‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 193 sur 252 · ACTE 1, SCENE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE

Tout ce que l'autre avoit par inclination.

Si tu peux en douter, juge- le par la crainte Dont en ce triste jour tu me vois l'âme atteinte.

STBATONICE.

Elle fait assez voir à quel point vous l'aimez. Mais quel songe après tout tient vos sens alarmés }

PAULINE

Je Tai vu cette nuit, ce malheureux Sévère, La vengeance à la main, l'œil ardent de colère : Il n'étoit point couvert de ces tristes lambeaux Qu'une ombre désolée emporte des tombeaux ; Il n'étoit point percé de ces coups pleins de gloire Qui retrancjiant sa vie assurent sa mémoire; Il sembloit triomphant, et tel que sur son char Victorieux dans Rome entre notre César.

Après un peu d'effroi que m'a donné sa vue :

" Porte à qui tu voudras la faveur qui m'est due. Ingrate, m'a-t-il dit; et, ce jour expiré, Pleure à loisir l'époux que tu m'as préféré.*' A ces mots j'ai frémi, mon âme s'est troublée, Ensuite, des chrétiens une impie assemblée.

Pour avancer l'effet de ce discours fatal, ' A jeté Polyeucte aux pieds de son rival.

Soudain à son secours j'ai réclamé mon père.

Hélas ! c'est de tout point ce qui me désespère ! J'ai vu mon père même, un poignard à la main. Entrer le bras levé pour lui percer le sein.

Là ma douleur trop forte a brouillé ces images ; Le sang de Polyeucte a satisfait leurs rages : Je ne sais ni comment ni quand ils l'ont tué.

94 POLYEUCTE

Mais je sais qu'à sa mort tous ont contribué. Voilà quel est mon songe.

STRATONICE

Il est Trai quMl est triste ; Mais il faut que votre âme à ces frayeurs résiste. La vision, de soi, peut faire quelque horreur, Mais non pas vous donner une juste terreur.

Pouvez- vous craindre un mort ? pouvez-vous cQÙndrD

un père Qui chérit votre époux, que votre époux révère, Et dont le juste choix vous a donn^. ^.hà Pour s^en faire en ces lieux un ferme et stkr appm?

Il m'en a dit autant, et rit de mes alarmes : Mais je crains des chrétiens les complotset les chames; Et que sur mon époux leur troupeau ramassé Ne venge tant de sang que mon père a versé.

8TRAT0NICE

Leur secte est insensée, impie, et sacrilège,

Et dans son sacrifice use de sortilège :

Mais sa fureur ne va qu'à briser nos autels ;

Elle n'en veut qu'aux dieux, et non pas aux mortels.

Quelque sévérité que sur eux on déploie,

Ils soutirent sans murmure, et meurent avec joie ;

Et depuis qu'on les traite en criminels d'état.

On ne peut les charger d'aucun assassinat.

PAULINE

Tais-toi, mon père vient.

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