DES MISSIONS ÉTRANGÈRES. XCV
Il ne faut pas raisonner sur la religion.
Toutes les fausses religions imitent en ce point le langage de la véritable. Il faut croire , se soumettre , se défier de ta raison , ne la point écouter. L'autorité divine l'emporte sur tous les raisonnemens. Ainsi les mahométans ne parlent que de foi : ainsi les anciens idolâtres , quand on les pressoit sur l'absurdité de leurs fables , avoient recours à l'antiquité. Nos pères l'ont cru ainsi , eux qui étoient plus sages que nous. Nos poètes l'ont appris des dieux , les eboses divines passant leur portée. Puis ils exaltoient l'élégance des poésies qui étoient leurs livres sacrés , comme les uns font valoir le style de leur Alcoran , les autres de leur Bali. Mais ni les anciens ni les nouveaux infidèles ne viennent point à examiner comment ils sont assurés que Dieu a parlé, et que leurs livres sont sa parole. Toutefois cet examen est nécessaire pour distinguer la crédulité téméraire d'avec la foi prudente. Car on ne peut nier qu'il n'y ait eu des imposteurs ; autrement il faudroit croire la doctrine du premier venu. Vous devriez donc , leur dirois-je, croire la nôtre; et ensuite s'il venoit un mabométan , vous devriez encore le croire , et ainsi à l'infini , sans jamais vous arrêter à aucune créance. Il faut donc revenir à des signes évidens de l'autorité de Dieu , qui soient comme des lettres de créance de ceux qui viennent de sa part , sans lesquelles ou ne doit pas seulement les écouter.
Ces signes ne peuvent être que de:; miracles. Car, pour montrer que l'on parle au nom de l'auteur de la nature , il faut faire quelque ebose qui ne soit possible qu'à lui , c'està-dire , qui soit au-dessus des forces de la nature. Il semblera peut-être à quelqu'un qu'il seroit de la bonté de Dieu de se faire ainsi connoitre à ebaque homme en particulier , et de faire voir à chacun des miracles , pour l'assurer de la vraie religion, au moins une fois en sa vie. Mais si les miracles étoient si fréquens , ils ne seroient plus miracles. Il ne faut pas une moindre puissance , ni une moindre sagesse ,