‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeres (volume 2)Chapitre 14 sur 26 · TABLEAU DE LA COREE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA COREE

La Corée est une péninsule dont l'étendue peut égaler celle de l'Italie. Elle est située entre le trente-quatrième et le quarante- troisième degré de latitude nord, et elle s'étend en largeur du i22em*au i2C)eme degré de longitude au nord 5 l'entrée de la péninsule est très-resserrée, et n'occupe guère que trois degrés et demi. Ce pavs tient par le nord à celui des Alan - tcheoux ; à l'est, à la mer du Japon ; à l'ouest, à la mer Jaune ou le Hoang-hay des Chinois ; au sud, au bras de l'océan oriental. Il est séparé des îles du Japon par un détroit de trente lieues de largeur. Ses principales rivières sont la Ya-lou et laTu-men. Les rochers et les bancs de sable qui bordent ses côtes en rendent l'accès difficile et dangereux.

Les provinces de la Corée sont au nombre de huit ; elles renferment quarante grandes cités, trente-trois villes ou communes du premier ordre , cinquante-huit du second , et soixante-dix du troisième. King-hi-tao , dans la province de King-ki , est la capitale et la résidence du roi. L'aspect des villes coréennes est le même que celui des villes chinoises. Les maisons y sont construites en terre , sans art , sans commodité. Seulement les maisons des seigneurs offrent un aspect plus brillant , et sont entourées de vastes jardins. La grande muraille que les Coréens avoient élevée pour se défendre des invasions tombe en ruine. Le climat de la Corée est froid, à cause des montagnes quelle renferme; cependant le sol est très-fertile et très-bien cultivé. Les montagnes du nord, couvertes de vastes forêts, produisent de l'orge , et la racine de gin-seng,

si estimée des Chinois. Les provinces méridionales abondent en riz , millet , et pains ( espèce de blé, duquel on tire une sorte de vin). Elles produisent du chanvre, du tabac, le citron et la soie. Un arbre semblable au palmier produit une gomme qui donne au vernis un ton de dorure. On compte parmi les animaux les plus communs les sangliers , les ours, les zibelines (au nord) , les martres , les castors et les cerfs. Les fleuves abondent en poissons. On y trouve des kaïmans , espèce de crocodiles, dont quelques-uns atteignent une longueur de trente à quarante pieds. On nomme parmi les minéraux de la Corée l'or , l'argent , le plomb , le fer et le sel fossile. Les paiemens se font tous en petits lingots d'argent; il n'y a de monnoie qu'en cuivre. Les Coréens fabriquent un minier très-blanc et très-fort , c'est la seule industrie qu'on leur connoisse. ( Yovez sur ce papier notre tome 2, page 5 10. ) L'origine des Coréens est fort obscure, et, comme chez la plupart des autres peuples , l'obscuritéde cette origine a donné lieu à beaucoup de fables ridicules. Les Coréens regardent aussi leurs anciens chefs comme autant de héros issus de quelques divinités. Tout porte à croire qu'ils sont d'origine tartare 5 mais ce qu'il y a de certain dans leur histoire , c'est que les Man-tcheoux , les Japonois et les Chinois ont tour à tour soumis la Corée. Les derniers sont restés les maîtres du pays , ce qui n'empêche pas que la Corée ait son roi particulier, que ce roi ait une armée assez forte et une flotte considérable , et qu'il ait sur ses sujets une autorité absolue; mais il reste vassal et tributaire de l empereur chinois , dont il reçoit l'investiture à genoux, et à qui il envoie tous les ans des ambassadeurs pour le saluer en son nom, et lui offrir le tribut (1). Ces

(1) La princesse épouse du roi ne peut elle- même prendre le litre de reinç qu'avec l'agrément de l'empereur. A l'appui de cet

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ambassadeurs , choisis parmi les grands seigneurs de la tour, se rendent à Pékin, accompagnés de plusieurs man-

usage, nous citons comme curieuse la requête suivante présentée, en i6Y)4 , par le roi de Corée à l'empereur Cang-hi : « Moi, votre sujet, je suis un homme dont la destinée est peu fortunée. J'ai été long-temps sans avoir de successeur; enfin j'ai un enfant mâle d'une concubine. Sa naissance m'a causé une joie incroyable; j'ai pris aussitôt la résolution d'élever la mère qui l'a engendré ; mais )<• fis en cela une faute. J'obligeai la reine, mon épouse, de se retirer dans une maison particulière, et je fis ma seconde femme reine en sa place. J'informai alors en détail Y. M. de cette aflaire. Maintenant je fais réflexion que mon épouse a reçu Jes patentes de création de V. M., qu'elle a gouverné ma maison, qu'elle m'a aidé aux sacrifices, qu'elle a servi la reine ma bisaïeule et la reine ma mère , qu'elle a porté le deuil de trois ans avec moi. Suivant les lois de la nature et de l'équité, je devois la traiter avec honneur; mais je me suis laissé emporter à mon imprudence. Après que la chose fut faite, j'en eus un extrême regret. Maintenant, pour me conformer aux désirs des peuples de mon royaume , j'ai dessein de rendre à mon épouse la dignité de reine , et de remettre ma concubine dans son premier état ; par ce moyen-là , le gouvernement de la famille sera dans l'ordre, et le fondement de l'état et des bonnes mœurs sera rectifié.

« Moi , votre sujet, quoique je déshonore par mon ignorance et ma stupidité le litre que j'ai hérité de mes ancêtres, il y a pour tant viugt ans que je sers V. M. suprême, et je dois tout ce que je suis à ses bienfaits , qui me couvrent et me protègent comme le ciel. Il n'y a aucune aflaire , soit domestique ou publique , de quelque nature qu'elle soit, que j'ose lui cacher : c'est ce qui me donne la hardiesse d'importuner deux ou trois fois V. M. sur cette aflaire. -\ la vérité, je suis honteux de passer ainsi les bornes du devoir; mais comme c'est une aflaire qui touche l'ordre qui doit se garder dans la famille, et qu'il s'agit de faire entendre les désirs du peuple , la raison veut que je le fasse savoir avec respect à V. M. »

L'empereur renvoya cette requête à la cour des rites, laquelle conclut à ce que la demande du roi de Corée lui fût accordée; l'empereur ratifia cette conclusion , et envoya des officiers porter à la reine des lettres de réhabilitation.

darins subalternes et d'un grand nombre de domestiques; ee qui forme une suite d'environ deux cents personnes.

Les Coréens sont bien faits, d'une physionomie agréable, et ont des moeurs très-polies. D'ailleurs peu guerriers, et courbés sous un joug étranger , ils ont pris les vices de la servitude ; ils sont si accoutumés et si habiles à tromper , à mentir et à voler, que les Chinois eux-mêmes en sont souvent les dupes. Les maladies qui présentent un caractère épidémique leur inspirent une telle crainte, qu'ils transportent inhumainement leurs malades dans les champs , et les y abandonnent sans leur donner aucun secours. Les tombeaux sont sur les hauteurs, et l'on place à côté les armes , les ustensiles , et tout ce qui étoit à l'usage du défunt. Les corps des personnages distingués sont souvent gardés pendant les trois ans que dure le deuil, dans un cerceuil, avant d'être enterrés.

Les Chinois ont porté en Corée leurs arts, leurs sciences et leur langue. Les caractères ou lettres des Coréens sont les mêmes que ceux des Chinois, mais la prononciation en est différente. Les missionnaires, et tous les Chinois qui connoissent les caractères de la langue chinoise, peuvent communiquer par écrit avec les Coréens qui se servent des mêmes caractères. Par là , les Coréens sont en état de lire et de comprendre les livres de religion écrits en lettres chinoises par les missionnaires. On écrit avec des pinceaux, et on imprime les livres au moyen de figures en bois. Les lettrés de Corée forment un ordre d'état à part, et on les distingue par deux plumes qu'ils ont seuls le privilège d'attacher à leurs bonnets. Ils subissent, comme à la Chine, plusieurs examens, mais leur savoir se borne à la morale de Confucius. La religion de ce philosophe est, comme à la Chine , la religion du gouvernement. Le peuple ressemble au peuple chinois dans les pratiques superstitieuses et idolàtriques de la religion de Foe. Les

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bonzes ont un grand ascendant sur l'esprit du peuple , quoiqu'en général ils vivent dans l'abjection et le mépris. Ils forment des associations religieuses, dont les membres mènent une vie austère, et observent un culte bizarre qui se compose dune foule de cérémonies superstitieuses. Ce sont des espèces de moines auxquels leur règle prescrit de se raser la tète, de s'interdire l'usage de la viande, et de fuir le commerce des femmes. En général, les Coréens ont les mêmes moeurs, les mêmes usages, et, à peu de chose près, la même forme de gouvernement que les Chinois ; cependant leurs femmes sont moins resserrées qu'à la Chine, et leurs enfans suivent leur choix dans le mariage, sans que les parens puissent s'opposer à leur union. Ils adorent les mêmes fausses divinités; ils suivent les mêmes docteurs dans leurs opinions religieuses. On ne remarque quelque différence entre ce peuple et la nation chinoise, que dans un petit nombre de pratiques que les Chinois modernes ont introduites sous la dynastie tartarochinoise actuellement dominante.

RELATION (extrait) DE L'ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME DANS LE ROYAUME DE CORÉE,

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