‹ Choix des historiens grecsChapitre 76 sur 286 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

CIV.-- t Seigneur, répliqua Démarateje savais bien, en commençant ce discours, qqe la vérité ne vous plairait pas. Hais forc^ de vous la dire, je vous ai représenté les Spartiates tels qu'ils sont. Vous n'ignorez pas, seigneur, à quel point je. les aime actuellement, eux qui , non contents de m'enlever les honneurs et les prérogatives que je tenais de mes pères, m'ont encore banni. Votre père m'accueillit, me donna une maison etune fortuneconsidérable. Il n'est pasqroya* ble qu'un homme sage repousse la main bienfeisante de son prolecteur au lieu de la chérir. Je ne me flatte point de pouvoir, combattre contre dix hommes, ni même contre deux; et jamais, du moins de mon plein gré, je ne me battrai contre un homme seul. Mai$ si c'était une nécessité, ou que j'y fusse forcé par quelque ^grand danger, je combattrais avec le plus grand plaisir un de ces hommes qui prétendent pouvoir résister chacun à troi^ Grecs. 11 en est de même des Lacédémonieus. Dans un combat d'homme à homme, ils ne sont inférieurs à personne; mais réu- * nis en corps, ils sont les plus braves de toqs les hommes. En effet, quoique libres , ils ne le sont pas en tuqt. La loi est pour eux un maître absolu; ils le redoutent beau(;oup plus que vos sujets ne vous craignent, iji obéissent à ses ordres, et ses oidres, toujours les mêmes, leur défendent la fuiie, quelque nombreuse que soit l'armée ennemie, et leur ordonnent de tenir toujours ferme dans leur poste, et de vaincre ou de mourir. Si • mes discours ne vous paraissent que des sot- • tises, je consens à garder dans la suite le si- . lence sur tout le reste. Je n'ai parlé jusqu'ici que pour obéir à vos ordres. Puisse, seigneur, cette expédition réussir selon vos vœux! »

CV. Xerxès, au lieu de se flicher, se mit a rire, et renvoya Démarate d'une manière honnête. Après celte conversation, ce prince destitua le gouverneur que Darius avait établi à Dorisque, et ayant mis à la place Mascames, fils de Mégadosies, il traversa la Thrace avec son armée pour aller en Grèce.

CVI. Ce Mascames qu'il laissa à Dorîsque était le seul à qui il avait coutume d'envoyer tous les ans des présents , parce qu'il était le

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plus bra?e de tous les ^gouverneurs établis par i put alors suivre aux be«oius de l'armée, et ses

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Darius ou par lui-même. Artaxerxès, fils de Xerxès, se conduisit de même à Fégard de ses descendants. Avant Texpcdition de Grèce, il y avait des gouverneurs en Thrace, et dans toutes les places de l'Heilespont. Hais après cette expédition, ils en furent tous chassés, excepté Mascames, qui se maintint dans son gouvernement de Dorisque, malgré les efforts réitérées des Grecs. C'est pour le récompenser que tous les rois qui se succèdent en Perse lui font des présents, ù lui et à ses descendants.

CVII. De tous les gouverneurs à qui les Grecs enlevèrent leurs places, Bogès, gouverneur ^*Eion, est le seul qui ait obtenu l'estime du roi. Ce prince ne cessait d'en foire l'éloge, et il combla d'honneurs ceux de sesenfonts qui lui survécurent en Perse. Bogès méritait en effe, de grandes louanges. La place où il commandait était assiégée par les Athéniens et par Cimon, fils de Miliiades; on lui permit d'en sortir par composition, et de se retirer en Asie. Hais Bogès , crai^'nant que le roifnele soupçonnât de s'être conservé la vie par lâcheté, refusa ces conditions, et continua ù se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Enfin, quand il n'y eut plus de vivres dans la place, il fit élever un grand bûcher, tua ses enfants, sa femme, ses concubines, avec tous ses domestiques, et les fit jeter dans le feu. Il sema ensuite dans le Sirymon pardessus les murailles tout ce qu'il y avait d'or et d'argent dans la ville, après quoi il se jeta lui-même dans le feu. Ainsi c'est ^ avec justice que les Perses le louent encore aujourd'hui.

CVIII. Xerxès en partant de Dorisque pour la Grèce força tous les peuples qu'il rencontra sur sa route à l'accompagner dans son expédition. Car toute cette étendue de pays, jusqu'en Thessalie, était réduite en esclavage, et payait tribut au roi, depuis que Mégabyse, et Mardonius après lui , l'avaient subjuguée, comme nous l'avons dit plus haut *. Au sortir de Dorisque, jl passa d'abord près des places des Samothraces, dont la dernière du côté de l'occident s'appelle Mésambrie. Elle est fort près de Stryma, qui appartient aux Thasiens. Le Lissus passe entre ces deux villes. Celle rivière ne

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jeaux furent épuisées. Ce pays s'appelait autrefois Galaîque ; on le nomme aujourd'hui Briantique; mais il appartient à juste droit aux Qconiens.

CIX. Après avoir traversé le lit desséché du Lissus, il passa près de Maronéa, de Dicée et d' Abdérès, villes grecques, et près des lacs fameux qui leur sont contigus; l'Ismaris, entre x\f aronéa et Stryma, et le Bystonis, proche de Dycée, dans lequel se jetleni le Trave et le Compsate. Mais n'y ayant point aux environs d'Abdères de lac célèbre, il traversa le fleuve Nestus, qui se jette dans la mer ; ensuite il continua sa route près des villes du continent, dans le territoire de l'une desquelles il y a un lac poissonneux et très salé, de trentes stades de circuit ou environ. Les bêles de charge qu'on y abreuva seulement le mirent à sec. Cette ville s'appelait Pisiyre. Xerxès passa près des villes grecques et maritimes, les laissant sur la gauche.

ex. Les peuples de Thrace dont il traversa le pays sont les Psetiens , les Ciconiens , les Bistoniens, les Spa^ens, les Dersaeens, les Édoniens, les Saues. Les habitants des villes maritimes le suivirent par mer, et l'on foi ça ceux qui occupaient le milieu du pays, et dont je viens de parler, à l'ac^îompagner par terre, excepté les Satres.

CXI. Les Satres n'ont jamais été soumis à aucun homme, autant que nous le pouvons savoir. Ce sont les seuls peuples de Thrace qui aient continué à être libres jusqu'à mon temps. Ils habiient en effet de hautes montagnes couvertes de neige , où croissent des arbres de toute espèce, et sont très-braves. Ils ont en leur possession l'oracle de Bacchus. Cet oracle est sur les montagnes les plus élevées. Les Besses interprètent parmi ces peuples les oracles du dieu. Une prétresse rend ces oracles, de même qu'à Delphes, et ses ré|X)Dses ne sont pas moins ambiguës que celles de la Pythie.

CXll. Après avoir traversé ce pays, Xerxès passa près des places des Pières , dont Tune s'appelle Phagrès et l'autre Pergame, ayant à sa droite le Pangée, grande et haute montagne, oii il y a des mines d'or et d'argent qu'exploitent les Pières, le$ Odomantes, et surtout les Salres,

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