‹ Choléra-morbusChapitre 12 sur 50 · APPLIQUÉE · texte numérisé non relu

APPLIQUÉE

Absinthe [eau-de-vie (T), — Ribes, clans la cholerrhagie, faisait coucher les malades et les couvrait chaudement; il leur donnait Teau-de-vie d'absinthe à la dose de 45 grammes ; une heure aj3rès, deuxième dose pareille. Les crampes , les coliques et le dévoiement se calmaient subitement, selon lui, et rarement il était obligé de réitérer. On peut rapprocher l'action de l'eau-de-vie d'absinthe de celle de l'alcool, du rhum, de punch, etc., employés par d'autres praticiens.

Acétate d'ammoniaque. (Yoy. ce mot.)

Acétate de plomb. — Nous n'indiquons ce moyen que parce qu'il avait été préconisé par Dupuytren ( 183'2), entre les mains duquel il a échoué, et qui y a lui-même renoncé.

M. Boudin a recours au sous-acétate de plomb liquide en lavement pour combattre les flux intestinaux sans fièvre, ainsi que la diarrhée des cholériques, et il se loue beaucoup des résultats obtenus sur plusieurs centaines d'individus. Le sous-acétate de plomb liquide a été donné depuis 10 grammes jusqu'à OO grammes, dans les vingt-quatre heures, dissous chaque fois dans une petite quantité d'eau distillée. Il est digne de

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remarque que, sur un si grand nombre de malades, jamais le moindre symptôme toxique n'ait été observé.

Acide acétique. — Yoy. acide sulfurique.

Acide carbonique. — Heidler, de Prague, a émis l'opinion que cet acide, administré à l'intérieur et à l'extérieur, pourrait être bon comme préservatif !

Acide chlor hydrique, — Voy. acide sulfurique.

Acide fluoriqiie. — M. Magendie a employé ce moyen dans la période typhoïde, à la sollicitation d'Ampère qui avait espéré quelques bons effets de cet acide puissamment caustique, qui traverse et corrode en un instant les tissus. Dans un cas il a obtenu ou crw obtenir un résultat très avantageux sur une femme qui, depuis plusieurs jours, était dans un état typhoïde, ayant résisté à tous les moyens.

Après lui avoir appliqué sur les deux avant-bras une couche de cet acide, il l'a vue revenir à ellemême, reprendre sa connaissance et perdre le lugubre aspect du typhus. Mais concurremment, ajoute loyalement le savant professeur, le traitement fortifiant a été continué, et je crois même qu'on lui a fait boire du rhum, à mon insu, après l'emploi de l'acide fîuorique. Une autre fois encore, M. Magendie a fait usage de cet acide, mais sans succès.

Acide nitrique. — M. Worms l'a donné avec succès pour provoquer la réaction dans les cas graves de choléra algide, dans une potion. (Voy. \q Formulaire.)

Smeets et de Doeveren trouvaient une grande utilité dans les bains d'acides, et faisaient mettre 500 grammes û' acide nitrique dans un bain. [Gaz. méd., février J853.)

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Acide prussique (hydrocyaniqiie). — AncJerson le donnait h la dose de quatre à huit gouttes dans les vingt-quatre heures dans une émulsion d'amandes.

Jcicle siUfurîque. — Employé en solution, en '18/|9, par M. Worms, et depuis, en Angleterre, par MM. les docteurs Thomson, Smith, Hunt et Griffith , et en France, par M. le docteur Lepetit, de Poitiers.

M. Worms Ta administré, en 1849 et 1853, dans le choléra asiatique, ainsi que les médecins anglais, et avant eux. Quant à M. Lepetit, il l'a donné, avec succès, dans la diarrhée, le choléra infantilis, la cholérine et le choléra sporadique. On peut voir au formulaire les formules adoptées par ce médecin.

Nous ferons remarquer ici que M. Worms, loin de lui attribuer l'arrêt des vomissements comme on le pense généralement, lui a reconnu, au contraire, dans quelques cas le pouvoir de les provoquer.

Du reste, M. Worms ne s'inquiète nullement de la persistance de ce symptôme, qu'il regarde même comme avantageux [Gazette des hôpitaux, 27 décembre 1853).

Ce médecin emploie l'acide sulfurique à double dose, c'est-à-dire 20 grammes pour un kilogramme d'eau.

Les acides acétique et chlorhydrique peuvent être employés de la même manière.

Acide sulfurique caustique, — A défaut d'acide lluorique, M. Magendie a essayé, dans une douzaine de cas de transformation typhoïde, d'appliquer de l'acide sulfurique caustique; mais il ne croit pas en avoir jamais obtenu de résultat. Il est vrai que ce n'est qu'à la dernière extrémité, en désespoir de tout autre

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moyen, qu'il hasardait de faire ces larges cautérisations sur les bras et les cuisses.

Jcupunctiire, — L'acupuncture a été essayée dans quelques cas en Pologne. En présence de M. Sandras, des aiguilles ont été enfoncées dans diverses parties du corps, et plusieurs fois même dans le cœur, sans qu'il en soit résulté rien d'appréciable ni en bien ni en mal. (Voy. Electro-punchire et galvanisme,)

Ail. — M. Lange, de Pocancy (Marne), partant de cette idée que dans le choléra l'indication est de donner la fièvre au malade, que la fièvre c'est la réaction, et qu'avec la réaction tout est gagné, a mis à profit le fait vulgaire de l'emploi par les militaires d'une gousse d'ail en suppositoire pour se donner la fièvre, et il rapporte plusieurs cas de choléra-morbus qu'il a traités avec succès au moyen de cataplasmes couverts d'ail écrasé sur Vépigastre et la partie interne des cuisses, de suppositoires d'ail, d'eau alliacée pour boisson et de lavements d'eau alliacée,

« Sans prétendre imposer ma conviction, dit Fauteur, je me bornerai à insister sur les points suivants , savoir :

)) l"" Que la fièvre est le contraire du choléra ;

« 2° Qu'au moyen de l'ail, on peut avec certitude doser la fièvre comme on dose le sulfate de quinine;

)> S*" Qu'en raison de ses propriétés pyrexiques et autres, l'ail mérite une place dans la thérapeutique générale et particulièrement dans celle du choléra.

» L'emploi de l'ail présente quelques inconvénients; par exemple, son odeur expansive. En entrant dans la maison d'un cholérique traité par l'ail, on est

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repoussé par cette odeur qu'exhalent toutes les matières excrétées. Une répugnance invincible a empêché quelques malades d'en prendre plus d'une fois en boisson ; ce que sachant, j'en ai fait prendre tout d'abord la plus grande quantité possible.

» Voici, pour mon compte, comment j'ai employé l'ail :

» En boisson, trois ou quatre gousses crues, écrasées et lavées dans un- verre d'eau froide.

» En topique, l'ail cru écrasé et réduit en pulpe, appliqué par plaques sur la peau. Manquant quelquefois de linge, le hasard m'apprit qu'une compresse de papier grossier est le meilleur moyen de contention : la matière collante de l'ail le fait adhérer solidement à la peau. J'ai laissé les topiques douze heures el plus; je ne les ai fait enlever que lorsque l'état fébrile avait une certaine intensité, sans m'inquiéter des phlyctènes et des plaies, qui se sont séchées en quelques jours.

» En lavement, eau tiède et même froide provenant du lavage des gousses écrasées.

» En suppositoire, une gousse d'un volume approprié, légèrement entamée.

w J'ai obtenu, chez certains sujets, une légère sensibilité sous les topiques ; chez d'autres, tantôt une couleur rosée de la peau, tantôt une couleur violacée sans phlyctènes, ou bien encore une couleur rosée avec plaie.

» J'ai essayé d'appliquer la propriété fébrigène de l'ail à d'autres affections, mais mon expérience à cet égard n'est pas assez étendue pour rien affirmer jusqu'à présent. » [Revue m édico- chirurgicale et Gazette (let^ hôpitaux, 8 mars 1853.)

DICTIUN.NAIHE D1-. TIIEUAI'EUTIQUE. 20 ô

L'ail avait aussi été employé par M. Granitch, médecin à l'hôpital de Beyrouth, à l'intérieur, en suc et en infusion aqueuse à froid; à l'extérieur, en infusion spirilueuse, quelquefois même en cataplasmes. M. Granitch prétend avoir perdu un fort petit nombre de cho-^ lériques sur ceux qu'il a traités de cette manière de I800 jusqu'à la fin de 1849. Sur l'indication de M. Granitch, les médecins de Damas (Syrie) l'auraient aussi prescrit avec succès. {Revue méd.-chirurg. , décembre 1853.)

L'ail a même été employé avant M, Lange par M. le docteur Michel, d'Avignon, qui l'appelle, selon l'expression d'Arnaud de Villeneuve, la thénaque du paysan.

Dans la période algide du choléra, dit M. Michel, maintes fois, à mon grand étonnement, j'ai vu la réaction s'opérer et la maladie marcher sans entraves vers la guérison. Malgré la figure décomposée et livide, le pouls insensible, les ongles violets, les extrémités froides, le hoquet, les crampes, les vomissements, les déjections alvines, la prostration, la stupeur et l'asphyxie cholérique, présages d'une mort certaine , j'ai vu, sous l'influence de l'ail, les ressorts de la vie se remettre en mouvement sur des malades pour ainsi dire agonisants.

Sans vouloir donner un démenti aux partisans de la thériaque du paysan, nous croyons ici encore que la nature a fait une grande partie de la cure.

Affusions. — Yoy. les mots Bains et Froid,

Jloès, — Biett a donné l'extrait aqueux d'aloès à la dose de i5 à 60 centigrammes par jour.

20 4 ni: cHOKia'.A-MoiuiUs.

Guillemin le donnait aussi en sirop (voy. le Formulaire), à [M'ondre par cuillerées. Chaque cuillerée abouche contenait 20 centigrammes d'extrait aqueux d'aloès. (Szerlecki, Diclionn. delhérap., t. I, p. 125.)

Amandes. — Andcrson donnait pour boisson Témulsion d'aiiiandes avec quatre à huit gouttes diacide prussique dans les vingt-quatre heures.

Amidon. — Des vomissements opiniâtres ont cédé, dit Récamier, immédiatement, en faisant avaler aux malades par cuillerées à café une espèce de pâte molle préparée illicb avec de l'amidon et de Teau froide. On réitère plus ou moins. Au lieu d'eau simple , on peut se servir d'eau de roses distillée ou de décoction de grande consou'Je refroidie, sans sucre.

On fait boire par-dessus, si l'on veut, de l'eau rendue albumineuse, sans sucre, préparée en battant le blanc d'un œuf frais avec un demi-litre d'eau, de manière à faire mousser ; on donne par cuillerées. On peut également se servir pour boisson , d'eau froide blanchie avec de l'amidon délayé.

Ammoniaque [acétate, carbonate, chlorhydrate d'). — Les sels d'ammoniaque agissent tous, selon M. Gendrin, de la même manière ; aussi lui paraît-il indifférent, quant à l'action stimulante diffusible, de donner l'acétate plutôt que le carbonate ou le muriate, etc. ; mais quant à l'action topique irritante , l'acétate doit être préféré, il irrite à peine le tube digestif, tandis que les autres sels de même base l'irritent violemment.

M. Lecointe attribue à l'acétate d'ammoniaque la propriété non seulement d'élever la température animale, mais encore d'être, à haute dose, fluidifiant, de

DICTlONNAliŒ DR ïiiliUAPEUTJQUE. 205

maintenir le sang à l'état liquide, et de le laisser, par suite , en état d'être promptement remis en circulation. {BulL de thérap., 15 décembre 1853.)

On l'emploie avec avantage pour stimuler la réaction, et, dans la période de terminaison, pour favoriser les crises par les sueurs. Il augmente aussi les urines, et cet eiïet est utile. .

« 11 m'est arrivé plusieurs fois, dit M. Gendrin, d'augmenter les urines par l'administration de l'acétate d'ammoniaque ; c'est, en effet, un fait d'observation générale que les boissons alcalines sont diurétiques. Cet effet est utile dans le commencement de la réaction, lorsque la diaphorèse n'est pas encore possible; car lorsque les sueurs sont faciles, et qu'un état général de surexcitation ne rend pas la diaphorèse impossible , c'est sur la peau que l'acétate d'ammoniaque agit. En considérant cette action diurétique de l'acétate d'ammoniaque, j'ai quelquefois continué l'administration de cette substance après la réaction commencée, mais je la donnais alors à petite dose; j'ai cru en obtenir de bons résultats. Cependant je n'ai pas, à cet égard, une conviction bien établie, parce que, dans presque tous les cas, c'était à l'eau alcaline gazeuse (eau de Seltz factice) que j'avais recours, dans ce but, le plus ordinairement avec avantage. ^} (Monographie du choléra, p. 237.)

M. le docteur Lachèze, directeur honoraire de l'École de médecine d'Angers, croyairt reconnaître une grande analogie entre l'invasion du choléra et les suites de la morsure de la vipère, conseille d^employer . diœ centigrammes d'ammoniaque par tasse d'eau albumineuse d'heure en heure. En même temps, il fait

•iOfi DU CllOI.KHA-MOJiiJUS.

pratiquer des iVictions sur les extrémités avec le liniment de Massard, et sur le rachis avec le linimeiit ammoniacal.

M. le docteur A. Millet, médecin de l'hôpital spécial des cholériques de Tours, a aussi donné cinq ou six gouttes d'ammoniaque dans une tasse de menthe ou de tilleul tiède ; il a répété cette dose trois ou quatre fois par jour dans toutes les périodes, et a plusieurs fois obtenu, à l'aide de ce moyen, de la réaction ou un semblant de réaction. [Du choléra-morbus épidémique, p. 3:20.)

M. le docteur Matice a été bien plus loin. Il a administré l'ammoniaque à la dose de 60 à i 20 grammes dans l'espace de deux heures. Nous n'oserions conseiller de suivre cet exemple.

M. Andral donne l'acétate d'ammoniaque en potion associée au sulfate de quinine, au camphre et à l'éther sulfurique. (Voy. le Formulaire.)

Selon Strohmeyer, la liqueur d'ammoniaque anisée a été supportée quand tous les autres remèdes étaient rejetés.

Veau ammoniée est recommandée par Annesley en une mixture dans laquelle entre cette eau avec le camphre et l'éther sulfurique. (Voy. le Formulaire.)

' Baum a reconnu beaucoup d'efficacité au carbonate

cV ammoniaque en solution ou en poudre à la dose de

25 à 40 centigr. toutes les deux heures (Eisenmann).

, Vammofiiaque caustique a été employée à la dose de

cinq à dix gouttes toutes les heures à Varsovie.

Ammoniaque liquide. — En 1832, le docteur Petit, médecin de l'Hôtel-Dieu, faisait appliquer, dès le

DfCTiONNAUli: L)K THÉRAPhlUTIQUi:. '2 07

début du choléra, sur toute la longueur de l'épine du dos, une bande double de flanelle légèrement imbibée d'une mixture composée avec 4 grammes d'ammoniaque liquide et 30 grammes d'huile essentielle de térébenthine (voy. le Formulaire et l'article ïérébkmhiise), et par-dessus cette flanelle une bande également double de linge mouillé d'eau chaude, et passer dessus, pendant quelques minutes, en appuyant un peu, un fer à repasser d'une chaleur un peu forte. On répétait cette opération tous les quarts d'heure.

Armatures du docteur Burq. — C'est surtout dans le but de calmer les crampes que le docteur Burq applique ses armatures au traitement du choléra. Quelques succès ayant paru devoir leur être attribués dans les hôpitaux et spécialement à l'hôpital Gochin, service de M. Nonat, nous croyons devoir faire connaître ces armatures.

c( Une armature générale, lorsqu'elle est complète, se compose de treize pièces : deux anneaux et une mitaine, ou un cylindre pour le membre supérieur; deux anneaux et une sandale pour le membre inférieur; une ceinture pour le tronc.

» Les anneaux ou bracelets sont de cuivre mince, ont de 10 à 15 centimètres de large, et sont d'une forme convenable pour s'appliquer aussi exactement que possible; cette condition est absolument indispensable,

» La ceinture consiste dans une bande de cuivre de 8 centimètres de large, de la longueur de 1 mètre, terminée en avant et en arrière par une large plaque qui s'adapte à la forme du ventre et du dos.

2 08 Dr; CflOLKilA-MORP.US.

>) Les crampes sont-elles générales ou intenses, nous appliquons une armature générale et complète. Sont-elles intenses et bornées aux membres inférieurs, nous nous adressons exclusivement à ceux-ci. Deux bracelets et une sandale pour chacun, plus ordinairement une ceinture pour le tronc : Ce nest qu'exceptionnellement qu'il suffît d'armer un seul membre pour voir guérir les deux.

» Sont-elles peu intenses et siégent-elles exclusivement sur une partie, aux mollets par exemple, deux anneaux, un à droite et un à gauche, sont ordinairement suffisants; mais si les crampes résistent, on mouille les bracelets, et lorsque ce n'est pas assez, on complète l'armature des membres.

» Nous commençons toujours par appliquer les armatures à sec, et nous ne les mouillons que si le soulagement est nul ou seulement partiel.

)î Pour mouiller un bracelet, on mouille entre lui et la peau, une bande ou une compresse ordinaire, et mieux un lambeau de couverture de coton trempé dans une solution légère de sel marin, à la température de 25 à /lO degrés.

» 11 nous est arrivé trois ou quatre fois que les armatures sèches, ayant parfaitement réussi d'abord, ont perdu leur propriété au bout de quelques heures. En les examinant de près, nous avons reconnu qu'il s'était amassé sous le cuivre une exsudation visqueuse qui, très probablement, venait mettre obstacle à sa conductibilité. Dans tous les cas, il a suffi de nettoyer la peau et le métal, ou de mouiller les armatures, pour faire reparaître toute leur efficacité.

):• Il faut être prévenu qu'au bout d'un certain

ACTIONNAIRE DE THÉRAPELTIQUE. 209

temps, trois à cinq heures, à mesure que les armatures humides sèchent, elles perdent beaucoup de leur action, et que bientôt, si les crampes n'ont pas été guéries radicalement, si elles ont de la tendance à revenir, elles ne tardent pas à reparaître. Dans ce cas, on n'a, pour y mettre fin, qu'à remouiller les linges à travers les ouvertures des anneaux. »

I/auteur prétend que ces armatures agissent en soustrayant le fluide nerveux par les surfaces métalliques, et si on lui objecte qu'elles échouent fréquemment en d'autres mains que les siennes, il répond qu'on s'est servi d'armatures sèches qui sont moins efficaces, et que, quand on a commencé par là sans réussir, il faut employer les armatures mouillées.

Quant à nous, à part leur action possible sur le:crampes , action analogue à celle des chapelets de liège et des colliers de camphre, etc. (voy. plus loin), nous sommes peu disposé à ajouter foi aux succès qu'on leur attribue sur les autres symptômes du choléra, et nous sommes toujours à nous demander si la nature seule n a pas fait les frais des cures merveilleuses dont on veut bien gratifier les armatures.

Depuis quelque temps, du reste. M, Burq a modifié la construction de ses armatures ; mais ces modifications nous paraissent sans importance.

Arnica, — L'infusion d'arnica a été employée par Eckstein contre la diarrhée opiniâtre et les diarrhées copieuses du choléra, en y ajoutant quelques gouttes de teinture d'opium. La racine en a été employée dans la diarrhée prodromique chez les personnes faibles, par Rœser. On l'a aussi donnée en France,

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mais nous ne saurions lui attribuer des vertus bien particulières.

Jzote [jjrotoxyde cl'), — Sérullas, au lieu de l'oxygène (voy. ce naot), que les cholériques respirent difficilement, et qui n'est pas sans danger, a proposé de leur faire prendre du protoxyde d'azote , qui se dissout dans l'eau dans les rapports de la moitié du volume de l'eau à la température ordinaire.

Le protoxyde d'azote qui avait été employé à l'état de gaz jouit des propriétés de l'oxygène favorablement modifiées par son association chimique à l'azote, et produit, quand on le respire , une espèce d'ivresse qui lui a fait donner, comme on le sait, le nom de gaz hilarant.

Damiron, professeur au Yal-de-Grâce , a employé ce médicament sur huit cholériques dans l'état de cyanose, et il lui a paru avoir ramené la chaleur et fait disparaître la cyanose (voy. le Formulaire),

M. Magendie a fait usage du protoxyde d'azote. Respiré pendant quelques minutes, il a produit , chez certains malades, une agitation passagère qui a été jusqu'à l'hilarité, mais sans résultats avantageux. Il a essayé aussi plusieurs fois, et sans plus de succès , de faire prendre une dissolution aqueuse de ce gaz, à la dose d'un litre en vingt-quatre heures.

Bains chauds^ bains de vapeurs humides, — Dans la période phlegmorrhagique, les bains chauds peuvent être utiles, selon M. Gendrin, si l'on a soin de saigner immédiatement. Ils peuvent l'être encore si

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on ne les prolonge pas au delà de quelques minutes, et si l'on abaisse leur température à 24, à 25 degrés dans la période cyanique peu avancée, pourvu qu'encore on les seconde par les saignées ; sans ces précautions, si on les donne trop chauds, si on les prolonge trop, ils accélèrent rapidement la marche funeste de la maladie.

Dans la période cyanique conhrmée, ils font immédiatement commencer la période asphyxique.

M. Gauvière, à Marseille, a trouvé aussi aux bains chauds le grave inconvénient , outre la fatigue qu'ils causent aux malades, de hâter l'asphyxie.

Dans la réaction qui se manifeste par métastase abdominale, les bains ont leur utilité comme dans toutes les phlegmasies abdominales.

Les bains à 28 ou 29 degrés, pendant une heure, ont paru, en 1832, utiles à Biett contre les crampes.

Selon Récamier, les bains chauds seuls ou après les affusions fraîches, dans la période bleue, font périr parfois presque immédiatement, malgré le plaisir qu'ils causent aux malades.

Les bains de vapeurs humides ont plus de danger et plus d'inconvénients encore que les bains chauds ; leur mode d'action nuisible est le même.

Employés d'abord avec enthousiasme dans l'Inde, on s'aperçut bientôt, dit le docteur William Scott, que les bains de vapeurs, com.me les bains d'eau, frustraient toutes les espérances que l'on avait fondées sur leur secours. Lorsqu'il y avait beaucoup de spasme, avec une action passable du système vasculaire, la chaleur et l'humidité donnaient du soulagement. Mais dans les cas formidables* accompagnés

212 DU CIIOLRRA-MORBUS.

d'une peau humide et froide, du ralentissement de îa circulation, il devenait évident que leur emploi ne procurait que peu ou point d'avantages, et que la température de la peau n'en était rétablie qu'à un bien faible degré. Dans ces cas terribles , il se développait constamment un symptôme bien digne de remarque : les malades, dont la peau était froide comme la glace, trouvaient qu'un degré de chaleur, même très modéré, était bouillant et intolérable.

Bains tièdes. — Si, malgré la cessation des vomissements et des selles, la réaction ne s'établit pas franchement, que la peau se couvre d'une moiteur fraîche et poisseuse, M. Rayer fait plonger le malade dans un bain tiède, qui ordinairement rétabht les fonctions de la peau et ramène la circulation capillaire périphérique

Bains de calorique et de vapeurs sèches, — Ce sont les moyens les plus dangereux, selon M. Gendrin. Le calorique sec ne convient, à quelque période que ce soit du choléra, qu'employé avec ménagement comme tonique révulsif local , et encore ne faut-il pas en porter l'action trop loin. Les bains de vapeurs sèches ont les mêmes inconvénients. Les cholériques sont des hommes congelés par le ralentissement de la circulation et de la respiration ; si on les réchauffe, on a exactement les mêmes effets que si l'on approchait du feu un homme congelé : on les asphyxie.

Cette observation ne manque pas de justesse, et c'est parce que nous avons observé des cas où le réchauffement trop actif a déterminé des accidents , des escarres graves, que nous avons cru devoir engager un

fabricant habile, M. Mathieu, à modifier un appareil de telle sorte que la chaleur y pût être appréciée avec exactitude et dont le coût, d'ailleurs peu élevé, le mît à la portée de toutes les bourses. Ce fabricant y a, d'après notre conseil, adapté un thermomètre qui permet de mesurer le degré de calorique. En voici le dessin et la description.

D,D, deux cylindres ovales concentriques tenus à distance l'un de l'autre par de petits tenons ;

B, partie supérieure du foyer; A, lampe à l'esprit ou à l'huile;

C, porte par laquelle on la place, de manière que le calorique se dégage entre les parois internes des cylindres concentriques et peut s'échapper par un tube ou espèce de cheminée E.

Le thermomètre F indique d'une manière précise les degrés de la chaleur dans chaque temps de l'opération. Cet appareil, construit en zinc, est peu coûteux.

Comme on le voit dans le dessin, le malade est enveloppé dans une couverture de laine.

Belladone. — Selon Récamier, elle abat la puissance nerveuse et la grande circulation , sans amener de réaction et ne diminue pas le dévoiement.

2 lu DU CHOLÉRA-MORBUS.

L'extrait aqueux de belladone a été donné quelquefois en Pologne, selon M. Sandras, mais sans effets bien marqués.

Bicarbonate de soude. — On l'a administré dans les accidents les plus graves du choléra, par suite d'indications chimiques, dans le but de diminuer la viscosité du sang et de lui rendre sa fluidité; mais si l'on réfléchit que les liquides épanchés dans les intestins sont alcalins, on ne comprend pas comment l'absorption enlèverait plutôt au tube digestif la solution alcaline des potions ingérées que celle des sécrétions. M. Gendrin ne l'a employé que comme un médicament très stimulant pouvant favoriser et déterminer la réaction et peut-être modifier seulement la sécrétion morbide qui se fait dans le tube digestif. Il l'a administré dans la période cyanique très avancée, à la dose de 30 grammes dans 180 grammes d'eau par cuillerée à bouche, de demi-heure en demi-heure, mais sans avantage marqué. Il a amené en quelques instants une sécheresse et une rougeur des plus vives de la langue, et a paru déterminer le développement d'une vive gastro-entérite.

Bismuth {sous-nitrate de, — trinitrate de). — C'est le docteur Léo qui a le premier préconisé le sousnitrate de bismuth contre la diarrhée et les vomissements cholériques. 11 le donnait à la dose de 15 centigrammes, avec addition de sucre , toutes les deux ou trois heures, selon les circonstances; en même temps le malade prenait une tisane de mélisse.

Biett a employé le sous-nitrate de bismuth surtout chez les cholériques dont les crampes étaient le sym-

DÎCTIONNAir.E DE THÉRAPEUTIOUE. 215

ptÔQie prédominant. Selon lui, le sous-nitrate de bismuth a , dans le plus grand nombre de cas , eu des résultats assez avantageux ; mais rarement on s'est borné à ce seul moyen. Dans un cas, après huit heures de l'invasion, le malade étant tourmenté de crampes atroces, 50 centigrammes de sous-nitrate de bismuth furent donnés dans une cuillerée de tisane ; une demiheure après, on administra 10 centigrammes de la même poudre ; depuis ce moment les crampes diminuèrent rapidement d'intensité et ne reparurent plus. Ce moyen a réussi à Posen et échoué à Dantzig.

M. Lecointe emploie cette substance à la dose de 1 à o grammes dans les vingt-quatre heures contre les malaises épigastriques. Récamier la conseille dans la convalescence.

Le sous-nitrate avait du reste été employé également par Guersant, en 1832 , dans des cas de diarrhée opiniâtre très fébrile chez les enfants.

M. le docteur Théophile Thompson , médecin de l'hôpital des phthisiques de Londres, a employé avec succès le trinitrate de bismuth dans la diarrhée; il le donne à la dose de 25 centigrammes combinés avec la gomme arabique et la magnésie (voy. le Formulaire). On peut en donner sans crainte de plus fortes doses, et réussir avec des doses moindres; mais M. Thompson considère la dose de 20 à 25 centigrammes comme la mieux appropriée à l'indication.

Café. — M. Briquet a fait prendre à plusieurs malades une ou plusieurs tasses d'infusion très chargée

de café. Sous Tinfliience de ce remède, les symptômes à forme soporeuse ont disparu pour quelques heures chez plusieurs; quelquefois ils n'ont été nullement interrompus.

Ce médecin n'a pas reconnu à l'infusion du café d'action appréciable dans la période algide. Il la regarde comme impuissante à cette époque ; cependant M. Chomel croit en avoir rétiré quelque avantage dans la période algide.

Calamus aromaticus de la Jamaïque. — Récamier le prescrivait en poudre à la dose de 2 ou 3 grammes avant les repas, contre les anomalies nerveuses, vertiges, altérations de la vue, tintements d'oreilles, étouffements , palpitations , propensions syncopales , vomissements , borborygmes , ténesmes, crampes qui persistent quelquefois d'une manière continue, rémittente, ou intermittente, après les accidents cholériques.

Calomel. — (Voy. l'article Évacuants, p. 183.)

Camphre, — Dans la période bleue, Récamier faisait appliquer sur l'abdomen un cataplasme saupoudré de camphre.

Plusieurs sujets ont été rappelés à la vie, suivant Récamier, par l'emploi de l'éther camphré à la dose de cinq à six gouttes dans une cuillerée d'eau de menthe ou d'infusion théiforme.

M. Andral associe dans une potion le camphre à l'acétate d'ammoniaque, au sulfate de quinine et à l'éther sulfurique. (Voy. le Formulaire.)

Annesley l'associait à l'eau ammoniée et à l'éther sulfurique.

D'autres praticiens, et entre autres Balinski, l'ont

employé en liniment associé à Thuile de térébenthine et aux cantharides.

Chez une femme cholérique, dans la période algide, sans espérance, M. Magendie a tenté, comme moyen d'excitation, d'injecter une certaine quantité d'alcool camphré étendu d'eau. Cette injection, qui chez un individu sain aurait déterminé des effets d'empoisonnement, une agitation extraordinaire, des soubresauts, des mouvements des plus énergiques, cette injection, quoique portée à 2 grammes, n'a occasionné chez cette femme aucun signe de l'action de la substance. De ce fait et de quelques autres, M. Magendie conclut que le système nerveux dans le choléra se trouve dans une condition tout autre que dans l'état ordinaire , état qu'il compare à celui des individus hydrophobes ou des chiens atteints de la rage, chez lesquels on a pu injecter dans les veines jusqu'à sept grains (35 centigrammes) d'acide prussique, sans que chez l'homme et les animaux les accès en fussent modifiés et l'état aggravé; tandis qu'une seule goutte d'acide prussique pur tue un chien comme d'un coup de balle.

V huile camphrée, donnée par cuillerée à café, a, selon Récamier, arrêté des vomissements qui avaient résisté à beaucoup d'autres moyens.

Fouquier faisait faire des frictions avec l'alcool camphré.

M. Magendie a souvent donné avec avantage des lavements d'infusions aromatiques avec une certaine quantité de camphre. Plusieurs fois, chez des cholériques très faibles, très abattus par la période algide, où la circulation était à peine visible, il a employé des lavements de camomille camphrée très chauds.

218 nu CHULÉP.A-MORBUS.

Nous ne dirons rien des prétendues vertus préservalives du camphre , dont on a tant abusé en 1832. Cette substance était devenue si chère, que le gouvernement a dû lever les droits d'importation ; les 30 grammes se vendaient jusqu'à 30 francs!

Capricum, — M. Gauthier, de Nogent , préconise contre le choléra, au début, l'emploi du capricum en poudre infusé dans un verre d'eau bouillante. [Acad. deméd,^ 13 décembre 1853.) Yoy. le Formulaire,

Carbone (sesquichlorure de). — Cette substance, désignée à tort, selon M. Mialhe , sous les noms de irichlorate de carbone, de tri, de quadrichlorure de carbone, a été employée à Berlin par le docteur Troschel, avec succès, dans beaucoup de cas de choléra à la période algide; le docteur King Tavait employé avant lui dans le choléra sporadique, comme irritant et antiseptique. {Médical Times, août 1846.) Plusieurs médecins anglais l'avaient employé dès 18/i3.

Le docteur King l'avait donné à la dose de 4 à 8 grammes en solution. Cette substance étant chère et rare, M. Troschel ne l'a donnée d'abord qu'à la dose de 25 centigrammes répétée toutes les demiheures ou toutes les deux ou trois heures, suivant les circonstances ; et, malgré la modicité des doses, il a réussi dans beaucoup de cas à rompre et raccourcir la période asphyxique : cette substance provoque une vive réaction qu'il a fallu combattre par les moyens appropriés. Son action sur la période d'asphyxie cholérique paraît à M. Troschel tout à fait spécifique.

Essayé sur trois sujets dans le service de M. Malgaigne, dans deux cas les accidents ont suivi un cours

rapide jusqu'à la mort; dans le troisième, il y a eu une réaction typhoïde à laquelle le sujet a succombé. (Rev, méd. chirurg., 1849, p. 198.)

CascariUe. — Nous n'avons vu l'extrait de cascarille recommandé que par Erdmann dans le journal de Graefe et Walther (1833).

Cautérisation épigastrique, — Un médecin anglais, M. Greenhow, appelle l'attention de ses confrères sur les bons effets qu'il a obtenus, pendant que l'épidémie régnait à Newcastle, d'un moyen auquel les Indiens ont recours dans les cas les plus désespérés. Ce moyen consiste dans l'application sur l'épigastre d'une compresse trempée dans l'eau-de-vie, à laquelle on met le feu. La révulsion violente que produit cette brûlure a pour effet, dit-il, de rappeler les mouvements du cœur et de suspendre les vomissements. La violence du moyen fait qu'on y a recours seulement lorsque les malades sont dans l'état le plus fâcheux, alors que la mort semble imminente et qu'il ne reste, pour ainsi dire, aucun espoir de les sauver. — Nous avons vu à l'Hôtel-Dieu M. x\ran employer dans le même but le marteau de Mayor. La révulsion ainsi pratiquée est tout aussi puissante ; elle cause moins d'effroi à l'assistance ; on peut y revenir plusieurs fois et l'appliquer sur tous les points du corps que l'on veut ; enfin, elle répond à un des besoins les plus urgents de la pratique de l'art, c'est-à-dire qu'elle peut être proportionnée à l'intensité des phénomènes morbides contre lesquels on la met en œuvre.

Chapelets de liège. — Chez un homme d'une cinquantaine d'années, scieur de long, qui souffrait depuis

longtemps de crampes dans les jambes au degré le plus prononcé, et avait essayé inutilement de s'en débarrasser de toutes les manières connues, après avoir fait inutilement usage de plusieurs remèdes, M. Van Oye eut recours à un moyen indiqué par un vieux praticien, grand amateur de pratiques vulgaires, qui disait ne pas s'en être mal trouvé. Ce moyen consiste tout simplement à s'entourer les jambes de plusieurs tours d'une espèce de chapelet formé de bouchons de liège enfilés. Dès le premier soir les crampes furent sensiblement moins prononcées, mais au bout de très peu de temps elles cessèrent d'une manière complète, et depuis lors cet individu n'en a plus été atteint.

Ce qui prouve, dit M. Van Oye, que dans ce cas le liège a exercé une action réelle, c'est que, croyant être entièrement guéri de son ancien mal, le scieur de long a fini par négliger de se munir en se couchant de ses singulières jarretières, et que les crampes n'ont pas tardé à revenir, retour qui a été empêché par le moyen en question.

Puisqu'on a vanté les armatures métalliques, nous ne voyons pas pourquoi on n'aurait pas recours à ce moyen, dans les cas surtout de crampes persistantes à la période de convalescence. L'un vaut l'autre.

Charbon {magnésie noire). — Biett et M. Émery d'abord, ensuite M. Guéneau de Mussy et quelques autres médecins, préoccupés de l'idée d'une cause miasmatique, ont employé le charbon avec avantage, en 1832. Le charbon est administré à la dose de 2 grammes par heure pendant les douze premières heures, puis on augmente les intervalles , et l'on

cesse surtout lorsque Tépigastre devient douloureux.

Le charbon paraît avoir peu d'action sur les vomissements et sur les crampes, mais chez beaucoup de malades il a exercé (Biett) une influence assez rapide sur les évacuations alvines ; autour de la teinte noire qu'elles prennent, on observe une teinte verdâtre qui prouve que les sécrétions bilieuses ont reparu; ce signe a été noté comme un des plus favorables, et bientôt il est suivi d'une modification successive dans les symptômes. Enfin, la sécrétion des urines ne tarde pas à annoncer la convalescence.

M. A. Gay, ayant remarqué que les charbonniers paraissent être à l'abri du choléra, crut devoir attribuer cette immunité à l'atmosphère du charbon dans laquelle ils vivent. C'est ce qui le décida à l'administrer dans cette maladie. 15 grammes de charbon végétal réduit en poudre impalpable sont suspendus dans un litre d'eau commune et administrés en lavements ; 8 autres grammes de charbon, suspendus dans un verre d'eau chaude, sont donnés en boisson.

Chaux vive. — Pour réchauffer le malade sans trop le couvrir, M. le docteur Bordes se sert de la chaux vive; il met de petits morceaux de chaux dans une serviette mouillée et tendue, qu'il roule dans sa longueur, et applique une serviette ainsi roulée de chaque côté du corps. En moins d'un quart d'heure, le malade est réchauffé. Une fois la chaleur revenue, le malade est à peu près hors de danger; reste à remplir les indications. {Revue de thérapeutique, Ib décembre 185o, p. 657).

Chlore, — L'eau chlorée, que l'on composait en

222 I>t CiiOl.KîlA-MOilBCS.

mêlant 9U grammes d'une dissolution de chlore avec 90 grammes d'eau ordinaire, a été employée en Pologne, et opposée principalement au choléra lorsqu'il passait à l'état de typhus, plutôt comme un moyen utile contre cette dernière maladie que contre le choléra.

Le chlore et les chlorures ont été l'objet d'un indigne commerce en 1832. Ce ne sont pas les charlatans, dit M. Magendie, qui les ont vantés, mais des hommes qui commandent la confiance, des commissions chargées, par les magistrats, de rassurer le public sur les moyens contre le choléra. Cependant aucun fait antérieur n'autorisait à prescrire le chlore comme anticholérique et à en faire vaporiser dans les lieux publics. En Russie et en Pologne, toutes les expériences avaient déjà prouvé cependant que les fumigations de chlore n'avaient rien changé à l'intensité de l'épidémie. Une preuve bien plus forte de son inutilité, c'est ce qui s'est passé dans certains ateliers où se fabriquait cette substance : dans une fabrique tous les ouvriers ont péri.

Chloroforme. -- Le chloroforme a été mis en usage en 1849, par M. Natalis Guillot. M. Brody, en Angleterre, l'a aussi employé en potion à la dose de 6 gouttes à prendre en deux fois (voy. le Formulaire), et prétend en avoir obtenu de bons effets dans la première période du choléra.

M. Brody, en outre, aide la réaction par les applications chaudes, les sinapismes ; et si la potion n*a pas produit un effet suffisant, il donne 8 gouttes de chloroforme dans 12 grammes de vin et60s,Tammes

DICTIONNAIRE DK THËRAPEUTÎQfJE. 22 S

d'eau. Enfin, il fait faire des embrocations de chloroforme sur la colonne vertébrale. La potion, suivant M. Brody, a pour résultat de calmer rapidement les nausées, les vomissements et les crampes.

Le chloroforme a été employé aussi , avec succès , en frictions, contre les crampes.

M. le docteur Hill, de Londres, a imaginé d'endormir les cholériques au moyen du chloroforme. Sur dixsept malades, douze ont été soumis aux inhalations. Les uns ont eu un sommeil de vingt minutes, les autres de deux heures. Les vomissements et les crampes reparaissaient au réveil, et l'on administrait de nouveau le chloroforme. Mais d'autres moyens actifs ayant été employés concurremment, on ne peut tirer aucune induction de ces essais. Cette substance nous paraît, du reste, contre-indiquée dans les cas de choléra algide.

CoUiers d'ambre, — Encore un moyen analogue et que nous empruntons, comme le précédent, à la Revue thérapeutique. Les colliers d'ambre ont été employés par M. le docteur Gérard sur une demoiselle de trentehuit ans, atteinte depuis l'âge de vingt ans d'une affection nerveuse avec des commotions comme électriques lorsqu'on la touchait. Après plusieurs traitements infructueux, M. Gérard appliqua à la malade, sans qu'elle fut prévenue, un aimant artificiel. Ce contact détermina une crise terrible. Une autre fois il lui entortilla autour de la jambe la chaîne de sa montre, qui était de fer et d'or ; il dut cesser en toute hâte son expérience, la malade ayant eu des mouvements électriques qui la soulevèrent de dessus sa chaise. L'idée

22U ou CHOLÉRA-MORBUS.

vint alors à M. Gérard d'essayer un corps idio-électrique : il fit mettre un collier d'ambre jaune au-dessus du mollet. 11 n'en résulta aucun effet apparent. La malade, l'ayant ôté quelques heures après, éprouva aussitôt de l'agitation, qui se calma lorsqu'elle l'eut remis. Lé lendemain la même manœuvre fut répétée : à peine le collier fut-il enlevé, que la malade commença à trembler de tous ses membres ; à peine fut-il remis, que les contractions cessèrent à l'instant. M. Gérard ajouta deux autres colliers à celui qui était déjà noué autour du mollet; il observa alors que l'on pouvait toucher toutes les parties du corps depuis la tête jusqu'aux colliers sans exciter aucune contraction, tandis que, depuis l'extrémité du gros orteil jusqu'aux colliers, le contact occasionnait, dans la jambe seulement, des contractions et de la douleur; de proche en proche, on remonta les colliers jusqu'au cou, et dès lors on put toucher la malade partout ; elle put se lever, aller, venir ; elle était guérie : mais dès qu'on détachait les colliers, elle retombait dans le même état. La malade découvrit, après plusieurs tâtonnements, que, pour se trouver parfaitement à son aise, il lui fallait 70 grammes d'ambre du meilleur choix; avec cette armature, elle bravait l'odeur des fleurs, de l'encens. Si elle prévoyait avoir à subir dans la journée quelques impressions plus fortes que d'habitude, elle s'ajoutait un ou deux colliers, et elle s'y exposait avec assurance. Quatorze mois après, l'efficacité des colliers d'ambre ne s'était pas démentie ; mais elle pouvait rarement quitter ses colliers quelques heures sans éprouver de l'irritation.

Les colliers d'ambre jaune ont également bien

r "CTIONNAiHf, DE iHltH APEU riQLE. 225

réussi chez une dame atïectée d'une maladie analogue à la précédente. Ils ont guéri aussi, à trois reprises, des douleurs probablement rhumatismales de l'épaule. L'auteur enfin s'est débarrassé, à deux reprises différentes, de crampes des jambes, grâce à ce précieux collier.

Tout le monde sait que les matrones suspendent des colliers d'ambre jaune au cou des enfants JDour les garantir des convulsions; mais, cette matière étant fort chère, on les a transformés en colliers d'ivoire, de nacre ou simplement de bois, qui ne passent, aux yeux des raisonneurs, que pour un ornement d'un goût plus que douteux I {Revue de thérapeutique.)

Columbo, —La décoction de colambo a réussi dans quelques cas à Thôpital Saint-Louis, entre les mains de M. Malgaigne, contre la diarrhée.

Le docteur ïïope administrait l'extrait aqueux de columbo aussitôt après que les vomissements avaient cessé, au moment où ils sont remplacés par des efforts vains de l'estomac, qui ne parvient plus à expulser que quelques gorgées d'une matière porracée et où le hoquet fatigue le malade et ne laisse aucun relâche à ses souffrances. La dose est d'une cuillerée à café du mélange de h grammes d'extrait aqueux de columbo avec de l'eau distillée de cerise noire ou de lauriercerise, édulcoré avec le sirop de gomme arabique. A la seconde heure, on ne prend plus cette mixture que de demi-heure en demi-heure. (Gaz. méd,, 3 mai 1832.) Voy. le Formulaire,

Créosote. =— M. C. Weber, chirurgien à Arneburg, a employé la créosote pour arrêter les premiers sym-

2 '2 6 DIT CHOLÉHA-MORBUS.

plômes du choléra. A des enfants de neuf à dix-huit mois, alteinls de vomissements et de selles caractéristiques, il a fait prendre toutes les heures une cuillerée à café de décoction de salep dans laquelle on avait mis une goutte de créosote (voy. le Formulaire). Dès les premières doses les vomissements s'arrêtèrent, et les malades furent bientôt rétablis.

Chez les adultes, la dose est portée à deux gouttes de créosote, on leur fait prendre une cuillerée à bouche toutes les deux heures; trois cuillerées ont sulli quelquefois à arrêter les évacuations.

Croton-tiglium. — Voyez Huile.

Cyanure de potassium. — Employé en potion, joint à Tacide sulfurique et à la dose d'un gramme par cuillerée après chaque vomissement, par M. Goupil, de Montereau- faut-Yonne (Seine-et-Marne).

Datura slramonium. — Même effet que la belladone.

Digitale. — La teinture de digitale, associée au sirop d'asperges, a été donnée par quelques médecins, surtout en Pologne, dans le but de ramener l'excrétion urinaire quand les vomissements sont calmés. Desavenièrss , entre autres, dit s'en être souvent bien trouvé (voy. le Formulaire). M. Nicolas, médecin à Lacaze, a proposé Tusage de la digitale comme préservatif.

Eau chaude, — En Pologne, selon M. Sandras, on a employé assez souvent l'eau chaude; on aduiinistrait aux malades, en deux heures, de douze à seize

verres d'eau ordinaire à une température aussi élevée qu'on puisse la supporter sans être brûlé. On donnait alors aux malades une demi-heure ou une heure de repos, puis on recommençait de la même manière l'administration du même moyen. Dans les cas où la maladie marchait avec moins de rapidité, on se contentait de donner un verre d'eau chaude toutes les vingt minutes ou toutes les demi-heures. Ce moyen paraît à M. Sandras avoir réussi assez souvent, et il cite comme les hôpitaux où la mortalité a été certainement la moins grande, les hôpitaux Juif et de la Garde, de Varsovie, où ce moyen a clé principalement employé.

Eau froide, — Sydenham regardait Teau froide comme un excellent remède dans le choléra, et d*autant plus efficace que le climat, la saison et le tempé= rament du malade sont plus chauds. Elle tempère et abat, dit-il, la chaleur violente que causent dans cette maladie le mouvement et le fi'oissement intestinal des fluides; elle détrempe et émousse l'acrimonie bilieuse des sucs contenus dans les premières voies, et enfin^ rétablit la force et le ressort des parties solides considérablement affaiblies par la violence du mal. (Édition de V Encyclopédie, p. 10/i.)

M. ]\]agendie veut que l'on consulte à ce sujet le goût des malades. Il y a des cholériques bleus qui n'ont aucune appétence pour les boissons chaudes, qui les refusent formellement, et qui, au contraire, défirent en prendre de froides et même de glacées. « Je n'ai jamais balancé à cet égard, dit le célèbre professeur; toutes les fois que j'ai rencontré un goût aussi pro-

^28 Î)U CH0LÉRA»M0RBU9,

nonce, je n'ai pas hésité à faire donner la boisson à la température désirée par le malade : il me semblait que dans une maladie dont Forigine était aussi obscure, rinstinct du malade était quelque chose qu'il fallait avant tout. respecter et écouter, et que peut-être on pourrait y trouver quelque indication importante. Nous avons accédé nombre de fois à ce désir, et avons donné des boissons froides et même glacées ; malheureusement nous avons presque toujours vu les individus qui avaient cette appétence particulière succomber, tandis que ceux qui ont bu avec plaisir des boissons chaudes guérissaient le plus souvent. 11 y a même des cholériques qui ne veulent boire que du punch. »

Eau de poulet, -—Sydenham prescrivait avec avantage cette boisson dans les cas nombreux et souvent mortels de choléra-morbus qu'il a observés en Angleterre en 1669.

Il faisait bouillir un jeune poulet dans environ douze pintes d'eau de fontaine, en sorte que la liqueur n'eût presque pas le goût de la viande. Le malade buvait abondamment de cette décoction tiède, ou à son défaut du petit-lait. En même temps on lui donnait plusieurs lavements avec la décoction ; on continuait jusqu'à la fin et jusqu'à ce que le malade l'eût rendue par haut et par bas.

Il y faisait ajouter de temps en temps soit pour la boisson, soit pour les lavements, 30 grammes de sirop de laitue, de violette, de pourpier, de nénuphar. Après ce grand lavage, il terminait par une potion calmante. (Voy. le Formulaire,)

DlCTlONiNAHUi DE 1 lltliAr'EUïlQUE. 229

Eau salée chaude. — M. Marchaiidier Ta proposée sur des linges imbibés, contre les crampes. (^BulL de thérap., oO novembre 1853.) (Voy. Enveloppement.)

Eau de Seltz. — Elle a réussi dans la plupart des cas, entre les mains de M. Briquet, à calmer les vomissements. Quelques praticiens, entre autres Récamier et M. Gayol, l'ont associée aux potions anodines.

ÉlectrO'puncture, — Ce moyen énergique , vigoureux, mais difficile à employer avec assez de sûreté et de persévérance, a paru produire d'abord quelques résultats entre les mains de Biett (1832). Un malade qui n'avait que quelques minutes à vivre , ne donnant que quelques signes de sensibilité, s'est bientôt réveillé en criant, et en peu de minutes la coloration violette a été remplacée par une teinte plus rosée; tous les symptômes étaient dissipés dans la soirée, et pendant trois jours on pouvait croire à un rétablissement prochain, lorsque des symptômes d'engouement des poumons se sont manifestés et ont entraîné promptement la mort. Les autres cas n'ont présenté que des modifications passagères et peu durables. Les aiguilles sont introduites, autant que possible , autour des ganglions cervicaux moyens, dans le plexus cardiaque, et autour du diaphragme en s*avançant vers le plexus solaire. Des secousses déterminées sur ces divers points sont très vigoureuses.

Enveloppement. -~ M. Scoutetten fait envelopper le malade dans un drap de lit, mouillé dans l'eau chaude faiblement salée , sur toutes les parties du corps, excepté la tête. Deux couvertures de laine modérément chauffées sont étendues sur un lit, le drap mouillé est -ensuite placé au-dessus, A l'endroit où pose le bassin,

230 DU CHOLÉRA-MODBUS.

on met un drap sec, plié en carre, destiné à recevoir les évacuations alvities. Le malade, nu, est placé sur le drap mouillé , qui sert aussitôt à l'envelopper, en ayant soin d'entourer isolément chaque membre. Les couvertures de laine sont ensuite appliquées successivement de la même manière, et pour mieux conserver ou rétablir la chaleur, on peut, encore ajouter un plumon qui s'étendra jusque sur l'abdomen. Comme le drap mouillé ne tarde pas h sécher, il faut renouveler toutes les heures environ le môme genre d'enveloppement, afin de maintenir une humidité douce et constante sur toute la peau ; mais la temj)érature de l'eau doit varier selon le degré de force du sujet et la puissance de réaction qu'on en doit attendre.

Épispastir/iœs {vésicatoires, — bains irritants). — Ces stimulants peuvent être employés utilement comme révulsifs pour combaltre la fluxion qui s'effectue vers le tube digestif ; ils contribuent ainsi à arrêter la phlegmorrhagie. M. Gendrin n'a employé que les vésicatoires volants et les sinapismcs, et en a obtenu de très bons résultats.

Lorsque la réaction commence à s'établir, dit-il , les épispastiques portés jusqu'à la rubéfaction de la peau , et promenés sur différentes parties du corps , m'ont toujours paru très utiles.

Dans la période cyanique avancée, les épispastiques ne sont pas iTiême sentis, ou le sont à peine; ils sont alors d'une faible utilité. On a cependant retiré quelquefois de l'avantage de l'application de larges vésicatoires sur le dos.

Les bains sinapisés sont un moyen très énergique et qui fait souffrir beaucoup les malades par l'irrita-

DlCTIOiNNAlRK DE THÉRAPEUTIQUE. 231

tion qu'ils causent aux organes génitaux. On ne doit guère les employer que dans la période cyanique très avancée.

Éther, — L'éther, et surtout Téther suîfurique, a été employé par presque tous les praticiens comme stimulant dilTusible dans les potions. (Voy. le Formulaire.)

Quant à Vélher pur, c'est un stimulant dilTusible très actif et un irritant topique très puissant, il réussit dans la période cyanique commençante, augmente plutôt qu'il ne diminue les sécrétions, mais calme les crampes. On peut l'associer h l'opium et en cesser l'usage dès que la réaction est commencée. M, Pellarin dit avoir employé avec succès les inspirations d'éther.

Fraisier. — • Chez un militaire revenu d'Afrique et atteint d'une dyssenterie qui avait résisté à tous les traitements, M. Malgaigne a obtenu en moins de vingtquatre heures un succès complet par la décoction alcoolique de feuilles fraîches de fraisier.

Est-il bien à regretter que M. Malgaigne ait manqué en 1849 de feuilles fraîches de fraisier, dont i! aurait voulu renouveler l'emploi dans le choléra!

Frictions. — Outre l'action mécanique sur la circulation, les frictions ont encore, selon M. Gendrin, l'avantage d'exercer sur la peau une action topique stimulante qui, quelque légère qu'elle soit relativement à chaque partie de la peau qui y est soumise, acquiert bientôt une grande activité par l'étendue de la surface sur laquelle elle est dirigée.

Employées dans la première période , les frictions

252 DL- CHOLÉUA-MOUBUS.

concourent à enrayer la marche de la maladie en agissant sur la circulation et empêchant les progrès du refroidissement et de la stase du sang , et de plus comme révulsives.

Leur utilité contre les crampes est telle que les malades demandent eux-mêmes à grands cris qu'on les emploie. On lésa quelquefois rendues narcotiques, en y employant des liniments avec l'huile de jusquiame, le baume tranquille, le laudanum. (Voy. le Formulaire,)

Les frictions ont paru quelquefois nuisibles par la raison qu'il fallait découvrir les malades. Larrey voulait qu'on les fît verticales; M. Worms les regarde comme toujours inutiles et souvent nuisibles.

Dans les Indes, on fait les frictions avec de la grosse toile, et on les administre avec beaucoup de force, ce qui leur donne une bien plus grande activité.

Les frictions avec la pommade ammoniacale ont l'inconvénient de produire une irritation cutanée qui va quelquefois jusqu'à déterminer un érythème fort gênant pour l'administration des moyens ultérieurs, et qui est une cause de vive douleur pour le malade. Les frictions avec les huiles essentielles pures de térébenthine, de cajeput , de tanaisie, de rue ont les mêmes inconvénients.

M. Briquet a employé les frictions sèches et médicamenteuses. Ces dernières agissent de deux manières. Par les frottements rapides qu'elles promènent sur la peau, elles chassent le sang des vaisseaux capillaires où il stagne, le forcent à passer dans des couloirs plus vastes et moins embarrassés, et arrivent ainsi à établir une circulation d'abord locale, mais que les fric-

DÏCTiONN.UilE DE YHliRAPEOTiQUE. 2SS

tions faites sur toute l'étendue de la peau ne tardent pas à généraliser.

En second lieu, à F aide des liniments plus ou moins irritants déposés sur des morceaux de flanelle mis en contact avec la peau, à l'aide de la chaleur communiquée à ces flanelles, on stimule la sensibilité du malade, et l'on combat le refroidissement. M. Briquet s'est servi de ces frictions dans tous les cas où l'état du pouls, la cyanose, le refroidissement apparent et réel , indiquaient une atteinte profonde portée aux fonctions de circulation et de caloricité. Mais elles sont dans bien des cas impropres à ramener la réaction.

Des frictions avec de la teinture de scille et de digitale, faites à la face interne des cuisses, ont paru à M. Briquet coïncider deux fois avec la réapparition de la sécrétion urinaire.

On a eu aussi recours aux frictions à la glace^ L'administration de ces frictions , pénibles et désagréables pour les malades, exige beaucoup de soin. 11 faut les faire rapidement, avec d'assez gros morceaux de glace, afin que l'eau ne coule point sur les draps; et, aussitôt que la friction est terminée, il faut essuyer avec soin le corps avec des linges chauds et l'entourer de boules chaudes.

M. Briquet regarde ce moyen comme le plus puissant de tous dans les cas de choléra asphyxique sans pouls; il les a employées dans seize cas de période algide grave : une réaction complète est survenue dans six cas, et trois d'entre eux ont abouti à la guérison, tandis que sur vingt-huit cas de période algide très intense dans lesquels il n'a pas eu recours aux fric-"

lions à la glace, il n'y a eu que six cas de réaction, dont lin seul suivi de guérison.

Froid à l'extérieur et à l'intérieur: lotions et boissons froides. — . Le froid a été hardiment employé par MM. Casper, de Berlin, et GunLher, de Vienne, qui en ont préconisé les effets.

« Leur procédé, dans cette méthode, a surtout consisté dans les boissons lYoides abondantes , des lavements de même nature, desaffusions, et divers moyens employés ensinte à la surface de la peau, pour favoriser le développement de la réaction que les premiers procédés avaient pour but de produire. Du reste, l'un de ses auteurs, M. Casper, considérait le choléra comme une maladie de la peau, et il réservait cette méthode extrême pour les cas extrêmes, pour ceux où l'asphyxie était au plus haut degré, les malades sans pouls, sine pulsu. Nous ne croyons pas que cette méthode, dans toute sa rigueur, ait été jamais employée en Trance. Tout au plus a-t-on eu quelquefois recours aux affusions froides, et il ne semble pas, d'après ce qu'on en a dit, qu'on ait eu beaucoup à se féliciter de l'emploi de ce moyen. » (Max. Simon, Bulletin de thérapeutique, t. XXXVI, 1849, p. 19J.)

Les affusions froides ont été, en effet, employées par Récamier, MM. Guéneau de Mussy et Trousseau simultanément avec l'ingestion de petites quantités d'eau. Ces médecins ont eu le bon sens de ne pas attendre que la vie eût reçu une trop profonde atteinte, et sans doute auraient craint, en ce cas, de hâter le terme fatal au lieu d'arriver à une réaction.

DICTIONNAIllE DE THÉRAPEUTIQUE, 23 5

Quand le pouls était insensible, et que la réaction n'était pas survenue malgré les boissons stimulantes, ren)ploi des sinapismes, des liniments spiritueux, Récan:iier la provoquait en versant avec rapidité sur le malade, pendant une minute seulement, de l'eau à 12, 13 ou 14 degrés, et eiî le plaçant dans le lit sans le réchaulTer. Dans le cas de stupeur consécutive (forme typhoïde), il faisait des aiïusions au-dessous de 14 degrés Réaumur, renouvelées chaque fois que la stupeur reparaissait.

Dans la réaction, M. Magendie faisait des applications froides sur la tête. îl favorisait en même temps la réaction en donnant un demi-verre d'eau fraîche, de décoction de salepou de riz, dequart d'heure en quart d'heure, en l'aromatisant un peu; et, mieux encore, en donnant de quart d'heure on quart d'heure, outre les verres d'eau froide, quelques cuillerées à soupe d'une solution, soit de sulfate de soude, soit d'hydro» chlorate de soude (ou sel de cuisine), en préférant celui que l'estomac supporte le mieux, La dose est à étudier pour chacun,

La neige, l'eau froide et les boissons froides étant de bons moyens pour réchauffer impuném.ent les membres et les sujets congelés et non encore morts, l'analogie entre cet état et l'état cholérique a fait penser à Récamier que ces moyens devaient être utiles dans la période bleue du choléra.

Les boissons salines ci-dessus ont amené la réaction sans remploi préalable des aiTusions fraîches, et l'on a pu saign-er.

«Au milieu de ces tentatives diverses, poursuit M, Max, Simon j un procédé semble être resté comme

2 5 G 1)1. cnoi.Ki;A--MuaB[,>.

la babe du iiuileiiieut de celte terrible atrection; ce procédé, c'est Teinploi de l'eau froide et de la glace àTintérieur. Il est remarquable, en efïet, que, quelque idée qu'ils se soient formée du choléra, la plupart des auteurs qui ont traité de cette maladie aient placé ce moyen comme l'un des moins infidèles dans la thél'apeutiqueà lui opposer. Quelques faits même ont été cités dans lesquels l'ingestion de l'eau, à une température plus ou moins basse, a été l'unique moyen employé, et, dans ces cas, la maladie s'est terminée d'une manière heureuse. Malheureusement ces cas appartiennent, si Jious pouvons ainsi dire, à la médecine populaire; ils ont été incomplètement observés par des hommes de l'art, chez des individus qui ne recouraient à ce moyen que par une sorte d'instinct irréfléchi, ou par suite d'un manque absolu de confiance aux procédés ordinaires de la science. Ces faits, s'ils sont réels, n'en ont pas moins une grande valeur, etnous n'avons pas le droit de les dédaigner. » {Ibid,) (Voy. Hydrothérapie,)

Fiunigations, — Dupuytren employait, dans le début et après une friction, les fumigations à l'eau simple pendant une demi-heure, sous des couvertures tenues soulevées à l'aide de cerceaux. 11 faisait ensuite sécher et frotter toute la surface du corps à l'aide de tlanelles, changer la chemise et les draps, chauffer et bassiner exactement le lit dans lequel le malade devait être couché et l'y déposer avec soin.

Selon M. Magendie, les fumigations avec des vapeurs odorantes ne sont pas seulement inutiles, mais elles peuvent avoir des inconvénients ; il a vu des per=

sonnes malades pour avoir vécu dans une atmosphère de camphre et de choléra; ces substances, en effet, agissent sur la respiration et sur le système nerveux. Il faut se reporter à iSo"2 pour constater tout le ridicule de ces précautions; une foule de personnes ne se contentaient pas des fumigations de toute espèce, mais s'entouraient les reins, se couvraient la poitrine de sachets de camphre, et souvent étaient malades de ces seules précautions.

6'fl/rfl7îm?ie. — Livingstone prétend avoir guéri par ce moyen un malade très gravement affecté. [Transactions, Calcutta, 1825.) Au rapport de Fabré-Pala« prat, qui lui-même a été guéri par le galvanisme, on l'employait avec succès à Édinbourg et Laddengton. (Gazette des hôpitaux, février 1(S32.)

Genièvre. — • La décoction de baies de genièvre a été employée en Pologne dans le but de rétablir la sécrétion urinaire (Sandras).

Ginseng, — Bancal, de Bordeaux, a employé cette substance dans le choléra; nous en ignorons les effets.

Glace, — La glace en morceaux, dit M. Gendrinj suspend assez rarement les évacuations; elle calme peu la soif des malades, et, loin de diminuer l'anxiété épigastrique et les crampes, elle les augmente. L'eau à la glace, prise en petite quantité et secondée par l'application de la glace sur Fépigastre, est le seul moyen de ce genre qu'il ait administré, et il a dû y

i-?8 DU CHOLKHA-MORBUS.

renoncer, parce que la réaction était ralentie, quoique les évacuations fussent diminuées.

La glace en morceaux agit avec plus d'intensité que l'eau à la glace ; on l'a employée dans la période cyanique commençante. La réaction s'est établie avec difficulté cependant et fort lentement, et à mesure qu'elle s'est établie, la langue s'est sécliée et s'est colorée en rouge pendant que l'épigastre est devenu excessivement douloureux à la pression. 11 n'est pas de topique, ajoute M. Gendrin, plus irritant pour les voies digestives que la glace; la réaction ne s'établit sous l'influence de ce moyen que par l'intermédiaire d'une gastro-entérite des plus intenses, comme après l'emploi du bicarbonate de soude. Elle est nuisible dans la période cyanique confirmée et trop irritante dans la réaction.

Beaucoup de médecins , et entre autres Husson , M.Bally, etc., ont donné des boissons, limonade, etc., à la (jlace,

M. Briquet a pu arrêter des vomissements excessivement pénibles chez un malade, en lui laisant prendre des fragments de glace trempés dans une solution Oi acétate de morphine. La glace plaît aux malades, et c'est un des meilleurs moyens pour calmer les vomissements. Donnée à courts intervalles par petits fragments, elle provoque une sorte de réaction et rinflammation des muqueuses avec lesquelles elle est en contact. M. Briquet a vu survenir, chez plusieurs malades, pendant la période de réaction, des stomatites couenneuses auxquelles la glace n'était pas étrangère. 11 faut donc en user avec sobriété, et ne l'employer que dans les vomissements rebelles et lorsque les malades

DICTÏONNAIRE DE THÉRAPEUTIQUE. 239

ont une répugnance insurmontable pour ies boissons chaudes et sucrées.

Baumgaertner a employé le beurre à la glace. îl mettait une livre (500 grammes) de beurre dans de Teau fraîche, dans laquelle on avait placé plusieurs morceaux de glace de manière que le beurre fut le plus froid possible. îl le donnait au malade par petits morceaux.

Des cataplasmes de glace sur Vépigastre ont servi à M. Briquet plusieurs fois à arrêter un hoquet fatigant.

On a enfin eu recours quelquefois aux frictions de glace. (Voy. Frictions.)

Gomrae-gutte. — Dans les diarrhées qui ont résisté au laudanum, au diascordium, etc., M, Malgaigne a eu recours à cette substance en pilules, associée à l'extrait gommeux d'opium, (Yoy. le Formulaire.)

Guaco ou huaco, — Cette espèce de liane, de la famille des synanthérées, a été rarement employée. M. Cauvière, de Marseille, lui a reconnu quelque vertu stimulante^ et la met avec raison sur la même ligne que la menthe et la camomille, sur lesquelles elle n'a, selon lui, d'autre avantage que celui de venir de loin et de coûter plus cher, (Yoy. Infusions.)

Haschich {Cannabis indica), —MM. Aubert-Roche et de Charniac ont les premiers vanté en France le haschich contre le choléra; plus tard, M. Willemin a fixé l'attention du public médical sur cette préparation à laquelle il prétend avoir du la vie en Egypte.

2^0 WJ CHOI.KnA-MOHBUS.

La teinture de caiinabine est prescrite à la faible dose de dix à trente gouttes contenant de 5 à 15 centigrammes de cannabine. Les médecins anglais ont employé la résine extraite du chanvre indien dans les hôpitaux de Calcutta, et prétendent en avoir obtenu de bons résultats.

c< Le chanvre indien, dit M. Bouchardat, qui est un stimulant si énergique et si spécial du système nerveux, peut être utile pour remédier à cette stupeur remarquable du système nerveux et au défaut d'activite des fonctions qui sont sous sa dépendance. Peutêtre son action pourrait-elle augmenter dans cette période extrême par son adjonction au café. » (Jnn. dethér.,lS[i9,p. 273.)

M. Briquet a fait prendre la teinture de haschich à trois malades tombés, Fun dans une période algide intense, mais avec persistance aux radiales d'un peu de pouls; les deux autres dans l'algidité la plus complète.

11 l'administrait dans un julep gommeux à la dose de 3 grammes et par cuillerées. (Voy. le Formulaire.)

Les excitants externes et internes furent prescrits comme adjuvants. Deux des malades reprirent un peu de chaleur, mais les sujets ont succombé sans réaction. Aucun trouble du système nerveux ne s'est manifesté, si ce n'est chez un des trois, qui mourut avec une vive agitation.

Huile de cajeput. — Violent excitant diflusible administré rarement. A la dose de vingt-cinq gouttes dans une potion, il paraît avoir déterminé une réaction très vive et très soutenue; c'est de cette manière

DICTIONNAIRE DE THÉRAPKlITîQUE. 241

et avec des résultais pareils, que cette substance, ainsi que l'essence de térébenthine, a été administrée dans l'Inde.

Bremer l'associait en potion <i la teinture éthérée de valériane et à l'esprit de corne de cerf succiné. (Voy. le Formulaire.)

Si l'on voulait avoir recours à cette huile essentielle, dit M. Gendrin, il faudrait l'administrer dans la période bleue pour obtenir la réaction et en cesser promptement l'usage aussitôt que les symptômes de coction s'établiraient. Il serait imprudent et même inutile de donner l'huile de cajeput dans la période phlegmorrhagique, à moins qu'on ne la donnât à très faible dose et qu'on eût soin d'en abandonner rapidement l'usage quand la réaction se manifesterait.

Huile de croton tiglium. — L'huile de croton tiglium, préconisée par les médecins de l'Inde, a réussi une fois entre les mains de M. Bail y.

M. Cauvière, de Marseille, en a fait prendre à quatre malades à la dose de deux gouttes. Trois sont morts le jour même de leur admission, sans que le remède eût provoqué aucune selle. On a pu répéter la dose chez le quatrième, qui a vécu deux jours. Les selles ont été nombreuses, mais elles l'étaient avant l'administration du croton. Ce remède n'a probablement pas été absorbé.

Huile denaiphte. — Voy. ce mot.

Huile dericin. — Henderson en donnait 45 grammes d'abord, et ensuite 30 grammes jusqu'à elTet purgatif, dans la première période.

2U2 Ï>1' CHOLÉRA-MOnBUS.

Beaucoup de médecins anglais dans Tlnde Font employée avec succès, à la dose de quinze gouttes mêlée avec vingt gouttes de laudanum.

Huile de térébenthine. — Voy. ce mot.

Hydrothérapie. — L'hydrothérapie a été employée à diverses reprises et avec des résultats favorables en Allemagne; on l'a proposée en France; nous devons la faire connaître, et pour cela nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter au Bulletin de thérapeutique (t. XXXIX, 1850) un article où ce traitement est clairement exposé par M. le docteur Wertheim.

« Le traitement du choléra par l'eau froide exige de la part du médecin une certaine fermeté de caractère, s'il veut que ses efforts soient couronnés de succès. 11 doit, dans le seul intérêt du malade que l'épidémie atteint, rester sourd à ses prières et à ses plaintes. Dans la plupart des cas, le cholérique se tient pour perdu de prime abord. Il conjure le médecin de l'affranchir de ce traitement et de ses manipulations si fastidieuses, étant persuadé qu'elles ne seront pour lui d'aucune efficacité en présence de la violence d'une telle maladie. C'est précisément quand des plaintes de cette nature se font entendre que le médecin ne doit ni interrompre ni différer son traitement. Car, dès que le malade est saisi par ce sentiment qui le rattache à la vie, dès qu'il s'aperçoit que les symptômes diminuent, c'est alors que la maladie est en décroissance.

» L'application de ce traitement à l'eau doit suivre d'aussi près que possible l'invasion de la maladie;

toute perte de temps se paie chèrement par la durée de la cure ou finalement par l'inefficacité des moyens employés.

» Gomme moyen prophylactique pendant l'épidémie de choléra, il est utile de porter une ceinture mouillée autour du ventre et de la couvrir avec une compresse sèche pour qu'elle se réchauiïe mieux, il faut changer cette ceinture aussitôt qu'elle est sèche, au moins cinq fois par jour. On doit eneore principalement recommander de changer la ceinture mouillée après le dîner et avant de se coucher.

» On boira le matin à jeun et à chaque repas quelques verres d'eau fraîche pour obvier au relâchement de l'estomac et des intestins. Enfin, il faut s'abstenir de manger et de boire chaud. •

» Priessnitz distingue dans l'accès du choléra deux caractères essentiellement différents par leurs symptômes.

» L'accès de choléra se porte principalement ; a. du côté de l'abdomen ; ou il se manifeste : 6. par de fortes crampes des membres et même par des accès tétaniques.

» Le traitement de ces deux catégories d'accès de choléra est bien distinct dans ses différentes manipulations.

» a. Au début d'un accès de choléra qui se manifeste principalement du côté de l'abdomen avec vomissement et diarrhée, on enveloppe le malade, le cou un peu dégagé, jusqu'aux pieds dans un drap de lit (de toile ordinaire) mouillé à grande eau sans être tordu; deux hommes le frottent vigoureusement avec la paume des mains sur toutes les parties du corps jusqu'à ce

2/i^i du" cmolkra-morrus.

que le drap se réchauffe un peu par la chaleur naturelle du corps. Cette friction se praticjue mieux en tenant le malade debout ; s'il est trop faible, on le place, entouré avec le drap mouillé, sur une couverture de laine et on le frictionne vivement. Il est à remarquer qu'il faut absterger le drap avec de l'eau froide dans toutes les parties du corps qui se sont réchauffées par la friction, en même temps qu'on doit porter plus d'attention et frictionner de préférence les places ou les membres qui résistent à la friction et restent froids, jusqu'à ce qu'enfin la chaleur du corps, bien répartie, soit parfaitement égalisée.

» Si les pieds sont contractés par les crampes, il faut les frictionner vigoureusement et séparément. On doit renouveler ce procédé avec un autre drap mouillé, si les douleurs dans le ventre ne sont pas trop fortes. Si celles-ci deviennent très sensibles et que le malade, comme on le voit d'ordinaire, se torde en tout sens, on donne après l'application du premier bain d'enveveloppe (friction dans le drap mouillé) un remède à l'eau froide, et l'on place le malade dans un bain de siège, à la température de 8 à 9 degrés Réaumur, et de 9 à 10 pouces d'eau de profondeur. Pendant que le malade est dans le bain de siège dont il faut renouveler l'eau aussitôt qu'elle devient sale, et que la température s'est élevée de il à 12 degrés Réaumur, on lui donne à boire fréquemment pour faciliter les vomissements; on le couvre par devant jusqu'aux pieds d'un drap mouillé, mais tordu, par-dessus lequel on le frictionne fortement. 11 reste ainsi dans le bain de siège jusqu'au moment où le vomissement et la diarrhée se sont apaisés. Ces symptômes, d'ordinaire, se

DICTIONN'AIUE DE ÏÏIÉUAPEUTIQUE. 2 43

manifestent dans les vingt-cinq à trente minutes qui suivent la mise au bain. 11 n'y a de dérogation à ces symptômes que, si par négligence ou indécision, le traitement par l'eau froide a été trop longtemps retardé ou en cas de récidive. Le vomissement et la diarrhée étant arrêtés, le corps sans crampes et le malade plus tranquille, on le sort du bain de siège, on l'essuie avec soin et l'on applique sur le ventre la ceinture trempée dans de l'eau froide, mais tordue ; on couvre celleci d'une compresse sèche. On met enfin le malade au lit sans trop le couvrir ; dans la plupart des cas, il survient alors un sommeil réparateur.

w A son réveil, il doit prendre un bain de trois à cinq minutes de durée, dans de l'eau de 10 degrés Réaumur. S'il n'y a pas de baignoire, on fera une lotion générale avec de l'eau de la même température. On donne ensuite un bain d'air en éventant un drap sec pendant quelques minutes par-dessus la poitrine et le corps. // s'habille et il peut faire quelque exercice au grand air 11!

» 6. Si, au contraire, dans l'accès du choléra, les crampes sont prédominantes, il faut faire prendre au malade plusieurs bains d'enveloppe l'un après l'autre, en se conformant à la marche que nous avons indiquée, alors même que le mal aurait fait des progrès. Mais toujours, dans chacun des bains ainsi répétés, on fera usage de l'enveloppe humide avec forte friction. Celle-ci retirée, on frictionne le malade à sec pendant six à huit minutes, enveloppé dans une couverture de laine. Dès que les crampes ont cessé, que le ton bleu de la peau a disparu, on donne au malade un remède à l'eau froide et on le place au bain de

2/i6 DU CHOLÉRA-MOKBUS.

siège; enfin le traitement en entier indiqué sous la lettre a.

» Comme règle générale dans tous les cas, il faut, n'importe la saison, que le traitement à l'eau ait lieu à croisées- ouvertes, et que le malade, dans les intervalles du traitement, par exemple entre le bain d'enveloppe et le bain de siège, soit placé, entouré d'un drap mouillé, sur une chaise auprès de la fenêtre, mais non couché. — ■ Le convalescent doit porter, pendant plusieurs jours encore, la ceinture mouillée; il ne doit manger que des mets froids et s'abstenir de viandes soit noires, soit blanches. 11 doit faire dans la journée deux ou trois lotions générales à l'eau de il à 12 degrés Réaumur. Si une diarrhée, provenant d'un relâchement des intestins, persistait, il faudrait alterner ces lotions avec des lotions faites avec de l'eau toute froide. S'il y a moyen pour placer deux baignoires, on les remplira, l'une avec de l'eau à 12 degrés Réaumur, l'autre avec de l'eau tout à fait froide, et, de la sorte, le convalescent passera de l'une pour entrer dans l'autre. Mais il ne faut pas négliger de le frictionner pendant qu'il est dans le bain à eau dégourdie.

» Les personnes qui frictionneront les malades et qui leur donneront des soins n'ont nullement à craindre d'être atteintes du choléra.

>^ Le choléra, traité d'après celte méthode, n'est nullement dangereux. La durée du malest courte, et Taccès, dans la plupart des cas, cède bien vite, sans aucun ressentiment, à Ténergie du traitement, modifié toutefois par l'expérience du méderin , selon les symptômes qui le guident. »

Nous avons voulu donner dans tous ses détails ce

DICTIONNAIJÎE DE THÉRAPEUTIQUE. 7U1

mode de traitement du paysan de Graënferberg, mais nous avouons que, pour nous décider à soumettre des malades comme les cholériques à une telle question, il nous faudrait d'autres autorités que Priessnitz et M. Wertlieim!

Infusions.— On a généralement employé dans tous les pays des infusions stimulantes ; les plus usitées sont celles de menthe, de mélisse, de sauge, de tilleul, de thé, de camomille, de guimauve, de violettes, d'arnica, etc. C'est un adjuvant auquel on reconnaît en général de l'utilité lorsque les malades les supportent et ne les rejettent pas entièrement.

Injections dans les veines, — En Angleterre, on a injecté des solutions salines dans les veines, dans le choléra asiatique, lorsque la circulation était à peu près nulle, le corps bleu, glacé, etc.

« La composition du liquide injecté n'a pas toujours été la même. En général, on faisait dissoudre trois gros (12 grammes) de sel commun (hydrochlorate de soude) et un scrupule (120 centigrammes) de carbonate de soude dans 2,500 à 3,000 grammes d'eau. Cette proportion, plus forte en substances salines que celle dont se servit d'abord M. Latta, est à peu près celle qui a été adoptée par la majorité des expérimentateurs. Quelques uns ont ajouté un peu d'albumine, mais sans aucune espèce d'avantage.

» Cette mixture doit être injectée en peu de temps, 30 grammes par 30 grammes, par l'une des veines du bras, qu'on aura soin de ménager le plus possible et de panser convenablement, pour empêcher le déve-

2Zl8 DU CIIOLKIIA-MOIIISCS.

loppemeiit de la phléioite. l.a température de la dissolution sera soigneusement maintenue au même degré pendant toute la durée de l'opération. Le degré de chaleur qu'il convient d'adopler est celui de la chaleur ordinaire du sang (110 à 112 degrés Fahrenheit). Quant à la quantité qu'il convient d'injecter, c'est ce qu'il est difficile de déterminer. Quelques livres ont suffi dans plusieurs cas; dans d'autres, il a fallu aller beaucoup plus loin. M. le docteur Lewins l'a portée une fois jusqu'à 33 livres en cinquante-deux heures, et le succès couronna ses efforts.

» Ces injections n'ont été faites que sur des cholériques cyanoses, considérés par les médecins comme voués à une mort certaine. D'après un relevé fait par M. Littré [Gazette médicale, 1833 . n''* 94 et 97), sur soixante-quatorze cas, il y aurait eu vingt-deux guérisons ; ce qui est beaucoup, si nous admettons comme vraie la position désespérée des malades. Du chiffi^e définitif, si nous passons à l'examen des observations particulières, nous trouverons, même dans l'histoire de ceux qui ont succombé, la preuve que ce moyen n'a pas été sans action.

» En effet, chez presque tous les malades on a constaté qu'à peine le liquide salin était mêlé au sang , le malade, auparavant froid, sans pouls et cyanose, éprouvait un mieux marqué ; le pouls se relevait ainsi que la chaleur, l'aspect cholérique disparaissait; la voix reprenait toute sa force, le malade sa gaieté: résultats dont la promptitude étonnait au plus haut degré les assistants. Il était évident qu'une stimulation salutaire s'opérait sous l'influence du liquide injectémais il est vrai que cette stimulation n'a été souvent

DICTIO^NAliSE DE THÉP.APEUÏÏQUE. 2^9

que momentanée, et que le collapsus s'est reproduit au bout d'un temps en général assez court, au bout de quelques heures. Dans ce cas, de nouvelles injections ont amené chez plusieurs un mieux décisif, tandis que chez d'autres elles sont restées sans action. A l'autopsie, on n'a découvert aucune lésion qu'on put attribuer au moyen employé, de même que, pendant la vie, on n'avait remarqué aucun symptôme nouveau qui en trahît les inconvénients.

)j Sur les soixante-quatorze cas cités, la phlébite ne s'est développée qu'une seule fois. On ne peut donc déduire de cet accident aucune objection contre cette méthode. » (Dalmas, DicL demécL, t. VU, p. 535.)

M. Magendie a fait trois fois des injections dans les veines avec du sérum artificiel à la quantité de deux livres (1,000 grammes); une fois seulement il eut un rayon d'espérance qui fut bientôt dissipé par le nouvel abattement du malade et la mort.

Des expériences semblables ont été faites en Ecosse, mais avec des quantités si énormes, dix litres, vingt litres, dit-on, qu'il est difficile d'y croire.

Insolation. —M. Sandras dit avoir essayé pendant les belles journées, à Nacpolsk, les effets de l'insolation sur quelques cholériques. On les exposa sur de la paille sèche au soleil de juillet, avec la précaution de leur mettre la tête à l'ombre et de la couvrir d'un linge incessamment mouillé, La maladie n'en continua pas moins ses progrès.

lodure de potassium. — M. Marchandier, pharmacien, a proposé l'emploi de cette substance dans la

2 50 rj(^ CMOLÉRA-MORBUS.

première période, à la dose de 2 grammes dans une potion à prendre par cuillerées à café toutes les dix minutes. (Voy. le Formulaire,) On donne en même temps, pour calmer la soif, de la limonade gazeuse aussi par cuillerées à café.

Ipécacuanha. — Voy. p. .176,

Jusquiame, — Dans les cas où il se manifestait des signes d'inflammation, Anderson substituait l'extrait de jusquiame à hautes doses (20, /tO, 50 centigrammes) à l'opium , ou les donnait alternativement. Il faisait aussi donner des lavements de décoction de graine de lin avec 60 ou 90 grammes d'huile de jusquiame.

Laurier -cerise. — l/eau de laurier-cerise a été employée avec succès par M. Dudon en épithème à l'extérieur pour calmer les douleurs épigastriques qui succèdent si souvent aux vomissements cholériques. {Gaz, méd., août 1832.)

Ligature circulaire des membres dans la période d'incubation, — Le docteur Bertrand a recommandé ce moyen pratiqué comme suit : « Aussitôt que les symptômes précurseurs du choléra se manifestent, il faut se hâter d'appliquer autour d'une des cuisses une bande de toile forte, large de deux doigts, et de la serrer avec un tourniquet ou un simple morceau de bois, jusqu'à ce que le membre soit engourdi et violet. On laissera la ligature dans cet état pendant trois

quarts d'heure ou une heure, après quoi on la desserrera lentement, et à mesure que le sang qu'elle retenait rentrera dans le torrent circulatoire, on en appliquera une nouvelle, et de la même manière à Tautre cuisse. On continuera ainsi jusqu'à la cessation des premiers accidents ou jusqu'au retour de la chaleur. M. Bertrand pense qu'on s'oppose ainsi à la concentration des fluides dans les organes intérieurs, qu'on rappelle le sang et la chaleur à la périphérie, et qu'on peut faire cesser les vomissements et les accidents nerveux. Ce moyen avait aussi été proposé par le docteur Glerine de Matines. (Gazette médicale,)

Linges chauds. — Les linges réchauffés que l'on place sur le corps ont paru à M. Briquet avoir un effet prompt et rapide qui, dans tous les cas où il devient nécessaire d'agir avec célérité, est d'un grand avantage. C'est surtout après les frictions ou bien lorsqu'on nettoie le malade qu'on a besoin d'y recourir. On prend alors un drap plié en quatre que Ton tient à une température élevée, et on le place autour du corps du malade.

Magnétisme. — M. le docteur Ferrand de Missoles (maison de santé Marcel Sainte-Colombe) a employé la compression magnétique de i'épigastre avec le doigt, puis avec la main. (Gazette médicale, 1832, p. 156.)

Menthe. — L'infusion de menthe était regardée par Récamier comme exerçant une influence très salutaire dans toutes les périodes. Elle a été généralement employée.. (Voy le mot Infusions.)

25*2 l>l' CllOLÉdA-MUUBUS.

Mercure. — M. Serres, regardant le choléra comme une fièvre typhoïde pernicieuse, a voulu lui appliquer le traitement niercuriel qu'il a conseillé dans la fièvre typhoïde.

Sa médication consiste en des onctions mercurielles sur l'abdomen et en pilules avec le sulfure noir de mercure; à ces moyens il ajoute la potion de Rivière, et les lavements amidonnés avec sulfate de quinine et laudanum. Sur seize malades, au 6 avril 1849, traités dans son service, douze étaient guéris ou en voie de guérison.

M. Briquet a employé les onctions mercurielles sur trois sujets gravement affectés. Des frictions furent faites toutes les heures à la face interne des cuisses avec de l'onguent mercuriel. L'un de ces sujets éprouva, à la troisième friction , une amélioration sensible et un commencement de réaction qui resta incomplète et se termina, au bout de dix-huit heures, par la mort.

Le deuxième mourut dans la période algide; le troisième quelques jours après avoir réagi franchement.

On ne peut tirer aucune conclusion d'un si petit nombre de faits, d'autant plus que des moyens stimulants avaient été conjointement employés.

Morphine. — Voy. Opium, p. 185.

Moxas. — M. Sandras a vu succomber beaucoup de malades qui avaient subi cette opération, faite, il est vrai, dans les cas les plus graves. Mais il pourrait aussi citer des guérisons bien remarquables, et entre autres celled'un jeune homme depuis trois jours plongé dans le coma le plus profond, et tellement insensible, que des mouches se promenaient sur ses yeux ouverts

DIGTIONNAÎP.E DE TIIÉriAPi: in IQUE. 255

sans qu'il s'en aperçût ; excité par cette cautérisation, il guérit du jour au lendemain.

C'est donc bien certainement un moyen héroïque à employer dans les cas analogues.

M. le docteur Ancelon, médecin de l'hôpital de Dieuze, emploie les moxas sur l'épine dorsale dans les cas graves, surtout à l'époque de transition qui relie les deux périodes l'une à l'autre; mais, comme il le fait judicieusement observer, l'emploi du moxaest difficile à la campagne ; s'il n'y'a pas obtenu tout le succès désirable, c'est que Ton ne pouvait y recourir que fort tard et pour ainsi dire m extremis , et que la peur des paysans était exploitée contre l'emploi de ce moyen.

Musc, — Dans un cas de délire avec agitation, M. Rayer a fait supprimer l'opium en insistant sur les révulsifs à la peau ; puis on en est venu au musc dont l'effet a été extrêmement salutaire.

Naphtes, — Les naphtes, qui se rapprochent par leur composition et leur action des huiles essentielles, ont été très vivement préconisés dans le choléra asiatique.

Dans la dernière invasion du choléra dans le Caucase, l'huile de naphte a joui d'une gr^ande faveur; elle était administrée à petites doses, de dix à douze gouttes, ou plus, si cela était nécessaire. Le naphte, qui est administré en Circassie, n'est pas le naphte ordinaire des officines, ni celui qui est recommandé dans le traitement du rhumatisme ou de la phthisie, ni le

2 5^ Dt3 CHOLÉRA- MORBUS.

pétrole ou goudron des Barbades; mais le naphtepur, blanc ou rosé, qui n'a pas été distillé, qui vient du Béku ou des bords de la mer Caspienne. 11 résulte d'une lettre du docteur Andreyeoski, que le naphte, à la dose de quatre ou huit gouttes, est un remède infaillible contre la diarrhée cholérique qui règne dans le Caucase pendant certaines saisons. Une seule dose de ce médicament, dans du vin blanc ou dans une infusion de menthe, suffit pour rendre aux garderobes leur qualité normale. Dans les attaques du vrai choléra épidémique, il faut donner quinze à vingt gouttes de naphte, et la guérison n'est pas aussi certaine que dans le premier cas. (Voy. le Formulaire, — Élixir deWoronej.)

Nitrate d'argent (I. Lévy). — Le nitrate d'argent cristallisé était donné dans une solution d'eau distillée, versée dans une fiole de verre opaque de petite dimension ; on ne se servait pas de cuillers de métal dans lesquelles il eût pu y avoir décomposition. En général, on faisait prendre un huitième de grain tous les quarts d'heure, puis toutes les demi-heures. La dose totale était, pour deux ou trois jours au plus, de 5 à 10 grains ("25 à 50 centigrammes) ; elle fut plus élevée dans quelques circonstances. Ainsi, un confrère administra à l'un de ses malades 20 grains (1 gramme), et la guérison (ut obtenue.

Des moyens accessoires, en petit nombre, étaient employés simultanément: c'étaient des frictions, des alcoolats excitants, des bains tièdes, surtout dans le cas où la peau était sèche.

La cessation du nitrate d'argent était décidée par la

DICTIONNAIRE DE THÉH APEUTIQUE . 255

cessation des évacuations, qui était elle-même un indice de terminaison lieureuse; alors on continuait les frictions, les bains et quelques toniques, le café, le bouillon et le vin. Si la réaction était difficile, on insistait sur ces moyens; quelquefois le musc réussissait chez ces cholériques. Quand la réaction était opérée, on appliquait des compresses froides sur la tête, et, s'il survenait des complications cérébrales, on prescrivait l'oxyde de zinc; on combattait les congestions pulmonaires par des ventouses scarifiées sur la poitrine.

Employé en lavement par M. Aran [Gazette des hôpitaux, 3 décembre 1853), à la dose de 15 centigrammes dans 150 grammes d'eau distillée, il a été mis en usage avec quelque succès; en 1849, cependant, il a échoué à la Salpêtrière.

M. Gendrin fait observer que les altérations sont, pour la plus grande partie, dans l'intestin grêle, et que le nitrate d'argent en lavement, ne remontant pas même jusqu'à la valvule de Bauhin, leur action doit être à peu près nulle.

Nitreux [acide). — M. le docteur Kennedy, de Chatam, dit avoir obtenu de nombreux succès par Tadministration de l'acide nitreux à la dose de 12 grammes en potion par cuillerées dans la période algide. (Voy. le Formulaire.)

M. Kennedy l'emploie aussi à doses moins fortes comme préservatif.

Ce mo.yen avait déjà été proposé par la faculté d'Edimbourg, et dans ces derniers temps (1832) M. Prchal a préconisé l'emploi de cet acide avec des idées diffé-

2 56 nu CHOLKRA-MORBUS.

rentes et comme succédané de l'acide nitrique. (Gaz. mp:i/.,'1832, p. 10,S.)

i\oix muscade, — KorefT dit avoir employé avec succès cette substance contre la diarrhée; un essai fait à Saint-l.ouis a accru les coliques et la diarrhée.

Noix vomiqne, — M. Ancelon, de Dieuze, emploie la mixture de StrogonolT (voy. le Formulaire)^ dont la base est la noix vomique. Gutowski et Récamier en donnaient à la dose de 1 à 2 centigrammes dans une décoction d'arnica.

\f extrait de noix vomique a été plusieurs fois donné en Pologne à des doses assez considérables. Prescrit aussi en Russie sans aucun succès, il a été administré pour combattre les complications qui suivent le choléra, et principalement le typhus à sa dernière période, plutôt que le choléra lui-même. Son usage a été plus souvent suivi de la mort que de la guérison. (Sandras.)

La strychnine, à très faible dose (i centigramme dans 100 grammes d'eau acidulée), donnée par cuillerées, peut être utile contre les vomissements opiniâtres.

Opium. — Voy. p. 185.

Oranges. ■ — (Gaillard, au lieu de boisson, donnait seulement des oranges à sucer aux malades. C'est ce que j'ai fait bien souvent moi-même dans le choléra sporadique.

DICTIONNAIRE DE THÈRAPELTIQUF. 257

Orties. — Nous avons dit que Broussais, }3onr aider à raction de la saignée et provoquer la sortie du sang, avait conseillé d'employer la flagellation avec des orties.

La flagellation générale, à l'aide de ce moyen, a été exécutée une fois avec succès dans un cas désespéré par M. Dargent, chirurgien à Auneau (Eure-et-Loir). A l'urtication produite par la flagellation sur toutes les parties froides du corps, M. Dargent a joint, il est vrai, l'emmaillotement complet du corps avec des sacs d'avoine chauffée. (Gaz. mécL, 18o2, p. 325.)

Ouate. — La ouate, enroulée autour des membres et maintenue en place à l'aide de bandes, a rendu des services. Elle empêche après les frictions la chaleur des membres de se perdre, et M. Briquet la considère comme d'un emploi essentiel lorsqu'on a affaire à des sujets faibles et cachexies. Nous rapprocherons de ce moyen celui dont M. le docteur Dupîan dit s'être bien trouvé, et qui consiste à envelopper le malade dans la peau d'une bête à laine qui vient d'être égorgée. (Presse médicale.)

Oxygène. — M. Magendie a essayé, sans succès, de l'oxygène en inspiration, comme Tavait conseillé M. le docteur Gosier en 1832. Il a alors employé ce gaz en solution ; l'eau oxygénée quil a fait boire, n'a rien produit, fVoy. Azote.)

Petit-lait carbonique. — On trouve dans certains établissetnents (Molkenkuranstalten) de l'Allemagne, un petit-lait acidulé que l'on fabrique en chargeant de gaz acide carbonique, à la manière ordinaire, le sérum

2 58 Dr: choléra-morbu5.

du lait de chèvre coagulé au moyen de la présure pepsiuifère de veau. Celte préj)arallon, qui se conserve pendant un temps assez long, dans des bouteilles solidement bouchées et ficelées, conslitue une boisson lempéranle agréable, qui convient aux estomacs délicats ou fatigués par les excès de table et dans la convalescence du choléra.

Phosphore, — M. Sandras Ta vu employer avec succès en Pologne, dans deux cas désespérés; M. Gendrin Ta administré en ville à trois malades dans la période cyanique avancée, au moyen de l'huile phosphorée aronîatisée à la dose de vingt gouttes dans une potion, et à prendre par cuillerées à café toutes les dix minutes (voy. le Formulaire). Cette substance lui a paru toujours augmenter la soif, les crampes et les vomissements, et il est convaincu qu'elle a accéléré le terme fatal de ces malades , d'ailleurs dans un état à peu près désespéré.

Poivre, —M. Lefebvre Rousseau a conseillé, comme moyen préservatif et curalif, de brûler du poivre dans des chambres bien closes et d'y placer les malades.

MM. Rufin et Szalkowski (ce dernier en Pologne), disent avoir été témoins de succès obtenus par le poivre administré dans un petit verre d'eau-de-vie.

Poivre cubèbe. — M. Carquet, de Sézanne, Tassociait à la cannelle et au poivre de Cayenne et le faisait prendi'e délayé dans une petite quantité d'eau. (Voy. le Formulaire,)

Potenlille avsérine [herbe aux oies). — M. Bonnard, aide-major au 4"" dragons, a employé avec succès, ciiez

DICTIONNAIRE DE TIÏRRAPEUTIQUE. 259

plusieurs militaires alteinfs de diarrhée rebelle, à la suite de fatigues, la potenlille en ii)fusion à la dose de 8 grainuies.

Celle plante peu employée et peu connue , paraît à M. Bonnard su[)érieure à d'autres substances em^ ployces d'une manière analogue : \° par son extrême bon marché; 2° par la rapidité et la sûreté de son action ; 2>^ par son innocuité.

Poudre à canon, — M. A.-L. Roux a employé avec avantage en 18^9 et en 1853, la poudre à canon dans le traitement dii choléra.

C'estsurrindication d'un médecinallemand qui disait en avoir ob.eiju des ellels niiraculeux, que M. Roux a eu ridée non moins miraculeuse d'en faire usage.

Il me restait trois ou quatre cartouches dans ma giberne de garde national, dit notre confrère, et, chose étrange, l'une d'elles me servit à la guérison de deux malades le plus gravement atteints, tandis que la poudre des autres, employée de la même manière, ne me donna que des résultats négatifs. A quoi attribuer cette différence? — • Pour notre part, nous n'en chercherons pas la cause.

Prenant pour point de départ , poursuit M. Roux , les matières contenues dans la poudi'e : le charbon, le soufre Cl le nitrate de potasse (le premier comme antiputride, le second comme diaphorélique, le troisième comnie diurétique), je fis faire des prises contenant 15 centigrammes de chacune de ces substances. A partir de ce moment, j'obtins coup sur coup vingt et une guérisons. Il est vrai que le choléra était sur son déclin !

260 DU CHOLÉnA-MORBUS.

Les prises de poudre étaient données de quart d'heure en quart d'heure , mêlées à un peu de gelée de groseilles. Les garderobes en prennent bientôt la teinte, deviennent odorantes et moins fréquentes. Alors M. Roux donne 60 grammes d'huile de ricin. {Gazette médicale de Paris, 24 décembre 1853.)

Poudre de Dower. — Par prises de 20 centigrammes toutes les heures, elle a été administrée avec succès.

Il en est ainsi de la thériaque qui, à la dose de 5 à 10 grammes dans du bon vin rouge, a rendu des services dans les prodromes du clioléra ou dans la convalescence. (Yoy. Thériaque, p. 196.)

Pwnc/i. — De tousies remèdes excitants, selon M. Briquet, le punch, employé par M. Magendie en 1832, est le meilleur. Il a toujours été pris avec plaisir par les malades, qui le préféraient au vin de Bagnols ou de Bordeaux sucré ; ce liquide lui a paru d'ailleurs beaucoup moins capiteux que le vin. Il concourt puissamment à rendre à la circulation son énergie perdue.

Lorsque l'estomac le repousse, ce qui est rare, on peut le faire accepter en mettant dans chaque cuillerée de punch de petits morceaux de glace. On n'a pas remarqué qu'il ait eu une influence notable sur les accidents inflammatoires du tube digestif survenus pendant la réaction. En général, il faut ne pas dépasser la dose de 100 grammes dans la période algide.

Quassia, — Comme tous les amers, on peut l'employer dans la convalescence.

DICTIONNAIRE DE THÉRÀPETOTlOîIE. 261

Quinquina,'— Le quinquina n'a pas élé administré en substance dans le choléra-morbus, du moins dans les premièrespériodes; maison en a fait usage, à la fin, et surtout dans la convalescence. On prétend avoir obtenu fréquemment, par ce moyen, la diminution de la cardialgie qui persiste chez beaucoup de malades après le choléra, et qui suit l'ingestion des premiers aliments solides ou liquides. C'est à Vienne surtout que les médecins y ont eu recours administré dans du vin.

M. Gendrin a prescrit l'usage du vin de quinquina, dans l'intention de faire cesser cet élat valétudinaire si tenace, que les malades conservent si longtemps après le choléra morbus, et ces retours si fréquents de cardialgie par l'ingestion des aliments même les plus légers; il n'en a pas obtenu d'avantages et croit même avoir eu à s'en repentir.

Ce médecin a donné le quinquina en extrait sec et en déccclion, deux fois dans la période de coction, pour m.odérer des sueurs excessives qui jetaient les malades dans un état de débilité qui entravait la terminaison de la maladie. H s'en est bien trouvé.

Quant au sulfate de quinine, M. Gendrin pense qu'il peut convenir, dans quelques cas, au degré de cyanose commençante, si on le suspend aussitôt que l'efTort de réaction s'annonce; il ne convient pas, il est même nuisible^ selon lui, à un degré plus avancé de la maladie.

Quand la réaction s'établit, ou tend à s'établir dans la période cyanique commençante, le sulfate de quinine donné à haute dose, peut l'arrêter et plonger le malade dans un état d'anxiété extrême, caractérisé

surlont par une granrlc froqucnce du pouls, une chaleur sèche considérable à la peau, une agitation continuelle, une soif vive et une grande angoisse précordiale.

Récamiér faisait chiquer à jeun en avalant la salive du quinquina concassé, dans le cas où la rhubarbe ne réussissait pas dans les anorexies succédant au choléra.

M. le docteur Mandl , ainsi que nous l'avons dit (p. 161), déclare que le moyen qui lui a paru le plus efficace pour combaltie la diarrhée prodromiqiie du choléra, est le sulfate de quinine, à la dose de 10 centigrammes, donnés de deux heures en deux heures. I)es diarrhées qui avaient résisté aux lavements opiacqs, ont cédé en vingt-quatre heures au sulfate de quinine.

Uatanhia. — Cet extrait a été usité par Dupuytren, Blandin (183^) et d'autres praticiens, soit en potion, soit suiioul en lavement. Ce moyen a paru agir efficacement contre la diarrhée.

Selon M. Gendrin, eu elTet, l'extrait de ratanhia n'est utile que pour modérer les évacuations comme la thériaque et le diascordium.

Ucpassage de la colonne vertébrale. — Ce moyen énergique a été, en 183 i, employé par le docteur Petit, de l'Hôtel- Dieu; il consistait à placer, le long du dos, des morceaux de flanelle trempés dans de la térébenthine et chauiles ensuite par un fer à repasser.

DfCTIONNAlRE DE THÉRAPEUTIQUE. 263

Ce moyen, modifié par M. Doiiillaiid, qui ajoutait l'ammoniaque à la téi'ébenlliine, a souvent, selon ces deux praticiens, procuré des succès.

M. Magendie n'a jamais voulu employer ce traitement, parce qu'il faut déplacer le malade ; '< mettre un cholérique sur son ventre, dit-il, c'est Texposer à périr. Je suis sûr que ce médecin a vu mourir plusieurs cholériques froids, par la seule raison qu'on les plaçait sur le ventre, au lieu de les laisser dans la position naturelle à l'homme débile, qui ne peut exercer aucun mouvement par lui-même. )^ (p. 200.)

Quoi qu'il en .-oit, et malgré l'autorilé et les raisons sensées de M. Magendie, nous croyons que ce moyen ne doit pas être entièrement rejeté.

Rhubarbe. — Dans les cas d'inappétence, de digestions pénibles, douloureuses, avec affaissement, assou» pissement après des repas même exigus, Récamier faisait chiquer à jeun , en avalant la salive , 2 ou â grammes de rhubarbe.

Le purgatif le plus usité en Pologne, a été la rhu-barbe en poudre ou sous forme de teinture. On l'associait souvent à une petite dose de cai-bonate de potasse. M. Sandras pense que son usage peut ê!re avantageux, surtout à la deuxième période, lorsqu'il existe des signes d'embarras gastrique ou intestinal et qu'on veut létablir les sécrétions intestinales.

Elle a été utile dans les convalescences. M. Bouchardat Fa quelquefois associée, dans ces mêmes conditions, à une très petite dose d'opium, et il s'en est bien trouvé; 30 centigrammes de poudre de rhubaibe de Chine et 1 centigramme 1/2 de poudre d'opium^ c'est-

56^ nv CHULKHA-MORBUS.

le mélange qu'il a utilement prescrit clans la convalescence du choléra pour prévenir les rechutes.

Rhum. — Dans les cas pressants, avant le laxatif, M. J. Guyot croit qu'il faut employer un remède héroïque dont la réaction soit aussi vive, aussi instantanée que l'action du poison cholérique ; ce remède c'est l'alcool potable, la plus forte eau-de-vie ou le rhum purs. Plus étendu d'eau ou délayé dans des infusions, Falcool est un adjuvant propre à développer et à entretenir la chaleur; dans le choléra, il est impuissant à conjurer l'orage. La dose de rhum ou de forte eau-de-vie à administrer dans les cas de vomissements, crampes, anxiétés convulsives, est de trois centilitres. Si, au bout de cinq minutes, le vomissement n'est pas arrêté, il donne trois autres centilitres; il va quelquefois jusqu'à une troisième ou une quatrième dose. Selon M. Guyot , le vertige alcoolique neutralise et détruit complètement le vertige cholérique; un quart d'heure suffit pour produire cette transformation ! Après cela, il donne le sulfate de soude pour prévenir le retour des vomissements. ( Union 7nédicale.)

Salicilite ou salicinite de potasse. — M. le docteur Télèphe P. Desmartis fils, de Bordeaux, a employé cette substance dans un cas fort giave de cyanose, à la dose de 60 centigrammes en potion (voy. le Formtdaire), et lui attribue en grande partie la prompte guérison.

L'action favorable de ce médicament lui a toujours

OICTiONiXAIUE DE THERAPEUTIQUE. 265

paru augmentée par rextrail de jusquiame; mais il est fort difficile de se procurer des salicilites même dans les premières fabriques.

« Quand le salicilite de potasse est blanc et cristallisé, c'est-à-dire pur, dit Tauteur, il faut commencer par une faible dose, 25 ou 30 centigrammes dans un véhicule de 150 grammes d'eau, que Ton édulcore avec un sirop et suivant l'occurrence. Lorsque ce médicament est impur, c'est-à-dire s'il est noir et en masse, ou en cristaux plus ou moins bien formés, il m'a fallu souvent en employer jusqu'à un gramme pour obtenir des effets convenables,

» Si je me suis servi de ces substances, quoiqu'elles soient impures, c'est que, dans certains cas où ce médicament me semblait opportun, j'ai préféré remployer en cet état que de me priver de son secours. »

Les acides salicileux et saliciliques, que l'on aurait mieux fait d'appeler salicineux et saliciniques, se combinent avec un grand nombre de bases ; il aurait conséquemment fallu dire, en parlant de ces sels, salicinite et salicinate, puisque ces mois dérivent de salicine. [Presse médicale.)

Les avantages obtenus par ces acides, par les salicinites et par le salicinatede potasse ou de soude, font présumer que ces deux acides, unis à la chaux, à la magnésie, à la strontiane, à l'oxyde de zinc, etc., pourraient com.bler des lacunes existantes dans certaines parties de la thérapeutique.

Le Répertoire de pharmacie (septembre 185o, page 90) vient de publier un curieux travail de M. Buchner, professeur de pharmacie à Munich , sur la formation de l'acide salicileux dans les fleurs de

266 DU CHOLÉRA-MOKBUS.

la spirée ulmaire. — On sait, depuis les recherches de M. Piria sur la salicine, que l'on peut, au moyen de ce corps, produire artificiellement de V acide 5a- Ikileux par ractioii oxydante sur ce corps de l'acide chromique ou d'un mélange de chromate de potasse et d'acide sulfurique. Cependant on ignorait comment cet acide se produit spontanément dans les fleurs de la spirée ulmaire. \J. Buchner, ayant remarqué que les boutons de ces fleurs n'ont que peu ou point d'odeur, et que leur saveur rappelle celle de Técorce de saule, les soumit à diverses opérations qui Un donnèrent un corps fortement amer, semblable à la salicine, et qui, sous l'influence oxydante de l'acide chromique, se transformait en acide salicileux. Les feuilles de la spirée contiennent aussi une petite partie de ce principe. 11 résulte de là que c'est par un acte de la végétation qui nous est encore inconnu, que la salicine des fleurs de la reine des prés se transforme en acide salicileux,

Simarouba. — Voy. Quassia.

Sinapismes, — M. Ancelon, de Dieuze, regarde ce moyen comme le plus héroïque, et les promène presque sans interruption le long de la colonne vertébrale et sur les extrémités supérieures et inférieures. Lugol les composait avec parties égales de farine de graines de lin, de fai-ine de graines de moutarde, (Veau et de vinaigre ; il avait reconnu que les sinapismes faits avec la farine de graines de moutarde et le vinaigre seul excitaient trop vivement la peau et produisaient quelquefois des escarres gangreneuses nécessairement mortelles.

DICTIONNAIRE DE THÉR APKUTIQUE. 267

On a employé les siiinpismes à La région du cœur dans les périodes cyanique et asphyxique.

Appliqués siu-l'épigaslre, les sinapismes, dit M. Sandras, ont produit d'excellents effets.

M. Rayer a emi)loyé avec succès les sinapismes aux jambes et aux avant- bras.

Les sinapismes fiéquemment renouvelés, toutes les deux heures, ont été employés avec succès par Fouquier.

Dans la dernière période du choléra, des sinapismes, dit Delpech, appliqués sur l'épigastre, causent de violentes douleurs et éteignent les dernières res-sources de la vie ; il faut donc en user avec réserve dans ces cas; mais les sinapismes, comme les autres agents énergiques, montrent surtout leur puissance quand on y a recours à temps, avec suite et mesure. Il faut en surveiller attentivement l'emploi pour amener la chaleur et la rubéfaction, sans enlever l'épidemie.

Les sinapismes, selon M. Briquet , produisent une excit tion vive, agaçante, mais passagère, bien propre à réveiller l'action du système nerveux, à rappeler le sang aux extrémités déjà froides, lorsque raiïaissement du malade dépend surtout de l'alfaiblissement de l'action cérébrale, d'une espèce de syncope nerveuse, et que la circulalion n'a pas subi une dépression profonde. Dans ces cas, ces moyens suffisent; mais dans les cas plus graves, où le pouls a cessé de se faire sentir ou est à peine sensible, il faut recourir à des médications plus énergiques (frictions), et les sinapismes ne servent qu'à entretenir, dans l'ifjtervalle, le commencement de réaction qu'on en obtient.

2 es DU CIIOLÉflA-MORBUS,

Soude (sulfate et hydrochlorate de) (voy. p. 181), bicarbonate de (voy. p. 21 /j).

Stachys anatoUca, — Cette plante avait été envoyée d'Orient à l' Académie de médecine, avec de tels éloges, qu'au ministère du commerce, des employés, fort curieux d'un remède aussi souverain, avaient fait leur petite provision aux dépens de l'Académie.

Expérience faite, il s'est trouvé que le stachys possédait à peu près autant de vertu que la menthe ou la camomille.

Suie, — M. Marchandier regarde comme un moyen préservatif du choléra de recouvrir les déjections des malades avec de la suie de cheminée.

Tabac. — Les médecins bengalys , dans l'Inde, étendent le malade par terre; après lui avoir découvert le ventre et la poitrine, ils posent sur la région épigastrique une poignée de pâte de tabac dont on se sert pour fumer dans le houca ou le garg'ouly (soi'tes de pipes); puis, en pressant fortement avec un rouleau, ils étendent cette pâte en plaques minces sur toute la région abdominale, en prononçant quelques paroles mystiques. Après cette cruelle opération, ils donnent de l'eau du Gange en grande abondance : le malade ne tarde pas à succomber, et il est immédiatement porté à la rivière. (Denans, Dissertation sur le choléra-morbus de rinde. Paris, 1820.)

M. le docteur W. Moore dit avoir retiré de très bons

DICTION NAir.E DE ÏHÉH APEIJTIQUË. 269

effets dans La période cyaiiique de lavements de tabac. (V. le Formulaire.)

Delpech les blâmait fortement.

Tamiin, — M. le docteur Graefe et d'autres médecins ont employé le tannin en solution contre la diarrhée, le vomissement et la cyanose. Il faut que ce soit en solution dans un véhicule (voy. le Formulaire)^ dont les éléments constitutifs ne sont pas décomposés par le tannin comme par les alcaloïdes végétaux.

On doit proportionner la fréquence des doses à l'intensité des symptômes.

Plusieurs fois on a retrouvé le tannin dans l'urine et dans les matières stercorales consécutives qui étaient toujours très dures. Le maximum du tannin dont on a eu besoin dans vingt-quatre ou trente heures était de 8 grammes.

La rapidité avec laquelle l'amélioration dans des cas presque désespérés, déjà sans pouls, s'est montrée, a vivement étonné, selon Koreff. {Rev. méd.chirurg,, 1849, p. 199.)

Tartre stibié, — Voy. p. 178.

Térébenthine. — M. Em. Rousseau pense que Tessence de térébenthine lui a été d'un grand secours dans l'épidémie de choléra (18/i9); et si, dit-il, j'ai été assez heureux dans mon quartier, où la mortalité a été si grande, pour sauver divers malades, je le dois principalement aux frictions faites avec l'huile ou essence de térébenthine, et à l'application de flanelle imbibée de ce liquide le long des gouttières vertébrales, sur le ventre, les cuisses, les jambes et les bras ; ce qui donnait du calme en rehaussant la vitalilé qui s'éteignait.

270 DU CHOLERA MOnBTJS.

J'ai fait administrer aussi quelques potions et lavements dans lesquels entrait de l'essence : le bien être n'a pas été aussi constaté que par les frictions cutanées; mais n'esL-ce pas du au temps qui manquait pour bien étudier les eiïets tliérapjeutiques de cette substance, si précieuse d'ailleurs? ^Abeille médicale.) U huile de lérébeiUhine a été trop peu donnée dans rindc pour (^u'on puisse en tirer aucune conclusion favorable ou défavorable.

Transfusion, — DieiTenbach opéra trois fois la transfusion du sang sans nul succès. Depuis ce temps, je crois que personne n'a été tenté de renouveler cette opération.

Truffes, — M. Devergie a eu l'idée assez singulière d'employer cette substance dans le eholéra. 11 fait avec les trulles une décoction, des pilules, de l'eau distillée, etc. Ce praticien prétejid en avoir retiré de notables avantages. (Voy. \q Formulaire.)

Urate d'ammoniaque. • — M. le docteur Baur (de Tubingenj, depuis huit ans, a fait des observations étendues sur les vertus médicales de i'urale d'ammoniaque; de nombreuses expériences ont eu pour résultat deux faits positifs qui ne sont pas sans valeur pour la pratique, et dont nous devons la communication à M, le docteur 6icliel.

« Dans le choléra européen/je l'employais d'ordinaire, dit ce médecin, en lavements^ à la dose de 25 ceiiti-

DICTIONNAIRE DE THÉRAPEUTlQUK. 27 i

grammes, avec un peu d'amidon et un quart de litre d'eau cliaude. II faut que le malade tâche de garder le lavement quelque temps. Le lavement poul être réitéré, selon les circonstances. Dans le choléra européen, je n'ai pas trouvé nécessaire de le réitéi'er fréquemment; une ou deux applications ont toujours jusqu'ici coupé rapidement la maladie. On peut aussi remplacer le lavement par une pommade préparée avec 2à/| grammes d'urated'amujoniaque pour 30 grammes de cérat (voy. le Formulaire). On en emploie d'heure en heure une cuillerée à café en onctions sur les téguments abdominaux. Il est vraiment remarquable combien est rapide l'action du moyen administré en lavement; il procure immédiatement au malade un sentiment de bien être et arrête les évacuations cholériques, tout en favorisant les garderobes normales, le retour de la transpiration et du pouls, et en faisant cesser les crampes. D'aucun autre moyen je n'ai vu une action semblable.

» Puisgue la majorité des médecins est de plus en plus convaincue que le choléra asiatique ne diffère pas essentiellement et spécifiquement du choléra européen, et ne s'en distingue que par son développement épidémique et sa plus grande intensité, j'ai depuis longtemps désiré de pouvoir expérimenter Turate d'ammoniaque dans le choléra asiatique; mais depuis que je connais le moyen, je n'ai plus eu occasion de voir une épidémie cholérique. J'ai donc recours à votre amitié pour vous prier ou de faire vous-même des expériences avec l'urate d'ammoniaque, ou de faire un appel aux médecins de Paris, et surtout aux médecins des hôpitaux, afin qu'ils veuillent bien expérimenter

27 2 DU CllOLLRA-MORBtJS.

clans répidémie actuelle l'iirate d'ammoniaque, dont la préparation est très facile : il suffit de mettre l'acide uriqnc eu contact avec l'ammoniaque caustique et de faire sécher ce produit. 11 serait bon de choisir pour les premiers essais des cas d'une intensité moins grande, puis d'expérimenter le moyen dans des cas plus graves. Il serait probablement nécessaire d'administrer des doses plus élevées que celles que j'employais dans le choléra européen. » [Gazette des hôpitaux, 20 décembre 1853.)

Urine. — Le docteur Garenne, de Moulins Engilbert, s'est bien trouvé dans une attaque de choléra d'ingestions (Wirine, (Gaz. méd., 18P)2, p. hQ\S.)

Valériane, — l.erminier (i8oi2) a tiré quelque avantage du sirop de valériane. La poudre de valériane a réussi entre les mains de M. Eugène Pinel contre la diarrhée.

Vésicatoires. — M. Grisolle a employé un large vésicatoire sur l'épigastre dans les cas où les vomissements persistent après la réaction. Cette méthode est imitée de celle de M. Chomel qui, dans la première période, faisait souvent placer un vésicatoire sur cette région et un autre rachidien, long et étroit, qui s'étendait de la nuque à la partie moyenne du dos.

Dans la période de réaction, M. Chomel plaçait sur le vésicatoire épigastrique, dans le but de combattre les vomissements et le hoquet, 2 à o centigrammes d'acétate de morphine.

M. Briquet a aussi arrêté un vomissement opiniâtre, en déposant sur un vésicatoire placé à l'épigastre 0^' ,03 d'acétate de morphine.

Le vésicatoire est un moyen dont l'action nous paraît trop lente.

Ventouse Junod, — M. Briquet en a retiré de bons eftets dans quelques cas à la période de réaction ; si la première application a procuré du soulagement, on pourra la réitérer plusieurs fois en la faisant alterner avec les sangsues.

Quand l'état général des malades contre-indique la saignée et que la congestion inflammatoire vers rintérieur du crâne est menaçante, ce moyen puissant est utile en appelant sur le membre auquel il est apposé une quantité de sang qui peut aller jusqu'à 500 ou 1,000 grammes, suivant la volonté de l'opérateur. M. Briquet posait lui-même la ventouse sur l'une des jambes, et lorsque, pendant le temps de l'application, qui durait rarement plus de vingt minutes, il sentait sous ses doigts le pouls faiblir notablement, il avait soin de s'arrêter aussitôt.

Ventouses scarifiées. -— Elles sont appliquées de bonne heure sur la poitrine et le rachis (Ancelon). Biett les a employées en 1832 avec succès sur l'épigastre et la région iléo-cœcale.

Vinaigre, — Un médecin de la Saintonge, M. le docteur Garnault, sachant qu'un malade qui avait fait usage par mégarde du vinaigre contenu dans une tasse et. destiné à former des sinapismes, avait guéri d'un choléra grave, a eu l'idée de l'employer par cuil-

lerées dans de l'eau sucrée, et prétend, dans une communication qu'il a faite à la Société de médecine de Toulouse, avoir obtenu de ce moyen de nombreux succès. Cette médication, selon M. Garnault, réussirait en neutralisant le principe toxique alcalin du choléra.

M. Garnault donne des faits à l'appui de son traitement du choléra par V acide acétique ou le vinaigre. Sur vingt-quatre malades qu'il a eu à soigner, dix ont été traités à la manière ordinaire, et trois seulement ont été guéris ; quatorze malades ont été soumis à l'usage du vinaigre, et doi^ze ont été guéris : les deux cas d'insuccès se rapportent à des individus chez lesquels le traitement a été commencé trop tard ou n'a pas été continué !

TRAITEXKEENT

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