‹ Choléra et peste dans le pelerinage musulman, 1860-1903Chapitre 21 sur 69 · Voir page · texte numérisé non relu

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Tableau I. — Épidémies de choléra du Hedjaz.

Janv.

Fév.

Mars

Avril

Mai

Juin

Juil.

Août

Sept.

Oct.

Nov.

Déc.

Légende :

Date des fêtes musulmanes. Épidémies de choléra.

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

aussi exactement que possible, les dates des fêtes musulmanes de 1860 à 1903 1 on constate que : les fêtes s'accomplissant de mai à juillet, huit — sur treize des épidémies étudiées — se sont manifestées au Hedjaz.

D'où un premier fait important à retenir : les pèlerinages d'été sont beaucoup plus dangereux que les autres.

h1 encombrement , considéré comme cause générale favorisant les épidémies de choléra, se produit au Hedjaz de deux façons différentes.

En premier lieu le nombre total des hadjis peut être plus ou moins élevé suivant les années; mais lorsque la date des fêtes de l'Arafat se trouve un vendredi, jour saint des musulmans, le pèlerinage est alors dit akbar, et, comme il est plus méritoire que les autres, les pèlerins y viennent nombreux2.

Dans le tableau II est indiqué pour chaque année, de 1868 à 1903, le nombre des pèlerins débarqués à Djeddah3; on constate de suite que, sur les cinq épidémies écloses en dehors de la période estivale, trois se sont produites alors que le nombre des pèlerins débarqués excédait 50.000, et une alors que ce nombre atteignait 39.000.

Une seule épidémie — celle de 1882 — fait nettement exception à la double règle de la chaleur et de l'encombrement : mais elle ne fut pas d'importation maritime. En effet, l'année précédente, le choléra, ayant eu lieu

1. Les épidémies antérieures à 1860 et citées par M. le professeur Proust, dans son Traité d'hygiène, sont celles de 1835, de 1846 et de 1848; celle de 1835 eut lieu pendant Tété et les deux autres pendant l'hiver.

2. Exemple : Le pèlerinage de 1902, qui fut contaminé de choléra, était un akbar.

3. Le nombre total des pèlerins est plus élevé que celui des seuls débarquant à Djeddah; mais comme ces deux nombres sont en rapport constant, on peut prendre le second comme base pour l'évaluation de l'encombrement.

LE CHOLÉRA AU HEDJAZ

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à la Mecque, avait été emporté dans le Yémen par les pèlerins à leur retour, et ce furent les hadjis qui, au

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ble au IL — Statistique des pèlerins débarqués au Hedjaz, de 1868 à 1903.

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Léo en de :

Épidémies de choléra du Hedjaz.

Épidémies de peste de Djeddah.

4 Epidémie de choléra, retour du Yémen.

pèlerinage suivant, l'importèrent à nouveau. L'épidémie de 1882 n'est que la continuation de celle de 1881.

L'encombrement est encore dû à une autre cause : les pèlerins arrivés un certain temps avant les fêtes en profitent pour se rendre de suite à Médine, après un premier et court séjour à la Mecque. 11 résulte

70 LE C H OLE HA ET LA PESTE AU HEDJAZ

de ce fait un mouvement constant d'individus entre les diverses villes du Hedjaz, mouvement qui maintient la masse totale répartie entre les différents centres sans qu'aucun soit jamais encombré. Quelques jours avant les fêtes, les derniers arrivages étant terminés d'une part, de l'autre tous les pèlerins disséminés dans le Hedjaz s'étant réunis dans la capitale, le maximum d'encombrement se produit alors à la Mecque. Le tableau I fait voir d'ailleurs que c'est toujours au moment du rassemblement final que le choléra éclate, et les archives des offices sanitaires montrent que c'est toujours à la Mecque — et non dans une autre ville — que l'épidémie se manifeste d'abord. Aucune exception à ces deux règles n'a eu lieu pour les treize épidémies mentionnées.

D'où cette seconde constatation : les pèlerinages nombreux — et notamment ceux dits akbar — fournissent une plus forte proportion d'épidémies que les autres.

XSétat de moindre résistance des pèlerins — au moment de l'éclosion de l'épidémie — est mis en lumière par le tableau I : si les épidémies éclatent toujours lors de l'encombrement maximum, c'est aussi le moment oii les hadjis sont le plus fatigués. En effet la plupart viennent d'accomplir de rudes pérégrinations à travers le Hedjaz et depuis de longs jours déjà ils sont en voyage.

Cet état de moindre résistance se manifeste d'abord chez eux par de nombreux cas de diarrhée. En 1881, MM. les D1S Noury-Bey et Wortabet1 constatent, avant l'apparition du choléra, de multiples diarrhées chez les pèlerins. En 1891, M. le Dr Vaume2 écrit :« L'état

1. Drs Noury-bey et Wortabet. Rapport au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1881.

2. Dr Vaume. Rapport au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1891.

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sanitaire est bon, cependant on note parmi les pèlerins une tendance à l'entérite catarrhale. » M. le Dr Stiépovich1 attribue ces diarrhées soit à une consommation exagérée de fruits verts — de pastèques notamment — soit à la nécessité dans laquelle se trouvent beaucoup de pèlerins de coucher dehors.

Je considère — pour ma part personnelle — cette seconde cause comme plus importante que la première. En effet, en étudiant le tableau I, on voit que si certaines épidémies ont eu lieu pendant la saison chaude — exactement huit sur treize — les cinq autres se sont toutes produites en hiver (novembre, décembre, janvier, février). A aucun moment, depuis quarante-deux ans, le choléra n'a éclaté au Hedjaz dans les saisons intermédiaires de l'automne ou du printemps.

Il est certain que pour des Indiens ou des Javanais, — formant une grande partie du pèlerinage et provenant de régions à température toujours élevée, — le fait de coucher dehors ou sous la tente avec seulement -(-12 degrés peut amener chez eux des troubles intestinaux ; ces troubles deviendront bientôt une cause favorisant singulièrement l'explosion et la propagation d'une épidémie.

Si le froid de l'hiver peut être considéré comme une cause d'affaiblissement pour les pèlerins du Sud, de même les très fortes chaleurs de l'été au Hedjaz deviendront une autre cause d'affaiblissement pour les pèlerins venant du Nord qui ne sont point accoutumés à cette température.

Le tableau I en indiquant que le choléra disparaît du Hedjaz avec les pèlerins, le tableau VI en montrant la mortalité comparée par choléra des pèlerins

1. Dr Stiépovich. Rapport au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1888.

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et des habitants de Djeddah1, feront saisir nettement que les pèlerins seuls sont atteints de choléra au Hecljaz parce que seuls ils sont en état de moindre résistance2.

Ainsi, lors de l'épidémie de 1902, la mortalité des habitants de Djeddah ne fut par mois que de 3,25 p. 1.000 en excédent de 0,75 p. 1.000 sur la moyenne mensuelle ordinaire, alors que celle des hadjis s'est élevée à 15,10 p. 1.000 dépassant la moyenne courante en temps de pèlerinage indemne de 11,90 p. 1.000.

Tous ces faits réunis prouvent donc que les pèlerins, mis en état de moindre résistance par les fatigues, les privations, les variations de température, sont facilement atteints par le choiera, alors que les habitants du Hedjaz, plus résistants, sont respectés par la contagion.

L'état économique d'une région — c'est-à-dire la misère, la disette, la famine, la sécheresse — exerce toujours une action sur l'apparition des épidémies de choléra; cette action est au Hedjaz d'une importance secondaire, puisque le pays ne produit rien, et que la majorité des pèlerins emportent avec eux les provisions qui leur sont nécessaires pour le voyage et le séjour sous forme de riz, de farine, de poisson séché, etc. Mais cependant si la disette règne dans le Hedjaz, les chameaux meurent, leur location devient très onéreuse, le prix des denrées — qui ne peuvent plus être apportées de Djeddah — s'élève rapidement, si bien que les pauvres qui, eux, ne sont munis d'au-

1. Je prends comme exemple la statistique de Djeddah, n'ayant pas celle de la Mecque; mais le fait est le même pour l'un comme pour l'autre.

2. Exception doit être faite pour l'épidémie de 1893, qui fut particulièrement meurtrière et qui, vers sa fin, n'épargnait personne.

LE CHOLÉRA AU HEDJAZ

cime provision, ne peuvent plus ni se nourrir, ni se faire transporter.

Voici ce qu'écrivait à ce sujet M. le Dr Vaume à la veille d'une épidémie de choléra1 :

« [S janvier 1890). Ce pèlerinage s'annonce sous les couleurs les plus fâcheuses... (°23 janvier). Le temps des pluies est passé, la sécheresse persiste... (6 février). La situation du pays reste précaire, ce serait faire preuve d'imprévoyance que de regarder les choses avec quiétude : la sécheresse doit être considérée comme définitive, la misère augmente... (30 février). Certes, il y a du grain en abondance, plusieurs chargements sont arrivés ces jours-ci, il reste à trouver une chose : l'argent pour acheter le grain... »

Nous retrouvons donc au Hedjaz — comme partout ailleurs — l'action de l'état économique du pays sur l'éclosion des épidémies de choléra.

Lorsque Veau consommée dans une région renferme — entre autres microbes — celui du choléra, une épidémie ne tarde pas à éclater.

L'eau du Hedjaz contient-elle le vibrion du choléra?

Si j'ai pu affirmer déjà que l'eau du Hedjaz est partout de mauvaise qualité, je n'ai pas voulu cependant faire entendre par là qu'elle contenait le vibrion cholérique : depuis longtemps, en effet, la preuve est établie que le choléra n'est pas endémique au Hedjaz et que, par conséquent, l'eau n'y saurait contenir son microbe à l'état permanent.

Toutefois, — et afin de mieux établir la réalité du fait, — j'ajouterai que si l'eau était primitivement contaminée le choléra n'éclaterait pas toujours à la Mecque et toujours à l'époque du pèlerinage ; de plus, les habitants consommant la même eau que les

l. D1, Vaume! Rapport au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1890.

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

pèlerins devraient normalement être atteints dans la même proportion qu'eux. Enfin, le choléra ne disparaîtrait pas régulièrement de chacune des villes, et du Hedjaz entier, après le départ des pèlerins qui, pour ainsi dire, remportent avec eux.

Par conséquent, si la qualité de l'eau potable du Hedjaz intervient dans l'éclosion des épidémies de choléra de cette région, son action n'est pas déterminante. Est-elle favorisante? Je l'étudierai ultérieurement.

Historique du choléra au lazaret de Camaran. —

L'histoire du choléra au lazaret de Camaran est intimement liée à celle de ce même choiera au Hedjaz ; il est donc nécessaire de les mettre toutes deux en parallèle.

Mais pour faire cet historique de façon logique, il faut le diviser en trois périodes bien distinctes. En effet, si, de 1860 à 1903, le Hedjaz n'a subi aucune modification au point de vue de son hygiène, par contre, le lazaret de Camaran, depuis sa fondation, a reçu des améliorations successives qui ont nécessairement modifié de façon notable la marche de ses épidémies de choléra.

La première période s'étend de 1887 à 1890 : elle est antérieure à l'installation des étuves à désinfection et de la machine à distiller l'eau ; le lazaret n'était donc alors qu'un vaste campement où l'on se bornait à isoler les pèlerins avant de les débarquer à Djeddah et qui présentait des conditions hygiéniques en tout semblables à celles du Hedjaz.

La deuxième période — de 1891 à 1895 — est postérieure aux étuves à désinfection, mais le lazaret n'est pas encore muni de son appareil distillatoire ; c'est le Hedjaz avec la désinfection en plus.

La troisième période — de 1896 à 1903 — est pos-

LE CHOLÉRA AU HEDJAZ

térieure à la double installation des étuves et de la machine à eau ; le lazaret de Camaran, depuis cette époque, ne fait plus partie intégrante du Hedjaz au point de vue des conditions hygiéniques.

J étudierai le choléra à Camaran successivement pendant ces trois périodes en donnant l'observation de chacun des navires dont les pèlerins ont présenté du choléra.

Première période. — I. Le 4 juillet 1890, le navire Deccan — 1.223 pèlerins — venant de Bombay, et ayant eu en cours de route sept décès déclarés de choléra, se présente au lazaret. Trente-quatre autres décès avaient été en outre enregistrés sous les rubriques les plus diverses : il est certain que la majeure partie de ces derniers était due aussi au choléra ; cela fait un total de quarante et un morts pendant le voyage.

Les pèlerins demeurèrent internés au lazaret pendant cinquante-neuf jours et trente-quatre d'entre eux y moururent ; l'épidémie n'ayant pu être enrayée avant l'époque des fêtes de la Mecque, les pèlerins furent réexpédiés sur Bombay.

En résumé, les pèlerins du Deccan donnèrent :

1° Mortalité en voyage 32,52 p. 1000

2° Mortalité au lazaret 27,81 —

Malgré que les pèlerins aient été repoussés, le choléra éclata à la Mecque.

II. Le 1er mai J 891, le navire Sculptor — 785 pèlerins — venant de Bombay, ayant eu quatre décès en Cours de route, sans choléra, arrive au lazaret. Après six jours d'internement, le choléra se manifeste parmi les pèlerins; ils demeurent isolés vingt jours, pendant lesquels dix d'entre eux meurent. Au bout de ce temps, le navire est renvoyé à Bombay.

LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ

Les pèlerins du Sculptor donnèrent :

1° Mortalité en voyage 2° Mortalité au lazaret

5,00 p. dOOO 42,86 —

Bien que ces pèlerins aient été repoussés, le choléra éclate quand même à la Mecque cette année-là encore.

Deuxième période. — III. Le 7 mai 1893, le navire Knight of Saint John — 1.054 pèlerins — venant de Bombay avec cinq décès en cours de route, sans choléra, mouille devant le lazaret. Deux jours après le débarquement des pèlerins, le choléra éclate parmi eux : vingt-cinq meurent. L'épidémie disparaît après trente et un jours d'isolement et plusieurs désinfections.

Le pourcentage donné par ce navire est donc :

1° Mortalité en voyage ..... 4,74 p. 1000 2° Mortalité au lazaret 23,71 —

Le choléra se manifeste la même année à la Mecque, mais avant que les pèlerins reconnus infectés aient quitté Camaran.

IY. Le 6 mars 1895, arrive le navire Mohammedi — 818 pèlerins — provenant de Bombay avec 3 décès en voyage, sans choléra. Deux jours après l'installation des pèlerins au lazaret le choléra se déclare parmi eux; leur isolement dura trente-neuf jours pendant lesquels 27 pèlerins moururent; des désinfections furent faites à plusieurs reprises et le navire partit ensuite pour Djeddah.

Les pèlerins du Mohammedi ont eu :

1° Mortalité en voyage 3,60 p. 1000

2° Mortalité au lazaret . . . . . 33,00 —

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