‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 46 sur 70 · CVIIJ MEMOIRE POUR LES ETUDES · texte numérisé non relu

CVIIJ MEMOIRE POUR LES ETUDES

vois pour des personnes d'une vertu consommée , je les avertirois de se précautionner contre la tentation de faire paraître un grand fruit de leur mission. Il est triste à la nature d'avoir fait inutilement un si grand voyage , d'avoir tant souffert , et de demeurer dans cet exil volontaire. On veut , à quelque prix que ce soit, faire des chrétiens ; l'amour-propre se déguise en zèle. Regardez toujours les exemples des premiers siècles. On éprouvoit les catéchumènes pendant deux ou trois ans , et on ne donnoit ensuite le baptême qu'à ceux qui le demandoient instamment , et dont les mœurs paroissoient solidement corrigées. A cette épreuve servoient tant d'exorcismes et de scrutins pendant le carême , dont la pratique pourroit être rétablie très-utilement dans les nouvelles Églises. Je ne vois pas non plus que clans ces premiers siècles la conversion des princes fût regardée comme le moyen le plus propre à établir la religion. A la vérité , quand l'occasion s'en présenta , les saints évêques l'embrassèrent avec zèle , et en rendirent grâces à Dieu , comme d'un miracle. Mais auparavant ils la regardoient comme humainement impossible , par l'extrême difficulté qu'il y a d'accorder le souverain pouvoir , les honneurs et le luxe de la cour , avec l'humilité, la tempérance et les autres vertus chrétiennes. L'on dit que l'autorité des princes est le moyen le plus court pour amener les peuples au changement de religion , surtout en Orient , où les rois sont regardés comme une divinité ; mais je doute fort que cette autorité produisît une conviction intérieure. Je crains qu'elle ne fît seulement un changement dans le culte par une basse complaisance , et que de tels chrétiens ne fussent prêts à retourner à leurs idoles , au premier changement de souverain. Je craindrois encore que les missionnaires ne fussent tentés d'avoir des complaisances excessives pour un prince qui se seroit déclaré chrétien , et qu'ils ne crussent être obligés , pour le bien commun, à relâcher beaucoup de la sévérité de leur discipline. Je crois du moins qu'il faudrait , avant que de lui donner le baptême , l'éprouver bien plus que les particuliers. L'exemple de Constantin est remarquable. Il a été pendant trente ans le pro-

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