‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 14 sur 69 · Conférence de Paris · texte numérisé non relu

Conférence de Paris

LES PÈLERINS

Les gouvernements hollandais, français, autrichien et égyptien exigeant de leurs pèlerins la présentation d'une somme d'environ 1.000 francs, on peut donc admettre — a priori — que c'est celle nécessaire pour effectuer le pèlerinage, et que, par conséquent, tous les pèlerins la possèdent. Certes, je n'ai pas la prétention de dire que tous les pèlerins ont 1.000 francs à leur disposition, mais, par contre, les Javanais, les Malais, les Doukhariotes et même les Persans ou les Indiens sont tous ou presque tous riches et dépensent beaucoup plus que cette somme, étant donné qu'ils séjournent souvent trois et quatre mois au Hedjaz.

Pour un pèlerinage tel que celui que j'ai fixé comme type, la dépense moyenne par pèlerin sera d'environ 1.000 francs, et le total de 45.000.000 de francs.

Une grande partie de cette somme reviendra d'abord aux compagnies de navigation. Les Javanais et les Malais paient leur billet 250 francs; pour les Indiens, le voyage sera de 80 roupies, et celui de retour de 60 seulement, soit en moyenne 230 francs; on viendra du golfe Persique pour 125 francs, et on y retournera pour 75 francs, soit 200 francs en tout; le voyage de l'Algérien ou du Tunisien lui coûtera 250 francs; les Turcs et les Syriens iront et reviendront pour 200 francs environ; le Boukhariote est à l'heure actuelle celui qui dépense le plus en frais de transport, et il lui faudra débourser au moins 400 francs ; les Égyptiens, par contre, ne paieront guère que 130 francs.

Il faut ajouter qu'un assez grand nombre de pèlerins, — surtout parmi les Turcs et les Syriens, — viendra gratuitement et qu'un plus grand nombre retournera de môme; mais il est néanmoins certain que plus de 10.000.000 de francs resteront pour un tel pèlerinage

entre les mains des diverses compagnies de navigation*..

La plus grande dépense des pèlerins sera ensuite celle de la location des chameaux; les évaluations les plus modestes estiment que dans une caravane effectuant les parcours dans le Hedjaz on doit compter deux chameaux pour trois pèlerins ; or, la location d'un chameau pour toutes les pérégrinations du pèlerinage revenant à environ 250 francs, il se dépensera en ce seul mode de locomotion environ 7.500.000 francs chaque année. Je ne compte pas là dedans, bien entendu, les pourboires à donner aux Bédouins chameliers, pourboires qui, au dire des pèlerins eux-mêmes, sont élevés, fréquents et impossibles à refuser sans courir le risque de se voir abandonner par son guide comme le fait s'est produit quelquefois.

Le service sanitaire nous intéressant particulièrement il faut voir quelles sont les sommes qui lui seront versées par les pèlerins :

Les 23.000 hadjis, venant d'au delà de Bab-el Mandeb, passeront par le lazaret de Camaran : les Malais y paieront environ 6 francs, les Indiens acquitteront une taxe double, soit 12 francs, les pèlerins du golfe Persique ne débourseront que 2 francs. Ces diverses sommes sont calculées au prorata de la durée du séjour fait au lazaret. Mais beaucoup parmi ces pèlerins se déclareront pauvres et la caisse sanitaire ne recevra pas plus de 160.000 francs.

Sur les 45.000 pèlerins débarquant au Hedjaz 80 p. 100 solderont, au profit du service sanitaire, le droit dit toprak parassi 2 qui est de 2 francs ; de ce

1. C'est d'ailleurs l'évaluation faite par les agents de ces compagnies.

2. Toprak parassi, littéralement argent du sol, c'est-à-dire droit de débarquement payé par tous ceux qui entrent au Hedjaz ou au Yémen.

LES PÈLERINS

chef iiiie nouvelle somme de 72.000 francs sera encaissée.

Enfin au retour les pèlerins passant par la Turquie et ceux y rentrant donneront aux lazarets de Beyrouth ou de Clazomènes un dernier appoint d'environ 30.000 francs.

Ces divers chiffres réunis constituent un total de 262.000 francs versés par les pèlerins dans les caisses du Conseil supérieur de santé, et je ne comprends pas ici les droits payés par les navires amenant les pèlerins, subissant les quarantaines avec eux ou stationnant dans les ports.

Au retour les hadjis rentrant dans le Nord — 22.000 dans l'exemple actuel — acquitteront au lazaret de El Tor un droit fixe d'une dizaine de francs, soit 220.000 francs. Mais à ce moment du retour beaucoup n'ont plus d'argent et tous ne peuvent pas payer surtout une taxe aussi élevée; il sera môme nécessaire de pourvoir à la nourriture d'un grand nombre d'entre eux.

Chacun des passages des pèlerins en un endroit quelconque laisse sur la place une somme considérable. Ainsi, lors de l'embarquement et du débarquement par samboucks 1 des hadjis à Djeddah il est dépensé annuellement 225.000 francs environ; or étant donné qu'il n'y a pas plus de cent soixante barques pour effectuer ce service et que la valeur de chacune d'entre elles ne dépasse certainement pas 1.200 francs, on voit que tous les ans cette valeur est entièrement amortie par le fait seul du pèlerinage. On pourrait prévoir avec un peu de bonne volonté un autre mode de débarquement plus rapide et surtout plus économique pour le pèlerin.

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