‹ Choix des lettres edifiantes ecrites des missions etrangeresChapitre 47 sur 70 · DES MISSIONS ÉTRANCERFS. CIX · texte numérisé non relu

DES MISSIONS ÉTRANCERFS. CIX

tecteuv de la religion chrétienne , sans être baptisé ; car il est certain qu'il ne le fut qu'à la mort.

Les biens et les maux suivent le mérite.

C'est ici , si je ne me trompe , l'objection capitale pour la morale ; elle a une apparence de raison et de justice ; c'est , dira-t-on , l'ordre des choses ; le bonheur est dû au bon usage de la liberté , le malheur au mauvais usage ; donc tout méchant est malheureux , et tout malheureux est méchant ; et comme l'expérience est contraire , il y aura d'autres vies devant et après; devant, pour avoir- mérité les biens et les maux de cette vie ; après , pour recevoir la peine et la récompense de ce qu'on y a mérité : et voilà la métempsycose. De là suivra que jamais l'état des esprits ne sera fixe ; car si tout dépend de leur volonté libre , ceux qui sont malheureux pourront , s'ils se convertissent , devenir heureux , et les plus heureux pourront tomber et devenir misérables. C'est le fond des erreurs d'Origène, qui les avoit prises de Platon et de Pythagore , et , à remonter plus haut , des Egyptiens , de qui les Indiens peuvent les avoir autrefois reçues. Il y a encore d'autres suites de ce principe. S'il n'y a que le mérite qui distingue les esprits , tous sont égaux naturellement, ou du moins de même nature ; le même sera ange , homme , démon , selon notre manière de parler. Il pourra même arriver à devenir dieu, selon que les Indiens entendent que l'est Soinmonokodam , et les autres qui l'ont été et le seront. Donc c'est par accident que les esprits deviennent âmes , et sont unis à des corps , pour peine ou pour récompense de leurs œuvres. Donc il n'y a que l'âme à considérer ; c'est l'âme seule qui est l'homme ; le corps n'est que le vêtement ou la prison. Je ne vois pas que les Indiens disent que les corps n'aient été faits que pour punir les esprits. Au contraire , je vois qu'ils comptent pour récompense d'animer des corps célestes , comme le soleil, les astres , le premier ciel , d'où vient le Xangti des Chinois , qui est comme le souverain esprit. Je vois encore que les Indiens comptent pour récom-

CX MÉMOIRE l'OUIt LES ÉTUDES

pense de devenir rois ou rayas , et même de passer en de certains animaux , comme des éléphans. Mais le fond du principe est toujours le même : un certain nombre d'esprits qui , selon leurs mérites ou démérites , deviennent heureux ou malheureux , et, après avoir expié leurs crimes par de longs tourmens , peuvent devenir heureux. Je ne vois pas qu'ils disent que ceux qui sont arrivés au souverain degré de bonheur puissent tomber.

Ou l'on prétend fonder cette doctrine de la métempsycose sur le raisonnement, ou sur l'expérience. D'expérience, on ne peut en alléguer de certaine. Tout homme sincère avouera qu'il ne se souvient de rien avant cette vie , et qu'il ne se souvient pas même du commencement de cette vie; et c'est ce qui avoit fait inventer aux anciens le fleuve Léthé , dont on faisoit boire aux âmes avant que de les renvoyer dans des corps. Quand donc Pythagore , ou Sommonokodam , ou qui on voudra , ont dit qu'ils avoient été autrefois un tel homme et un tel animal , ils n'ont pas dû être crus sur leur parole , et il étoit juste de leur en demander des preuves. Et pourquoi quelques particuliers seulement s'en seroient-ils souvenus? Et si la loi de la métempsycose étoit générale pour tous les hommes , la réminiscence devroit être aussi générale ; d'autant plus que l'on prétend que les âmes sont envoyées en d'autres corps , pour être punies ou récompensées. Or , la punition est inutile , si le coupable ne sait pourquoi il souffre. On ne se venge qu'à demi , si on ne le fait connoître. Il en est de même de la récompense. Que si , pour prouver la réminiscence , on a recours aux notions qui sont en nous des principes de toutes les sciences , comme Platon prétend s'en servir dans le Ménon , en ce cas il faudra revenir à ce qui a été dit, que tous les hommes ont à la vérité ces principes, et que c'est en quoi consiste le fond de la raison. Mais il n'est pas nécessaire qu'ils les aient appris dans une autre vie , puisque l'on demanderoit par quels moyens ils les auroient appris, et ainsi à l'infini. Il n'y a non plus aucune expérience qui nous oblige à attacher des esprits aux astres, ni aux cieux. Nous voyons bien que leurs mouvemens ont été réglés par quelque °sprit

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