XX NOTICE HISTORIQUE
pies de l'Inde , et qui proclama le nom de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du Japon. Après des courses continuelles et des conversions innombrables , l'apôtre des Indes succomba enfin sous le poids de ses travaux. Il mourut dans l'île de Sancian, à la vue de la Chine, comme autrefois le législateur des Hébreux à la vue de la terre promise ; et ses dernières paroles furent pour demander au maître d'une si belle moisson des ouvriers propres à la recueillir.
La Providence exauça ses vœux; elle fit naître dans l'année même de sa mort , en i55a , Mathieu Ricci, qui le premier fit pénétrer avec lui la religion chrétienne dans cet empire fermé aux étrangers. « Il s'appliqua d'abord à l'étude de la langue chinoise, l'une des plus difficiles du monde. Son ardeur surmonta tous les obstacles , et après bien des dangers et plusieurs refus, il obtint des magistrats chinois , en 1682 , la permission de s'établir à Chouachen. Ricci, élève de Cluvius, et lui-même très-habile en mathématiques, se fit à l'aide de cette science des protecteurs parmi les mandarins. Il quitta l'habit des bonzes et prit celui des lettrés. Il donnoit des leçons de géométrie où il mêloit avec art les leçons plus précieuses de la morale chrétienne. Il passa successivement à Couachen, Nemchem, Pékin, Nankin; tantôt maltraité, tantôt reçu avec joie, opposant aux revers une patience invincible , et ne perdant jamais l'espérance de faire fructifier les paroles de Jésus-Christ. Enfin l'empereur lui-même , charmé des vertus et des connoissances du missionnaire , lui permit de résider dans la capitale , et lui accorda ainsi qu'aux compagnons de ses travaux plusieurs privilèges. » (Génie du Christianisme.} Après vingt années de l'apostolat le plus pénible , Ricci parvint à fonder ce double empire de la religion et des sciences , que les missionnaires françois ont depuis exercé en Chine.
Le royaume très-chrétien, le royaume de Charlemagne
SUR LES MISSIONS ÉTRANGÈRES. XXj'
et de saint Louis, qui avoit contribué plus que tout autre à répandre dans des siècles de ténèbres la lumière de l'Evangile, s'est encore signalé dans les temps modernes par le nombre , les vertus et les talens des ouvriers qu'il a fournis à l'oeuvre sainte des missions. Dès le règne de Henri III , des missionnaires françois courent, à la voix de Grégoire III , rallumer la foi éteinte dans ces régions du Levant d'où elle s'étoit levée autrefois comme le soleil. Mais le séjour des prophètes est devenu le théâtre des persécutions^ Henri IV et Louis XIII renouvellent la pieuse milice, et ce dernier roi obtient enfin un firman qui autorise les missionnaires à s'établir dans Àlep.
C'est sous le règne de Louis XIII que s'est formé le premier établissement consacré en France aux missions. Il fut l'ouvrage de ce Vincent de Paul qui a mérité par excellence le surnom d'apôtre delà charité. Le fondateur de tant de pieux établissemens ouverts par la religion à l'humanité souffrante, est aussi le fondateur de la première congrégation de missionnaires. Ce n'étoit point assez pour Vincent de Paul d'avoir couvert la France des institutions de sa charité ; sa charité s'étendoit plus loin. Pourquoi doue nous restreindre à un point , disoit - il , puisque Dieu nous a donné tant d étendue pour exercer notre zèle? Oh! qu'heureuse est la condition d'un missionnaire qui n'a point d'autres bornes de ses travaux pour Jésus- Christ que toute la terre habitable.
En 1624, Vincent de Paul s'établit avec ses prêtres missionnaires au collège des Bons-Enfans, et leur donna des constitutions qui furent approuvées par le pape Urbain VIII, en i63i. L'année suivante, les chanoines réguliers de Saint-Victor cédèrent à Vincent de Paul le prieuré de Saint-Lazare , qui devint le chef-lieu de la congrégation , et fit donner aux pères de la mission le nom de lazaristes.