TABLEAU HISTORIQUE DU TUNQUIN
Les royaumes de Tunquin et de la Cochinchine étoient anciennement une des plus grandes provinces de la Chine, qu'on appeloit Ngan-nan , c'est-à-dire repos austral. Son éloignement de la cour ne permettoit point aux peuples d'y porter leurs plaintes contre le gouvernement lyrannique des vice-rois, qui avoient une pleine autorité. Les Tunquinois, las d'un tel joug, s'en affranchirent en tuant le vice -roi , et en se choisissant un souverain de leur nation. Ce soulèvement leur attira une guerre cruelle de la part des Chinois ; ils la soutinrent long -temps avec une valeur extraordinaire. Enfin la paix se conclut, et leur roi demeura paisible possesseur du trône , à cette condition néanmoins qu'il enverroit tous les trois ans une ambassade solennelle à l'empereur de la Chine , avec un tribut.
Cette guerre étant heureusement terminée, le roi de Ngan-nan ne songea plus qu'à goûter les douceurs de la paix. Il se retira dans ses maisons de plaisance, pour s'y livrer à toutes les délices d'une vie oisive et voluptueuse , et, pour qu'on ne troublât pas son repos, il confia le gouvernement de l'état à un des grands de sa cour. Ce seigneur, également adroit et ambitieux, profita de l'indolence de son souverain pour s'emparer du trône. Il se rendit maître des principales provinces ; il en chassa le roi légitime , et l'obligea de se retirer dans les parties méridio-