LIVRE VII
détenus au lit à Alpènes pour uA grand mal d'yeux ; ou revenir au camp et mourir avec les autres, s'ils ne voulaient pas du moins retourner dans leur patrie ; on assure , dis-je , qu'ayant la liberté de choisir , ils ne purent jamais s'accorder , et furent toujours partagés d'opinions : qu'En ry lus , sur la nouvelle du circuit des Perses , demanda ses armes , et que, s'en étant revêtu, il ordonna à son htlotedele conduire sur le champ de bataille ; qn'aussitAt après rhilote prit la fuite , et que le maître, s étant jeté dans le fort de la mêlée , perdit la vie , tandis qu'Aristodémus restait iâchemeitt à Alpènes. Si Aî istodémus , étant lui seul incommodé de ce mal d'yeux , se fût retiré a Sparte, ou s'ils v fussent retournés tous deux ensemblc , il me semble queies Spartiates n'auraient point été irrités contre eux. Hais l'un ayant perdu la vie, et l'autre n'ayant pas voulu mourir , quoiqu'il eût les mêmes raisons, ils furent forcés de lui faire sentir tout le poids de leur colère.
CCXXX. Quelques-uns racontent qu'Aristodémus se sauva à Sparte de la manière et sous le prétexte que nous avons dit. Mais d'autres prétendent que l'armée l'ayant député pour quelque affaire, il pouvait revenir à temps pour se trouver à la bataille , mais qu'il ne le voulut pas , et qu'il demeura loim-temps en route, afin de conserver ses jours. On ajoute que son collègue revint pour le combat, et fut tué.
CCXXXI. Aristodémus fut , à son retour à Lacédémone, accablé de reproches et couvert d'opprobre ; on le r^arda comme un homme infâme. Personne ne voulut ni lui parler ni lui donner du feu , et il eut l'ignominie d'être surnommé le lâche. Mais depuis , il répara sa faute à la bataille de Platées *.
CCXXXII. On dit que Pautitès, du cotfê des Trois-Cents, survécut à cette défiiite. Il avait été député en Thessalie ; mais à son retour à Sparte , se voyant déshonoré, il s'étrangla luimême.
Ct:XXXIII. Les Thébains , commandés par Léont jades , oombauirent contre l'armée du roi tant qu'ils furent avec les Grecs , et qu'ils s'y virent forcés. Mais dès qu'ils eurent reconnu que la victoire se déclarait pcmr les Perses, et que
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les Grecs qui dvaieot suivi Léonidas se pressaient de se rendre sur la colline , ils se séparèrent deux, et s'approchèrent des Barbares en leur tendant les mains. Us leur direnten même temps qu'ik étaient attaches aux intérêts des Perses , qu'ils avaient été des premiers à donner au roi la terre et l'eau , qu'ils étaient venus aux Thermopyles malgré eux , et qu'ils n'étaient point cause de Téchec que le roi y avait reçu. La vérité de ce discours, appuyée du témoignagedesThessaliens, leur sauva ia vie; mais ils ne furent pas heureux du moins en tout. Car le^ Barbares qui les prirent en tuèrent quelques-uns à mesure qu'ils approchaient ; le plus grand nombre fut marqué par l'ordre de Xerxès , à commencer par Léontiades , leur général. Son fils Ëurymacbus y qui s'empara dans la suite de Platée avec quatre cents Thébains qu'il commandait , fut tué par les habitants de cette ville.
CCXXXIY. TeUe fut l'issue dn combat des Thermopyles. Xerxès, ayant mandé Démarate, lui adressa le premier la parole en ces termes: Démarate , vous êtes un homme de bien » et la vérité de vos discours m'en est une preuve. Car tout ce que vous m'avez dit s'est trouvé confirmé par l'événement. Mais apprenez*moi maintenant combien il reste encore de Lacédémoniens , et combien il peut y en avoir qui soient aussi braves que ceux-ci, ou s'ils le sont tous également. —Seigneur, répondit Démarate , les l^cédémoniens en général sont en grand nombre, et ils ont beaucoup de villes. Mais il faut vous instruire [dus particulièrement de ce que vous souhaitez. Sparte, capitale du pays de Laccdémone, contient environ huit mille hommes , qui ressemblent tous à ceux qui ont combattu ici. Les autres Lacédémoniens, quoique braves, ne les égalent pas. — Apprenez-moi donc, reprit Xerxès, par quel moyen nous pourrons les subjuguer avec le moins de peine : car, puisque vous avez été leur roi, vous connaissez quels sont leurs desseins. » CCXXXV. c— Grand roi, répondit Démarate, puisque vous me demandez avec confiance mon avis , il est juste que je vous fesse part de celui que je crois le meilleur. Envoyez trois cents vai^eaux de votre flotte sur les côtes de la Laconie. Près de ces côtes I
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> est une tie qu'on appelle Cythlre. Chilon ,
> l'homme le plus sage que nous ayons eu ,
> disait qu'il serait avantageux aux Spartiates » qu'elle fût au fond des eaux : car il s'atten- » dait toujours qu'elle donnerait lieu ù quelque » projet pareil à celui dont je jfous parle ; non » qu'il prévit dès -lors votre expédition , -mais » parce qu'il craignait également toute année
> navale. Que votre flotte parte de cette île • pour répandre la terreur sur les côtes de
> la Laconie. Les Lacédémoniens ayant la » guerre à leur porte et chez eux , il n'est pas » à craindre qu'ils donnent du secours au reste » des Grecs quand vous les attaquerez avec » votre armée de terre. Le reste de la Grèce » asservi , la Laconie seule sera trop faïUe » pour vous résister. Si vous ne prenez pas » ce parti , voici à quoi vous devez vott» at«
> tendre, A l'entrée du Péloponèse est ub » isthme étroit , où tous les Péloponésien» y, » assemblés et ligués contre vous, vous livreronl
> de plus rudes combats que ceux que vous » avez eus à soutenir. Si vous foites ce que
> je vous dis , vous vous rendrez mattre de » cet isthme et de toutes leurs villes. »
CCXXXVI. Achéménès , frère de Xerxès et général de l'armée navale , qui était présent à ce discours , et qui craignait que le roi ne se laissât persuader , prit la parole : c Seigneur, dit-il, je vois que vous recevez fiivorablement les conseils d'un homme jaloux de votre prospérité, on même qui trahit vos intérêts. Car tel est le caractère ordinaire des Grecs : ils portent envieau bonheur des autres» et détestent ceux qui valent mieux qu'eux. Si dans la position où nons nous trouvons, après avoir perdu quatre cents vaisseaux par un naufrage , vous en en* voyez trois cents autres croiser sur les côtes du Péloponèse , les ennemis seront aussi forts que nous. Si notre flotte ne se sépare point , elle sera invincible, et les Grecs seront hors d'état de lui résister. Les deux armées marchant ensemble, celle de mer portera du secours à celle de terre , et celle-ci en donnera à ia flotté ; si vous les sép&lrez , élies seront inutiles l'une à l'autre. Content dé bien régler vos afliaires , ne vous inquiétez pas de celles de vos ennemis , n'^iaminez point de quel côté ils port^ont ]a guerre ,
«ÛATJ.-C POLYMNIE. —
quelles mesures ils prendront, et quelles sont leurs forces. Ce soin les regarde personnellemeot. Ne songeons de même qu'à nos intérêls. Si les Lacédëmoniens livrent bataille aux Perses , ils ne répareront pas pour cela la perte qu'ils viennent d*essuyer. » CCXXXVII. «—Achéménès, reprit Xerxès»
voire conseil me parait juste, et je le suivrai. Mais Démarate propose ce qu'il croit m'éire le plus avantageux , et quoique votre avis l'emporte sur le sien , je ne me persuaderai pas que ce prince soit mal intentionné* Ses [discours précédents , que révènement a justifiés, me sont garants de sa droiture. Qu'un homme soit jaloux du bonheur de son concitoyen , qu'il ait contre lui une haine secrète , et s'il n'a pas lait de grands progrès dans la vertu, chose rare, qu'il ne lui donne pas les conseils les plus salutaires , Je n'en serai pas surpris. Mais un ami est l'homme qui a le plus de bienveillance pour un ami qu'il voit dans la prospérité ; et si celui-ci le consulte , il ne lui donnera que d'excellents conseils. Démarate est mon ami , et je veu\ que dans la suite on s'abstienne de mal parler de lui. i
CtXXXVllt.Xerxès, ayant cessé de parler, passa à travers les morts. Ayant appris que Léonidas était roi et général desLacédémoniens, il lui ifit couper la tête et mettre son corps en croix. Ce traitement m'est une preuve convaincante, entre plusieurs autres que je pourrais apporter , que Léonids|s était, pendant sa vie, Thomme contre qui Xerxès était le plus animé. Sans cela , il n'aurait pas violé les lois par un tel acte d'inhumanité; car de tous les hommes que je connaisse , il n'y en à point qui soient plus dans l'usage d'honorer ceux qui se distinguent par leur valeur que les Perses. Ces ordres furent exécutés par ceux à qui on les avait donnés.