COMPLÉMENTAIRE
C’est un usage do notre iuslice, d’en condamner aulcuns pour l’advertlBsement des aultres. De les condamner parco qu’ils ont failly, ce serait beslico comme dict Platon, car ce qui est faict ne peult se desfaire; mais c’est à fln qu’ils no taillent plus de mesme, ou qu'on fuye l’exemple do leur faulte: on ne corrige pas celuy qu’on pend : on corrige les aultres parluy.
MONTAIGNE (T. IV, Chap. VIII.)
En présence des faits que nous venons de relater, et qui sont basés sur une observation aussi éclairée que scrupuleuse, ne sommes-nous pas autorisé repousser l’idée de l’importation par les provenances d’Alexandrie et d’Egypte, et à considérer cette cause comme étrangère li notre choléra de Marseille, en 1865?
Les considérations qui vont suivre, sont spéciales à notre épidémie; nous n’avons pas l’intention de les appliquer d’une manière générale h celles qui, depuis la grande invasion de 1832, se sont successivement montrées en France. Nos idées subiraient probablement quelques modifications, si nous étions appelé à nous prononcer sur les choléras qui, pour la septième fois, sont venus jeter le deuil dans nos populations. C’est donc uniquement sur l’épidémie de l’année dernière Marseille, que nous désirons fixer, un moment, l’attention de nos lecteurs bénévoles.
Nous avons été péniblement surpris de voir surgir delà capitale, un spirituel et savant écrivain, venir s’emparer d’une circonstance fortuite, la coïncidence de l’arrivée dans nos ports, de la Stella et de ses hadjis en haillons, pour proclamer l’importation du fléau Indien, par ces malheureux pèlerins errants sur nos quais.
Nous laissons à d’autres la mission de prouver que, c’est la grande affluence de Pèlerins auprès do la chapelle du Marchand- Prophète, quia importé le choléra à Alexandrie, qui, à son tour, a créé sur nos côtes des foyers épidémiques, par l’intermédiaire des nombreux steamers arrivant dans nos ports.
S’il en était ainsi, pourquoi ces fervents sectateurs de Mahomet, qui viennent religieusement, en grand nombre, toutesles années, des bords de l’Océan Indien, et du fond du Golfe Persique saluer la riche mosquée de la Mecque, ou prier à, Médina, la ville aux palmiers, sur le tombeau en cône pierreux du Prophète, n’ont-ils pas, après leurs innombrables hécatombes, immolées au foyer de la misère, d’une agglomération puante et infecte, importé annuellement le fléau qui voyage avec eux?
Depuis longues années, cependant, les communications entre Marseille et l’Egypte sont fréquentes et nombreuses. Ce ne sont pas les moyens de transport ou de transmission qui ont manqué à l’endémie de l’Inde, pour nous arriver par ces voies faciles et promptes.
Ce qui lui a fait défaut, c’est le ciel, avec ses perturbations anomales, ses phénomènes insolites, sa température embrasée ou humide pendant de longs mois ; car, avec sa participation, il y aurait lieu de craindre que ses visites ne fussent plus multipliées, et que nous n’eussions la triste perspective de nous trouver souvent face à face avec sa hideuse physionomie, depuis sa naturalisation en Europe, et les droits de cité qu’il a malheureusement conquis, dans la France Méridionale, dès l’année 1835.
Nous regrettons vivement, que, cédant il un premier mouvement d’entraînement peu réfléchi, l’opinion publique ait fait peser sur l’importation seule, la lourde responsabilité des malheurs qui ont frappé notre ville, au lieu de rechercher les véritables causes de ces calamités; et qu’elle ait accepté sans contrôle, une opinion qui, avec des apparences de vérité, devait crouler devant des observations dégagées de toute présomption.
Nous reconnaissons la puissance d’une idée devenue populaire, parce qu’elle caresse l’instinct des masses, et soutient ses premières croyances. Nous n’ignorons pas le prestige qui entoure un tribun populaire, qui a pour piédestal ce même peuple, qu’il adule et qu’il flatte : Mais, quelque soit le triomphe sur lequel il compte, même, avant la victoire, nous avons le courage de lui dire notre opinion, parce qu’elle puise sa force dans les convictions les plus désintéressées.
L’idée de l’importation cholérique à Marseille, par les navires venus d’Alexandrie, a été lente à s’établir. Malgré certains articles dejournaux, dûs à des plumes habiles, qui fesaient autorité par le nom de leur auteur, ce n’est, qu’au jour où M. Grimaud (de Caux), après une enquête effectuée au milieu d’une préoccupation autre que celle du choléra, trancha hardiment la question, en assurant que les passagers de la Stella avaient introduit cet importun visiteur dans notre commerçante cité, que cette opinion, séduisante par sa simplicité, trouva dos adhérents. Les causeries dont elle lésait l’unique sujet, la généralisèrent : telle fut l’origine du succès de l’importation. (1)
Acceptons lq fait delà Stella qui mouillait dans nos ports, le 1 1 juin avec patente nette , ainsi que les inculpations qui pèsent sur le Bysantin, la Marie-Louise, la Syria, le Volga, le Saïd, accusés, tous, du crime de l’importation cholérique.
Le 2 juin, on avait déjà constaté un décès cholérique, et, sans tenir compte des certificats libellés, cholérine, miserere, entérite aigue, qui semblent vouloir déguiser, quoique imparfaitement, une maladie dont on hésite encore à prononcer le véritable nom, nous retrouvons de nouveaux cas, suivis de mort, les 6, 9 et 12 juin.
D’où nous venaient ces premières atteintes du mal Indien ? A qui peut-on les imputer? Les navires, receleurs, sans complicité du miasme cholérique, voguaient paisiblement a pleine voile vers nos côtes, sans prévoir l’accueil peu favorable qui les recevrait au port.
Si, à cette époque, il est impossible d’attribuer aux provenances des pays contaminés, le début de la maladie , n’est-on pas autorisé à en rechercher la cause h ses véritables sources , l’état météorologique, dans l’exaltation de la température, non pas, dans cette chaleur sèche qui embrase l’air, mais au foyer de cette chaleur ardente, entrecoupée par le froid humide de l’atmosphère, le
(1) Voir dans les Mondes ( n° du 28 juin 1 866) une Justification, par l’abbé Moigno, à l’adresse de JI. de Grimaud de Caux.
matin et le soir, qui donne naissance au choléra sporadique annuel, dans les provinces méridionales, aux environs de la mer, des marais, et des étangs.
Mais, négligeons, pour un moment, les cas de choléra bien caractérisés, qui militent en faveur de la cause que nous défendons, et admettons, avec le savant promoteur de l’opinion contagioniste, que la Stella, le Saïd, aient importé l’épidémie d’Alexandrie et d’Egypte : Nous nous permettrons de lui demander, pourquoi le choléra, si facilement contagieux, a mis si longtemps îi se manifester comme épidémie, puisque du 41 juin, jour d’arrivée de la Stella, au 34 juillet, nous n’enregistrons que 28 décès cholériques, bien que 49 paquebots soient entrés dans le bassin de la Joliette, ramenant d’Alexandrie 4,020 personnes, dont 2,293 passagers? (4).
Nous n’acceptons pas la date du 23 juillet, pour celle de l’apparition officielle du choléra épidémique — 4 décès — à moins de créer une définition de l’épidémie autre que celle qui lui appartient.
Si l’épidémie est une affection populaire, extraordinaire, qui tend incessamment à se propager et a se généraliser, qui revêt un caractère spécial de gravité, en même temps que, les phénomènes qui la signalent, empruntent une physionomie insolite toute particulière, nous demanderons si un décès cholérique enregistré le 23 juillet , et 4 a 5 constatés de cette date aux premiers jours du mois d’août, constituent pour une population de trois cents mille âmes, l’éclosion d’une épidémie?
Comment expliquer que 4,020 personnes, passagers ou équipages, venues des pays contaminés, jetées dans toutes les directions de la ville, aient noué des relations avec les habitants et n’aient fourni, du 4 1 juin au 34 juillet que 28 victimes au choléra? C’est que le terrain à l’épidémie n’était pas encore assez préparé. Or la seule explication vraie et logique à donner, est que le choléra de 4 865 à Marseille, n’est que la transformation épidémique de notre choléra sporadique survenue dans le courant du mois d’août sous des influences météorologiques anomales et dont les premiers cas remontent à la fin du mois de mai.
(4) Bulletin des travaux de la société impériale de médecine de Marseille 4865, p. 474, Happortde la Commission.
Cotte proposition, qui, à priori, peut paraître hasardée, n’a rien d'étrange ni de surprenant. Ne voit-on pas tous les jours, les maladies annuelles qui sont soumises îi la succession des saisons, qui en signalent la venue, en règlent la marche, en limitent le règne, surgir inopinément comme maladies populaires, et revêtir tous les caractères des épidémies?
Si notre choléra eût ôté importé, il n’eût pas exigé une longue incubation pour signaler ses ravages. Il a fallu que la température, les vents, la pression atmosphérique, élaborassent lentement une constitution médicale cholérique, pour nous le montrer sur le champ de bataille qu’il s’ôtait choisi avec les caractères d’une épidémie franche. Ainsi, les affections catarrhales, la grippe, les éruptions fébriles, dont l’apparition est étroitement unie aux variations et aux vicissistudes atmosphériques, no se couvrentelles pas du manteau épidémique pour se propager et répandre la terreur et la mort?
La banlieue de Marseille ne nous a-t-elle pas fait assister îi une de ces métamorphoses d’une maladie annuelle en véritable épidémie? La variole maligne qui a régné au village de Saint-Marcel, et dont la gravité a un moment ému l’administration supérieure, et provoqué, sous l’inspiration du médecin des épidémies, les sages mesures qui ont arrêté son expansion, n’est-elle pas venue confirmer notre proposition et l’appuyer de l’autorité qu’elle puisait dans le nombre de scs victimes? D’autres maladies locales : les angines, les dyssen tories, et la classe nombreuse des pyrexies ne sont-elles pas susceptibles de ce changement ?
Les maladies endémiques, quels que soient les noms qu’elles portent, sans distinction du lieu de leurs exploits, qu’elles soient parquées dans l’Archipel du Mexique comme la fièvre jaune, dans la basse Égypte, comme la peste, limitée îi quelques plages de l’Inde, comme le choléra, ou l’apanage des côtes marécageuses comme les fièvres intermittentes ; toutes ces endémies qui, îi des époques régulières se montrent tous les ans dans ces pays déshérités, ne quittent-elles pas leurs foyers pour se répandre avec une gravité insolite en prenant les caractères des épidémies?
Or, si certaines maladies annuelles, si des endémies permanentes, fièvres intermittentes des lieux marécageux, dyssenteries des Indes Orientales, fièvre jaune des Antilles, choléra des bords du Gange , qui régnent à demeure sur la contrée où elles naissent par un concours de causes locales permanentes, action du climat, du sol, effet du régime, des mœurs, des coutumes religieuses, jouissent do la faculté contre nature de quitter l’enceinte de leur théâtre pour se transformer en épidémies, pourquoi nous étonner de la métamorphose de notre choléra sporadique en épidémique, alors que tant de causes ont concouru îi produire et favoriser ce fâcheux et regrettable accident ?
Qui ne sait, qu’antérieurement comme depuis la grande invasion cholérique qui, en mars \ 832 nous arriva de Londres et fondit subitement sur Paris, il existe tous les ans, et surtout dans les mois de juillet, d’août, de septembre, une affection cholérique sporadique qui frappe avec violence, les victimes dont le nombre se mesure à certaines conditions atmosphériques particulières, et à une aptitude spéciale des individus atteints : que ces cas passent inaperçus parce qu’il ne se fait autour de leur apparition et des tombes qui les cachent, ni bruit ni retentissement?
Qui ignore, que sous notre zône, les maladies de l’été accusent, en raison delà température élevée et soutenue que nous subissons, une altération profonde de l’appareil assimilateur et une lésion spécifique comparable des forces ?
Peut-on mettre en doute la perturbation des fonctions gastrohépatiques qui tend incessamment à retentir sur ses produits, et à les modifier ?
Est-on autorisé à nier le tumulte qui se fait dans les fonctions nerveuses ?
Si l’on admet cet état particulier qui touche de près à un véritable état pathologique dont nous sommes redevables à l’été, on est conduit tout naturellement, par l’étude des influences qui dominent cette saison, h se rendre compte de la nature des maladies qui la caractérisent, et la désignent d’une manière toute particulière.
Or, nous avons, d’une part, une température élevée, soutenue pendant plusieurs mois à un degré fatigant pour nos organes , qui excite, outre mesure, lesystôme nerveux si facile à être ébranlé, et dont les secousses poussent àl’épuisômentdes forces, en entraînant dans ce désordre, l’appareil digestif.
D’autre part, nous avons à lutter contre cette tendance fâcheuse, de céder au dégoût de l’estomac pour toute nourriture tonique, reconfortante, alibile, et contre notre faiblesse à nous abandonner au caprice du goût, qui, dans ses instincts dépravés qu’il consulte seuls, dans ces moments, pousse à une alimentation débilitante qui mène fatalement à l’affaiblissement radical des fonctions assimilatrices et à l’annulation souvent complète et toujours regrettable des fonctions digestives. Si nous ajoutons l’entrainement irrésistible d’étancher par des boissons aqueuses, une soif que rien ne satisfait, qui réclame dans ses besoins impérieux, despotiques, incessants, des breuvages variés qui conduisent, et c’est le moindre accident, à la porte complète de l’appetit, qu’on s’efforce alors, mais trop tard, do roveiller par tous les condiments que nos voisins d’Outre-Mancho, ont introduit sur nos tables.
Si nous complétons ce tableau par l’aveu de notre faiblesse ou de notre impuissance à nous livrer aux travaux de l’esprit, et, par reconnaître la facilité avec laquelle les plus légères fatigues intellectuelles ou physiques amènent une énervation longue et pénible, nous aurons la solution claire, évidente, réelle, des maladies de cette saison.
Voilà pourquoi le catalogue des maladies estivales inscrit par ordre de succession, les gastrites, les gastro-entérites, les hépatites, les diarrhées, les dyssenteries et le choléra ; choléra, dont l’apparition est aussi régulière, dans les mois de juillet, d’août, de septembre, comme affection sporadique, que les fièvres intermittentes, les hémorrhagies, les névroses, dûes à la révolution équinoxiale , et la tribu des irritations locales : rhumes, bronchites, rhumatismes, le sont au printemps, et dont les causes se retrouvent dans les vicissitudes atmosphériques, dans la surexcitation générale qui se lie à cette saison : aussi fréquente, que les Oè-
vres quartes, les fièvres rémittentes, les angines, les pneumonies les sciatiques, les rhumatismes articulaires, le sont en automne: aussi exactes à se montrer, que les maladies des organes parenchymateux, celles de l’appareil circulatoire, du système respiratoire, le sont en hiver.
Puisqu’il est reconnu et admis que le choléra sporadique, est, avant comme depuis l’année 4 832, l’importun et fidèle visiteur du Midi de la France, durant la saison d’été, pourquoi s’étonner de le voir accidentellement se transformer en épidémie, et revêtir les caractères qui révèlent une maladie populaire?
Cette métamorphose s’élabore dans certaines conditions particulières de chaleur , d’humidité , d’influences météorologiques diverses, toujours insolites, au foyer de l’insalubrité, dans une agglomération exagérée d’individus, pour éclore, à un moment donné, et se répandre dans l’espace en couvrant de sa fatale influence , une étendue qui se mesure à ces mêmes conditions atmosphériques , à la constitution médicale dominante , et aux dispositions do l’organisme.
Dans nos convictions, nous n’hésitons pas à croire que Marseille a présenté en 1863, au choléra sporadique, les conditions qui devaient favoriser son développement comme épidémie.
Les savantes observations faites par notre honorable confrère, le Dr Didiot, sont venues confirmer et corroborer celles qui nous étaient personnelles.
L’importation cholérique par les provenances des pays contaminés, nous parait étrangère à l’épidémie de Marseille.
Par égard pour l’honorabilité des noms qui ont figuré dans la polémique qu’à fait surgir cette délicate question, nous nous abstiendrons de toute réflexion.
Nous demanderons, toutefois, à ceux qui nient l’influence météorologique, d’expliquer pourquoi Solliés-du-Var, s’endormant dans le calme d’une sécurité parfaite, s’éveille, au lendemain d’un violent orage, au milieu des terreurs que lui inspirent les soixante victimes que l’épidémie cholérique frappe subitement.
Nous prierons aussi, les plus ardents partisans de l’importation, de dire comment la ville d’Hyères a échappé à cotte influence,
malgré les douze cents immigrants, qui sont sortis A la hîtte, le trouble clans l’esprit, la crainte clans le cœur, de la Seyne, de Toulon , do Solliès, décimés par la maladie, pour demander à cette riante et fraîche cité, un asile, et l’espérance d’un lendemain.
Pourquoi, enfin, la capitale de nos possessions d’Afrique, qui a accueilli la plus grande majorité de ces mômes pèlerins, qu’on a été heureux de rencontrer, pour les accuser d’avoir introduit dans leurs turbans et leurs burnous, le choléra fi Marseille, a-t-elle résisté, pendant plus de trois mois, aux regrettables effets de l’importation?
Le choléra de 1 SGG ne pourrait-il pas nous apprendre que les germes encore vivaces de l’épidémie dernière, qui ont résisté à l’hiver, viennent d’ôtro fécondés, pour éclore sous l’influence de la saison d’été ?
En effet, il nous suffira de rappeler, que, dés son apparition, signalée par de rares décès isolés, le choléra, en peu de jours, arrivait à frapper de mort plus de vingt victimes en vingt-quatre heures, pour disparaitre en quelque sorte devant un changement brusque et subit de température qui s’abaissait sensiblement sous le souffle d’un vent de N. -O., survenu après une pluie d’orage (1).
(1) Nous devons à l’obligeance de M. Joseph Mathieu, publiciste distingué, statisticien aussi consciencieux que savant, un tableau comparatif de la marche et du développement du choléra à Marseille, en 1865 et en 1866.
Nos lecteurs nous saurons gré, nous osons l’espérer, de cette communication intéressante, dont M. Mathieu ù, bien voulu nous donner les prémices.
Décès Cholériques.
Année 1856. Année 1866.
15 au 21 juillet
22 au 28 id . ......
/|rc
semaine
29 au 4 août
5 au 11 id
12 au 1 8 id
Libre à chacun de ne voir dans ce fait qu’une simple coïncidence. Pour nous, nous y trouverons, une fois de plus, la preuve irrécusable de l’influence météorologique sur les maladies.
S’il fallait, pour expliquer le développement des épidémies, recourir sans cesse,- à l’importation et à la contagion, on aurait de grands efforts d’imagination à faire pour rendre compte du travail de propagation occulte et tacite qu’a dû entreprendre le choléra qui vient d’éclater à, Constantinople, pour y apparaître, succédant a un état sanitaire des plus satisfaisants, sans l’intervention de caravanes cholérisées, et malgré les sévères mesures quarantainaires qui ont été mises à exécution.
Si le choléra actuel n’émeut pas notre laborieuse population et ne paralyse pas le mouvement des affaires, c’est que les cas sont peu nombreux et qu’il y a lieu d’espérer et de croire qu’il ne rencontrera pas, dans les conditions atmosphériques et dans l’état météorologique, les éléments nécessaires à son développement comme épidémie.
Contrairement à, l’année dernière, nous n’avons pas, grâce à une certaine variabilité dans le temps, acquis cette aptitude spéciale qui nous fait recevoir les impressions do la saison d’été. Notre sensibilité n’est pas montée au ton élevé des qualités atmosphériques ordinaires aux mois de juillet et d’août. On est autorisé à admettre, qu’avec la longueur des nuits, leur fraîcheur, la présence des vents, qui viendront atténuer la chaleur de la journée, nous n’aurons pas â ouvrir pour 1866 un long et triste nécrologe comme en 1865.
C’est à la saison actuelle que nous devons cette bonne fortune : les Pèlerins de la Stella et du Fort St-Jean n’ont plus de rôle a jouer.
Aux maîtres de la science de prononcer après une enquête sérieuse, un examen consciencieux et impartial.
Doclores certant, et ad hue sub judice lis est.
Dr Ch. Gués.
Nous empruntons îi un article de M. J. Mathieu, que nous aimons à citer, quand il s’agit de renseignements statistiques, quia
pour titre : — Rcsisloucc tyiotciIc ou cholévo la réfutation cl un bruit qui s’était accrédité clans le public, et dont les conséquences étaient des plus fâcheuses, à savoir qu’il s’était produit clans un très grand nombre do maisons, dos cas multiples de choléra. Voyons la confiance qu’il faut accorder à ces bruits; laissons parler l’honorable statisticien.
«Ce qui nous a souvent frappé dans les recherches statistiques que nous avons faites il ce sujot, c’est la quantité de maisons et même de rues où il no s’est produit aucun décès cholériques pendant les diverses épidémies, y comprises les plus meurtrières, que nous avons eu îi traverser.
« Pour résumer nos observations, nous nous contenterons de placer sous les yeux do nos lecteurs le résultat de nos recherches pour ce qui concerne seulement les épidémies de 1835 et de 1865.
« En 1835 la ville de Marseille comprenait 520 rues, places publiques ou promenades et environ 15,000 maisons, et pourtant il n'a été constaté de décès cholériques que dans 397 rues et 1,662 maisons seulement. Il y a eu donc 123 rues et 13,328 maisons où il n’y a pas eu de personnes mortellement atteintes du choléra. On sait que le chiffre des décès pendant la seconde iuvasion de 1835 s’est élevé à 2,255.
« En 1 865 sur 620 rues, 301 seulement ontfourni des victimes. 11 en est donc 319 qui ont joui d’une immunité parfaite.
«Nous devons ajouter qu’en 1 865 sur 30,000 maisons environ qui existent dans la commune de Marseille, des décès cholériques n’ont été constatés que dans 1515 maisons.
« Il reste maintenant à vider la question du nombre des maisons où des déeès répétés se manifestent en temps d’épidémie. Par le velevé que nous allons donner ci-dessous, on pourra se convaincre que les mesures d’hygiène et d’assainissement ont puissamment contribué depuis 1835 à en diminuer le nombre dans une proportion considérable, à chaque apparition du choléra dans nos murs.
« Des décès répétés ont eu lieu :
En 1835 dans 393 maisons.
« Il est môme à remarquer que dans les 64maisons où il y a eu
des décès répétés en 1865, 48 ne comptent que deux décès; Il où on en a constaté 3 ; 5 où il y en a eu 4 et une seule qui figure pour 7, rue Turenne, n° 6 (1).
« Les chiffres que nous venons de livrer à la publicité sont certainement de nature à détruire bien des opinions erronées sur l’étendue des ravages du choléra , malheureusement toujours trop grands , mais que la peur ne manque jamais d’exagérer.
« On peut considérer le fait de la diminution constante du nombre des maisons où des décès cholériques se sont produits, comme la preuve qu’on se garantit mieux aujourd’hui du choléra et que ses effets funestes peuvent être efficacement combattus par des mesures préventives.
«Nous avons la conviction intime, que si toutes les administiations des grands centres où le choléra a déjà sévi plusieurs fois, portaient leur attention sur le fait important que nous venons de signaler , elles pourraient aisément avec le concours de tous les citoyens dévoués et intelligents, combattre le mal dès son apparition et en circonscrire de plus en plus les ravages. »
(1) C’est dans cette maison que M. le Dr Didiot a , le premier , signalé l’origine du choléra (le 2 juin).
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