XX1J NOTICE HISTORIQUE
Vincent de Paul, qui avoit été captif à Tunis, s'occupa d'abord d'améliorer le sort des esclaves chrétiens qui avoientété ses compagnons d'infortune. Il envoya à Tunis, à Tripoli et à Alger, des missionnaires qui procuroient aux captifs chrétiens des secours spirituels et temporels , qui établissoient des correspondances entre ces malheureux et leurs parens en Europe, et qui payoient leur rançon avec les aumônes qu'on leur envoyoit de France. Le nombre des esclaves chrétiens qu'ils délivrèrent dans les premiers temps est porté à douze cents.
Vincent de Paul envoya aussi des missionnaires en Ecosse et en Irlande. Enfin, sur l'invitation de la congrégation établie à Rome pour la propagation de la foi , vingt prêtres de son établissement partirent pour aller prêcher l'Evangile aux peuples idolâtres de Madagascar.
A la même époque d'autres missionnaires françojs partoient pour l'Amérique. En i6i5, six pères jésuites, parmi lesquels se trouvoit le père Brébeuf, oncle du poëte, s'embarquèrent pour la Nouvelle-France.
Le génie de Richelieu avoit compris toute l'étendue des services que les missionnaires dévoient rendre à la religion et à l'état dans cette nouvelle colonie. Il s'associa par ses bienfaits aux travaux de ces ouvriers évangéliques. Il fonda dans Québec un hospice où les naturels et les Européens étoient traités avec les mêmes soins. Des écoles furent établies pour les néophytes indigènes. D'abondantes aumônes envoyées par la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal, servoient à fonder et à entretenir ces pieux établissemens.
Par un arrêt du conseil du 27 mars 1647 C1)? un se~ cours annuel fut accordé aux missionnaires de la Nouvelle-
(1) Voir ci-après l'acte n° 1
SUR LES MISSIONS ÉTRANGÈRES. XXnj
France, et leur supérieur-général fut admis dans le sein du conseil qui devoit régir cette colonie.
Deux autres édits de juillet i65i , enregistrés le 1 1 avril i658 (i), eurent pour objet d'accorder aux pères missionnaires et aux indigènes placés sous leur direction des terres situées sur les bords du fleuve Saint -Laurent. Quelques années plus tard , l'on érigea un évéché à Quebec , et l'on créa dans cette ville un séminaire chargé de former des missionnaires.
L'histoire des missions n'en offre point de plus terrible que celle du Canada. On ne trouvoil point dans ces froides régions des habitans semblables à ceux du Paraguay, peuple doux et paisible, qui s'étoit laissé prendre , comme par enchantement , aux charmes de la religion chrétienne et aux douceurs de la civilisation. Les peuples du Canada, déjà sortis de l'état sauvage, avoient le courage, la férocité, la haine pour les étrangers qui caractérisent les peuples barbares. Les prêtres francois se montrèrent dignes de la terrible mission de convertir ces peuples. La société qui envoyoit des savans à la Chine enfanta aussi des héros, qui déployèrent chez les barbares du Canada toute l'intrépidité françoise , avec ce je ne sais quoi d'achevé que la religion ajoute aux vertus humaines. Qu'y a-t-il en effet de plus beau dans les fastes de notre histoire que ce trait du père Daniel, qui, surpris par les Iroquois dans la bourgade dont il étoit le missionnaire , se hâte de donner l'absolution à ses néophytes, les presse de fuir, et, pour leur en donner le temps, marche luimême à la rencontre des ennemis , qui , tout étonnés de voir un prêtre s'avancer seul contre une armée, n'osèrent approcher du saint et le percèrent de loin avec leurs
(i) Voir ci-après les actes n° i et 3.