‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 36 sur 70 · THÉOLOGIE - MORALE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE - MORALE

Mais en quoi les auteurs ecclésiastiques des premiers siècles peuvent être utiles , c'est pour la discipline. Car je ne vois rien qui empêche de la suivre en formant un christianisme tout neuf et dans des pays où on ne peut dire qu'il faille s'accommoder à la foiblesse qui reste d'une longue corruption. Je crois voir donc que l'on devroit étudier exactement le livre des Constitutions apostoliques , qui est au premier volume des Conciles et ailleurs. Quoiqu'il porte un titre incertain , il est toutefois constamment ancien et du temps des persécutions , et il n'y a qu'à le lire pour en connoître l'utilité. On y verra toute la morale et la discipline de l'Église ; toutes les précautions avec lesquelles on éprouvoit les catéchumènes ; la discrétion dont on usoit dans l'administration de la pénitence ; quelles étoient les fonctions des diacres , l'ordre des assemblées ecclésiastiques , la règle des familles chrétiennes, et tout le reste que j'ai marqué succinctement dans les mœurs des chrétiens. Les apologies de saint Justin , d'Athénagore , de Tertullien ; les lettres de saint Cyprien , les épîtres canoniques de saint Grégoire thaumaturge , de saint Denys et de saint Pierre , tous deux évêques d'Alexandrie ; en un mot , tout ce qui nous reste des trois premiers siècles semble avoir été conservé par une providence particulière pour être

DES MISSIONS ÉTRANGÈRES. l.XXXV

les modèles sur lesquels on doit à jamais former les Eglises naissantes et réformer les anciennes. Je sais que vousavez de grandes mesures à garder avec les religieux portugais , et d'autres qui, n'étant guère instruits dans l'antiquité , pourvoient blâmer des pratiques très-saintes , et vous en faire des crimes à Rome ; mais je crois qu'il est toujours bon de vous proposer ces grands originaux , pour en approcher le plus qu'il sera possible. Cette connoissance de l'ancienne discipline suffira presque pour la théologie-morale ; car, dans les ouvrages que j'ai marqués , on verra la plupart des grands principes , et surtout on y apprendra à se servir de l'Écriture , et à l'appliquer pour décider les cas particuliers. On trouvera encore un grand nombre de principes solidement établis sur l'Écriture sainte, dans les œuvres morales de saint Basile, principalement dans ses petites règles. Or , il me semble que le meilleur en cette matière est d'avoir des principes , et non pas de vouloir descendre dans les cas particuliers , comme ont fait nos théologiens modernes. Leur méthode a plusieurs înconvéniens. Il est impossible de prévoir tous les cas. Il en arrive tous les jours de nouveaux qui embarrassent ceux qui ne les trouvent point dans leurs livres, et donnent occasion d'écrire et d'étudier à l'infini , et de ramasser un grand nombre de cas extraordinaires , qui ne sont plus en usage, sinon de salir les imaginations de ceux qui les étudient , les remplir d'idées affreuses , et les endurcir au mal. Enfin , cette application à des cas particuliers rétrécit l'esprit , comme la trop longue attention à de petits objets accourcit la vue , en sorte que l'on tombe dans des maximes trop humaines et dans des scrupules judaïques , fort éloignés de la noblesse de la loi de Dieu, que l'on perd de vue insensiblement. Les anciens avoient donc raison d'écrire très-peu sur cette matière . c'est-a-dire , seulement des canons pénitentiaux ; encore n'etoient-ils connus que des prêtres, et gardés sous un grand secret.

Je vois bien qu'il vous seroit plus commode de vous envoyer des traités tout faits; un pour la théologie spéculative où lesmvstères fussent expliqués nettement , et appuyés des preuves

ÏXXXVJ Ml'lVlOrKE POGE LES ÉTUDES

les plus solides de l'Ecriture et des conciles, avec les réponses aux principales objections des hérétiques ; un autre , pour la théologie-morale , à peu près semblable ; mais de tels traités nous manquent jusqu'à présent ; les meilleurs évêques de France les demandent pour l'instruction de leurs séminaires. On en a fait la proposition à plusieurs docteurs , et aucun ne Fa encore exécutée. J'espère toutefois que Dieu procurera de notre temps ce secours à son Eglise.

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