‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeres (volume 3)Chapitre 6 sur 19 · LA CHIITE. I · texte numérisé non relu

LA CHIITE. I

cl bien dorée, que sis ou huit hommes portent sur épaules. Ces sortes de marches occupent souvent toute une rue. Le peuple se range des deux cotés, et s'arrête pai i<.;- (>• cl jusqu'à ce que tout soit p

! bonzes sont ici en fort grand nombre. Il n'v a pas de lieu ou le démon ait mieux contrefait les saintes manières dont on loue le Seigneur dans la fraie 1 gtise. Les es de Satan ont de longues robes qui leur descendent jusqu'aux talon-, avec de vastes manches qui ressemblent entièrement a celles de quelques religieux d'Europe. Ils demeurent ensemble dans leurs pagodes comme dam rens, vont à la quête dans les rues, se Ici ut la nuit adorer leurs idoles , chantent à plusieurs chœurs, d'un ton qui approche assez de notre psalmodie. Cependant ils sont fort méprises des ! - gens . parce qu'avec ces apparences de piété, ou sait leurs ci: '.-mes sur la religion, qui sont tous pleins d'extravagances , et que ce sont pour la plupart des gens perdus de débauche. Ils ne sont guère mieux venus auprès du peuple , qui ne

• qu'à vivre, et dont toute la religion ne com qu'en des superstitions bizarres que chacun se forme à sa fantaisie.

J'oubliois de dire qu'il v a une espèce de ville flotk sui la rivière de Canton; les barques se touchent et formenl s. Chaque barque loge toute une t .mil:

. comme des maisons régulières, des compartiment pour - - du ménage. Le petit peuple, qui 1 nés mouvantes, eu sort des le malin pour aller ou travailler au riz. qu'on sème et qu'on recueille ici lois l'année.

Pour nouvelles de la cour de Pékin, nous avons apj par des lettres que le père Bouvet reçut à son arrivée à Canton, que jamais l'empereur ne s'est mieux ru il

n a jamais été plus glorieux ni plus admiré d< - .11

vient d'aller lui-même en personne dans la Tartane occidentale, à la tète d'une nombreuse année : il a répandu la terreur à cinq cents lieues à la ronde, et défait le seul ennemi qui lui restât dans ses deux empires. Il ne s'applique plus qu'à rendre ses sujets heureux. 11 ouvre ses magasins de riz ; il en fait couler jusqu'au fond de la Corée. Les peuples s'esliment heureux de vivre sous le règne d'un prince si accompli ; mais ce qui nous donne une bien plus grande joie, c'est que ce prince favorise plus que jamais la religion chrétienne. 11 dit que c'est la vraie loi; il est ravi d'apprendre que quelques grands seigneurs l'embrassent; et qui sait si le temps ne s'approche point où Dieu lui fera la grâce de l'embrasser lui-même? Autrefois saint Louis envova une célèbre ambassade à l'empereur du Calai. Il n'y a jamais eu d'autre Calai que la Chine, comme tous les sa vans en conviennent aujourd'hui. Le dessein de ce saint roi étoit de porter cet empereur à embrasser la religion chrétienne. Oh ! si Dieu nous donnoit la joie de voir achever, par le plus grand et le plus glorieux des successeurs de saint Louis , ce que ce zélé monarque commença de vouloir faire ! Enfin , l'empereur a toujours Ja même confiance aux jésuites françois. Tout le monde convient que le père Gerbillon est 1 appui du christianisme dans l'empire. Le père de Yisdelou, qui est très-habile dans les mathématiques et dans les sciences chinoises , est allé, par ordre de l'empereur, en quelques provinces , pour empêcher les déboidemens des rivières qui ruiuoient tout le pays. Le père de Fonlaney vint l'an passé à Canton, par ordre de l'empereur , pour savoir des nouvelles du père Bouvet, et pour le recevoir en cas qu'il y fût arrivé. Ce prince l'attend avec impatience. Ainsi, nous ne pouvions pas venir ici dans de plus heureuses conjonctures. Nous savons de plus que quatre des plus anciens et des plus excellens missionnaires sont morls après avoir blanchi

ÉCIUTES DF. LA CHINE. I Ç)f)

dans 1ns travaux de cette mission, et gagné une infinité d aines à Dieu. Ce sont les pères Prosper Intorcetta, Adrien Grêlon , Jean \ alat et Dominique Gabiani : il y a plus de cinquante ans que le père Yalat partit de France ; on dit qu'il fit le voyage par terre, et qu'il arriva au bout d'un an à la Chine. Il faut réparer ces grandes pertes. Je prie tous les jours notre Seigneur qu'il inspire à beaucoup de nos frères de traverser la mer pour venir partager avec nous des travaux qui peuvent être si glorieux et si féconds. Quaud nous vivrions ici autant que le père Valat et les autres pères que nous venons de perdre , nous mourrions avant que d'avoir pu parcourir toutes les villes de la Chine, et nous laisserions encore bien des idolâtres après nous. Plus les secours seront prompts et nombreux, plus la îeligion fera de progrès : non-seulement parce que plusieurs missionnaires font ce qu'un plus petit nombre ne sauroit faire , mais encore parce que le moyen le plus sûr de con- \erlir en peu de temps tout un pays, c'est de convertir d'abord avec éclat une partie considérable de ses habitans. Cela donne de la curiosité aux autres d'apprendre ce qui a pu faire un mouvement si subit, et quand on connoît bien le christianisme , on n'est plus si éloigné de l'embrasser. Nous ne cesserons point, mon révérend père, de vous recommander toujours un dessein si digne de votre zèle et de votre attention. L'intérêt de Dieu vous y engage, et le besoin que nous avons pour sa gloire d'une protection comme la vôtre. Je suis avec un profond respect, etc.

5 r.iHFr.VM ES

Page 1