiles dans l'art de la guerre. 11 faut donc tenter toutes les voies possibles; rien ne s'exécute de soi-même , et ce n'est ordinaire* ment qu'à force de tentatives qu'on réussit. » Ce fut ainsi que Mardonius adoucit ce que le discours de Xerxès pouvait avoir de trop dur; après quoi il cessa de parler.

X. Gomme les Perses gardaient tous le silence , et que pas un n'osait proposer vm avis contraire, Artabane, filsd'Hystaspes, onde paternel de Xerxès, s'appuyant sur cette qualité, ouvrit le sien en ces termes: c Seigneur, lorsque dans un conseil les sentinikents ne sont pas partagés , on ne peut choisir le meilleur ; il faut s'en tenir à celui qu'on a proposé. Mais quand ils le sont , on discerne le plus avantageux , de même qu'on ne distingue point l'or pur par lui«mênie , mais en le comparant avec d'autre or. Je conseillai au roi Darius» votre père et mou. frère , de ne point faire la guerre aux Scythes , qqi n'habitent pomt des villes. * Flatté de l'espérance de subjuguer ces peuples nomades, il ne suivit pas mes conseils ; il revint de son expédition , après avoir perdu ses meilleures troupes. Et vous, Seigneur , vous vous disposez à marcher contre des hommes plus bnh-es que les Scythes , et qui passent pour être trèshabiles et sur terre et sur mer. Il est donc juste que je vous avertisse des dangers que vous aurez à essuyer.

' VajreiUT.if,SLznfu.

HISTQiAE D

• Vous dites qu'après a^oir Jeté un pont sur l'Hellespont, vous traverserez l'Europe avec votre armée pour vous rendre en Grèee. Mais il peut arriver que nous soyons battus sur terre ou sur mer, ou même sur l'un et l'autre élément ; car ces peuples ont la réputation d'ôtre braves, et Ton peut conjecturer que celte réputation n'est pas mal fondée , puisque les Athéniens seuis ont défait cette puissante armée qui était entrée dans TAttique sous la conduite de Datis et d*Aruiphernes. Mais supposons qu'ils ne réussissent pas à nous battre sur terre et sur mer à la fois ; s'ils nous attaquent seulement sur ce dernier élément, et qu'après nous avoir baitus, ils aillent rompre le pont que nous aurons construit sur THeUespent, nous serons alors, seigneur , dans un grand danger.

» Je ne fonde point cette conjecture sur ma prudence, mais sur le malheur qui pensa nous arriver lorsque le roi votre père, ayant foit jeter un |X)nt sur le Bosphore de ïhraceet un autre sur Flster, passa dans laScyihie. Alors les Scythes firent mille instances aux Ioniens, à qui l'on avait confié la garde du .pont de risier, pour les engager à le rompre. Si dans ce temps^Ià Histiée, tyran de Milet , ne se fût point opposé à lavis des autres tyrans, c'en était fait des Perses et de leur empire. On ne peut même entendre sans frémir que la fortune et le salut du rot aient dépendu d'un seul homme.

> Ne vous exposez donc point, je vous prie , seigneur, à de si grands périls, puisqu'il n'y a point dm nécessité. Suivez plutôt mes con^ scÀs , congédiez maintenant cette assemblée, faites de nouvelles réieiions, et quand vous le jugerez à propos , donnez les ordres qui vous paraîtront les plus utiles. Je trouve en effet qu'il y a un grand avantage à ne se déterminer qu^après une mûre délibération. Car quand même Tévénement ne répondrait pas à notre attente, on a du moins la satisfaction qu'on^'est décidé avec sagesse, et que c'est la fortune qui a triomphé de la prudence. Mais lorsqu'on a suivi des conseils peu sages , si la fortune les seconde, nous ne devons nos succès qu'au hasard; et la honte, suitede ces mauvais conseils , ne nous en reste pas moins.

> Me voyez-vous pas que le Dieu lanœ sa

HERODOTE. 4$iàv.f.^u

foudre iKur les plus grands animaui , et qu'il les fait disparaître, tandis que les petits ne lui causent pas même la plus légère inquié^ tude? ne voyez- vous pas qu'elle tombe toujours sur les plus grands édifices et sur les arbres les plus élevés ? car Dieu se plaît à abaisser tout ce qui s'élève trop haut* Ainsi une grande armée est souvent taillée en pièces par une petite. Dieu, dans sa jalousie, lui envoie des terreurs, ou la frappe d'aveugle* ment , et conséquemment elle périt d'une ma* nière indigne de sa première fortune. Car il ne permet pas qu'un autre que lui s'élève et se glorifie. La précipitation produit des fautes qui occasionnent des disgrâces éclatantes. Ce qu'on fait au contraire lentement procure de grands avantages. Si on ne les aperçoit pas sur-rle-champ , on les reconnaît du moins avec le temps.

» Voilà, seigneur, les conseils que j'ai à vous donner. Et vous, Mardonius, fils de Gobryas, cessez de tenir sur les Grecs de vains propos; ils ne méritent pas qu'on en •parle avec mépris. C'est en les calomniant que vous excitez le roi à marcher en personne contre ces peuples ; c'est du moins à quoi me paraissent tendre toutes vos vues, tout votre zèle. Au nom des dieux, ne vous permettez plus la calomnie ; c'est le plus odieux des vioeSi C'est une injustice de deux personnes oonure une troisième. Le calomniateur viole toutes les régies de l'équité , en ce qu'il accuse un abse;nt. L'autre n'est pas moins coupable, en ce qu'il ajoute foi au colonmiateur avant que d'éure bien instruit. Enfin l'absent reçoit une double injure, en ce que l'un le dépeint sous de noires couleurs, et l'autrelecroit tel qu'on le lui représente.

> Mais, s'il faut absolument porter la guerre chez les Grecs , que le roi du moins reste en Perse , que nos enfants lui répondent de nos conseils. Quant à vous, Mardonius, preoes avec vous les meilleures troupes, et en aussi grand nombre que vous voudrez, mettez-vous à leur tête , etsi les af&iresdu roi prospèrent de hi manière que vous le dites, qu'on m'dte la vie à moi et à mesenfiants. Mais si elles ont le succès que je prédis , que les vôtreà éprouvent le même traitement, et vous-mémeaussi, si vous revenez de cette expëdîtioB. Si vous

It4 Af. J.-C

POLYMNIE, ^. LIVRE VII; ne voulez pas accepter cette condition , et que

vous soyez absolument détermine à marcher en Grèce 9 je ne crains point d*aS8urer que quelqu'un de ceux qui seront restés ici , connaissant la valeur des peuples contre lesquels vous conseillez au roi de faire la guerre , apprendra incessamment que Mardonius, après avoir causé aux Perses quelque grande calamité» aura servi de pâture aux chiens et aux oiseaux sur les terres des Athéniens , ou sur celles des Lacédémoniens/à moins que ce malheur ne lui arrive même en chemin, avant que d'être entré en Grèce. »

XI. Ce discours mit Xerxès en fureur : c Si voas n'étiez points lui répondit-il, frère de mon père, vous recevriez le salaire que méritent vos discours insensés. Mais comme vous êtes un lâche, un homme sans cœur, je vous ferai l'affront de ne vous point mener en Grèce , et je vous laisserai ici avec les femmes. J'exécuterai, et même sans vous, tous mes projets. Qu'on ne me regarde plus comme

> fils de Darius, qui comptait parmi ses ancé- » très Hystaspes, Arsaniès, Teispès, Cyrus, » Cambyses , Teispès et Achémcnès , si je ne

> me venge pas des Athéniens. Je sais bien que 9 si nous nous tenions tranquilles, ils ne s'y 3 tiendraient pas , et que bientôt ils viendraient

en armes sur nos terres, comme on peut le conjecturer par leurs premières entreprises , par rincendiede Sardes, et par les courses qu'ils ont faites en Asie. 11 n'est donc plus possible ni aux uns ni aux antres de reculer ; la lice est ouverte; il faut que nous les attaquions ou qu'ils nous attaquent, que toutes ces contrées passent sous la domination des Grecs, ou que la Grèce entière passe sous la nôtre. H n'y a point de milieu , l'inimitié des deux nations ne le permet pas. Il est beau de venger les injures que ces peuples nous ont faites les premiers, afin que j'apprenne quel si grand danger je dois redouter d'une nation que Pélops le Phrygien , qui était esclave de mes ancêtres, a tellementsubjuguée, que le pays et ses habitants s'appellent encore aujourd'hui de son nom. »

XIL Tel fut le discours de Xerxès; mais quand la nuit fut venue, l'avis d'Artabane commençant à l'inquiéter, il fit de sérieuses réflexions , et comprit enfin qu'il ne lui était pas.

avantageux d'entreprendre une expMkloii con* tre la Grèce. Cette nouvelle résolution prise» il s'endormit, et, comme le disent les Pers^ » cette même nuit il eut une vision dans laquelle il lui sembla voir un homme d'une grande taille et d'une belle figure se présenter devant lui f et lui tenir ce discours : c Quoi donc, roi 4» t Perse, tu ne veux plus porter la guerre en

> Grèce, après avoir ordonné à tes sujets de

> lever une armée ! Tu as tort de changer ainsi

> de résolution, personne ne t'approuvera. Si

> tu m'en crois , tu suivras la route que tu t'é* i tais proposée de tenir dans le jour. > Gespa* rôles achevées , il lui sembla voir disparaître oe fontôme.

XIII. Le jour venu, Xerxès, loin d'avoir égard à oe songe , convoqua les mêmes persan-** nés qu'il avait assemblées la veille, etleur jfMuia en ces termes : c Si vous me voyez changer si subitement de résolution , je vous prie de me le pardonner. Je ne suis point encore arrivé à ce point de prudence où je dois un jour parvenir ; d'ailleurs je suis continuellement obsédé par ceux qui m'exhortent à l'entre* prise dont je vous entretins hier. Lorsque j'ai entendu l'avis d'Artabane^ je me suis laissé tout à coup emporter aux saillies d'une bouit lante jeunesse, jusqu'à parler d'une manière moins convenable que je ne l'aurais dà à un homme de son âge. Mais je reconnais maintenant ma faute, el je veux suivre son conseil. Demeurez donc tranquilles, puisque j'ai changé de résolution et que j'ai renoncé à porter la guerre en Grèce. »

XIY. Ravis de ce discours, les Perses se prosternèrent devint le roi. La nuit suivante » le même £uitAme se présenta de noaveattà Xerxès pendant aon sommeil , et lui parla ainsi : Fils de Darius, tu as donc renoncé, dansl'as^ semblée des Perses, à rexpëdition de Grèce ^ et tu ne tiens pas plus de oompte de mes dis« cours que si tu ne les avais jamais entendus. Mais si tu ne te mets mcessamment en Biar« cbe , apprends^queiles seront les suiles de ton obstination ; de grand et puissant que tu es devenu en peu de temps, tu deviendras petit en aussi peu de temps.. > XV. Effrayé de cette vision, Xerxès s'élance de son lit , mande Artabane. c Artabane , lui

> dit-il dès qu'il fut arrivé, je n'étais pas

HISTOIRE D'HÉRODOTE

AH iY. J.-C.

i mon bon sens , lorsque je répondis à vos conseâs par des paroles injurieuses. Mais bientôt après je m'en repentis, et je reconnus que je. devais suivre vos avis. Je ne le puis cependant , quelque désir que j'en aie. Car depuis mon changement de résolution et mon repentir, un'fentôme m'apparatt, et m'en dissuade, et même à l'instant il vient de disparaître , après m'avoir fait de grandes menaces. Si c'est un dieu qui me Tenvoie, et qu'il veuille absolument que je porte la guerre en Grèce, le même fentâme vous apparaîtra aussi, et von» donnera les mêmes ordres qu'à moi. Gela pourra bien arriver de la sorte , comme je le conjecture, si vous vous revêtez de mes habits royaux, et qu'après vous être assis sur non trône , vous alliez ensuite dormir dans mon lit. »

. XVI. Ainsi parla Xerxès. Ârlabane ne se raidit pas d'abord à sa première, invitation , parce qu'il ne se croyait pas digue de. s'asseoir sur le trône royal. Hais enfin, se voyant pressé par le roi , il exécuta ses ordres après lui avoir tenu ce discours: «Grand roi, il est aussi «glorieux , à mon avis , de suivre un bon con- » seil que de bien penser soi-même. Vous ex-

> eellez dans l'un et dans Tautre ; mais la com- 1 pagnie des méchants vous foit tort , et Ton s peut vous appliquer ce qu'on dit de là mer : » rien de plus utile aïixliommes; mais le souf-

> ie impétueux des vents * ne lui permet pas

• de suivre sa bonté naturelle. Quant à vos dis^ f cours injurieux , j'en ai été moins affligé que

> de voir, que, de deux avis dont l'un tendait

> à augmenter l'insolenoe des Perses^ et l'autre s à la réprimer, en montrant combien il est 1. pernicieux d'apprendre aux hommes à ne

> point mettre de bornes à leurs désirs , vous » ayez suivi celui qui est le plus dangereux , et

> pour vous-même, et pour toute la nation, f Mais aujourd'hui qu'après avmr embrassé le 1 meilleur parti , vous renoncez à Texpédition

> çpntre la Grèce, vous dites qu^im songe en- ^ » voyé par un dieu vous défigpd de congédier

> votre armée. Ces songes n'ont rien de divin, f mon fils; ils errent de côté et d'autre, et sont

> tels que je vais vous J apprendre, moi qui suis

* ■ Jue raisonnement d'Artabane ne vaut rien. Sans les vents, on ne poomit naviguer qu'A la rame.

beaucoup plus âgé que vous. Les songes proviennent ordinairement des objets dont la pensée s'est occupée pédant le jour. Or^ vous savez que le jour d'auparavant , l'expédition Contre la Grèce fut fortement agitée dans le conseil.

1 Au reste, si ce songe n'est pas tel que je l'assure, s'il a quelque chose de divin, vous avez tout dit en peu de mots, ce fantôme m'apparaitra, et me donnera les mêmes ordres qu*à vous. S'il veut encore se montrer, il ne le fera pas moins , soit que j'aie mes habits ou les vôtres, et je ne le verrai pas plus en reposant dans votre lit que si j'étais dans le mien. Car enfincelui qui vous est apparu en dormant , quel qu il puisse être, n'est point assez simple pour s'imaginer, en me voyant avec vos habits, que je sois le roi. S'il n'a aucun égard pour moi, s'il ne daigne pas se montrer, soit que je porte mes habits ou les vôtres, mais qu'il aille vous trouver, il faut alors faire attention à ses avertissements : car s'il continue à se présenter à vous , je conviendrai moi-même qu'il y a la quelque chose de divin. Quant à votre résolution , si vous y persistez , et que rien ne puisse vous en faire changer, j'obéis, et je vais de ce pas coucher dans votre lit. Que ce fantôme m'apparaisse r alors; mais jusqu'à ce moment je persisterai i dans mon sentiment. >

XYII. Artabane ayant ainsi parlé, exécuta les ordres du roi, dans l'espérance de lui prouver que ce songe n'était rien. Il se revêtit des habits de Xerxès, s'assit sur son trône, et se cou6ha ensuite dans le lit de ce prince. Quand il fut endormi , le même fantôme qu'avait vu Xerxès le vint aussi trouver, et lui adressa Qçs paroles : c C'est donc toi qui détournes

> Xerxès de son expédition contre la Grèce , » comme si tu étais chargé de sa conduite! C'est

> toi qui t'opposes aux destins! Mais tu en sera

> puni et dans la suite et pour le présent. Quant 1 h Xerxès, on lui a fait voir les malheurs aux- 1 quels il est destiné s'il désobéit. *

XVIII. Telles furent les menaces qn' Artabane crut entendre; il lui sembla aussi que ce fentôme * voulait lui brôler les yeux avec un

' Il 7 a dans le greotr^ Que ce songe. Il ne faut pas perdre de vue qae ce songe est un être réel , qui parle , qui

494Af.J.r&

OLYMNIE. - LIVRE VIL

fer ardent. A celle vue il pousse un grand cri , se lève avec précipitation , va trouver Xerxès , et après lui avoir rapporté sa vision y il lui parle en ces termes : c Gomme j*ai déjà vu, seigneur,

> des puissances considérables détruites par • d'autres qui leur étaient très-inieriS|ires, je

> vous dissuadais d'autant plus de vous aban- » donner à l'ardeur de votre jeunesse, que je » savais combien il est dangereux de ne point » donner de bornes à ses désirs. Venant donc

> à me rappeler quel fut le succès des expédi- 1 tions de Cyrus contre les Massagètes , de

> Gambyse contre les Ethiopiens, et de Darius » contre les Scythes, où je me trouvai, je pen- » sais qu'en demeurant tranquille vous seriez 9 le plus heureux de tous les hommes. Mais

> puisque les dieux vous excitent à cette entre- » prise , et qu'ils paraissent menacer les Grecs

> de quelque grand malheur, je me rends moî- » même et je change d'avis. Faites donc part

> aux Perses du songe que le dieu vous a en- » voyé, faite^leur savoir qu'ils aient à conti-

> nuer les préparatifs nécessaires, en consé-

> quence des ordres précédents. Et vous,

> seigneur, conduisez-vous avec tant de sa- » gesse , qu'avec le secours de dieu , vous ne

> manquiez à rien de ce que vous devez faire. » Ce discours fini, encouragés l'un et l'autre

par ce songe, Xerxès le communiqua aux Perses aussitôt que le jour parut, et Ariabane, qui lui seul auparavant le détournait de cette expédition , la pressoit alors ouvertement.

XIX. Tandis que Xerxès se disposait à marcher, il eut pendant son sommeil une troisième vision. Les mages, à qui il en fit part, jugèrent qu'elle r^ardait toute la terre, et que tous les hommes lui seraient assujélis. Il lui sembla avoir la tête ceinte du jet d'un olivier, dont les branches couvraient toute la terre, et que peu après cette couronne avait disparu. Aussitôt après cette interprétation des mages, les Perses qui avaient assiste au conseil, se rendirent cliacun dans son gouvernement, et exécutèrent avec toute l'ardeur imaginable les ordres du roi, afin de recevoir les récompenses promises.

XX. Ce fut ainsi que Xerxès leva des troupes, et sur le continent il n'y eut point d'en-

agit, coame cdoi qae f Jupiter envoie à Agamemnon an eoomienoemeDt da teoond Urre de l'Iliade , et c'eit par «eM« nitoB que i*ai tradnil ce mot par feniôme.

droit à l'abri de ses peraiûaitions. On eioptoya, après la réduction de l'Egypte , quatre années entières à faire des levées et à amasser des provisions ; enfin il se mit en marche dans le courant de la cinquième, à la tête de forces immenses. Carde toutes les expéditions dont nous ayons connaissance, celle-ci fut sans opintredit de beaucoup la plus considérable. On ne peut lui comparer ni celle de Darius contre les Scythes, ni celle des Scythes qui, poursuivant les Cimmériens, entrèrent en M^ie^ et subjuguèrent jpresque toute l'Asie supérieure ; raiscm qui porta dans la suite Darius à chercher à se venger d'eux. H faut penser de même de l'expédition des Atrides contre Troie , et de celle des Mysiens et des Teucriens , qui , avant le i temps de la guerre de Troie, passèrent le Bosphorepour se jeter dans l'Europe^ subjuguèrent tous les Thraces, et descendant vers la mer Ionienne, s'avancèrent jusqu'au Pénée, quiçoule vers le midi.

XXI. Ces expéditions et tontes celles dont je n'ai point parlé ne peuvent être mises en parallèle avec celles. En effet quelle nati<ln de l'Asie Xerxès ne mena-t-il pas contre la Grèce? quelles rivières ne furent pas épuisées, si l'on en excepte les grands fleuves? Parmi ces peu-' pies, les uns fournirent des vaisseaux, les autres de l'infanterie, d'autres de la cavata-ie : ceuxci des vaisseaux de transport pour les chevaux et des troupes; ceux-là des vaisseaux longs ^ popr servir à la construction des ponts; d'autres enfin donnèrent des vivres et des vaisseaux pour les transporter. On avait fait aussi des préparatifs environ trois ans d'avance pour le mont Athos, parce que, dans la première expédition, la flotte des Persesl avait essayé une perte considérable en d»ablant cette montagne. Il y avait des trirèmes à la rade d'Éléonte dans la Chersonèse. De-là partaient les détachements de tous les corps de l'armée, qne Ton contraignait àconps de fouet de percer le mont Athos, et qui se sncoédaieiit les uns aux autres. Les haÛiants de cette montagne aidaient aussi à la percer. Bubarès, fils de Hégabyze, et Artachéès, fib d'Artée, tous deux Perses de nation , présidaient à cet ouvrage.

XXn. L' Athos est une montagne vaste, cé-

» Voyeï Ht. ?i, $ lUf *

mSTOmË D'HÉRODOTE.

m ât. j.-d

Mire et peuplée , qui â?»iite dana la mer, et se lermioe du côté da continent en forme de péninsule, dont risthme a environ douze stades. Ce lieu consiste en une plaine avec de petites collines, qui vont de la mer des Acanthiens JosquHi ceiiede Tboronequi est vis-à-vis. Dans cet isthme, où se termine le mont Athos, est nne ville grecque nommée Sané. En-deçà de Sané et dans l'enceinte de cette montagne , on trouve les villes de Dium, d'Olophyxos, d'Acrotfaoon, de Thyssos et de Cléones. Le roi de Perse entreprit alors de les séparer au cod.ti-

sent.

XXm. Voici comment on perça cette montagne. On aligna au cordeau le terrain près de la ville de Sané^ et les Barbares se le partagèrent par nations. Lorsque le canal se trouva à me certaine profondeur, ceux qui étaient au fond continuaient à creuser, les antres remettaient la terre à ceux qui étaient sur des échelles. Ceux-ci se la passaient de main en main , Jusqu'à ce qu'on fût venu à ceux qui étaient tout au haut du canal ; alors ces derniers la transportiient et la jetaient ailleurs. Les bords du canal s'éboulèrent, excepté dans la partie confiée aux Phéniciens , et donnèrent aux travailleurs une double peine. Gela devaii arriver nécessairement, pairoe que le canal étaient sans tahis, et aussi large par haut que par bas. Si les Phéniciens ont fait paraître du talent dans tous leurs ouvrages, ce fut surtout en cette occasion. Pour creuser la partie qui leur était échue, ils donnèrent à l'ouverture une fois plus de largeur que le canal ne devait en avoir, et à mesure que Tonvrage avançait ils allaient toujours en étréctssant, de sorte qoe le fond se trouva égal à r ouvrage des autres nations. Il y avait en ce lieu une prairie dont ils firent leur place publique et leur marché , et où Ton transportait de l'Asie une grande quantité de farine.

XXiy. Xerxès, comme je fe pense sur de ftNTts indices, fit percer le mont Athos par orgueil, pour faire montre de sa puissance, et peur en laisser on mooanent. On aurak pn sans aucune peine transporter les vaisseaux^ d'une mer à lautre par-dessus l'isthme ; mais il aima mieux faire creuser un canal de corn-

I Le transport d'nne aossi grande quantité devaîsseânx aurait été pénible; mais très-peu en comparaison du travail qu'U fûlait faire pour creufer ce canaK

munication avec la mer, qui ftt aaies large pour que deux trirèmes pussent y voguer de front. Les troupes chargées de creuser ce ca« nal, avaient aussi ordre de construire des ponts sur le Strymon.

XXV. Ce prince fit préparer pour ces ponu des cordages de lin et d'éoorce de bybios, et l'on commanda de sa part aux Phénidens et aux Égyptiens d'apporter des vivres pour l'armée, afin que les troupes etlesbétesde charge qu'il menait en Grèce ne souffrissent point de la faim. S'étant fait instruire de la situation des pays, il avait ordonné de transporter, de toutes les parties de l'Asie, des farines sur des vais* seaux de charge , et propres à faire hi traversée, et de les déposer dans les lieux les plus commodes, partie en un endroit et partie en d'autres. La plupart de ces farines furent portées sur la câte de Thrace, appelée Leucë Acte; on en envoya à Tyrodyze sur les terres des Périnthiens, à Dorisque, à Eionsur le Strymon , et enfin en Macédoine.

XXVL Tandis qu'on était occupé de ces travaux , Xerxès partit avec toute son armée de terre de Gritales en Cappadoce, où s'étaient rendues, suivant ses ordres, toutes les troupes qui devaient l'accompagner par terre, et se mit en marche pour Sardes. Quel fut le général qui reçut la récompense promise par le roi à celui qui amènerait les plus belles troupes, je ne puis le dire, et même j'ignore absolument s'il en fut question. Les Perses ayant passél'Halys entrèrent en Phrygie. Us travei^ent ce pays, et arrivèrent à Célènes où sont les sources du Mélandre , et celles d'une autre rivière qui n'est pas moins grande que le Méaa^ dre , et que l'on appelle Gatarractès. Le Catarractès prend sa source dans la place publique même de Célènes y et se jette dans le Méandre. On voit dans la citadelle la peau du Silène Harsyas ; elle y fiit suspendue par Apollon , en forme d'outre, à ce que disent les Phrygiens, après que ce dieu l'eut écorcbë.

XXVII. Py thins , fils d'Atys , Lydien de natioD , demeurait en cette ville. Il reçat Xerxès et toute son armée avec la plus grande magnificence, et lui offrit de l'argent pour les frais de la guerre. Là*dessus, le roi demanda aux Perses qui étaient présenta quel étttil cePy* fhius, et quelles étaiem ses richesses, potnrfeire

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POLYMNIE

de pareHIes offres, f Seigneur , hii dirent4ls ,

> c*m% œluhlà môme qui fit présent à Darius

> Toire père du phue el de la vigne d'or. C'est»

> iqpffès voua» rhomme le plus riche dont nous » ayons aujourd'hui connaissance. >

XXVI IL Surpris da^^es dernières paroles» Xerxès demanda ensuite lui-même à Pythius quelles étaient ses ricbesses. c Je ne prétexterai point, grand roi.» que j'en ignore le compte» je vais vous le dire sans rien dégui* sei*. Car aussitôt que j'eus appris que vous veniez vers la mer Grecque» comme j'avais dessein de vous d<»mer de ^argent pour la guerre» je trouvai^ par le calcul que j'en fis» que j'avais deux mille talents en argent» et en or quatre millions de statères dariques nM>îns sept mille* Je vous fais présent de ces richesses, et ne me réserve que mes esclaves et mes terres » qui fournissent suffisamment à ma subsistance. »

XXIX. Xerxès» ravi de ces offres» lui dit : Mon hôte» depuis moA départ de Perse» je »'ai encore rencontré pco^onne qui ait voulu exercer l'hospitalité envers mon arméee» ou qui soit venu de lui-mâme m'offrir ses biens pour contribuer aux frais de la guerre. Non content de recevoir mon armé avec la plus grande magnificence» vous me faites encore les offres les plus généreuses^ Recevez donc en échange mon amitié, et pour qu'il ne manque rien à vosquairemillions» je vous donne les sept mille statères^ que vous n'aveai pas, el votre compte sera oom(det. Jouissez donc vous seul du bien que vous avez acquis, el ayez soin d^étre lot^ours tel que vous vous ôtea montré : car tant que vous agirez de la sorte» vous ne vous en repentirez » ni pour le présent ni pour l'avenir.

XXX. Ce prince exécuta sa promesse» et se remit en marche. Il passa près d'Anua» ville de Phrygie, et près d'un étang ou l'on tke dn set» et arriva à Colosses» grande ville de V^^g^* Le Lycus y disparaît et se précipite dans on gouffre» d'où il sort environ à ciaq siides de celte ville pour se jeler ensuite dans le Méandre. I/armée étant partie de Colosses» arriva à Cyflara , sur les frontières de la Phrygîa M de te l^ydie» où une inscripUou gravée

- UYRE \n.

sur une colonne érigée par-ordre de Cfésna» indiquait les bornes dea deux pays.

XXXI. Au sortir de la Phrygie » il entra ea Lydie. Dans cet endroit le chemin se partage en deux , l'un à gauche mène en Canarie, Tau* ire à droite conduit à Sardes. Quand on pr^id celui-ci il faut nécessairement traverser (e M(iandre » et pa^r le long de la ville de CalliH tébos» oii des confiseurs font du miel avec du tamaris et du blé. En suivant cette route» Xerxès trouva un plane qui lui parut si beau » qu'il le fit orner de colliers et de bnoelets d'or, et qu'il en confia la garde ik un Immor* tel. Enfin le deuxième jour il arriva à la ville capitale des Lydiens.

XXXII. A peine fut-il arrivé à Sardes qu'il envoya deis hérauts dans la Grèce» excité à Athènes et à Lacédémone» pour demander b terre et l'eau» et pour ordonner que dans toutes les villes ont eût soin de lui préparer des repas. Il les envoya sommer cette seconde fois de lui donner la terre et l'eau » parce qu'il pensait que ceux qui les avaient autrefois r«* fusées à Darius , effrayés de sa marche » ne manqueraient pas de les lui offrir. Ce fut pour être instruit exactement de leurs inten^ tions » qu'il fit partir ces hérauts.

XXXIII. Pendant qu'il se disposait à partir pour Abydos» on travaillait à construire le pont sur rHellespont, afin de passer d'Asie en Europe. Dans la Ckersonèse de l'Hellespont S ^tre tes villes de Sestos ejt de Madytos» est une côte fort rude qui s'avance dans la mer vi^-vis d' Abydos. Ce fut en ce lieu que Xan* thippe» fils d'AriphrOTi, général des Athéniens» prit peu de temps après Anayctès, Perse de nation et gouverneur de Sestos. On le mit en croix, parce qu^il avait mené des femmes dans le temple de Protésilas à Éléonte» et ^u'il en avait joui dans le lieu saint, actien détestable et condamnée par toutes les lois.

XXXI V. Ceux que le roi avait chargés de ces ponts» les commencèrent du côté d' Abydos, et les continuèrent jusqu'à cette côte; les Phéniciens» en attachant clés vaisseaux avec des cordages de Ijtt ; el les Égyptiens, en se servait pour le même effet de cordages d'écorce de

« Elle s'appelle aussi Chersonèse de Thrace : cette \^ toîre est rapports plus a^ long, Ht. a, s cxt et «nî?.

mSTOÎRE DHÉRODOTE.

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byblos. Or» depuis Abydos jasqo'à la côte opposée » fl y a un trsget de sept stades. Ces ponts acheTés, il s'éleva une affreuse tempête qui rompit les cordages et brisa les vaisseaux. XXXV. A cette nouvelle, Xerxès indigné, fit donner dans sa colère trois cents coups de fouet à THellespont, et y fit jeter une paire de ceps. J'ai ouï dire qu'il avait aussi envoyé, avec les exécuteurs de celte ordre des gens pour en marquer les eaux* d'un fer ardent. Mais il est certain qu'il commanda qu'en les frappant à coups de fouet , on leur tint ce discours barbare et insensé : c Eau amère et salée, ton maître ' » te punit ainsi parce que tu l'as offensé sans 9 qu'il t'en ait donné sujet. Le roi Xerxès te 9 passera de force ou de gré. C'est avec raison f que personne ne t'offre des sacrifices, puisque 1 tu es un fleuve trompeur et salé, i II fit ainsi châtier la mer , et l'on coupa par son ordre la tête à ceux qui avaient présidé à la construction des ponts.

XXXVl. Ceux qu'il avait chargés de cet ordre barbare l'ayant exécuté , il employa d'autres entrepreneurs à ce même ouvrage. Voici comment il s'y prirent : ils attachèrent ensem- Ue trois cent soixante vaisseaux de cinquante rames et des trirèmes, et de l'autre côté trois cent quatorze. Les premiers présentaient le flanc au Pont-Ëuxin, et les autres du côté de l'HelIespont répondaient au courant de Feau , afin de tenir les cordages encore plus, tendus. Les vaisseaux ainsi disposés, ils jetèrent de grosses ancres , partie du côté du Pont-Euxin, pour résister aux vents qui soufflent de cette mer, partie du côté de Toccident et de la mer Egée, à cause des vents qui viennent du sud et- du sud-est. Ils laissèrent aussi en trois endroits différents un passage libre entre les vaisseaux à cinquante rames, pour les petits bâtiments qui voudraient entrer dans le Pont- Euxin ou en sortir.

Ce travail fini , on tendit les cables avec des machines de bois * qui étaient à terre. On ne se servit pas de cordages simples, comme on avait fiiit la première fois , mais on les entortilla , ceux de lin blanc deux à deux, et ceux d'écorce de byblos quatre à quatre. Ces câbles étaient également beaux et d'une égale épais-

' Probablement des coliestanf .

seur; mais ceux de lin étaient à proportion plus forts, et chaque coudée pesait un talent *. Le pont achevé, on scia de grosses pièces de bois suivant la largeur du pont, et on les plaça l'une à côte de l'autre dessus les cables qui étaient bien tendus. On les joignit ensemble, et lorsque cela fut fait on posa dessus des planches bien jointes les unes avec les autres , et puis on les couvrit de terre qu'on applanit. Tout étant fini, on pratiqua de chaque côté une barrière; de crainte que les chevaux et autres bétes de charge ne fussent effrayés en voyant la mer.

XXX VU. Les ponts achevés, ainsi que les digues qu'on avait faites aux embouchures du canal du mont Athos , afin d'empêcher le flux d'en combler l'entrée, le canal même étant tout-à-iait fini , on en porta la nouvelle à Sardes, et Xerxès se mit en marche. Il partit au commencement du printemps de cette ville , où il avait passé Thiver , et prit la route d'Àbydos avec son armée qui était en bon ordre. Tandis qu'il était en route, le soleil quittant la place qu'il occupe dans le ciel, disparut quoiqu'il n'y eût point alors de nuages , et que l'air fAt très serein , et la nuit prit la place du jour. Xerxès; inquiet de ce prodige, consulta les mages sur ce qu'il pouvait signifier. Les mages lui répondirent que le dieu présageait aux Grecs la* ruine de leurs villes, parce que le soleil annonçait l'avenir à cette nation, et la lune à la leur.* Xerxès, charmé de cette réponse, se remit en marche. '

XXX Vin. Tandis- qu'il continuait sa route avec son armée, le Lydien Pythius, effrayé dit prodige qui avait paru dans le del , vint le trouver. Les présents qu'il avait faits à ce prince et ceux qu'il en avait reçus l'ayant enhardi , il lui parla ainsi : c Seigneur, je souhaiterais une

> grâce : daignerez-vous me l'accorder? c*est

> peu pour vous, c'est beaucoup pour moi. > Xerxès s'attendant à des demandes bien diffi^ rentes de celles qu'il lui fit , lui promit de lui tout accorder, et lui ordonna de dire ce qu'il souhaitait. Alors Pythius plein de confiance lui répondit : c Grand roi, j'ai cinq fils. Les t conjonctures présentes les obligent à vous » accompagner tous dans votre expédition con- » tre la Grèce. Mais, seigneur, ayez pitié 4e.

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^^'''••^ POLYMNIE

mon grand âge. Exemptez seulement l'aîné de mes fils de servir dans celle guerre , afin qu'il ait soin de moi et qu'il prenne l'administration de mon bien. Quant aux quatre autres menez-les avec vous , et puissiez-vous revenir dans peu , après avoir réussi selon vos désirs. >

XXXIX. € Méchant que tu es, lui répon* dit Xerxès indigné, je marche moi-même contre la Grèce, et je mène à celte expédition mes enfonts, mes frères, mes proches, mes amis, et tu oses me parler de ton fils, toi qui es mon esclave , et qui aurais dû me suivre avec ta femme et toute ta maison? Apprends aujourd'hui que l'esprit de l'homme réside dans ses oreilles. Quand il entend des choses agréables, il s'en réjouit, et sa joie se répand dans le corps ; mais lorsqu'il en entend de contraires, il s'irrite. Si lu t'es d'abord bien conduit , si tes promesses n'ont pas été moins belles , tu ne pourras pas cependant te vanter d'avoir surpassé un roi en libéralité. Ainsi, quoiqu'aujourd'hui tu portes l'impudence à son comble, tu ne recevras pas le salaire qui t'est dû , et je te traiterai moins rigoureusement que tu ne le mérites. Ta générosité à mon égard te sanve la vie à toi et à quatre de tes fils ; mais je te punirai par la perte de celui-là seul que tu aimes uniquement. 1 Après avoir fait cette réponse, il commanda sur-le-champ à ceux qui étaient chargés de pareils ordres de chei*cher l'aîné des fils de Pythias , de le couper en deux par le milieu du corps , et d'en mettre une moitié à la droite du chemin par où devait passer l'armée , et l'autre moitié à la gauche.

X L. Lesordres du roi exécutés, l'armée passa entre les deux parties de ce corps ; le bagage et les bêtes de charge les premiers, suivis de troupes de toutes sortes de nations , pêle-méle, sans distinction , et faisant plus de la moitié de l'armée. Elles ne se trouvaient pas avec le corps d'armée où était le roi. Un ^ptervalle considérable les en séparait. A la tête de celui-ci étaient mille cavaliers choisis entre tous les Perses , suivis de mille hommes de pied armés de piques, la pointe en bas; troupe d'élite comme la précédente. Venaient ensuite dix chevaux sacrés niséens avec des harnais superbes. On leur donne le nom de niséens J parce qu'ils ' iiÉRonoTe,

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