TUTES DF. LA < III NE
sein les insectes, les plan* s et les arbres. Les eaux entretiennent des poissons de toute espèce : l'air <>t l'élément desoiseaux; U lerrè la demeure des quadrupèdes ; le feu échauffe et mel tout en mouvement, \u milieu de tanl de
créatures, 1 bon • esl ce qu il \ a de plus admirable.
l.i noblesse de son ame l'élève au-dessus de tout; doué des plus belles qualités, il règne mit tout. Cent parties différentes composent son corps; il i des yeux ponr % <»i r les couleurs, des oreilles pour entendre tessons, des narines pour sentir lo odeurs . des mains j »< » 1 1 1- toucher . des pieds marcher, «lu sang, des veines, nn coeur , on foie , des poumons pour entretenir la vie . de 1 intelligence pour comparer , observer , juger, se déterminer.
.tii\ animaux de l'air . des eaux el de U terre. IN u nui pas la raison en partage, el ils ne peinent par eux-mêmes se procurer i<>us leurs besoins : ils ne sèment point, etc. C'est an tout cela qu'ils sont fort inférieurs à Illumine; mais presque tous en naissant, ils se trouvent couverts de poils, de plumes ou d'écaillés qui leur tiennent lieu de vêtemens pour envelopper el préserver leurs corps. Ils sont pourvus d'armes défensives pour résistera quiconque les attaque : les uns on! des griffes ou des cornes; les .autres . le pied el la dent ; ceux-ci , le bec; ceux-là, le venin. La nature leur enseigne à connoitre parmi les autres animaux ceux qui peuvent leur nuire. La poule redoute l'épervier; le paon ne lui cause pas la moindre ■ i.iinie. La brebis fuil devant le loup et le tigre : elle se mêle avec le bœuf et le cheval. Est-ce donc que le tigre, le loup ei L'épervier sont d'une extrême grosseur , et que le paon, le bœuf cl le cheval sont fort petits.1 non; mais la brebis et la poule savent que ceux-là sont ses ennemis , et que ceux-ci ne le sont pas.
Descendons jusqu'aux arbres et aux plantes. Leur espèce de vie est absolument sans connoissance et sans sen-
timent. Comment se conserver eux-mêmes ? Comment conduire à maturité leurs fruits et leurs graines? Comment éviter les coups de toutes sortes d'animaux ? Les uns sont hérissés d'épines , les autres revêtus d'une forte écorce. Ils entourent leurs fruits et leurs semences de diverses sortes d'enveloppes et même de coques fort dures. Ils étendent de tous côtés leurs branches , et les couvrent de feuilles pour se faire un rempart , et se préserver. Raisonnons à présent à la vue de cet ordre admirable qui règne partout, qui se perpétue, et que rien n'est capable d'altérer. Si dès le commencement une suprême intelligence , en créant le monde , n avoit pas rangé et disposé toutes les créatures , comment est-ce que l'univers se trouveroit si parfaitement ordonné ? Comment chaque chose seroit-elle si bien à sa place ?
3° Tout ce que l'on voit naître et prendre un corps doit se former dans le sein de sa mère , ou sortir d'un œuf, ou venir d'une graine. Rien ne se fait de soi-même. -Mais cette mère, cet œuf, cette graine sont aussi des choses qui ont dû recevoir la naissance avant que de pouvoir la donner à d'autres. Le noyau qui produit l'arbre, d'où est-il venu ?
11 est nécessaire de remonter jusqu'aux premiers individus de chaque espèce. Ces individus primordiaux ne sont pas sortis de l'espèce même. Il faut donc reconnoitre un premier principe bien au-dessus de tout le reste , qui a donné 1 être à tout. C'est ce premier principe que nous appelons Dieu .
Le lettré. Puisque l'univers a un créateur que vous appelez Dieu/ys. souhaiterois apprendre quelle est l'origine de Dieu.
Le docteur. Dieu est l'origine de toutes choses , et tout ce qui a une origine n'est point Dieu. Parmi les créatures , les unes ont un commencement et une fin, connue les animaux, les arbres et les plantes. Les autres ont un
commencement et n'ont point de fin, c'est-à-dire, ne meurent point , comme les esprits, l'âme de l'homme. Dieu m a ni lin ni commencement. Il est le principe et l'origine de tout. Si Dieu n'étoit pas, il n'y auroit rien. Tout vient de Dieu, et il ne vient d'aucun autre.
Le lettré. Que le monde au commencement ait été < icé par un Dieu incréé lui-même, j'en sens la nécessité, et je n'ai plus rien à objecter là-dessus. Mais à présent nous voyons qu'un père a pour père un autre liomme , qu'un animal vient d'un autre animal , que tout prend naissance de cette manière; cl il semble par conséquent que les choses se propagent ainsi d'elles-mêmes, sans qu'il soit besoin de recourir à Dieu pour cela.
Le docteur. Dieu donna d'abord l'être aux premières créatures de toutes les espèces, lesquelles eii ont produit d'autres. Mais remarquez qu'une chose pour en produire u\\ii autre, qu'un homme pour être le père d'un autre homme, a nécessairement besoin du concours de Dieu ; c'est Dieu qui se sert de l'homme comme il se sert de toutes ses créatures , et chaque homme en particulier a toujours Dieu pour cause principale et pour origine. Linscie , un ciseau, sont des instrumens propres à faire un <>u\ rage. Mais il faut que l'ouvrier les mette en œuvre, et c'est à l'ouvrier que l'ouvrage est attribué et non point aux instrumens. Pour éclaireir davantage celte matière, je vais expliquer les différentes causes des choses. Il y a quatre sortes de causes : l'efficiente, la matérielle, la formelle et la finale. La cause efficiente produit la chose et fait qu'elle soit quelque chose ; la cause formelle constitue la chose telle , et la distingue de toute autre; la cause matérielle est la matière qu'on emploie à faire la chose, et qui reçoit la forme quon lui donne; la cause finale est ce pourquoi la chose est faite , et qui en détermine l'usage. On peut voir tout cela dans un ouvrage de mains. Dans
un chariot , par exemple , c'est un charpentier qui la fait, voilà sa cause efficiente; il a des roues , un timon, une certaine figure , voilà sa cause formelle ; on s'est servi de bois pour le construire, voilà sa cause matérielle ; il est fait pour voiturer, voilà sa cause finale. Les mêmes causes peuvent encore se remarquer dans toutes sortes de productions. Dans le feu, par exemple, ce qui le produit est un autre feu ; la forme est celte flamme, cette chaleur qui agit sans cesse ; sa matière est l'aliment qu'on lui fournit, et sa fin est d'échauffer. Tout ici-bas a ces quatre espèces de causes. Parmi ces causes, la matérielle et la formelle sont intrinsèques à la chose, et la font ce qu'elle est. L'efficiente, aussi bien que la finale, lui sont extrinsèques. Elles existent avant elle, et ne peuvent point composer son essence; et quand je dis que Dieu est la cause et l'origine de toutes choses, j'entends la cause efficiente et finale, et nullement la matérielle ni la formelle. Dieu renferme toutes les perfections dans une simplicité merveilleuse-, comment pourroil-on dire qu'il fait partie de quelque chose?
Ne parlant donc ici que des deux causes efficiente et formelle, il faut encore distinguer la cause prochaine et la cause éloignée , l'universelle et la particulière. L'éloignée et l'universelle est la principale , la prochaine et la particulière est la moindre. Dieu est la cause éloignée et universelle ; les créatures ne sont que les causes particulières et par-là les moindres. Toutes les causes inférieures dépendent nécessairement de la générale. Un père et une mère sont dits être la cause de leurs fils ; mais ce n'est là qu'une cause inférieure et particulière. S'il n'y a voit pas un ciel et une terre dont l'homme reçoit à tous momens les bienfaits, comment donneroit-il naissance à un autre homme? Et s'il n'y avoit pas un Dieu qui soutient et gouverne la terre et le ciel , qui est-ce qui pour-
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roit prendre vie et subsister dans l'univers ? Dieu est donc la souveraine cause , la source et l'origine primitive de toutes choses. C'est pour cela que les anciens sages nomment Dieu la cause des causes, l'origine des origines.
Le lettré. Dans 1 univers il y a des choses absolument différentes les unes des autres. Ne seroit-ce pas là une raison de penser qu'elles ont aussi des causes différentes ? Nous voyons que chaque rivière , chaque ruisseau a sa source propre : vous dites cependant, monsieur, que Dieu seul est l'origine de tout-, permettez-moi de vous proposer encore ce doute.
Le docteur. Les causes particulières font nombre -, mais la cause universelle, le souverain principe est unique. Comment cela ? La première cause qui a donné l'être à tout renferme en soi les perfections de tout ce qu'elle a créé. Elle surpasse infiniment toutes les créatures, et sa nature est si parfaite, qu'on ne peut rien y ajouter. Or, si dans l'univers il y avoit deux créateurs , deux dieux, seroient-ils égaux ou non? S'ils ne sont pas égaux, le moindre ne seroit pas souverainement parfait, et le plus grand, quelque grand quil fût, pourroit encore recevoir les perfections du moindre. S'ils sont égaux en tout , pourquoi y en a-t-il deux ? Un seul suffiroit. Mais encore ces deux dieux pourroient-ils s'attaquer et se détruire l'un lautre , ou non? S'ils ne le pouvoient pas, ce défaut do puissance marqueroit en eux des bornes , de l'imperfection , et l'on ne pourroit dire d'aucun des deux qu'il est le maître souverain. Que s'ils le pouvoient, celui qui seroit capable d'être vaincu ne seroit point Dieu.
Le monde , composé d'une si prodigieuse quantité de choses si bien ordonnées , ne doit avoir qu'une suprême intelligence qui le gouverne; autrement tout ce bel ordre pourroit-il subsister? Si, dans une nombreuse troupe de musiciens, il n'y a pas un premier maitre qui règle
tout, l'harmonie manque et tombe. Nous voyons que dans une famille il n'y a qu'un chef, qu'un roi dans un royaume , cl s'il s'en élevoit deux, le royaume, la famille seroient aussitôt dans le trouble. INous voyons qu'un homme n'a qu'un corps, que <:e corps n'a qu'une tète, et s'il paroissoit uq homme à deux tètes ou à deux corps, on le regarderoit comme un monstre. ]\e devons-nous pas juger de là que dans l'univers, quoiqu'il y ait dilîérentes sortes d'esprits, il n'y a qu'un seul Dieu qui a tout créé, et qui gouverne tout? Avez-vous encore, monsieur, quelque doute là-dessus ?
Le lettré. Je suis pleinement convaincu, monsieur, qu'il y a un Dieu, maître souverain de toutes choses, et qu'il n'y en a qu'un, vous me l'avez démontré. Mais voudriez-vous m'expliquer en détail ce que c'est que Dieu ?
Le docteur. L'homme ne peut pas comprendre la nature d'un petit insecte, d'une fourmi , par exemple : comment pourroit-il pénétrer dans la profondeur de la nature divine? Et si l'homme étoit capable de comprendre parfaitement ce que c'est que Dieu, dès-lors même Dieu ne seroit pas Dieu.
Autrefois un grand pritice voulut s'instruire de la nature de Dieu. Il interrogea là-dessus un des sages de sa cour. Le philosophe pria le roi de lui donner trois jours pour penser à ce qu'il dcvoit répondre. Ce temps étant passé, le roi fit venir le philosophe en sa présence; le sage pour réponse lui demanda six jours , après quoi il pourroit parler. Les six jours expirés , il en demandadouze. Alors le prince en colère lui reprocha qu'il vouloit se moquer de lui. Le sage répondit humblement qu'il ne porteroit jamais l'audace jusque-là ; mais que la nature de Dieu étant sans bornes, plus il méditoit , moins il comprenoit cette nature, comme l'homme qui voudroit à l'oeil simple examiner le soleil , plus il le regarderoit , moins il
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scroit en état de le voir ; que c'étoit là l'unique raison de son silence.
L'ancienne histoire nous apprend qu'un saint et savant homme d'Occident, appelé Augustin , résolut d'approfondir la Divinité, et d'écrire sur ce sujet. Un jour que, se promenant sur le bord de la mer, il revoit à celte matière avec toute l'application de son grand génie, il aperçut un enfant qui, après avoir fait un petit creux en terre , prit une coquille, et, puisant de l'eau à la mer, en remplissoit ce creux. «Mon bis, lui demanda le docteur, que prétendez-vous faire? » L'enfant répondit qu'il vouloit avec sa coquille épuiser toutes les eaux de la mer, et les laire entrer dans le creux qu'il avoit fait. «Vous n'êtes encore qu'un enfant, lui dit Augustin en souriant; votre instrument est trop petit; la mer est immense , et (pie peut-il entrer d'eau dans l'espace que vous avez creusé ? » « Mais vous, reprit l'enfant, qui savez si bien qu'un si petit vase ne peut pas épuiser les eaux de la mer, et qu'un si petit creux n'est pas capable de les contenir, comment est-ce que vous vous tourmentez l'esprit à vouloir , par les seules forces humaines, pénétrer dans l'abîme des grandeurs de la Divinité, et renfermer dans un écrit cette sublime doctrine?» Après quoi il disparut. Le docteur, humilié et éclairé tout ensemble , comprit que Dieu lui avoit envoyé un ange pour l'instruire, et l'empêcher de porter plus loin ses inutiles recherches.
JNous pouvons bien raisonner des choses matérielles ; elles se réduisent toutes à certaines espèces, à certains genres. Connoissant ces genres, ces espèces, nous examinons en quoi elles conviennent, et en quoi elles di.'îèrent. Par-là nous jugeons de leur nature : elles ont une configuration de parties; elles raisonnent en se rencontrant, en se choquant; l'œil voit leurs couleurs ; l'oreille entend leurs sons ; tout cela fait connoître leurs qualités : en les
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mesurant d'un bout à l'autre, nous savons leur étendue.
Mais que pouvons-nous dire de Dieu ? Sous quelle espèce de choses peut -il être placé? Il est infiniment au-dessus de tout : rien ne lui est comparable. Dieu n'a ni corps ni parties 5 comment juger de ce qu'il est? Il n'est point renfermé dans des bornes, l'univers entier ne peut pas le contenir ; quelle idée pouvons-nous avoir de son immensité? L'unique parti à prendre pour s'expliquer d'une manière encore imparfaite sur la nature de Dieu , c'est d'user de termes négatifs , et de dire ce qu'il n'est pas : vouloir dire ce qu'il est complètement, c'est entreprendre plus que ne peut l'intelligence humaine.
Le lettré. Mais quoi ! l'Etre par essence et par excellence , comment peut-il être connu par des termes négatifs ?
Le docteur. La foiblesse de notre esprit n'est pas capable de soutenir l'éclat des perfections divines. Par quelle voie pourrions-nous nous élever jusqu'à connoître la noblesse , la grandeur et tous les attributs de Dieu ? Ainsi , pour parler de ce maître souverain , contentonsnous de dire : Dieu n'est point le ciel ; Dieu n'est point ce qu'on appelle ordinairement un esprit -, sa nature est d'une spiritualité plus excellente que celle de toutes les autres substances spirituelles. Dieu n'est point l'homme ; qu'est-ce que toute la sagesse et la sainteté humaine comparée à la divine ? Dieu n'est point précisément ce que nous entendons par la vertu et la raison 5 c'est la source de toute vertu et de toute raison. Par rapport à Dieu, il n'y a ni temps passé , ni temps à venir ; et si nous voulons lui attribuer l'avenir ou le passé , nous devons dire qu il n'a point eu de commencement, et qu'il n'aura point de fin. Pour nous former quelque idée de son immensité, nous disons qu il n'y a aucun lieu où il ne soit, et qu'aucun lieu ne peut le contenir. Dieu est sans mouvement, et c'est lui qui donne le mouvement à tout. Piieu ne peut arrêter
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ni affaiblir sa puissance : le néant même lui obéit et devient fécond sous sa main. Rien ne peut se dérober à sa connoissance , ni la tromper; dans les milliers d'années déjà écoulées , dans les milliers d'années encore à venir , tout est présent à ses yeux. Sa bonté est sans aucun mélange; le mal le plus léger lui est entièrement opposé; il est le centre de tout bien ; sa libéralité est sans bornes , sans partialité : elle s étend à tout, jusqu'à un vermisseau , un insecte. Tout ce qu'il y a de bien dans l'univers moral ou physique vient de Dieu ; et tout ce bien , comparé à sa source, n'est pas encore ce qu'est une goutte d'eau comparée à la mer.
Dieu en un mot est infiniment parfait et souverainement heureux. Rien ne lui manque , et il n'a rien de trop. On peut absolument épuiser toutes les eaux des fleuves et des mers ; on peut compter tous les grains de sable qui sont sur leurs bords; on peut remplir le grand vide que nous voyons entre la terre et les cieux ; mais il n'est pas possible de connoître entièrement Dieu, et moins encore d'expliquer entièrement ce qu'il est.
Le lettré. Ah! monsieur, quelle abondance de choses merveilleuses ! Vous connoissez ce qui est au-dessus de toute connoissance ; vous pénétrez dans ce qu'il y a de plus impénétrable. Après avoir reçu vos instructions, je commence à comprendre cette admirable doctrine qui conduit au grand principe. Je désire d'y entrer plus avant, et d'en voir le fond; mais pour aujourd'hui je ne vous ai que trop fatigué; j'aurai l'honneur de vous voir demain.
Le docteur. Quelle fatigue, monsieur? Peu de paroles suffisent à un homme d'esprit pour comprendre beaucoup. Soyez persuadé que la connoissance de ce premier article aplanit toutes les difficultés. Le fondement une fois posé , le reste de l'édifice s'élève sans peine.
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IIe ENTRETIEN.