‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 41 sur 70 · XCVJ MÉMOIRE POUR LES ÉTUDES · texte numérisé non relu

XCVJ MÉMOIRE POUR LES ÉTUDES

pour former un homme dans le ventre de sa mère , que pour ressusciter un mort. Rejoindre une âme à un corps encore entier, ou même rassembler les parties de ce corps déjà dissipées , n'est pas plus difficile que de le former la première fois , et y joindre la même âme. Il n'y a que l'habitude de voir naître tous les jours des hommes et des animaux, qui fait que nous n'admirons pas ces merveilles ; et si la résurrection étoit aussi fréquente, nous. l'admirerions aussi peu. D'ailleurs ce n'est pas à nous à donner des lois à Dieu , ni à lui prescrire quand il doit faire des miracles. Il suffit qu'il en ait fait de très-évidens , en présence d'un très-grand nombre de témoins , et que nous en ayons entre les mains des preuves incontestables. Tels sont les miracles de Moïse , ceux d'Ëlie , d'Elizée et des autres prophètes, ceux de Jésus- Christ et de ses disciples. Ils ont été faits en public pour la plupart ; ils ont été reconnus dans le temps , écrits par ceux qui les avoient vus , dans des livres qui ont toujours subsisté depuis , et que nous avons encore. Nous voyons les effets de ces miracles ; de ceux de Moïse en toute la nation des Juifs , qui subsiste depuis si long-temps dans tout le inonde , dans un état si singulier; de ceux de Jésus-Christ , dans l'établissement de la religion chrétienne , si sublime et si au-dessus de la nature , et principalement dans la manière dont elle s'est établie , par la souffrance et le martyre pendant trois cents ans de persécution. Je ne m'étends point sur ces preuves qui ont été si bien traitées par les pères de l'Eglise , et principalement par saint Chrysostôme et saint Augustin.

Le seul miracle de la résurrection de Jésus-Christ suffit pour prouver tous les autres , et par conséquent tous ceux de Moïse à qui Jésus-Christ a rendu témoignage. C'est pourquoi les apôtres ont pris tant de soin de prouver invinciblement sa résurrection. Or , celui qui ne se rend pas à ces preuves seroit bien en danger de ne se pas rendre à la vue du miracle même. Car on ne peut refuser d'ajouter foi à un fait si bien prouvé que par une mauvaise disposition d'esprit, ou pour n'en pas admettre les conséquences , qui sont de suivre la doctrine de Jésus-Christ , renoncer au plaisir , et com-

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battre ses passions ; ou simplement par orgueil , pour ne se pas confesser vaincu , pour se distinguer du commun, et faire l'esprit fort. Or , les mêmes dispositions feroient rejeter un miracle quand on l'auroit vu. Entre les Juifs qui furent picsens à la résurrection du Lazare , il y en eut plusieurs qui ne crurent pas à Jésus-Christ plus qu'auparavant. Au contraire , ils furent plus irrités , et persistèrent dans le dessein de faire mourir Jésus-Christ. Ils y ajoutèrent le dessein de tuer le Lazare , afin de s'ôter de devant les yeux cette conviction manifeste de leur aveuglement. Tels sont les hommes passionnés ; plus on leur fait voir leur tort , plus on les irrite. S'il vous arrive de fermer la bouche aux talapoins , et de mettre en évidence leurs erreurs, ne vous attendez qu'à les avoir pour ennemis implacables. Comme notre âme est la principale partie de nous-mêmes , et la raison ce qui nous fait hommes essentiellement , rien ne nous est plus précieux. Nous attaquer en cet endroit, est , ce semble , nous vouloir anéantir et nous détruire. Or , on attaque notre raison toutes les fois que l'on entreprend de nous montrer notre tort. C'est la source de toutes les disputes ; et de là viennent ces mouvemens si violens , en contestant sur des maximes , et même sur des faits qui souvent ne nous importent en rien dans le fond. Tout ceci fait voir clairement la vérité de cette parole de Jésus-Christ ( Luc , 16 , tf. 3i ) , que ceux qui ne se rendent pas à l'autorité de l'Ecriture ne croiroient pas un mort revenu de l'autre monde.

Il reste maintenant à examiner sur quelles preuves les Siamois ajoutent foi à leur Bali , les Indiens à leur Beth ou Védaiu , les musulmans à leur Alcoran. Je m'attache à ces derniers que je connois mieux. Ce que j'en dirai pourra s'appliquer aux autres. L' Alcoran , dit-on , est si bien écrit , et parle si dignement de Dieu , qu'il est clair que ce n'est pas l'ouvrage des hommes. Quant à la beauté du style , Homère le disputeroit et l'emporteroit de bien loin ; il est bien mieux suivi, et occupe l'esprit bien plus agréablement ; il plaît même dans des traductions fort imparfaites , au lieu que l'Alcoran, quoique bien traduit , est fort ennuyeux. Mais qui ne voit la

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foiblesse de cette preuve? Comme si on ne voyoit pas tous les jours des médians qui parlent bien , et disent de bonnes choses.. Au contraire, un menteur et un charlatan prennent plus de soin de bien parler que celui qui dit la vérité ; elle se soutient de soi-même. Le succès , disent les mahométans , a montré que notre prophète étoit envoyé de Dieu ; autre signe très-équivoque. Combien de fois Dieu a-t-il permis , pour punir les crimes des hommes , que l'erreur ait prévalu I Les musulmans eux-mêmes ne nomment-ils pas temps d'ignorance tout ce qui a précédé leur prophète ? Par la même raison , tous les hérésiarques , tous les auteurs des fausses religions , seroient envoyés de Dieu ; et , sans sortir des Indes , un Brama, un Sommonokodam , seront des dieux. De plus , nous savons comment la doctrine de Mahomet s'est établie avec la domination temporelle et par la force des armes ; en quoi il n'y a rien de surnaturel. Qui pourroit savoir comment la religion des Siamois , ou des autres Indiens , s'est introduite , y trouveroit aussi sans doute le contredit. Quant aux miracles , Mahomet marque souvent qu'on lui en demandoit , et il ne répond que par des discours généraux. Dieu, dit-il , en a assez fait par ses anciens prophètes , sans que le monde y ait cru. Pour moi , il ne m'a pas envoyé faire des miracles , mais prêcher les peines de l'enfer. Je sais que les musulmans racontent des miracles , et en attribuent quelques-uns à Mahomet ; mais ils ont été écrits longtemps après , et ils n'ont point de témoignage certain , et sont en substance bien différens des vrais miracles , sans utilité , sans liaison avec les faits véritables et connus d'ailleurs. D'alléguer, pour preuve qu'un livre est divin , la longue possession où l'on est de le croire tel , ce seroit ne pas raisonner. On ne prescrit pas contre la vérité ; il faut venir à la source , et voir si les premiers ont eu raison d'y croire ; car si leur créance a été téméraire , elle ne peut assurer celle de leurs descendans. De dire : nous avons bonne opinion de nos ancêtres , et nous présumons qu'ils n'ont cru que sur d e puissantes raisons , c'est revenir à autoriser toutes les religions ; car tous les peuples peuvent en dire autant. Donc Dieu

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nura enseigné également l'Évangile, l'Alcoran , le Beth , le Bali ,' quoique tous ces livres se contredisent et se détruisent l'un l'autre.

Mais outre que l'Alcoran n'a aucune preuve d'autorité divine , il a des preuves positives de supposition et de fausseté. Il se contredit en reconnoissant Moïse et Jésus-Christ comme envoyés de Dieu, et toutefois détournant les hommes de suivie leur loi. Il confond Marie, sreur de Moïse, avec Marie, mère de Jésus-Christ, qui ont vécu à deux mille ans Tune de l'autre. Il raconte des histoires impertinentes de Salomon, et de la huppe et de la fourmi qui lui parlèrent, et d'autres semblables. Ces contredits sont encore plus forts contre des livres qui contiennent des absurdités plus manifestes, contre des faits évidens par la simple expérience , ou par des démonstrations astronomiques , comme les rêveries des Indiens et des Siamois , touchant la grande montagne qui cause la nuit, touchant les éclipses et le reste. Il faut extrêmement insister sur ces argumens sensibles, et montrer que Dieu ne peut se contredire et nous dire dans un livre le contraire de ce qu'il nous dit dans la nature , par les sens et la raison que lui-même nous a donnés. Toutefois il ne faut pas outrer cet argument, ni faire la raison juge de la parole de Dieu , en sorte que , quand nous trouverons dans un livre quelque chose que nous ne pouvons accorder avec nos lumières naturelles , nous rejetions ce livre comme ne pouvant venir de Dieu qui nous a donné ces lumières. Ce seroit frapper par le fondement toute religion, et nous réduire à une pure philosophie humaine. Il ne faut donc pas commencer par cet examen , pour discerner si un livre est divin ou non. Comme notre raison est foible et obscurcie par les passions , nous pourrions nous y tromper. Je ne dirai pas d'abord, pour voir si ce livre est divin : Je veux l'examiner en lui-même , et juger s'il ne contient rien que déraisonnable et digne de Dieu. Mais je dirai : Voyons d'abord d'où il nous vient , et comment nous savons que c'est la parole de Dieu. S'il n'y en a pas de preuve, je n'ai rien à examiner davantage. Si l'on me prouve, en sorte que je n'en

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