‹ Choix des tragédies de Corneille, suivi d notes, précédé d'un essaiChapitre 96 sur 252 · SABINE, CAMILLE · texte numérisé non relu

SABINE, CAMILLE

SABINE

umi nos déplaisirs, souffi*ez que je vous blâme ; ne puis approuver tant de trouble en votre âme. le feriez- vous, ma sœur, au point où je me vois.

Si vous aviez à craindre autant que je le dois.

Et si vous attendiez de leurs armes fiitales

Des maux pareils aux miens, et des pertes égales?

CAMILLE

Parlez plus sainement de vos maux et des miens. Chacun voit ceux d*autrui d'un autre ceil que les siens: Mais à bien regarder ceux où le ciel me plonge, Les vôtres auprès d'eux vous sembleront un songe. La seule mort d'Horace est à craindre pour vous ; Des frères ne sont rien à l'égal d'un époux : L'hymen qui nous attache en une autre fiunille Nous détache de celle où l'on a vécu fille ; On voit d'un œil divers des nœuds si différents, Et pour suivre un mari l'on quitte ses parents. Mais, si près d'un hymen, l'amant que donne un père Nous est moins qu'un époux, et non pas moins qu'un

frère ; Nos sentiments entre eux demeurent suspendus, Notre choix impossible, et nos vœux confondus. Ainsi, ma sœur, du moins vous avez dans vos plaintes Où porter vos souhaits, et terminer vos craintes ; Mais si le ciel s'obstine à nous persécuter.

Pour moi j'ai tout à craindre, et rien à souhaiter.

SABINE

Quand il faut que l'un meure, et par les mains de l'autre C'est un raisonnement bien mauvais que le vôtre. Quoique ce soient, ma sœur, des nœuds bien diff^rentSi C'est sans les oublier qu'on quitte ses parents : L'hymen n'efi^e point ces profonds caractères; Pour aimer un mari l'on ne hait pas ses frères;

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