‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 18 sur 69 · Dr Cozzonis. Idem · texte numérisé non relu

Dr Cozzonis. Idem

LA VILLE DE DJEDDAH

saumâtre. Trois autres, forés à environ deux cents mètres du second, ne fournissent rien : on revient à côté de celui-ci, on recommence à fouiller le sol et trois nouveaux puits entrent en fonction. Ils furent garnis intérieurement d'une tubulure en fonte — pour empêcher F infiltration d'eau de mer — et surmontés de pompes Norton. Ensemble ils donnaient 3.600 litres à l'heure d'une eau légèrement saumâtre. Mais bientôt les pompes — à leur tour — furent détériorées pendant la nuit et constamment il fallait les envoyer en réparation à Suez. On retira alors la tubulure de fonte, on élargit les puits et on les réunit ensemble, n'employant plus pour le service qu'une seule pompe. Immédiatement des infiltrations d'eau de mer se produisirent et, à l'heure actuelle, ce puits unique donne difficilement 5.000 litres par vingt-quatre heures d'une eau impossible à boire.

Ce nouvel essai n'a donc pas été plus brillant que les précédents et la ville de Djeddah se trouve — au point de vue de l'eau potable — dans le même état qu'il y a cent ans. On ne boit à Djeddah que de l'eau de citerne immonde et d'un prix cependant très élevé : en temps normal elle revient à environ un centime le litre, et, lorsque règne la sécheresse ou que les arrivants sont nombreux ce prix devient aussitôt double ou triple, au grand bénéfice des notables qui possèdent les citernes.

C'est là un point de première importance surtout à une époque où il est prouvé que l'eau, bien que ne contenant pas le vibrion du choléra, joue cependant un rôle prépondérant dans l'apparition de cette maladie si elle renferme d'autres microbes agissant par association ou favorisant le flux intestinal qui mettra l'organisme humain en état de moindre résistance.

Mortalité de Djeddah. — La statistique de la morta-

lité de Djeddah est dressée depuis environ dix ans par les soins de l'office sanitaire; chaque décès donne lieu à une déclaration accompagnée d'un certificat de médecin à la suite desquels il est délivré un permis d'inhumer ; ce permis est exhihé à la sortie de la ville, les cimetières se trouvant en dehors des murs d'enceinte.

Si le nombre des décès est connu de façon exacte il n'en est pas de même des causes — surtout en temps d'épidémie ou de pèlerinage. — En effet, beaucoup meurent sans avoir été visités par un médecin ou cette visite n'a lieu qu'après le décès ; les femmes vivantes ou décédées sont rarement examinées; enfin les autopsies sont impossibles; même le simple prélèvement de matières destinées aux examens bactériologiques est quelquefois si dangereux qu'on a été obligé d'y renoncer. Les erreurs de diagnostic sont donc fréquentes; le seul moyen possible pour calculer les ravages d'une épidémie est le suivant que j'ai d'ailleurs employé : prendre le chiffre total des décès pendant la durée de l'épidémie, soustraire de ce chiffre celui de la mortalité moyenne à la même époque de l'année, le résultat de cette opération peut être considéré comme donnant assez exactement le nombre des décès dus à l'épidémie. Quant au chiffre des cas suivis de guérison, il est impossible à connaître.

Depuis 1897, la mortalité de Djeddah est divisée en deux parties : d'un côté celle des habitants, de l'autre celles des pèlerins de passage ; il devient facile de connaître lequel de ces deux éléments est le plus fortement atteint par les épidémies.

La mortalité des habitants de Djeddah — calculée sur les six dernières années indemnes — est en moyenne de 52 par mois ; étant donné que la population est d'environ 20.000 habitants, il y a donc à Djeddah une

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mortalité de 32 p. 1000 par an on temps normal. La courbe de cette mortalité se maintient au-dessus de la moyenne pendant les six premiers mois de Tannée pour passer ensuite au-dessous pendant les six derniers.

La mortalité des pèlerins ne peut être établie qu'en bloc pour la durée d'un pèlerinage et par rapport au nombre des arrivants. Calculée sur les trois derniers pèlerinages indemnes, elle donne une moyenne de 3,20 p. 1000. Si Ton considère que chacun des pèlerins de passage séjourne environ un mois à Djeddah, on constate que la mortalité des hadjis, dans la ville, correspond à peu près à celle des habitants, toujours en temps normal bien entendu.

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