PAR M. L'ABBÉ DE FLEURY
AUTEUR DE l'hISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE, ETC.
Il faut commencer par vous défaire de tous les préjugés que vous avez apportés d'Europe, et voir en chaque partie des études ce qu'il y a de naturel, d'essentiel et de vraiment utile, pour rejeter tout le reste. Au contraire il faut vous ap-
(i) Pour procéder avec méthode dans notre nouveau travail, nous avons cru devoir ajouter, aux divers morceaux préliminaires que renferme ce premier volume , le mode d'enseignement qu'avec Bossuet et le savant auteur de Y Histoire Ecclésiastique , les missionnaires ont jugé le plus propre à la propagation de la foi , et surtout à sa conservation , au milieu des peuples infidèles, par rétablissement d'un clergé indigène.
M. l'abbé de Fleury, en envoyant à M. l'évèque de Métellopolis , vicaire apostolique de Siam , le mémoire qu'il lui avait demandé pour les études des missions , lui écrivoit le 3 mars 1689 :
« J'ai communiqué ce mémoire à quelques-uns de mes'meilleurs amis , et Msr l'évèque de Meaux , le premier théologien de notre. siècle, a bien voulu prendre la peine de l'examiner et me donner ses avis que je n'ai pas manqué de suivre. »
Quoi de plus propre à piquer la curiosité qu'un travail sur une matière d'un si haut intérêt, concerté entre les deux hommes sans contredit les plus compétons, même dans le grand siècle de Louis XIV, pour prononcer sur la meilleure méthode d'instruction auprès des infidèles ?
Ixviij MÉMOIRE POUR LES ÉTUDES
pliquer à connoître les préjugés de ceux que vous voulez instruire, afin d'en profiter autant qu'il sera possible , vous mettant dans leur place , et entrant dans leurs idées. Pour les amener à vous , vous devez faire plus de la moitié du chemin. Or , comme votre établissement à Siam n'a pas seulement pour but la conversion du peuple de Siam en particulier , mais celle des peuples voisins , de Pégu , de Laos , du Tunquin , de la Cochinchine et de la Chine même, et encore principalement et immédiatement l'instruction de ceux d'entre les nouveaux chrétiens que vous jugerez capables d'être ordonnés prêtres pour leur pays , vos vues doivent être fort étendues , et vous devez vous appliquer aux connoissances qui peuvent servir à la conversion de toutes ces nations différentes ; ce qui sera d'autant plus facile , qu'elles ont , autant que je puis connoître . des principes communs entre elles.