‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 11 sur 69 · Mouvement général du pèlerinage du Hedjaz · texte numérisé non relu

Mouvement général du pèlerinage du Hedjaz

nationalité pour les provenances du Nord et la mer Rouge :

Nous avons donc d'une part — en faisant la moyenne — 16,95 p. 100 des pèlerins du Sud qui n'ont pu acquitter les droits de lazaret de Camaran et d'autre part 34,64 p. 100 des autres pèlerins qui, en arrivant au Hedjaz, étaient incapables de payer un droit peu élevé d'environ deux francs.

Il est remarquer que parmi les hadjis provenant des pays où le pèlerinage a été réglementé, les pauvres sont en infime proportion; par contre, clans les pays où subsiste la liberté du pèlerinage, ils sont en grand nombre. Je ferai seulement le rapprochement suivant :

Malais et Javanais 0,85 p. 100 pauvres

Algériens et Tunisiens 1,63 — —

Ottomans 44,71 — —

Un pèlerinage total comprend donc 25,78 p. 100 de pauvres, c'est-à-dire que dans un pèlerinage moyen de 45.000 individus nous aurons environ 12.000 indigents.

Les enfants, au-dessous de sept ans, se répartissent parmi les pèlerins du Sud de la façon suivante :

Malais et Javanais 6,70 p. 100

Indiens et Afgans 5,20 —

Persans et golfe Persique .... 3,90 —

Boukhariotes

Sujets russes

Hadramoutes et Mascate

Somalis

Soudanais

Marocains

Algériens et Tunisiens

Egyptiens

Pèlerins des diverses régions de

l'empire ottoman

LES PÈLERINS

Pour les autres pèlerins, la moyenne de ces mêmes enfants est de 3,40 p. 100. Ce sont les hadjis les plus pauvres qui ont avec eux le plus d'enfants en bas âge ; voici quelques exemples :

Hadramoutes . 91,47 p. 100 pauvres. 17,53 p. 100 enfants. Soudanais. . . 53,28 — — 10,56 — —

En résumé — pour ce même pèlerinage moyen — nous aurons environ 2.200 enfants au-dessous de sept ans.

Le nombre des femmes ne peut être indiqué que pour les pèlerins venant du Sud :

Malais et Javanais 18,20 p. 100

Indiens et Afgans 24,20 —

Persans et golfe Persique .... 9,30 —

Nous aurons donc une moyenne de 12 p. 100 de femmes. De telle sorte qu'aux 12.000 pauvres et aux 2.200 enfants viendront encore s'ajouter 5.400 femmes, c'est-à-dire que sur un pèlerinage de 45.000 hadjis nous en avons déjà certainement 19.600 — bien près de la moitié — qui sont des individus faibles et partant rapidement mis par les fatigues et les privations en état de moindre résistance.

Mais à ce premier nombre il faut en ajouter un autre — impossible celui-là à évaluer et cependant très élevé — : c'est celui des vieillards. Ainsi il n'est pas rare de voir à bord d'un navire, provenant de Java surtout, cent personnes très âgées sur huit cents pèlerins.

De même des infirmes ayant confiance dans la miséricorde divine, comme dans tous les pèlerinages à quelque religion qu'ils appartiennent, se pressent en foule vers le Hedjaz : je me rappelle avoir vu une vieille Boukhariote impotente et d'au moins quatrevingts ans qui avait fait tout le pèlerinage sur le dos de

son fils pour venir mourir enfin — au retour — au lazaret de Clazomènes.

On peut affirmer — sans crainte d'être taxé d'exagération — que près des deux tiers des pèlerins — à un titre quelconque — sont des êtres affaiblis par l'âge, la misère ou les infirmités.

Mortalité des pèlerins pendant le pèlerinage. — Les statistiques publiées chaque année par les soins du service sanitaire montrent qu'il existe une différence considérable entre le nombre des pèlerins arrivés par voie de mer et celui des partants après les fêtes. Cette différence est naturellement encore plus élevée lorsque le choléra apparaît au Hedjaz.

M. le Dr Vaume, ayant constaté le fait, cherche à l'expliquer ainsi1 :

<( 1° Plus de 10 p. 100 meurent;

« 2° Les caravanes de Syrie et de Djebel-Chamar sont généralement plus fortes au départ qu'à l'arrivée ;

« 3° Beaucoup de pèlerins restent dans les médressés* de la Mecque et de Médine ;

a 4° De nombreux retardataires s'en vont dans le courant de l'année par petits groupes et ne figurent pas sur les registres du service sanitaire. »

Je ne crois pas cette explication entièrement exacte. Quelques caravanes sont peut-être plus fortes au retour qu'à l'aller, mais, par contre, d'autres sont moindres; il est compréhensible que pour des pèlerins dont beaucoup manquent d'argent ou dont les forces sont épuisées, il est préférable de prendre la voie de mer quand ils le peuvent, tout au moins pour une partie de leur parcours, d'autant plus qu'ils ont toujours l'espoir d'obtenir à Djecldah un billet gratuit.

1. D1' Vaume. Rapport au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1891.

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