V. Le 25 mars 1895, le navire Jubeda — 1.046 pèle
LE CHOLERA AU HEDJAZ
rins — vient de Bombay avec 3 décès en route, sans choiera. Cinq jours après leur débarquement, les hadjis sont atteints de choléra. 11 y eut 42 décès, un isolement de quarante-trois jours et plusieurs désinfections, puis le navire partit pour Djeddah.
L'épidémie du Jubeda a donné le résultat suivant :
1° Mortalité en voyage 2,85 p. 1000
2° Mortalité au lazaret 40,15 —
VI. Le 18 avril 1895, le navire Hosseïnie — 706 pèlerins — provenant de Bombay, sans décès en route et partant sans choléra, se présente à Camaran. Six jours après, ses pèlerins sont infectés de choléra. Seize d'entre eux moururent, et après quarante-trois jours le navire repartit pour Bombay, le moment des fêtes musulmanes étant passé.
11 y a eu pour les pèlerins du Hosseïnie :
1° Mortalité en voyage 0
2° Mortalité au lazaret 22,66 p. 1000
Avant que les hadjis des deux premiers navires infectés fussent arrivés à la Mecque, le choléra y était diagnostiqué cette même année.
Troisième période. — La troisième période ne contient aucune épidémie de choléra pour le lazaret de Camaran. Par contre — en 1902 — il s'est manifesté à la Mecque sans que — comme précédemment — rien de suspect se soit produit dans le même temps au lazaret.
Conclusions qui découlent de l'historique du choléra au lazaret de Camaran. — On doit retenir de l'historique précédent plusieurs points.
Sur environ 400 navires ayant amené en dix-sept ans 316.589 pèlerins au lazaret de Camaran, 6 seulement — portant 5.827 pèlerins — ont présenté du
LE CHOLÉRA ET LA PESTE AU HEDJAZ
choléra au lazaret avec une mortalité de 27,20 p. 1000 *.
Ces 6 navires provenaient tous de Bombay avec des passagers indiens.
Sur ces 6 navires un seul avait eu du choléra en cours de route ; aucun doute ne peut exister à ce sujet. En effet, ce bateau avait eu pendant le voyage une mortalité de 33,52 p. 1000; les 5 autres navires — entre Bombay et Camaran — avaient eu une mortalité moyenne de 3,24 p. 1000; or, ce chiffre est à peu de chose près celui observé à bord de tous les navires venant des Indes — exactement 2,83 p. 1000.
Ces 5 navires étaient, en apparence, indemnes au moment de l'arrivée % et le choléra ne s'est manifesté parmi leurs pèlerins que du troisième au sixième jour suivant leur débarquement.
Avant l'installation des étuves à désinfection à Camaran — c'est-à-dire pendant la période où les conditions du lazaret sont identiques à celles du Hedjaz — le choléra y éclate sans cause apparente et ne peut être enrayé.
Après l'installation des étuves au lazaret — c'est-àdire pendant la période où les conditions hygiéniques de Camaran commencent à s'améliorer tandis que celles du Hedjaz demeurent toujours stationnaires — le choléra éclate encore sans cause apparente, mais on peut l'enrayer par la désinfection.
Après la double installation des étuves et de la machine à eau — c'est-à-dire lorsque les conditions hygiéniques de Camaran ne ressemblent plus en rien à celles du Hedjaz — le choléra n'éclate plus au lazaret
1. Tous les chiffres relatifs au lazaret de Camaran sont extraits de Y Etude statistique et épidémiologique déjà citée.
2. Toute idée de fausse déclaration des capitaines doit être écartée ; en effet, chaque navire est muni, par les soins du Gouvernement des Indes Britanniques, de la liste nominative des pèlerins présents à bord au départ.
LE CHOLÉRA AU HEDJAZ
mais il se manifeste à la Mecque, une seule fois — il est vrai — le fait n'en demeure pas moins remarquable. Les épidémies de choléra de Camaran — bien qu'ayant coïncidé avec celles de la Mecque — ne sauraient être considérées comme la cause de ces dernières.
Le choléra, après avoir fait son apparition à la Mecque, se propage bientôt dans différentes directions et clans un rayon plus ou moins étendu suivant les années. Deux grandes voies lui sont ouvertes : celle de terre par les caravanes, celle de mer par les navires. Nous allons le suivre le long de ces deux routes.