‹ Choix des historiens grecsChapitre 91 sur 286 · UVRE VIII · texte numérisé non relu

UVRE VIII

sauvé des richesses immenses aux Perses dans leur naufrage * auprès du mont Pélion , et qui s'en était approprié aussi beaucoup , songeait depuis long-temps à passer du côté des Grecs; mais jusqu'alors il n'en avait point trouvé l'occasion. Je ne sais pas avec certitude comment il se rendit auprès d'eux ; mais si le fait qu'on rapporte est vrai , je le trouve bien surprenant: car on dit qu'ayant plongé dans la mer aux Aphètes , il ne sortit point de l'eau qu'il ne fût arrivé à Artémisium. Il fit donc environ quatre-vingts stades en nageant dans la mer. On raconte de ce même Scyliias plusieurs traits qui ont bien l'air d'être faux , et d'autres qui sont vrais. Quant au fait en question , je pense que Scyliias se rendit à Artémisium sur un esquif. Aussitôt après son arrivée > il apprit aux généraux d^s Grecs les particularités du naufrage des Perses , et les avertit qu'on avait envoyé des vaisseaux pour doubler l'Eubée.

IX. Là-dessus les Grecs tinrent conseil , et entre plusieurs avis qu'on y proposa , celui-ci prévalut. Il fut décidé qu'on resterait ce jourlà ù l'endroit où l'on se trouvait , et qu'on en partirait après minuit pour aller au-devant des vaisseaux qui doublaient l'Eubée. Cela fait , comme ils ne virent venir personne contre eux, ils allèrent vers les trois heures après midi contre les Barbares , dans l'iniention d'éprouver leur habileté dans les combats et dans ht manœuvre en attaquant , en se retirant , et en revenant à la chafge.

X. Les généraux et les simples soldats de la flotte de Xerxès, voyant les Grecs venir à eux avec un si petit nombre de vaisseaux , les i*egardèrent comme des insensés. Ifs levèrent aussi l'ancre dans l'espérance de s'en rendre maîtres sans peine. Ils s'en flattaient avec d'autant plus de vraisemblance , qu'ils avaient l'avantage du côté du nombre , et que leurs vaisseaux étaient meilleurs voiliers que ceux des Grecs. Cette supériorité les détermina à les envelopper de toutes parts. Ceux d'entre les lo-* niens qui étaient bien intentionnés pour les Grecs servaient à regret , et les voyaient investis avec d'autant plus de chagrin , qu'ils étaient persuadés qu'il n'en échapperait pas

' n a dé Ibit mention dis oe naafre^ , Ht. îii » S cuuTm.

28? ' HISTOIRi; P'HÉRODOTË.

un seul, Miot ils lear parai^ieni iîaibles. Ceux, au contraire, qui étaient charmés de leur situation 8*eib pressaient à Tenvi l'un de l'autre à qui prendrait le premier quelque vaisseau athénien , dans Tespérance d'en être récompenses du roi; car dans Fârmée des Barbares, on faisait plus de cas des Athéniens que de tous les autres alliés.

XI. Ali premièrsignal, les Grecs rangèrent d'abord les proues de leurs vaisseaux en face des Barbares, et rassemblèrent les poupesau milieu, tes unes contres les autres. Au second , ils les àttaquéirént de front , quoique dans.un espace étroit, prirent trente vaisseaux aux Barbares , dont l'un était monté par Philaon, fils de Chersis , et frère de Gorgus , roi desSalaminiens , un des capitaines les plus estimés de cette flotte. Lycomèdes d'Athènes, fils d'i£schreas, enleva le premier un vaisseau aux ennemis : aiîssi eut-il le prix de la valeur. La victoire ne se déclara pour auciin des deux partis ; les avantages furent également compensés , et la nuit sépara les combattant$.X<es Grecs retournèrent à la rade d*Artémisium , et les Barbares aux Aphètes , après lin succès bien différent de celui auquel ils s'étaient attendus. Parmi tous lés Grecs aii service du roi, Antidore de Lemnos fut le seul qui passa du côté des alliés pendant le combat. Les Athéniens lui donnèrent des terre^ dans l'ile de Salamine pour le récompenser de celte action.

XIL On était alors au milieu de l'été. Dès que la nuit fut venue , il tomba jusqu'au jour une pluie prodigieuse , accompagnée d'un tonnerre affreux qui partait du mont Péiion. Les flots et les vents poussèrent jusqu'aux Aphètes les corps morts avec les débris des vaisseaux. Ils venaient heurter contre la proue, et embarrassaient Texirémité des rames. Les soldats , effrayés de ce bruit , s'attendaient à tout in-

stant à périr. Que de mau^ n'éprouvèrent-ils pas ! A peine avaient-ils eu le temps de respirer après la tempête du mont Pelion, qu'on leur avait livré un rude combat, suivi d'un tonnerre affreux, d'une pluie impétueuse ,.et de courants qui se portaient avec violence dans la mer. XlIL Cette nuit fut bien cruelle pour eux ; mais elle le fut encore plus pour ceux qui avaient ordredefairele lourde rEubée.Elle le fut d'autant plus , qu'ils étaient en mer lorsque la tem-

péte s'éleva : aussi périrent-ils misérablement. Elle commença tandis qu'ils étaient vers les écueils de TEubée. Emportés par les vents sans savoir en quel lieu ils étaient poussés , ils se brisèrent contre ces rochers. Tout cela arriva par la permission d'un dieu, afin que la flotte des Perses se trouvât égale à celle de$» Grecs , ou qu'au moins elle n'eût pas une aussi grande supériorité du côté du nombre. Ainsi périt une partie de l'armée navale des Barbares contre les écueils de TEubée.

XIY. Les Barbares qui étaient aux Apbètes virent avec plaisir le jour paraître. Ils tinrent leurs vaisseaux tranquilles , et, après les malheurs qu'ils avaient éprouvés, ils s'estimèrent heureux de goûter enfin le repos aans le moment présent. Cependant il vint aux Grecs un renfort de cinquante-trois vaisseaux athéniens. Encouragés par oe secours, et par la nouvelle du naufrage des Barbares autour de l'Ëubée, dont pas un n'était échappé, ils partirent dans le même temps que la veille , fondirent sur les vaisseaux cilidens , les détruir sirent, et retournèrent à la rade d'Artémisium à l'entrée de la nuit.

Xy. Le troisième jour , les généraux des Barbares , indignés de se voir maltraités par un si petit nombre de vaisseaux, et craignant la colère du roi , n'attendirent point encore que les Grecs commençassent le combat; ils s'avancèrent vers le milieu du jour en s' animant mutuellement. Ces combats , par un hasard singulier , se donnèrent sur mer les mêmes jours que ceux des Thermopyles. L'Euripe était l'objet de tous les combats de mer , île même que le passage des Thermopyles l'était de tous ceux que livra sur la terre Léonidas. Le Grecs s'eiihortaient à ne point laisser pénétrer les Barbares dans la Grèce , et ceux-ci à détruire les armées grecques, et à se rendre maîtres des passages.

XVL Pendant que les vaisseaux de Xerxès s'avançaient en ordre de bataille , les Grecs se tenaient tranquilles i la rade d'Artémisium. Les Barbares , rangés en forme de croissant , les.enveli^paient de tous côtés, afin de les prendre tous. Mais les Grecs allèrent à Jeor rencontre, et en vinrent aux mains. On combattit en cette journée à forces égales ; car la flotte de Xerxès s incommodait elle-même par

4«0iT.Jw^

URANIfi. ^ LIVRE Vllt.

sa propre grandeur et par le nombre de se9 vaisseaux, qui se be nrtaient les uns les autres» et s'embarrassaient mutuellement. Elle résistait cependant, et ne cédait point. Quel opprobre en effet d'être mis en fuite par un petit nombre de vaisseaux ! Les Grecs perdirent beaucoup de bâtiments, et un grand nombre d*hommes; mais la perte des Barbares fut beaucoup plus considérable. Telle fut l'issiie de ce combat , après lequel chacun se retira de son côté.

XYII. Parmi les troupes navales de Xerxès , les Égyptiens acquirent le plus de gloire, et en* tre autres belles actions, ils prirent aux Grecs cinq vaisseaux avec les troupes qui les montaient. Du côté des Grecs, les Athéniens se distinguèrent le plus , et, parmi ceux-ci , Clinias , fils d'AIcibiades. Le vaisseau qu'il montait , et §ur lequel il y avait deux cents hommes, lui appartenait en propre , et il l'avait armé à ses dépens.

XVIII. Les deux flottes, s' étant séparées avec plaisir, se hâtèrent de regagner leurs rades respectives. Les Grecs retournèrent à ArtémiMum après le combat naval. Quoiqu'ils eussent en leur puissance et leur morts et les débris de leurs vaisseaux , cependant , comme ils avaient été fort maltraités , et particulièrement les Athéniens, dont la moitié des vaisseaux étaient endommagés, ils délibérèrent s'ils ne se retireraient pas précipitamment dans l'intérieur de la Grèce.

XIX. Théipistocles avait conçu que, si on réussissait à détacher de Tarmée des Barbares les Ioniens et les Cariens, il serait facile d'acquérir de la supériorité sur le reste. Tandis que les Eubéens menaient leurs troupeaux vers la mer, il assembla de ce côté les chefs de l'armée, et leur dit qu'il pensait avoir un moyen infaillible pour enlever au roi les plus braves de ses alliés. 11 ne leur en découvrit pas davantage pour lors ; mais il ajouta que dans l'état actuel , il fallait tuer aux Eubéens autant de bétail qu'on le pourrait, parce quil valait mieux que leurs trqupes en profilassent que celles des ennemis. 11 leur r^co|nmand;i aussi d'ordonner à leufs troupes d'allumer du feu, et qu'à regard du départ , il aurait soin de prendre le temps le plus favorable pour qu'ils pussent retourner en Grèce sans accident. Ce

conseil fut approuvé* Aussitôt on alluma des feux, et l'on tomba sur les troupeaux.

XX. Les Eubéens n'avaient pas eu jusqu'à* lors plus d'égard pour l'oracle de Bads que s'il n'eûtrien signifié. Ils n'avaient ni transporté leurs effets hors de leur pays , ni fait venir les provisions nécessaires , comme l'auraient, dû des gens menacés d'une guerre prochaine,' etparcette conduite ils avaient mis leurs affai-! res dans une situation très critique. Voici l'oracle de Bacis qui les concernait : « Lorsqu'un t Barbare captivera la mer sous un joug de

> cordes , éloigne les chèvres bêlantes des rit vages de TEubée. > Comme ils n'avaient pas profité du sens de ces vers dans leurs maux actuels , et dans ceux qui les menaçaient , il devait leur arriver les plus grands malheurs.

XXI. Sur ces entrefaites arrive Tespion de Trachis. Les Grecs en avaient deux : l'un à Artémisium; il s'appelait Polyas, et était d'Anticyre. Il avait un vaisseau léger tout prêt ,. avec ordre de donner avis aux troupes des Thermopyles des accidents fâcheux qui pourraient survenir à l'armée navale. Il y en avait un autre auprès de Léonidas : c'était un Athénien, nommé Abronychus^ fils de Lysiclès; il était prêt à partir sur un vaisseau à trente rames s'il arrivait quelque échec aux troupes de terre , afin d'en avertir celles qui étaient à Ariémisium. Cet Abronychus fit part à son arrivée du sort qu'avaient éprouvé Léonidas et son armée. Sur cette nouvelle, le départ ne fut plus différé , et l'on partit dans Tordre où l'on se trouvait , les Corinthiens les premiers, et les Athéniens les derniers.

XXII. Thémistocles, ayant choisi parmi lesr vaisseaux athéniens les nieilieurs voiliers , se rendit avec eux aux endroits où il y avait de leaupotable, et y grava sur les rochers un avis, que lurent le lendemain les Ioniens k leur arrivée à la rade d' Artémisium. Voici ce qu'il portait: c Ioniens , vous laites une action injuste en

> portant les armes contre vos pères, et en

> travailkint à asservir la Grèce. Prenez plutôt t notre parti ; ou si vous n^ le pouvez , du t moins retires-vous du combat, et engagez

> les Cariens à suivre votre exemple. 3* ni » l'un ni l'autre n'est po^ible , et que le joug.

> de la nécesi^ité vous retienne au service du

> roi I conduisez-vous du moins mollement dans

> raclion ; n'oubliez pas que nous sommes vos » pères» et que vous êtes la cause primitive de la

> guerre que nous avons aujourd'hui contre les » Barbares. • Tiiëmistocles écrivit » à ce que je pense , ces choses dans une double vue : la première , afin que, si le roi n'en était pas instruit, elles engageassent les Ioniens à changer de parli, n à se déclarer pour eux; la seconde, afin que, si Xerxès en était informé, et qu'on leur en fît un crime auprès de ce prince , cet avis les lui rendit suspects , et qu'il ne s'en servit plus dans les combats de mer.

XXIII. Aussitôt après le départ des Grecs, un homme d'Histiée vint sur un esquif annoncer aux Barbares que les Grecs s'étaient enfuis d'Artémisium ; mais comme ils s'en défiaient , ils le firent garder étroitement , et envoyèrent à la découveile quelques vaisseaux i^ers. Sur leur rapport , la flotte entière mit à ki voile aux premiers rayons du soleil pour aller à Artémisium. Elle demeura en cet endroit jusqu'à midi, et se rendit ensuite à Hislice. Les Barbares s'emparèrent de celte ville à leur arrivée, et firent des coui*ses dans l'Hellopieetdans toutes les bourgades maritimes de l'Hisitseotide.

XXIV. Tandis que les forces navales étaient dans l'Hislis&otide , Xerxès leur dépécha un héraut , après qu'il eut achevé les préparatifs nécessaires concernant les morts. Voici en quoi consistaient ces préparatifs. Il avait perdu vingt mille hommes aux combats des Thermopyles. Il en laissa environ mille sur le champ de bataille , et fit enterrer le reste dans de grandes fosses qu'on creusa à ce si^et. On recouvrit ensuite ces fosses avec de la terre qu'on entassa , et avec des feuilles , afin que l'armée navale ne s'aperçût de rien. Le héraut , étant arrivé à Histiée, fit assembler toutes les troupes, et leur paria en ces termes : c Alliés , le roi > Xerxès permet à tous ceux d'entre vous qui » voudront quitter leur poste de venir voir » comment il combat conu^e ces insensés qui se » flattaient de triompher de ses forces. »

XXV. Cette permission publiée, les bateaux devinrent extrêmement rares, tant il y eut de cens empressés de jouir de ce spectade. Quand ils eurent fait le trajet, ils parcoururent le diamp de bataille; et, ayant examiné ces corps étendus par terre, ils crurent qu'ils étaient tous Laoedemoniens et Thespiens , quoiqu'il y eût

HISTOIRE D'HÉRODOTE. m it . lA.

aussi des Hilotes. L'artifice dont avait uséXerxès au sujet des morts ne trompa personne, tant il était ridicule. On voyait en effet sur le champ de bataille environ mille morts du coté des Barbares, et quatre mille Grecs transportés dans le même endroit , et entassés les uns sur les autres. L'armée navale s'occupa ce jour-la de ce spectade ; le lendemain elle retourna à Histiée vers les vaisseaux , et Xerxès se mit en marche avec l'armée de terre.

XXVI. Quelques Arcadiens en petit nombre passèrent du côté des Perses. Ils manquaient des choses nécessaires à la vie , et ne démandaient qu'à travailler. Ayant été conduits devant le roi , quelques Perses , et l'un plus particulièrement encore que les autres, leiîr demandèrent à quoi s'occupaient alors lesGrecs. c Maintenant, f répondirent-ils , ils célèbrent les jeux olym-

> piques, et regardent les exercices gymniques

> et la course des chevaux. > Ce même Perse leur demanda encore quel tétait le prix des cx>mbats. c Une couronne d'olivier, dirent-ils. > On rapporte à cette occasion une expression généreuse deTritaniaechmès, fils d'Artabane, qui le fit accuser par le roi de lâcheté. Car ayant &U que le prix ne consistait point en argent , mais en une couronne d'olivier , il ne put s'empêcher de s'écrier devant tout le monde : < O « dieux! Mardonius , quels sont donc ces homj mes que lu nous mènes attaquer? Insensibles i à l'intérêt, ils ne combattent que pour la » gloire M >

XXVII. Sur ces entrefaites , et aussitôt après l'échec reçu aux Thermopyles, lesThessaliens envoyèrent un héraut aux Phocidiens , à qui ils avaient toujours voulu beaucoup de mal , et principalement depuis leur dernière défaite. Ils étaient en effet entrés dans la Phocide , eux et leurs alliés , avec toutes leurs forces, quelques années avant l'expédition du roi de Perse; mais les Phocidiens les avaient battus et fort mal menés. Car les Thessaliens les tenant renfern^és sur le Parnasse avec le devin Tellias d'Élée, celui-d imagina ce stratagème. Il prit six cents des plus braves de l'armée , les blanchit avec du plâtre, eux et leurs boucliers, et les envoya la nuit contre lesThessaliens , avec

* Apn* rignifle mofau ce que nooi appeloiis vertu , qiia le oiNirefe , la gloire, eo un mot , les vertoi militaires.

URANtE. - LIVRE Vlll.

ordre de tuer ions ceux qui ne seraieot pas biaochte oomme eux. LesseDlinetles les aperçurent les premières , et s'imagiiiant que c'était quelque prodige, elles en furent épouvantées. L'armée le fut tellement aussi , que les Phoci- ' dîens leur tuèrent quatre mille hommes , dont ils enlevèrent les boucliers. Ils en offrirent la moitiéàÀbes» et lauire moitié à Delphes; et de la dixième partie de l'argent qu'ils prirent après oe ccmibat , ils firent faire les grandes statues qu'on voit autour du trépied devant le temple * de Delphes, et d'autres pareilles qu'ils ont consacrées à Abes.

XXV IIL Ce fiit ainsi que les Phocidiens traitèrent l'infiinterie tbessalienne qui les assiégeait. Quant à la cavalerie, qui avait fait une incursion sur leurs terres » ils la détruisirent sans ressource. Près d'Hyampolis est un défilé par où l'on entre en Pbocide. Us creusèrent en cet endroit un grand fossé , y mirent des amphores vides, et l'ayant recouvert de terre, qu'ils eurent soin de mettre de niveau avec le reste du terrain, ils reçurent en ce poste les ennemis qui venaient fondre sur leur pays. Ceux-ci, se jetant avec impétuosité sur les Phocidiens, comme s'ils eussent voulu les enlever, toml)èrent sur les amphores , et leurs chevaux s'y brisèrent les jambes.

XXIX. LesThessaliens, qui, depuis oe double échec , conservaient contre les Phocidiens une haine implacable , leur envoyèrent un héraut. « Devenez enfin plus sages , Phocidiens , leur » dit le héraut , et reconnaissez notre supério-

> rite. Juhqu'ici , tant que le parti des Grecs

> nous a phi, nous avons toujours eu de l'avan-

> tage sur vous ;et aujourd'hui nous avons un » si grand crédit auprès du roi , qu'il dépend

• de nous de vous enlever vos terres , et de vous

• réduire en esclavage. Quoique tout soit en

• notre pouvoir, nous oublierons vos insultes, » pourvu que vous nous donniez cinquante

> talents d'argent * ; nous vous promettons à ce

> prix de détourner les maux prêts à fondre » sur votre pays. >

XXX. Ainsi leur parla le héraut de la part desThessalieos. Les Phocidiens étaient les seuls penples de cette contrée qui n'eussent point

* Le taiple proprement dit, qui était dans l'eqeeinte

t9ÊV^ en Iptn,

* "SQfOWWy* de notre moomiie.

épousé le parti desMèdes. I^a haine qu'ils pMv taientaux Thessaliens fut, comme je le conjecture, la seule raison qui les en empêcha, et je pense que si les Thessaliens avaient embrassé les intérêts des Grecs, les Phocidiens se seraient déclarés pour les Mèdes.

Les Phocidiens répondirent à cette sommation qu'ils ne leur donneraient point d'argent; que s'ils voulaient changer de sentiment, il ne tenait qu'à eux de se ranger du côté des Perses, de même que l'avaient lait les Thessa-liens, mais que jamais de leur plein gré ils ne trahiraient la Grèce.

XXXI. Cette réponse irrita tellement lesTbessaliens contre les Phocidiens , qu'ils servirent de guides au roi , et le menèrent de h Trachinie dans la Doride. Le passage étroit de la Doridc s'étend de ce côté-là entre la Méliade et la Phocide ; il a environ trente^ stades de large. La Doride portait autrefois le nom de Dryopide; les Détiens du Péloponèse en sont originaires. Les Barbares entrèrent dans b Doride sans y iaire aucun dégât ; les habitants avaient embrassé leurs intérêts, et ce n'était pas l'avis des Thessaliens qu'on ravageât ce pays.

XXXU. De la Doride , ils passèrent dans fai Phocide ; mais ils n'en prirent point les habitants. Les uns s'étaient retirés avec tous leurs efiets sur le Parnasse, dont la cime, qu'on appelle Tithorée, et sur laquelle est bâtie la viUe de Néon, peut contenir beaucoup de monde; les autres , en plus grand nombre, s'étaient réfugiés chez les LocriensOzoles, dans Amphis* sa, ville située au-dessus delà pleine de Grisa. Les Barbares, conduits par le^ Thessaliens, parcoururent b Phocide entière, coupant les arbres et mettant le feu partout , sans épargner ni les villes , ni les temples.

XXXIIL Ils portèrent leurs ravages le long du Géphisse, et réduisirent en cendres , d'un côté, Drymos , d'un autre Gharadra , Erochos, Téthrouiuin, Amphicée, Néon, Pédiées, Tritées, Élatée, Hyampolis, Parapotamies, et Abes, où l'on voyait un temple dédié â Apollon» remarquable par ses r ichesse$,$es trésors, et la grande quantité d offrandes qu'on y avait faites, et où en ce temps-là il y avait un oracle, comme il y en a encore un aujourd'hui. Les Barbares brûlèrent ce temple après l'avoir pillé , et ayant poursuivi les Phondions , ils en prirent quel»

qB6s«uDS près des montages. Ils firent aassî prisonnières quelques femmes, que firent périr leg^nd nombre de soldats qui assouvirent avec elles leur brutalité.

XXXIV. Après avoir passe lé pays des Parapotamiens , les Barbares arrivèrent à Panopées. Leur armée se partagea en cet endroit en deux corps , dont le plus considérable et le plus fort s'achetnina vers Athènes sous la coniduite de Xerxès, et entra par la Béotie sur les terres des Orchoméniens. Les Béotiens avaient tous pris ie parti des Perses ; Alexandre sauva leurs villes en y distribuant des Macédoniens , afin de foire voir à Xerxès qu'ils avaient em- )>ras8é ses intérêts. Telle fut la route que prit cette partie de l'armée des Barbares.

XXXV. Les autres troupes» ayant à leur droite le mont Parnasse, marchèrent avec leurs guides vers le temple de Delphes. Ils ravagèrent tout ce qu'ils rencontrèrent sur leur route de IftdépendanoedelaPbocide, et mirent le feu aux villes des Ponopéens, Dauliens et des Éolides. Ils avaient pris ce chemin après sétreséparés du reste de l'armée, dans le dessein de piller le temple de Delphes, et d'en présenter les tré- ^rs à Xerxès. Ce prince avait, comme Je l'ai appris, une plus grande connaissance de toutes les choses précieuses qui s'y trouvaient que de celles qu'il avait laissées dans ses palais, parce que plusieurs personnes l'entretenaient sans cesse des richesses qu'il contenait, et principalement des olfrandes de Grésus , fils d'Aiyattes.

XXXVI. Les Delpbiens , effrayés de cette nouvelle , consultèrent l'oracle, et lui demandèrent s'il fallait enfouir en terre les trésors sacrés , ou les transporter dans un autre pays. Le dieu, voulant les dissuader de faire l'un ou rautre,Ieur répondit qu'il était asset puissant pour protéger son propre bien. Sur cette riéponse, les Delpbiens ne s'occupèrent que d'euxmêmes; ils envoyèrent leurs femmes et leurs enfants au-delà du golfe de Corinthcdansl'Acbaie ; quant à eux , la plupart se réfugièrent sur les sommets du Parnasse et dans l'antre de Corycie, où ils transportèrent leurs effets ; d'autres se retirèrent à Amphi^sa dans la Locride : enfin tous les Delpbiens abandonnèrent la ville, excepté soixante, hommes et le prophète.

HfiîTOtRE D'HÉROBÔTB. 4»iv.M

XXXVli. Lorsque tes Baiterea forent assee près de Delphes pour en apercevoir le temple, le prophète » nommé Acératus, remarqua que les armes sacrées, auxquelles jl n'était point permis de toucher, avaient été transportétt hors du lien saint, et qu'elles étaient devant le temple. Aussitôt il alla annoncer ce prodige aux Delpbiens qui étaient restés dans la ville. Mais quand les Barbares, hâtant leur marche» se furent avancés jusqu'au teqiple de Minerve Pronsea , il arriva des merveilles encore plus surprenantes que la précédente. On trouve avec raison bien étonnant que des armes aiei|t été transportées d'elles-mêmes hors du temple ; mais les autres prodiges qui vinrent ensuite méritent encore plus notre admiration. Comme les Barbares approchaient du temple de Mi* nerve Pronaea, la foudre tomba sur eux, dee quartiers de roche se détachant du sommet du Parnasse, et roulant avec un bruit horrible, en écrasèrent un grand nombre; en même temps l'on entendit sortir du temple de Minerve Pronaea des voix et des cris de guerre.

XXXVIli. Tant de prodiges à la fois répandirent l'épouvante parmi les Barbares. Les Deiphiens, ayant appris leur fuite, descoidirent de leurs retraites, et en tuèrent un grand nombre. Ceux qui échappèrent au carnage s'enfuirent droit en Béotie. Ils racontèrent à leur retour, comme je l'ai appris, qu'outre ces prodiges, ils avaient vu, entre autres choses merveilleuses, deux guerriers d'une taille plus grande que l'ordinaire, qui les poursuivaieut et les massacraient.

XXXIX. Les Deiphiens disent que ce sont Phylacus et Autonous, deux héros du pays, à qui on a consacré des terres près du temple: celles de Phylacus sont sur le bord du chemin que tenaient les Perses, au-dessus du temple de Minerve Pronsea ; et celles d' Autonous, près de la fontaine de Castalie, au pied du rocher Hyampée. Les pierres qui tombèrent alors du Parnasse subsistaient encore de mon temps dans le terrain consacré à Minerve Prooœa, où elles s'arrêtèrent après avoir roulé à travers l'armée des Barbares. Ce fut ainsi que le temple fut délivré, et que les Perses s'en éloignèrent.

XL. La flotte grecque alla d'Artépûsino^ à Salamine, où elle a'arréca à la prière des Âthé<

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nieQS. Ceux-ci fy Avaient engagée, afin de pouvoir feire sortir de l'Attique leurs Femmes et leurs enfants, et outre cela, pour délibérer sur le parti qu'ils devaient prendre. Car, se voyant frustrés de leurs espérances, il fal'aii nécessairement tenir conseil dans les conjonctures présentes. Ils avaient cru trouver les Péloponésiens campés en Béotîe, pour attaquer les Bjrbares avec toutes leurs forces; et néanmoins ils apprenaient que, ne pensant (|u'à leur conservation et à celle du Peloponès>e^ ils travaillaient à fermer Tisthme d*une muraille, sans sinquiéter du reste de la Grèce. Sur cette nouvelle, ils avaient prié les alliés de demeurer près de Salamine.

XLh Tandis que le reste de la flotte était à l'ancre devant Salamine, les Athéniens retournèrent dans leur pays. Ils firent publier aussitôt après leur arrivée que chacun eût à pourvoir comme il pourrait à la sûreté de ses enfants et de toute sa maison. Là-dessus, la plupart des Athéniens envoyèrent leurs lamilles à Trézen, les autres à Égine et à Salamfne. Ils se pressèrent de les faire sortir de TAitique, afin d'obéir à Toracle, et surtout par cette raison-ci. Les Athéniens disent qu'il y a dans le temple de la citadelle un grand serpent, qui est le gardien et le protecteur de h forteresse; et comme s'il existait réellement, ils lui présentent tous les mois des gâteaux au miel. Jusqu'à cette époque, les gâteaux avaient toujours été consommés, mais alors ils restèrent sans qu'on y eût touché. La prétresse l'ayant publié, les Athéniens se hâtèrent d'autant plus de sortir de la ville, que la déesse abandonnait aussi la citadelle. Lorsqu'ils eurent mis tout à ouvert, ils s'embarquèrent, et se rendirent à la flotte des alliés.

XLII. Le reste de la flotte grecque, qui se tenait à Pogon , port des Trézéniens , où elle avait eu ordre de s'assembler^ ayant appris que rarmée navale, revenue d'Artémisium, était à Fancre devant Salamine, s'y rendit aussi. On eut donc en cet endroit beaucoup plus de vaisseaux qu'au combat d'Artémisium, et il s'y en trouva de la part d'un plus grand nombre de villes. Eurybiades de Sparte, fils d'EurycIides, qui avait commandé â Artémisium, commandait encore en celte occasion, quoiqu'il ne fût pas de la famille royaleTLes

CfeÀNtE. - LiVKÈ vm.

vaisseaux athéniens étaient en beaucoup plus grand nombre, et les meilleurs voiliers de U floue.

XLIIL Voici le'dénombrement de cette flotte. Parmi les Péloponésiens, les Lacédémqpiçns fournirent seize vaisseaux; les Corinthiens, jutant qu'ils en avaient* envoyés à Artémisl(imf les Sicyoniens quinze, les Epidauriens dix^ les Trézéniens cinq, les Hermionénes trois. Tous ces peuples, excepté les HermionéenSt étaient Doriens et Macednes^ ; ils étaient venus d*Erinée,^de Pinde, et en dernier lieu delà Dryopide. Quant aux Hermionéens, ils sont Dryopes; ils furent autrefois chassés par Hercules et par les Méliens, du pays appelé au* jourd'hui Doride. Telles étaient les forces des Péloponésiens.

XLIY. Enire les Grecs dl| continent extérieur^ , les Athéniens pouvaient être mis en parallèle avec tous les autres alliés, llsfournirei^f eqx seuls cent quatre-vingts vaisseaux, car les Platéens ne se trouvèrent pas avec eux au combat de Salamine, par la raison que je vais rapporter. Les Grecs étant arrivés à Chalcis après leur départ d'Artémisium , les Platéens descendirent de l'autre côté sur les terres de la Béo tie, et se mirent à transporter dans des lieux sûrs leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves. l'andis qu'ils étaient occupés à les sauver, le reste de la flotte les abandonna. Dans le temps que les Pélasges possédaient le pays connu maintenant sous lenomd'BelIade, les Athéniens étaient Pélasges, et on les appelait Cranaens; soi^ Cécrops, on les nomma Cécropides, et ErechthéiJes sous Erechthée, un de ses successeurs; Ion, fils de Xuthus, étant ensuite devenu leur chef , ils prirent àè iui le nom dloniens.

XLY. Les Mégariens fournirent le même nombre de vaisseaux qu'à Artémisium ^. Les Ampraciates^ secoururent les alliés de sep( vaisseaux , et les Leucadiens , qui étaient Dorieps et originaires de Corinthe , leur en donnèrent trois.

4 C'est-à-dire quarante.

* Voyei Uf . I , S lvi.

* Cest-à-dire , du oontioent iiqi ept boff dii P^P9iiè9e et au delà de ristlime de Corintbe.

* Ils en donnèrent Tîng^.

* Lei Latins les appellent oommunément Ambradent,

XLVI. Entre les insulaires» les Éginètes envoyèrent quarante-deux vaisseaux; ils en avaient encore quelques autre?d'équtpéSy mais ils s*en servirent pour la garde de leur pays. Ceux qui combattirenc à Salamine étaient excellents voiliers. Les Éginètes sont Doriens et originaires d'Épidaure : leur Ile s'appelait autrefois OEnone. Après les Éginètes, les Ghalcidiens fournirent les vingt vaisseaux qui avaient combattu à Artëmisium , et les Érélriens les sept qu'ils avaient eus en cette occasion. Ces peuples sont Ioniens. Après eux , vinrent ceux de Céos» avec le même nombre qu'ils avaient eu à la journée d'Artémisium * ; ils sont Ioniens et originaires d'Athènes. Les Naxiens donnèrent quatre vaisseaux. Ils avaient été envoyés par leurs concitoyens pour se joindre aux Mèdes,de même que les autres insulaires; mais n'ayant aucun égard pour cet ordre , ils allèrent trouver les Grecs à la sollicitation de Démocrite, qui commandait alors un vaissoau, et qui jouissait parmi les siens d'une grande considération. Les Naxiens sont Ioniens , et descendent des Athéniens. Les Styréens se ren-

dirent aussi à Salamine avec le même nombre de vaisseaux qu'ils avaient eu à Artémisium^. Les Cythniens n'avaient qu'un seul vaisseau et un pentécontère * : les uns et les autres sont Oryopes. Les Sériphiens, lesSiphniensetceux de Mélos servirent aussi , et furent les seuls d'entre les insulaires qui n'eussent point donné au Barbare la terre et l'eau.

XL VIL Tous ces peuples se trouvèrent à Salamine ; ils habitent en-deçà des Tresprotiens et de l'Achéron : car les Tresprotiens sont limitrophes des Ampraciates et des Leucadiens, qui vinrent des extrémités de la Grèce à cette guerre. De tous ceux qui habitent au-delà de ces nations , il n'y eut que les Groniates qui donnèrent du secours à la Grèce dans le péril qui la menaçait . Ils envoyèrent un vaisseau commandé par Phayllus, qui avait été trois fois victorieux aux jeux Pythiques. Les Crotoniates sont Achéens d'extraction.

XLYIII. Tous ces peuples fournirent des trirèmes 9 excepté les Uéliens , les Siphniens et Sériphiens, qui équipèrent des vaisseaux à cin-

* Ilf envoyèrent deux Tiinetux.

s lit en avaient deux.

• Pfnl^ooqlére , ralstMa à cinquante rann^,

HISTOIRE D'HÉRODOTE. wav.i.^.

quante rames. Les Métieus » originaires de Lacédémone » en donnèrent deux ; les Siphniens et les Sériphiens , qui sont Ioniens et descendent des Athéniens, chacun un. Le nombre de ces* vaisseaux dlait en tout à trois cent soixante et dix-huit, sans compter ceux qui étaient à daquante rames.

XLIX. Quand ils furent arrivés à Salamine,. les commandants des villes dont je viens de parler tinrent conseil entre eux. Eurybiades proposa que chacun dit librement son avis sur lelieui qui paraîtrait le plus propre à un combat na* val, dans le pays dont ils étaient en possession* Il n'était déjà plus question de TAttique^etlefr délibérations ne re^rdaient que le reste de 1» Grèce. La plupart des avis s'accordèrent à faîte voile vers l'isthme , et à livrer bataille devant le Péloponnèse; et on apporta pour raison que si l'on était vaincu à Salamine, on serait assiégédans cette ile, où l'on n'avait aucun secours^ à espérer ; au lieu que si Ton combattait vers, l'isthme , chacun pourrait se transporter de lài dans son propre pays.

L. Pendant que les généraux du Péloponèse agitaient cette question , un Athénien vint leur annoncer l'entrée des Perses dans TAitiq^e, et qu'ils mettaient le feu partout : car l'aroiée qui avait pris avec Xerxès sa route par la Béotie^ ayant brûlé The^pies^dont les habitants s'étaient rétirés dans le Péloponèse , et Platées , était arrivée dans TAtiique , portant le ravage partout. Les Perses avaient mis le feu à Thespies et à Platées , parce qu'ils avaient appris des Thébains que ces deux villes n'étaient pas dans leurs intérêts.

LL Les Barbares, après avoir passé l'HeUes^ pont « s'étaient arértés un mois sur ses bords^ y compris le temps qu'ils avaient employé à le traverser. S'étant ensuite mis en marche , ils étaient arrivés trois autres mois après dans l' At* tique, sous l'archontat de Calliades. Ils prirent la ville « qui était abandonnée , et ne trouvèrent qu'un petit nombre d'Athéniens dansletempleV avec les trésoriers du temple, et quelques pauvres gens , qui, ayant barricadé les porte» et les avenues de la citadelle avec du bois , repoussèrent l'ennemi qui voulait y entrer. Leur pauvreté les avait empêchés d'aller à Salamine»

*• l.e ti^oiple de Minerve,

liOAv.j.^. URANIE. —

et d'aQIeurs ils regardaient la muraille de bois côinme imprenable , suivant Toracle rendu par h pythie , dont ils croyaient avoir saisi le sens , s*imaginant que ce mur était Tasile indiqué par Toracie , et non les vaisseaux.

LU. Les Perses assirent leur camp sur la colline qui est vis-à-vis de la citadelle , et que les Athéniens appellent Aréopage S et en firent le siège de cette manière. Ils tirèrent contre les barricades des flèches garnies d*étoupes auxquelles ils avaient mis le fèu. Les assiégés, quoique réduits à la dernière extrémité, et trahis par leurs barricades ^, continuèrent cependant à se défendre , et ne voulurent point accepter les conditions d'accommodement que leur proposèrent les* Pisistratides. Us repoussèrent toujours Tennemi , et lorsqu'il s'approcha des portes, entre autres moyens de défense, ils roulèrent sur lui des pierres d*une grosseur prodigieuse. De sorte que Xerxès, ne pouvant les forcer , fut long-temps embarrassé sur ce qu'il devait faire.

LIIL Enfin, au milieu des difficultés, les barbares s'aperçurent d'un passage : car il £illait,comme l'avait prédit l'oracle, que les Perses se rendissent maîtres de tout ce que possédaient les Athéniens sur le continent. Vis-à-vis de la citadelle , derrière les portes et le chemin par où l'on y monte , est un lieu ^escarpé , qui n'était pas gardé ; personne ne se serait jamais attendu qu'oii pût y gravir. Qvelques barbares le firent cependant, près de la chapelle d'Agraulos , fille de Cécrops. Lorsque les Athéniens les virent dans la citadelle , les uns se tuèrent en se précipitant du haut du mur , les autres se réfugièrent dans le' temple. Ceux des Perses qui étaient montés allèrent d'abord aux portes ; les ayant ouvertes , ils tuèrent les suppliants de la déesse. Quand ils les eurent massacrés , ils pillèrent le temple , mirent le feu à la citadelle, et la réduisirent en cendres.

LIY. Lorsque Xerxès fut entièrement maître d'Athènes , il dépêcha à Suses un courrier à cheval pour apprendre à Artabane cet heureux succès. Le second jour après le départ du courrier , il convoqua les bannis d'Athènes qui l'avaient suivi , et leur ordonna d'aller à la dta-

* Couine de Mari.

> Le fea y af ait pris.

* Le teftiple de Minenre.

Hérodote.

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